Emmett Till, Life and Death/Vie et mort. He was/il avait 14 ans. He was black/il était noir


 

Bob Dylan
The Death of Emmett Till

'T was down in Mississippi not so long ago,
When a young boy from Chicago walked through a
Southern door.
This boy's fateful tragedy you should all remember well,
The color of his skin was black and his name was Emmett Till.

Some men they dragged him to a barn and there they beat him up.
They said they had a reason, but I disremember what.
They tortured him and did some things too evil to
repeat.
There was screaming sounds inside the barn, there was
laughing sounds out on the street.

Then they rolled his body down a gulf amidst a blood-red rain
And they threw him in the waters wide to cease his
screaming pain.
The reason that they killed him there, and I'm sure it
was no lie,
He was a Black skin boy so he was born to die
And then to stop the United States of yelling for a trial,
Two brothers they confessed that they had killed poor
Emmett Till.
But on the jury there were men who helped the brothers
commit this awful crime,
And so this trial was a mockery, but nobody seemed to mind.

I saw the morning papers but I could not bear to see
The smiling brothers walkin' down the courthouse stairs.
For the jury found them innocent and the brothers they went free,
While Emmett's body floats the foam of a Jim Crow southern sea.

If you can't speak out against this kind of thing, a crime
that's so unjust,
Your eyes are filled with dead men's dirt, your mind is
filled with dust.
Your arms and legs they must be in shackles and chains, and
your blood it must refuse to flow,
For you let this human race fall down so God-awful low!

This song is just a reminder to remind your fellow man
That this kind of thing still lives today in that
ghost-robed Ku Klux Klan.
But if all us folks that thinks alike, if we gave all we
could give,
We could make this great land of ours a greater place to live.

Ce jour là, le 14 octobre 1964, il y a 44 ans, Martin Luther King (1929-1968, assassiné) apprend qu’il est Prix Nobel de la Paix, alors qu’il est hospitalisé. Deux mois plus tard, recevant son prix à Stockholm il déclare : « J’accepte le Prix Nobel au moment où 22 millions de Noirs américains sont engagés dans une bataille créatrice pour mettre fin à la longue nuit d’injustice raciale... »

Pasteur baptiste à Montgomery, Alabama, il s’était fait connaître fin 1955 lorsque -- à la suite de l’audace de l’ouvrière noire Rosa Parks  [[1]]  qui le 1er décembre prit un siège à l’avant – réservé aux Blancs-  d’un bus de la ville, et non à l’arrière, pour les Noirs  -- il provoqua le boycottage (qui dura 381 jours) des autobus municipaux, pour s’opposer à toute forme de discrimination raciale. Le mouvement Montgomery Improvement Association (MIA) que M.L. King créa et présida eut gain de cause.  Le 13 novembre 1956, la Cour suprême approuva la déségrégation dans les bus de Montgomery. Le boycott prit fin un mois plus tard.

Avoir 14 ans à Money, Mississipi

La lutte des Noirs pour l'égalité raciale se heurta  [[2]]  dans le sud des États-Unis, au Ku Klux Klan (officiellement interdit) impliqué dans bon nombre d'actes de violence, d'intimidation et de représailles. De nombreux citoyens noirs ont payé de leur vie cette lutte contre la ségrégation, qui aboutira en 1964 à l'adoption de lois sur les droits civiques et l’égalité des chances. Ces lois  visaient (visaient) à faire disparaitre toute forme de pratique ségrégationniste et discriminatoire  [[3]] .Jusqu’aux années 60, les lynchages répertoriés sont au nombre d’environ  5000 (dont 3500 Noirs) sur tout le territoire américain (écouter Strange Fruit, chanté par Billie Holiday, n’importe quelle interprétation, de n’importe quelle année)

Le tout jeune Emmett Louis Till paya de sa vie d’être né de couleur noire.

« L'Histoire a retenu le geste de Rosa Parks. Une impudence qu'elle n'aurait pas osée sans Emmett Till, dont le lynchage, trois mois plus tôt, avait soudé la communauté noire », selon le journaliste français Samuel Gontier. Le 1er décembre 1955, à l’instant de son arrestation, a-t-elle raconté, face à la furie des Blancs, elle avait pensé à Emmett.  http://negroartist.com/EMMETT%20TILL/index.htm

En effet quatre mois auparavant, cet autre évènement avait ébranlé la communauté noire, donnant au mouvement en faveur des droits civiques une nouvelle justification de taille.  

