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22/10/2020
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Blood Coltan/Coltan sanglant/Coltán sangriente
War in Congo for our mobile phones/Guerre au Congo pour nos portables/Guerra en el Congo para nuestros móviles/Guerra nel Congo per i nostri telefonini
20/12/2008


War in Congo for our mobile phones/Guerre au Congo pour nos portables/Guerra en el Congo para nuestros móviles/Gerra nel Congo per i nostri telefonini

     

Petite histoire cruelle de la mondialisation…

"Des enfants meurent dans les mines d’Afrique afin que d’autres, en Occident, puissent s’amuser sur leurs consoles de jeu. Au coeur de ce scandale, un minerai très rare, le coltan, composant désormais indispensable dans la fabrication des appareils électroniques, tels que les consoles ou les téléphones portables.

Le coltan ne se trouve qu’en Afrique et en Australie, mais en 2005 l’ONU et plusieurs grandes firmes (Sony, Motorola, Samsung, Nokia…) ont décrété un embargo sur le coltan en provenance d’Afrique, car il est soupçonné d’alimenter des guerres civiles. Les mines de coltan se trouvent en effet dans l’est du Congo, zone très instable contrôlée par des milices rebelles. L' enquête démarre chez les seigneurs de la guerre qui exploitent ces mines ; elle se poursuit avec ceux qui transportent le précieux minerai à dos d’homme et le revendent à des intermédiaires africains pour 70 euros le kilo. Le coltan se négociera ensuite dix fois plus cher chez des négociants européens, avant d’être réexporté vers les usines chinoises qui fabriquent la moitié des téléphones portables occidentaux…

Patrick Forestier a remonté les filières du coltan afin de savoir si les fabricants d’électronique occidentaux respectent effectivement l’embargo et s’ils ont vraiment renoncé à acheter le coltan du sang. Le Monde écrit que sur le terrain, le film de Patrick Forestier montre bien que tout contrôle reste illusoire. La plupart des zones d'extraction échappant aux autorités congolaises et aux casques bleus de l'ONU.

Selon le même quotidien, bien que parfois un peu sinueuse, cette enquête se révèle passionnante de bout en bout et éclaire de façon très simple certains rouages de la crise congolaise.

Du sang dans nos  portables
Patrick Forestier & Paul Comiti, Tac Presse Productions   pour Jeudi Investigation, Canal +, 2008


 




Trafic des minerais de guerre -Coltan : les sociétés prédatrices mises à nu
Kinshasa, 13/12/2008 (Le Potentiel, via mediacongo.net)

Les masques tombent. Ainsi, les multinationales qui ont prospéré dans le commerce du coltan et attisé les appétits des groupes armés au Kivu et en Ituri ont, enfin, un visage. Américaines, allemandes, belges, britanniques, chinoises, helvétiques, juives, kazakhstanes, rwandaises,… : les sociétés prédatrices des ressources naturelles de la RDC sont de diverses nationalités. Restitution, dans cette édition, du rapport du Southern Africa Resource Watch (SARW).
Plus de doute désormais. Les rebelles et autres groupes armés des Kivu sont soutenus par le commerce illégal du coltan, un mélange de deux métaux - le tantale et le columbium - appelé aussi colombo-tantalite.

Cette activité lucrative et en marge de la loi explique la course au coltan à laquelle se livrent, des décennies durant, les multinationales et les pays voisins, allant jusqu’à déstabiliser durablement la RDC dans sa partie orientale. Un rapport du Southern Africa Resource Watch (SARW), daté novembre 2008, le démontre, cartes et statistiques à l’appui.
Alors que les affrontements meurtriers opposant l’armée nationale congolaise aux rebelles de Nkunda ont contraint des centaines de milliers de villageois, depuis août dernier, de fuir leurs villages ou de s’exiler dans les pays limitrophes, le trafic du coltan se portait à merveille.
Alors que plusieurs dizaines de milliers d’autres Congolais mourraient par balles, tués de sang froid par les belligérants, y compris les groupes armés Maï-Maï, les charognards du commerce des minerais congolais, nationaux et étrangers, civils et militaires, se frottaient les mains au vu de l’accroissement de leur compte en banque.

