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18/10/2017
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Le Yémen et la militarisation des voies navigables stratégiques : Sécuriser le contrôle US de l’île de Socotra et du golfe d’Aden


AUTEUR:  Michel CHOSSUDOVSKY

Traduit par  Julie Lévesque


Quiconque atteindra la suprématie maritime dans l’océan Indien sera(it) un joueur important sur la scène internationale
Contre-amiral Alfred Thayus Mahan, géostratège de la Marine US (1840-1914)

L’archipel yéménite de Socotra (ou Suqutra) dans l’océan Indien est situé à quelque 80 kilomètres de la corne de l’Afrique et à 380 kilomètres au sud du littoral yéménite. Les îles de Socotra sont une réserve faunique reconnue par l’UNESCO comme patrimoine naturel mondial.
 
Socotra se situe au carrefour des voies navigables stratégiques de la mer Rouge et du golfe d’Aden (voir la carte ci-dessous). L’île est d’une importance cruciale pour l’armée US.
 
CARTE 1 


 
La militarisation des voies maritimes figure parmi les objectifs tactiques de Washington. Cette voie stratégique relie la Méditerranée à l’Asie du Sud-est et à l’Extrême-Orient par le canal de Suez, la mer Rouge et le golfe d’Aden.

Il s’agit d’un important passage pour les pétroliers. Une grande part des exportations industrielles de la Chine vers l’Europe de l’Ouest passe par cette voie navigable stratégique. Le commerce maritime de l’Afrique de l’Est et du Sud vers l’Europe de l’Ouest transite également à proximité de Socotra, par le golfe d’Aden et la mer Rouge (voir la carte ci-dessous). Une base militaire à Socotra pourrait être utilisée pour superviser le mouvement des navires, dont les navires de guerre entrant et sortant du golfe d'Aden.

« L’[océan] Indien est un couloir maritime majeur reliant le Moyen-Orient, l’Asie de l’Est et l’Afrique avec l’Europe et les Amériques. Il possède quatre voies d’accès cruciales facilitant le commerce maritime international, à savoir le canal de Suez en Égypte, Bab-el-Mandeb (longeant Djibouti et le Yémen), le détroit d’Ormuz (longeant l’Iran et Oman) et le détroit de Malacca (longeant l’Indonésie et la Malaisie). Ces « points d’étranglement » sont primordiaux pour le commerce mondial du pétrole puisque d’énormes quantités de pétrole passent par ceux-ci. » (Amjed Jaaved, A new hot-spot of rivalry, Pakistan Observer, 1er juillet 2009)
 
 


 
Puissance maritime
 
D’un point de vue militaire, l’archipel de Socotra est un carrefour maritime stratégique. De plus, à la sortie est du golfe d’Aden, l’archipel s’étend sur une zone maritime relativement grande, de l’île d’Abd al Kuri jusqu’à l’île principale de Socotra (voir la carte 1 ci-dessus). Cette zone maritime de transit international se trouve dans les eaux territoriales yéménites. Le but des USA est de maintenir l’ordre sur toute la voie maritime du golfe d’Aden à partir des littoraux du Yémen et de la Somalie. (Voir carte 1)
 
Socotra se situe à quelque 3000 km de la base navale US de Diego Garcia, l’une des plus grandes installations militaires des USA à l’étranger.
 
La base militaire de Socotra
 
Le 2 janvier 2010, le président Saleh et le général David Petraeus, commandant du l’US Central Command se sont rencontrés derrière des portes closes pour des discussions de haut niveau.

La rencontre Saleh-Petraeus a été simplement présentée par les médias comme une réaction opportune à l’attentat à la bombe de Noël déjoué à Détroit à bord du vol 253 de Northwest. Cette rencontre avait apparemment été planifiée sur une base ad hoc comme moyen de coordonner les initiatives de contre-terrorisme dirigées contre Al-Qaida au Yémen, incluant « l’utilisation (de) drones US et de missiles sur le territoire du Yémen ».

Toutefois, plusieurs reportages ont confirmé que les rencontres Saleh-Petraeus visaient à redéfinir l’engagement militaire des USA au Yémen, y compris par l’établissement d’une base militaire à part entière sur l’île de Socotra. Le président du Yémen, Ali Abdullah Saleh, aurait « cédé Socotra aux USA qui y construiraient une base militaire, en soulignant que les représentants US et le gouvernement yéménite s’étaient entendus pour l’établissement d’une telle base à Socotra afin de contrer les pirates et Al-Qaida » (Fars News 19 janvier 2010)
 
Le 1er janvier, un jour avant les rencontres entre Saleh et Petraeus à Sanaa, le général Petraeus a confirmé en conférence de presse à Bagdad que l’« assistance à la sécurité » au Yémen allait plus que doubler, passant de 70 millions à plus de 150 millions de dollars, ce qui représente une augmentation multipliée par 14 depuis 2006. (Scramble for the Island of Bliss: Socotra!, War in Iraq, 12 janvier 2010. Voir aussi CNN 9 janvier 2010, The Guardian, 28 décembre 2009).
 