En 1962 la chanson de Bob Dylan, son premier protest song, dénonça le meurtre d’Emmett Till.

Le 28 août 2005, le révérend Jesse Jackson, dans un discours  prononcé en hommage à la mémoire de Martin Luther King, cite son nom à deux reprises. Disant : « Un jour comme aujourd’hui, le 28 août 1955, quand Emmett Hill fut assassiné et son corps mutilé, provoqua un choc de peur et d’angoisse, de rage et de douleur. De manière poétique et prophétique, 18 ans plus tard, le 28 août 1963, le Dr King rassembla 250.000 personnes à Washington DC et proclama au monde qu’il avait fait un rêve ».  

Dans son livre Love (2004) considéré comme son plus grand roman, qui raconte à travers six destins croisés de femmes un siècle de ségrégation raciale et de haine, Toni Morrison écrit sur la mémoire qui ressurgit : la ségrégation telle qu'elle se pratiquait dans les années 1930, lorsque Bill Cosey, déjà riche, «achetait» les Noirs du village; le club attenant à l'hôtel qui fit la fortune de Cosey dans la décennie suivante; le meurtre d’Emmett Till,  les espoirs et les discours de Malcolm X, puis les émeutes de 1966 dans toutes les grandes villes du pays...

William Faulkner, en 1955,  en voyage au Japon, à Manille et en Italie, écrivit à Rome un article condamnant le meurtre d’Emmett Till.

Etc, etc. [ [4] ]  

Emmett, né en 1941 à Chicago, était un gamin intelligent, insouciant et espiègle. Forcément, l’un va avec l’autre. Comme on l’est à 14 ans. Parfois après aussi. Sa mère Mamie Till Mobley l’envoya en août 1955, avec son frère Wheeler, visiter son grand-oncle dans le Delta du Mississippi, à Money, un hameau près de la localité de Greenwood [ [5]] Des vacances au grand air, humide, mais sous le soleil aussi de longues heures de cueillette de coton. Et, il l’avait oublié, le méchant climat du Deep South, quand c’est celui du vieux Sud raciste.      

Pour avoir été peut-être ce gamin espiègle, huit jours plus tard il fut kidnappé (le dimanche 28 août 1955) et assassiné après un lynchage en règle. Son corps atrocement mutilé, son visage entièrement défiguré, il fut découvert trois jours plus tard par un pêcheur dans la rivière Tallahatchie,  à 15 km de Money. Il avait été auparavant sauvagement battu et torturé.  Une oreille avait été coupée,  un œil désorbité pendait,  il avait un trou noirci à la tempe, autour du cou, attaché avec du fil de fer barbelé, un ventilateur d'une machine-outil servant à traiter le coton.  

Emmett avait osé siffler, huit jours auparavant, une femme blanche de 20 ans devant son épicerie de la localité, l’avait-on accusé alors pour « justifier » le crime. A moins que l’adolescent ait salué la femme blanche  d'un « Bye, Baby » désinvolte.

Les coupables, deux petits Blancs, qui s’appelaient Roy Bryant, épicier, ancien camionneur taciturne, ancien parachutiste, mari de la « victime » et J.W. Milam, son demi-frère, furent acquittés le 23 septembre, lors d’un simulacre de procès à Sumner, chef-lieu du comté, par un jury constitué de 12 membres, tous des hommes blancs et après des délibérations éclair. Sous le prétexte fallacieux que le corps retrouvé dans la rivière n’était plus identifiable et que, par conséquent, la mort du petit Emmett Till ne pouvait être certifiée...Un an plus tard,  moyennant finances (4000 dollars) ils finiront par tout avouer dans des déclarations détaillées recueillies par la revue Look Magazine, sachant qu’ils n’avaient plus rien à craindre de la justice de leur pays, puisqu’ils ne pouvaient être jugés une seconde fois pour le même crime, selon le concept du « double jeopardy law». Toute réouverture du dossier paraissait impossible.

« Ils ne voulaient pas le tuer, mais comme il a refusé de s’excuser, ils ont eu la main un peu lourde... », dira un ami –blanc- des deux hommes.