Malédiction
Neuf personnes sur dix en RDC étaient loin de s’imaginer que l’origine des malheurs du pays en général, et du Kivu en particulier, était justement la présence sous son sol des minerais qui font la fortune des pays industrialisés. A défaut de créer le bonheur, les diverses et nombreuses ressources naturelles dont regorge le pays ne lui apportent que malédiction.
Des témoignages probants sont fournis à ce sujet par des institutions et ONG internationaux.
Les rapports de Global Witness (GW), de Human Rights Watch (HRW), de Rights and Accountability in Development (RAID) sont éloquents. Ajoutons à cette liste non exhaustive le Rapport du panel des experts de l’ONU qui avait, en son temps, fait grand bruit sous le règne de M’zee Laurent D. Kabila. La nouveauté qu’apporte le Southern Africa Resource Watch (SARW) est que, au lieu de mentionner, sans les citer, les multinationales et d’autres entreprises prédatrices ayant bâti leur fortune sur les ressources de la RDC, tous les criminels bien identifiés sont livrés à la clameur publique.
Cela fait un temps que des compagnies minières se manifestent dans les Kivu. D’autres y font des incursions pour ramasser la «manne» sans le moins du monde investir. Certains pays limitrophes, notamment le Rwanda au Kivu et l’Ouganda en province Orientale, n’ont pas hésité à s’approvisionner directement ou indirectement, comme dans un supermarket. Des acteurs locaux, civils et militaires, ont découvert leur Eldorado. Conséquence : la persistance de l’atmosphère de tension et la manipulation des groupes ethniques les uns contre les autres.

Question fondamentale
C’est donc sur une région à fort potentiel minier, caractérisée malheureusement par l’absence de l’autorité de l’Etat, que vient se greffer le trafic mafieux des minerais. Le SARW, pour dénoncer la pieuvre, ne fait pas dans la dentelle. Il est vrai que les maffieux, pour brouiller la traçabilité de leur «pêche», transitent, pour certains, par des sociétés écran. C’est un modus operandi très courant, mais qui n’échappe pas au scanner des enquêteurs têtus. Dans son souci d’informer largement le public, le Southern Africa Resource Watch (SARW) publie une liste de sociétés impliquées dans le commerce illicite du coltan au Kivu. Elles sont de diverses nationalités : américaine, allemande, belge, britannique, chinoise, helvétique, juive, kazakhstane, malaisienne, rwandaise. Au lendemain de la diffusion du rapport du SARW, les Congolais s’interrogent. Ils veulent savoir ce qui a changé après la publication du rapport de l’ONU daté 24 octobre 2002 et transmis au Conseil de sécurité.
Question fondamentale : New York a-t-il observé la conversion des 54 personnalités, dont plus de vingt responsables politiques et militaires du Rwanda, de l’Ouganda, du Zimbabwe et de la RDC, citées alors comme les dirigeants des réseaux exploitant les richesses de la RDC ?

   Entreprises impliquées dans le trafic du coltan au Kivu

1. Commet Uganda coltan trading Mr. Salim Saleh.

2. Afrimex (UK).

3. Amalgamated Metal Corp (UK).

4. Cabot Corporation tantalum processing (USA).

5. Cogecom coltan trading  (Belgium).

6. Euromet (UK).

7. Finconcord SA (Switzerland).

8. Finmining Saint Kitts(Netherlands Antilles).

9. H.C. Starck GmbH & Co coltan processing (Germany).

10. Kemet Electronics capacitor/manufacture (USA).

11. Malaysian Smelting Cor. coltan processing (Malaysia).

12. Nac Kazatomprom tantalum processing (Kazakhstan).

13. Ningxia Non Ferrous Metals (China)

14. Pacific Ores Metals coltan trading (Hong Kong/China).

15. Raremet Ltd id. Saint Kitts (Netherlands Antilles).

16. SLC Germany GmbH (Germany).

17. Sogem (Belgium).

18. Speciality Metals Company SA (Belgium).

19. Trademet SA (Belgium).

20. Trinitechinternational Inc. id/exploitation (USA).

21. Vishay Sprague manufacture (USA/Israel).

22. Eagle Wings Resources coltan exploitation (Rwanda).

Les creuseurs de terre du high-tech
Par Guillaume Grallet, L’Express (France), 18/12/2008