Cependant, très, très longtemps plus tard, le FBI mit la main sur un transcript du compte-rendu de la première procédure. Pratiquement illisible, celui-ci était  le seul enregistrement connu du procès originel.
Moses Wright, le grand-oncle d’Emmett, alors prêcheur de l’église noire du coin, y reconnait formellement l’homme ayant tiré le gamin hors de son lit (“There he is : that’s the man”. Jamais dans l’histoire du Mississipi un homme noir n’avait témoigné contre un Blanc) mais fut obligé de fuir la ville, dans la nuit, après son témoignage. Ou encore l’argumentaire de clôture de l’avocat de la défense exhortant les jurés à ne pas subir la pression médiatique nationale, « every last Anglo-Saxon one of you has the courage to free these men » et avertissant les jurés que leurs « ancêtres se retourneraient dans leurs tombes si ces gars étaient déclarés coupables sur de telles évidences ».

La petite fonctionnaire Mme Till Mobley, quant à elle, affirme être certaine que c’était bien son enfant qu’elle enterrait. Elle identifia formellement le corps, après que celui-ci fut rapatrié à Chicago, reconnaissant, de plus, la bague qu’il portait à un doigt. Laquelle portait en inscription les initiales de son père, dont les circonstances de la mort, sur le front italien, durant la Deuxième guerre mondiale, sont bien mystérieuses [ [6] ].  Le corps qui se trouve dans une tombe du cimetière du quartier Alsip de Chicago, n’a pas été autopsié au lendemain du meurtre, ainsi les véritables causes exactes de la mort d’Emmett ne furent pas connues. De plus, les autorités locales ont voulu dès le début, tout entreprendre pour étouffer l'affaire, ce qu’elles firent.

Le sheriff du comté de Tallahatchie s’appelait H.C.Traider, les avocats des deux hommes, John Whitten et M. Breeland. En 2004, la « jeune femme blanche » vivait toujours,  quelque part dans le Sud.

Ce n’est que 50 ans plus tard qu’une exhumation et une autopsie furent ordonnées. Le corps était bien celui d’Emmett...

L'horreur du passage à tabac, la publicité que lui fit courageusement sa mère puis l'acquittement des coupables donnèrent à cet assassinat un retentissement mondial, notamment en Europe. En France, la presse dont le quotidien L’Humanité, dénonça le crime.

« Ce meurtre brutal et ce grotesque déni de justice ont outragé une nation et ont contribué à galvaniser le mouvement des droits civiques », déclara R. Alexander Acosta, procureur général adjoint pour la division des droits civiques.

Entre 1955 et 2003, « le cas Emmett Till » avait sombré dans l’oubli, hors des Etats Unis et en grande partie aussi à l’intérieur de ses frontières. Le dossier a été clairement rouvert en 2004 grâce à un travail de neuf ans d'un documentariste américain, Keith Beauchamp, auteur de The Untold Story of Emmett Louis Till (70 mn). Malgré ce long travail instructif,  le département de la Justice ne se repencha pas sur l’affaire malgré les demandes de Mamie Till Mobley.  Les deux hommes accusés sont décédés depuis. Selon Beauchamp et de nouvelles informations, Bryant et Milam avaient des complices qui auraient pu être encore en vie. Le film en anglais de Beauchamp est disponible en DVD chez Amazon.ca.

Dans la presse francophone, le journaliste Philippe Coste avait publié le 16 septembre 2004 (mis à jour le 25/10/2005) dans l’hebdomadaire français L’Express un long reportage sur « les Etats-Unis, où les plaies ouvertes lors d'un odieux crime raciste au Mississippi, en 1955, sont si vives que l'enquête va être relancée ». http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/a-la-memoire-d-emmett-till-14-ans_488899.html

Un autre documentariste américain, Stanley Nelson a signé pour sa part « Le meurtre d’Emmett Till », un document de 52 minutes, inédit en France, que vient de diffuser  une des chaînes de France- Télévisions. Ce sont les premières images TV disponibles en France sur l’histoire d’Emmett Till.

Des funérailles à cercueil ouvert   

On y voit la mère du petit « Bo » Emmett, un cousin qui se trouvait à Money avec l’adolescent quand il fut enlevé, de nuit, d’autres membres de la famille comme le grand-oncle, des amis, dont certains n’avaient encore jamais parlé devant une caméra, des témoins oculaires. Tous témoignent, et sobrement, devant les caméras du réalisateur de l’horreur du crime.   

Pour alerter l'opinion publique, elle, qui s’est battue pendant près de 50 ans pour que justice soit faite, obtint des pompes funèbres de Chicago de choisir un cercueil avec un couvercle de verre, afin que tous les familiers, amis et visiteurs - 50.000 personnes- puissent  se rendre compte de la monstruosité de ce meurtre. L’impact médiatique dirait-on aujourd’hui, grâce à la publication aux Etats-Unis et à l’étranger des photos du corps mutilé de l’adolescent, fut considérable.

«Le meurtre d'Emmet Till» de Nelson a été aux Etats Unis le premier documentaire (2003) sur ce crime (1955). Après sa diffusion, cette histoire tragique est venue hanter les esprits d’une grande partie de la population américaine, pas seulement les Noirs.   

Stanley Nelson a filmé sur les lieux du meurtre, a utilisé des documents d’archives qui ont pu être retrouvés, destinés à la télévision.

« Bref, c'est de la belle ouvrage qu'a conçue Stanley Nelson pour conter l'histoire d'un gamin devenu symbole pour tout un peuple, Noirs et Blancs confondus. Un remarquable documentaire » (S.Gontier, Télérama, 8 octobre 2008)

Seule (faible) lacune du film : il ne fait pas entendre la chanson narrative que Bob Dylan consacra à l'affaire. Selon Gontier « le film de Stanley Nelson qui porte sur  ces quelques terribles semaines de 1955, fait l'impasse sur une chanson poignante, The Death of Emmett Till, composée par Bob Dylan en 1962. Une chanson protest song,  qui ne figure pourtant sur aucun disque officiel de Dylan, et n'a pas non plus été repêchée dans l'un des volumes de la Bootleg Series ».

Une chanson à la manière de The Lonesome death of Hattie Carroll, sur une autre tragédie raciste, l’agression puis la mort d’une jeune serveuse noire par un fils à papa (un des grands moments de l'album The Times they are a-changin' ). Selon Gontier, une « mélodie simple et répétitive » accompagne « le récit sans fioritures, avec couplet moral à la fin. This song is just a remider to remind your fellow man / That this kind of thing still lives today in that ghost-robed Ku Klux Klan Cette chanson est juste là pour rappeler à votre prochain / que ce genre de chose arrive encore avec ce Ku Klux Klan en habit de fantôme »). La chanson Only a Pawn in their Game (Seulement un pion dans leur jeu ) revient elle sur l’assassinat d’un responsable de la NAACP, Medgar Evers à Jackson (Mississippi), le 12 juin 1963.

Dylan reprendra en 1976 un peu le même schéma, « le scénario plus compliqué rendant la chanson fleuve », pour raconter l'erreur judiciaire dont fut victime le boxeur « Hurricane » Carter. Il disait alors sa « honte de vivre en un pays / où la justice n'est qu'un jeu ». C'était en 1976. « Et aujourd'hui ? »interroge Gontier.

Lu par ailleurs dans l’web que « The Death Of Emmett Till » de Dylan figure sur deux albums apparemment « introuvables », du moins difficiles à dégoter : Broaside et The Freewheelin' Bob Dylan Out takes. A dégoter aux States, en Italie ou en Moldavie ? A suivre.   

Sur Emmett Hill,  on peut notamment consulter :

http://www.blogg.org/blog-68733-billet-854278.html

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=58410&provenance=zop.couverture

http://209.85.135.104/search?q=cache:uHaccpWP_AEJ:www.biographie.net/Emmett-Till+Emmett-Till+1955&hl=fr&ct=clnk&cd=124&gl=fr&lr=lang_fr

Making Of :     



[1] Rosa Parks, née en 1913 à Tuskegee, Alabama, fut arrêtée par la police du comté de Montgomery (Alabama). Son interpellation entraîna un puissant mouvement de protestation, au-delà du boycottage des transports en commun. Elle devient un vivant symbole de la lutte pour l'égalité civique en 1955. Issue d’une famille militant contre la ségrégation raciale, Rosa Parks, devenue couturière, milita avec son mari dans la N.A.A.C.P., association pour l'émancipation des Noirs américains. 

   If You Miss Me from the Back of the Bus
SNCC Freedom Singers, Woodson Regional Library, Chicago,10 Nov 2007

If you miss me at the back of the bus
You can't find me nowhere
Oh come on over to the front of the bus
Because I'll be riding up there
I'll be riding up there, I'll be riding up there
Come on over to the front of the bus
Because I'll be riding up there

If you miss me on the picket line
You can't find me nowhere
Come on over to the city jail
Because I'll be rooming over there
I'll be rooming over there
I'll be rooming over there oh
Come on over to the city jail
Because I'll be rooming over there

If you miss me at the Mississippi river
You can't find me nowhere
Come on over to the swimming pool
Because I'll be swimming over there
I'll be swimming over there, over there
I'll be swimming right there
Come on over to the swimming pool
Because I'll be swimming over there

If you miss me in the cotton fields
You can't find me nowhere
Come on over to the boating booth
Because I'll be a boating right there
I'll be boating right there, right there
I'll be boating right there
Well come on over to the boating booth
Because I'll be boating right there.