La République démocratique du Congo est l'un des pays les plus riches en coltan, ce minerai essentiel à l'électronique, des mobiles aux missiles. Son pillage est l'un des enjeux des combats au Kivu entre forces loyales et rebelles. La population, elle, profite si peu de la manne...


Béret sombre vissé sur la tête, Tembeze Nyamugusha tambourine sur la porte, son laissez-passer bien en évidence à la main. Le chef de la division provinciale des mines du Sud-Kivu (province du nord-est de la République démocratique du Congo, RDC) attend qu'on lui ouvre les 2 mètres de tôle qui protègent ce comptoir d'achat de minerai de Bukavu. Derrière, une vision du xixe siècle. Armés de pilons métalliques, une poignée d'hommes, torse nu, concassent des morceaux de roche. Réduit en fines particules, le minerai est ensuite passé au tamis. Le fonctionnaire est regardé avec dédain par le contremaître, qui surveille ces travailleurs de force, les pieds allongés sur une table mal dégrossie. Nyamugusha est un empêcheur de concasser en rond. Le ton monte quand, en swahili, l'envoyé de l'Etat congolais cherche à connaître la destination de la vingtaine de bidons rouillés qui s'entassent au rez-de-chaussée. N'ayant pas obtenu la réponse à laquelle il a juridiquement droit, le voici qui dévale, furieux, les escaliers. Devant le comptoir, une escouade de soldats en treillis, bandes de cartouches autour du cou, est prête à intervenir à tout moment.
Nyamugusha n'est pas dupe. A l'intérieur des bidons se trouve du coltan de contrebande. Le coltan est un alliage de colombite et de tantale, dont la RDC détiendrait 80 % des réserves mondiales. Pas vraiment un minerai comme les autres pour les patrons du comptoir, qui collectent également de la cassitérite (étain) ou de la wolframite (tungstène). Le coltan a la couleur du bitume, l'odeur de l'argent et le goût du sang. Depuis dix ans, il est l'objet de toutes les convoitises, de tous les combats dans ce coin d'Afrique fabuleusement riche en or, en diamants et en minerais rares.

Les manieurs de pilons - qui gagnent moins de 1 dollar par jour - ignorent certainement qu'ils tiennent entre les mains le sort du high-tech mondial. Le tantale extrait du coltan est utilisé pour la fabrication de caméras, d'ordinateurs, de consoles de jeu et même de pacemakers. Les industriels raffolent de ses qualités exceptionnelles de conduction. Anticorrosif, il permet d'allonger la durée de vie d'une batterie de téléphone mobile. Il joue également un rôle clef dans les équipements militaires, les réacteurs d'avion, les satellites, ou encore les missiles. Il pourrait également avoir, à terme, des applications nucléaires. « Hautement stratégique », lit-on dans une note du ministère américain de l'Intérieur.