Le Back of the bus signé par Carver Neblett, magnifié par Harry Belafonte a évoqué la ségrégation dans les bus de Montgomery : «Si tu ne me trouves pas à l’arrière du bus/et que tu ne me trouves nulle part / viens donc à l’avant du bus / c’est bien là que je serai / viens donc à l’avant du bus / c’est là que je voyagerai ». « Si tu ne me trouves pas dans les champs de coton/ si tu me trouves nulle part/ viens donc au bureau de vote/ j’y serai en train de voter. »


La photo de Rosa Parks, décédée en 2005, figure dans un livre très impressionnant, « Présumés coupables » aux Editions de la Martinière (2008). Elle est une des 270 personnes, hommes et femmes qui quelques heures ou quelques jours après leur arrestation, sont passés devant l’objectif. Ce fut en quelque sorte leur premier tribunal, celui qui a fixé à jamais leur regard.

Par ailleurs, Rosa Parks (un collège porte son nom en France, à Gentilly, région parisienne) est une des « Femmes de notre temps », une exposition (jusqu’au 1er février 2009) à Washington qui rassemble 90 portraits de femmes américaines qui ont marqué le XX e siècle.

De Helen Keller à Judy Garland, de la première élue au Congrès jusqu’à la première millionnaire noire.  Helen Keller fut cette extraordinaire et surdouée militante des droits des handicapés, sourde, muette et aveugle, posant en 1909 à 29 ans, un livre en braille sur les genoux et une rose dont elle sent le parfum dans la main.

Puis ce sont, entre autres, Bessie Smith – photographiée l’année de sa mort dans un accident de voiture –, Billie Holiday ou Ella Fitzgerald, Isadora Duncan, Joan Baez, Janis Joplin, Marilyn Monroe, etc...

Margaret Sanger, immortalisée en 1917, est une militante féministe, qui a inventé, au prix de la prison et de tracasseries judiciaires, les cliniques du planning familial. Pour souligner le sérieux de cette exposition, si besoin était, figure aussi parmi ces 90 portraits l’Américaine Julia Child, championne de la vulgarisation de la cuisine française aux États-Unis, qui trône au milieu des saucissons d’un magasin d’alimentation.

[2] John Edgar Hoover, le patron du FBI, avait commencé à s'intéresser à MLK dès 57, alors que le Pasteur militait au sein de la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) qu'il venait de créer à la suite du mouvement de boycottage des bus de Montgomery.  On peut consulter, en anglais :http://www.thememoryhole.org/2008/09/fbi_mlk_file/  soit la (presque) totalité du dossier secret du FBI sur Martin Luther King. 16.659 pages, d'un poids total de 640 Mo...

[3] Il aura fallu attendre le 30 juillet dernier pour que la Chambre des représentants  vote une résolution d’ « excuses » pour l’esclavage (1607-1865, dates officielles) et les lois racistes. Il n’existe pas aux USA de musée de l’esclavage. Une initiative de 1992  n’a toujours pas abouti. Comme le rappelle Philippe Grangereau (Libération, 21 octobre 2008), « Symbole de la démocratie avec La Liberté coiffant sa coupole blanche, le Capitole achevé en 1811 a été construit par des esclaves noirs  et des Afro-américains « volontaires ».

[4] « Tribute to Emmett Till » : Ernest Dawkins, saxophoniste et compositeur de Chicago, a présenté le 1er février dernier au dernier festival Sons d’hiver le troisième volet d’une trilogie sur l’histoire du Mouvement pour les droits civiques. Sons d’hiver, le festival du département du Val-de-Marne (Ile de France ), entretient des relations privilégiées avec des groupes de musiciens afro-américains qui continuent d’explorer des territoires découverts par les grands innovateurs des années 1960-1970. Parmi eux, les membres de l’AACM chicagoane (Association  for the Advancement of Creative Musicians) , pour qui la recherche d’avant-garde passe par la récupération et l’enseignement de toute l’histoire des musiques afro-américaines. En 2004, Sons d’hiver avait invité une de ses chevilles ouvrières, Ernest Dawkins, à créer une trilogie consacrée à l’histoire du Mouvement pour les droits civiques : celui-ci proposa dans un premier temps un hommage aux « Sept de Chicago », militants noirs jugés lors d’une parodie de procès en 1969. Il revint avec ses douze complices en 2006 pour évoquer cette fois Fred Hampton, du Black Panther, assassiné par la police en 1969.