En 2000, déjà, le coltan est passé de 60 à 1000 dollars le kilo

En 2000, la PlayStation 2, la console de jeux multimédia signée Sony, connaît un tel succès qu'elle fait passer en quelques mois le prix du coltan (essentiel pour le fonctionnement de la machine) de 60 à 1 000 dollars le kilo. A l'époque, un des jeux stars est State of Emergency, un titre de combat psychologique. En RDC, la guerre ne se joue pas sur écran : le Kivu est alors occupé par l'armée rwandaise. Depuis, les soldats de Kigali ont cédé la place à diverses milices, dont le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du général déchu Laurent Nkunda, un Tutsi congolais choyé par Kigali... Une rébellion que combattent, jusqu'ici sans succès, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), loyales envers le président de l'ex-Zaïre, Joseph Kabila, pourtant épaulées par les miliciens hutu rwandais des FDLR (Forces armées démocratiques de libération du Rwanda), acteurs, pour certains d'entre eux, du génocide de 1994. Ces combats sans fin, qui, depuis début novembre, ont entraîné le déplacement de 250 000 réfugiés, sont entretenus, d'après les spécialistes, par l'argent de la mine. Le commissaire européen aux Droits de l'homme, Louis Michel, regrette ainsi que « l'exploitation illégale des ressources naturelles constitue une source de déstabilisation de la région ». Un gâchis qui tombe au plus mal dans un pays où les premières élections démocratiques remontent à deux ans, et qui n'arrive pas à sortir d'un des conflits les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale : déjà près de 5 millions de morts, victimes directes ou collatérales (exode, maladie, famine) de ces conflits ! Le téléphone portable que nous allons offrir à Noël est-il à l'origine de ce désastre ?

Pour s'en rendre compte, il faut s'enfoncer dans la zone minière qui entoure le lac Kivu. Le chemin est occupé par une longue procession de déplacés. La chaussée est dans un état déplorable. Elle attend depuis plusieurs mois le terrassement promis par des Chinois en échange de concessions minières de cuivre et de cobalt. Mais les Asiatiques prennent leur temps, ce qui rend l'itinéraire impraticable en période de pluie ; un camion chargé de bidons remplis de Cassix, la bière locale, est renversé au bord de la route. Courbées sous le poids de leur panier rempli de manioc, des femmes avancent sans ciller, quand des gosses d'à peine 15 ans poussent un « toleka », un deux-roues en bois sur lequel ils ont déposé du charbon.

Si la pauvreté et le désespoir emplissent les routes, le village de Nyamakubi est une oasis de prospérité - toute relative - et de calme. Des dindons traversent le chemin, des truies allaitent paisiblement leurs petits. Un poster flashy à la gloire d'un industriel asiatique orne la salle à manger de Juvénal Kaniani, le chef du village. Pour entrer dans les bonnes grâces de ce membre éminent de la tribu royale des Baandi, il faut procéder à l'offrande coutumière. Et voici Juvénal, équipé de baskets flambant neuves, aidé de son sceptre de bois blanc taillé à la main, prêt à guider ses hôtes dans les exploitations minières alentour d'or, de cassitérite et de coltan.

La richesse du Congo s'extrait sans marteau piqueur

Le voilà, le village des « fouilleurs de terre », accroché à flanc de colline. Une quinzaine de cabanes servent d'abris aux « creuseurs » accablés par douze heures de travail quotidien. Voilà sept ans que Michel * travaille dans les mines de coltan. En ce moment, les combats empêchent d'accéder à l'exploitation la plus proche, située à plus de cinq heures de marche. Il consacre donc sa journée à la cassitérite. Il hausse les épaules : « La cassitérite ou le coltan, c'est aussi pénible. » Ici, pas le moindre marteau piqueur, la richesse du Congo s'extrait avec un pic, à mains nues. Sans système d'aération pour ventiler les boyaux quand il faut s'aventurer sous la roche. Et avec une lampe torche accrochée sur le front pour seul éclairage. Michel a beau étayer l'entrée avec des branches d'eucalyptus, la consolidation reste artisanale. Comment ces esclaves modernes peuvent-ils ne pas penser à l'éboulement qui a enseveli 30 d'entre eux en 2002 ?

Le coltan, c'est le Far West au temps de la ruée vers l'or. Une production à ciel ouvert mais un travail de chien, l'alcool brutal et les prostituées. Quand il extrait du coltan, le butin de Michel et de son équipe de 12 personnes tourne autour de 5 kilos par semaine, dont 1 revient directement au responsable du groupe et 2 sont affectés au paiement des barrages qu'il croise quand il rentre chez lui. Une dîme qui pourrait s'alourdir.
C'est bien ce qui inquiète Juvénal Kaniani. L'air sombre, le dignitaire caresse du regard son territoire, ces monts qui se fondent au loin dans le ciel bleu-noir - il pleut autour des Grands Lacs. Ce qui fut durant longtemps la chasse gardée de sa dynastie est occupé, à présent, par des visiteurs indésirables. « Ils sont ici, à moins d'une minute à vol d'oiseau. » Eux, ce sont les soldats rebelles. Voilà un an, quand le village n'était pas gardé, ils l'ont pillé à de nombreuses reprises. « Ils venaient chez nous en pleine nuit, violaient nos femmes et nous laissaient la vie sauve si nous leur donnions l'argent de la dernière récolte de minerai », explique, dans un français parfait, un habitant, qui a perdu trois membres de sa famille à la suite de ces exactions. « Depuis, explique Juvénal, nous avons demandé à l'armée régulière de nous protéger. » Résultat : pas moins de 80 hommes montent la garde à l'entrée du village.

L'alliance du sabre et de la pioche

Autour de la mine, les uniformes kaki sont omniprésents : dans la guérite en bas du village, où les « creuseurs » éreintés doivent présenter leurs marchandises et payer un droit de passage, comme dans les camions qui emmènent le coltan jusqu'à Bukavu. Cette alliance du sabre et de la pioche a un prix : chaque mois, Kaniani sort plusieurs dizaines de dollars de sa poche pour garantir la paix aux habitants. Le prix de la tranquillité de ses administrés. Celui de la survie pour les soldats.
Comment leur en vouloir ? La solde de l'armée loyale congolaise, quand elle est payée, se situe autour de 20 dollars par mois, quand un deux-pièces se loue cinq fois plus à Bukavu. Tout se monnaie et tout se vend dans l'armée. En témoignent ces rations de nourriture initialement destinées aux combattants et que l'on retrouve dans le commerce traditionnel à 1 000 kilomètres du front de Goma. « La République démocratique du Congo, c'est une nation sans Etat », déplore le jésuite belge Didier de Failly, devant le manque d'efficacité des pouvoirs publics. Résultat : sur 1 kilo de coltan d'une valeur de 119 dollars, il semble raisonnable, chiffre le Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (Grama), d'évaluer le prélèvement de l'armée entre 10 et 20 dollars par kilo, plus que le mineur, qui, lui, ne touche que 9 dollars.

Il y a pire : à quelques heures de route de Bukavu, une poignée de miliciens, taillant dans la forêt équatoriale où survivent les derniers gorilles, ont planté leurs pioches dans le sol pour y dénicher le précieux minerai. Ils « volent » même le travail des « creuseurs » professionnels, qui, eux, n'ont plus que deux jours par semaine pour gagner leur pitance. S'exprimant sur les Observateurs, le site Internet de France 24, Colette Braeckman, spécialiste de l'Afrique au quotidien belge Le Soir,est formelle : « Les généraux disent aller au Kivu pour faire la guerre, mais ils y vont aussi pour s'enrichir. De l'armée congolaise aux milices tutsi, chaque faction profite de cette situation et n'a pas intérêt à la changer. » L'éclosion de jolies villas de style colonial à Goma ne serait pas étrangère à l'émergence de ces nouveaux riches.

Dans la cathédrale blanche qui surplombe Bukavu, François-Xavier Maroy manie le sermon comme une kalachnikov. En quelques rafales de mots, l'évêque règle son compte à la « hiérarchie militaire corrompue », avant d'asséner : « Il est nécessaire et urgent pour un pays riche en ressources naturelles de bâtir une armée suffisamment forte pour garantir sa stabilité et son développement. » Ses ouailles, ravies, applaudissent.