"UnTill Emmett Till"

Ernest Dawkins, Velvet Lounge nightclub, january/janvier 2008

Cette année, Dawkins & Chicago 12 ont présenté le dernier tableau de ce triptyque : une pièce consacrée à Emmett Till. Ernest Dawkins, pur produit de l’AACM, est un militant : il enseigne dans des écoles publiques et entend donner à son travail musical une dimension politique. Il est  aujourd’hui un des meilleurs défenseurs de la Great Black Music aux États-Unis.

[5] Ici il faudrait raconter la vie brève et mouvementée de Robert Johnson, bluesman noir (pléonasme, redondance), chanteur guitariste, né à Hazlehurst, Mississipi, mort (empoisonné lors d’une affaire privée ? ) près de Greenwood. C’était en 1938, il avait 27 ans. Si un jour vous rencontrez Martin Scorsese, demandez-lui qu’il vous parle de la légende de Robert Johnson.   

[6]  Le père d’Emmett s’appelait Louis. Louis Till.   http://www.amnistia.net/biblio/litter/coursmartiales_0810.htm.  Roger Martin, 27 août 2008). Incorporé en mars 1943, Louis Till servait en Italie lorsqu'il fut arrêté avec un complice et accusé du viol de deux femmes et du meurtre d'une troisième. Condamné à mort par une cour martiale, il fut pendu en juillet 1945, après quelques semaines de détention dans le camp de rétention d'Aversa, près de Pise, où il côtoya le poète Ezra Pound, qui l’évoquera aux vers 171-173 du Chant 74 de ses Cantos: « Till a été pendu hier/pour meurtre et viol et barbarie… ». Au moment de l'exécution, Till était divorcé de Mamie Cathan Mobley. Les autorités se contentèrent de l’informer que la mort de son ex-mari était « consécutive à une faute volontaire ». La vérité, elle ne l'apprendra que plus de dix ans plus tard lors du simulacre de procès des assassins de son fils.

Une violente campagne du Ku Klux Klan avait marqué l’époque du « procès », révélant l’affaire de Till père. On ne sut pas à l'époque d'où le K.K.K. tenait cette information classée secrète. Il faudra attendre la décennie suivante pour apprendre que la fuite provenait du sénateur James Oliver Eastland. Démocrate du Sud, ségrégationniste et antisémite avoué, dont l'Histoire a retenu qu'il avait affirmé au président Johnson que les marcheurs de la liberté, Schwerner, Chaney et Goodman, assassinés le 21 juin 1964, « étaient tranquillement repartis à Chicago après avoir semé la merde ».

Après l'assassinat d’Emmett, une enquête parallèle à celle de la police raciste sera menée par la N.A.A.C.P et son représentant le plus éminent dans la région, Medgar Evers, présent donc sur les lieux. Ironie du sort? Non. Celui-ci sera assassiné à son tour en juin 1963, par un homme qui avait juré sa perte, membre du KKK, nommé Byron de la Beckwith, lequel sera acquitté triomphalement à deux reprises. Il faudra attendre un nouveau procès, en 1994, pour qu'il soit enfin condamné. La mort de Medgar Evers, comme celle d’Emmett Till, suscita une véritable onde de choc et accéléré le processus d'intégration. Tous deux ont été l'objet d'études, de livres, de films, de chansons et de poèmes. 

Who killed Emmett Till ?

Documentary by/Documentaire de
Ray Metoyer
Black Family Channel

Devery Anderson, author of a coming book entitled The Boy Who Never Died: The Saga of the Emmett Till Morder, runs the wwebsite http://www.emmetttillmurder.com/ , which presents itself as the "web's best resource on the Emmett Till's Story".

Devery Anderson, auteur  d’un livre à venir, intitulé The Boy Who Never Died: The Saga of the Emmett Till Murder, anime un site web qui se présente comme “la meilleure source du web sur l’affaire Emmett Till” : http://www.emmetttillmurder.com/

 

Page rédigée et réalisée par/This page was written and redacted by Michel Porcheron & Fausto Giudice, Tlaxcala

URL : http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=es&reference=220