Voilà donc l'ex-Zaïre, bijouterie à ciel ouvert, pillée par une milice d'occupation tout comme par les forces censées la défendre. Le peuple congolais, qui manque d'écoles, de routes, ou même de médicaments, comme en témoigne l'épidémie de malaria qui ravage les camps de réfugiés, en profite-t-il au moins ? A moins de 500 mètres du Rwanda, c'est à l'abri des regards indiscrets que reçoit Serge *, un négociant. Entre un plat de petits poissons frits et des chips, une liasse de billets trône en évidence sur la table. « Si vous commencez à payer les taxes ici, vous êtes mort. » Ce qui ne l'empêche pas d'être particulièrement pointilleux. Dans la cuisine se trouvent plusieurs ustensiles pour mesurer la densité exacte du coltan, essentiel avant de le revendre à plus grande échelle.
La marchandise s'évapore pour la majorité dans les réseaux de contrebande

Où va ensuite la marchandise ? C'est le grand mystère. Certes, une partie se rend bien par camion vers le port kényan de Mombasa ou à Dar es-Salaam, en Tanzanie, mais la majorité s'évapore dans les réseaux de la contrebande. Et disparaît bel et bien de la RDC, sans laisser de trace. Il suffit, pour s'en rendre compte, d'éplucher la balance commerciale du Nord- Kivu, largement déficitaire. « Sans les exportations non déclarées, la situation serait intenable », analyse un économiste, qui s'indigne que, « à côté de cela, le Rwanda voisin soit exportateur de coltan, alors même qu'il n'en produit pas ! ». Dans cette entreprise d'expropriation, l'imagination est d'ailleurs sans limite. Ainsi, L'Express a pu se procurer la copie d'un faux « certificat d'origine de minerais à l'exportation » plus vrai que nature : dûment estampillé du cachet du ministère des Mines et de la signature du contrôleur général ! L'Ouganda ou encore le Zimbabwe apparaissent également comme des hubs, des plates-formes qui permettent à la marchandise de s'envoler vers la Malaisie, la Thaïlande et le Kazakhstan, puis direction l'Occident.

Exporter illégalement permet d'éviter de payer des taxes. Comme de récupérer la valeur ajoutée. Car c'est bien la transformation du coltan - et notamment la séparation du tantale et de la colombite - qui permet de faire décoller le kilo de tantale autour de 190 euros, soit une marge de 90 %... Celle-ci est assurée par un petit nombre d'industriels occidentaux. Autant d'argent que ne touchera jamais le peuple congolais.

Les fabricants de portables et de jeux vidéos affirment ne plus avoir recours au coltan congolais

En 2001, un groupe d'experts, dépêchés sur place par l'ONU, avait présenté un rapport au Conseil de sécurité sur les relations incestueuses entre « l'exploitation illégale des ressources naturelles en RDC » et « le commerce illicite d'armes légères et de petit calibre ». Une flopée d'avides intermédiaires peu regardants y étaient pointés. Les fabricants de produits high-tech sont-ils au courant ? Sony affirme ne plus acheter de coltan en provenance de RDC. Mais selon l'Américain David Barouski, familier de la guerre des minerais, une telle promesse est impossible à tenir : « Avant d'être transformé, le coltan change tellement de fois de mains qu'il semble impossible d'en être sûr. » De son côté, Nokia explique avoir exigé de ses fournisseurs un engagement écrit de ne plus importer le précieux minerai de RDC.

Pour autant, la solution n'est pas dans l'arrêt de l'exploitation du coltan, ni de celle de la cassitérite, ni de la wolframite ou de l'or, fortes pourvoyeuses d'emplois. « Si vous fermez les mines, c'est la guerre civile », peste Milabyo Basila, responsable, à Bukavu, de la Fédération des entreprises du Congo, l'association des entrepreneurs. Dans un rapport très clair publié il y a deux ans, ce Medef local exprimait déjà le souhait d'en finir avec « la culture de l'impunité », pressant de conduire une « restructuration » de l'armée.

En attendant, et c'est un autre point du rapport, il serait opportun de suivre avec précision chaque étape de la « récolte ». Basé à Hanovre, le scientifique allemand Frank Melcher a mis en place un processus d'identification particulièrement efficace : chaque mine de coltan possède sa propre signature géologique, et Melcher a recensé pas moins de 600 « empreintes » différentes. Selon lui, un organisme indépendant pourrait donner, ou non, son feu vert à une exploitation. Une telle démarche s'inspirerait du processus de Kimberley, un régime de certification des diamants sur lequel se sont accordés quelque 30 pays, dont les Etats-Unis et la plupart des nations européennes, depuis 2003. Une piste pour que la mine, propriété de l'Etat, nourrisse davantage les Congolais que leurs cimetières.

* Prénoms modifiés à la demande des interviewés.

 

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/economie/les-creuseurs-de-terre-du-high-tech_725842.html



Blood Coltan - 50:48 –

by Patrick Forestier & Paul Comiti, Tac Presse Productions  (2008)

This is a story about the real costs of our need to stay in touch. Mobile phones have hidden tariffs with unimaginable human consequences: rape, murder and illegal slave labour

Tuesday, November 18, 2008
Ending Conflict Coltan

High tech companies may no longer have an excuse to continue buying illicit tantalum fueling conflict in the Congo. From Business Week comes news about a major technical development that could transform the Congo's coltan industry. Coltan, of course, is short for colombo-tantalite, the latter forming a metal used in high-tech equipment such as cell phones. Illicit coltan production in the DRC has long been fingered as a primary source of the country's instability, as local and regional powers vie for control of the mines. This problem was particularly acute in 2000 through 2003, when prices for tantalum skyrocketed to $300 per pound. Although Business Week points out that today, less than two percent of the world's coltan comes from the Congo, and that "the odds that your phone contains conflict coltan are pretty long," activists maintain that the fight for control over tantalum production continues to destabilize the region. Many of these activists have urged high tech companies to police their supply chain and make sure that they aren't unwittingly funding civil war in Africa. One obstacle has been identifying where suppliers get their tantalum.

That problem may be solved. Business Week reports that there may be a new way to keep illegally mined coltan and other valuable metals off the market.

Frank Melcher, a scientist at Germany's Federal Institute for Geosciences and Natural Resources in Hanover, leads a team that has devised a way to identify where ore comes from. Every coltan mine has its own geological history and composition. Melcher's team has already catalogued 600 unique coltan "fingerprints," and can tell precisely where ore comes from, even when batches from different locations are mixed together.

With backing from the German government, Melcher is pushing to set up a system in which legitimate mines would register their coltan fingerprints. An independent organization would spot-check ore and reject any that isn't in the approved database. "Our goal is to establish a certified trading chain between traders and consumers," Melcher says. Such a system could also be used to ensure that mines provide decent working conditions and meet environmental standards.

The problem is that the testing procedure is costly and time-consuming. But Melcher sounds optimistic that companies that use components containing tantalum will support his plan. "They don't want to be in the news again," he says.

This appears to be the relevant page from the German Institute.

Now we need a similar technique for tin, the production of which has replaced coltan in the Kivus as the major source of funds for Congolese militias, including General Nkunda's CNDP. (Update 11/28: See this article from
Financial Times outlining some of the difficulties involved.)

For background, this
story by Blaine Harden in 2001 in the New York Times magazine was the first major publication devoted to the subject. And this report by Global Witness was the first major NGO report. Both are excellent.

 

Le coltan au Kivu (2003)

 

Congo's Blood Coltan war

El Congo otra verdad incomoda

El coltán
Mineral que siembra muerte en la República Democratica del Congo. Imprescindible para la nueva tecnología

.

Móviles, manchados de sangre

Il coltan 
L'80% della produzione mondiale di questo minerale rarissimo e indispensabile per lo sviluppo della tecnologia di computer, telefoni cellulari, apparati di missili e di satelliti, viene estratto nella Repubblica democratica del Congo. Il commercio del coltan è completamente clandestino. In Congo però ci sono anche miniere di oro e diamanti, oltre alle enormi ricchezze fornite dalle foreste pluviali e dal petrolio. Poi c'è il più grande bacino d'acqua di tutta l'Africa. Il Congo possiede le risorse più preziose di tutto il pianeta. Ma è uno dei paesi più poveri della Terra.

URL : http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=es&reference=246


15/02/2009
 
 
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HEURE DE PARIS  11:56