Ce doublement de l’aide militaire au Yémen a été présenté à l’opinion publique mondiale comme étant une réaction à l’incident de Détroit, prétendument ordonné par les opérateurs d’Al-Qaida au Yémen.
 
Les médias US ont décrit la construction d’une base aérienne sur l’île de Socotra comme faisant partie de la « guerre mondiale au terrorisme » :
 
« Parmi les nouveaux programmes, MM. Saleh et Petraeus se sont mis d’accord pour permettre l’utilisation d’aéronefs US, possiblement des drones, ainsi que des "missiles maritimes", tant que les opérations sont approuvées au préalable par les Yéménites, selon un haut représentant du Yémen ayant requis l’anonymat lorsqu’il abordait des sujets délicats. Des représentants US disent que l’île de Socotra, à 200 miles au large de la côte du Yémen, sera renforcée. Sa petite piste d’atterrissage (sous la juridiction de l’armée du Yémen) sera transformée en une base complète afin de soutenir le programme d’aide élargi, ainsi que pour combattre les pirates somaliens. Le général Petraeus tente également de fournir de l’équipement de base aux forces yéménites, tel que des humvees avec protection additionnelle et si possible plus d’hélicoptères » (Newsweek, 18 janvier 2010, c’est l’auteur qui souligne) 
 
 

Piste d’aviation et aéroports actuels

 
Installation navale US ?
 
Cependant l’installation militaire US de Socotra que l’on propose ne se limite pas à une base aérienne. Une base navale a aussi été envisagée.
 
Le développement de l’infrastructure navale de Socotra était déjà en cours de réalisation. À peine quelques jours (29 décembre 2009)  avant les discussions entre MM. Petraeus et Saleh (2 janvier 2010), le cabinet yéménite a approuvé un prêt de 14 millions de dollars aux USA venant du Kuwait Fund for Arab Economic Development (Fonds koweitien pour le développement économique arabe, KFAED), en appui au développement du projet de port maritime à Socotra.
 
CARTE 3
   

Le Grand Jeu
 
L’archipel de Socotra relève du Grand Jeu opposant la Russie et les USA.
 
Durant la guerre froide, l’Union Soviétique avait une présence militaire à Socotra, qui faisait partie à l’époque du Yémen du Sud.
 
Il y a à peine un an, les Russes ont repris les discussions avec le gouvernement du Yémen concernant la création d’une base navale sur l’île de Socotra. Un an plus tard, en janvier 2010, dans la semaine suivant la rencontre Petraeus-Saleh, un communiqué de la Marine russe « a confirmé que la Russie n’abandonnait pas ses plans d’ avoir des bases pour ses navires […] sur l’île Socotra. » (DEFENSE and SECURITY (Russie), 25 janvier 2010)
 
Les discussions entre MM. Petraeus et Saleh le 2 janvier 2010 ont joué un rôle crucial dans la diminution des ouvertures diplomatiques de la Russie au gouvernement du Yémen.
 
L’armée US a l’œil sur l’île de Socotra depuis la fin de la guerre froide.
 
En 1999, Socotra a été choisie « comme site sur lequel les USA prévoyaient de construire un système de renseignement électromagnétique […] ». Les médias de l’opposition yéménite ont rapporté que « le gouvernement du Yémen avait accepté de permettre à l’armée US d’accéder à la fois à un port et à un aéroport sur Socotra ». Selon le quotidien de l’opposition Al-Haq, « un nouvel aéroport civil construit sur Socotra pour promouvoir le tourisme avait été construit conformément aux spécifications militaires des USA ». (Pittsburgh Post-Gazette (Pennsylvania), October 18, 2000)
 
La militarisation de l’océan Indien
 
La construction d’une base militaire US à Socotra relève d’un processus élargi de militarisation de l’océan Indien. Ce dernier consiste à intégrer et relier Socotra à une structure existante, ainsi qu’à renforcer le rôle clé que joue la base militaire de Diego Garcia dans l’archipel des Chagos.
 
Le géostratège et contre-amiral de la Marine US Alfred T. Mahan avait suggéré avant la Première Guerre mondiale que « quiconque atteindrait la suprématie maritime dans l’océan Indien serait un joueur important sur la scène internationale” (Indian Ocean and our Security)
 
Dans les écrits du contre-amiral Mahan, c’est le contrôle stratégique par les USA des grandes voies maritimes océaniques, plus particulièrement de l’océan Indien, qui était en jeu : « Cet océan est la clé des sept mers du 21e siècle : le destin du monde se décidera dans ces eaux. »
 
CARTE 4
 
 


Source originale : Global Research- Yemen and The Militarization of Strategic Waterways, Securing US Control over Socotra Island and the Gulf of Aden


Source de cette traduction :
mondialisation.a

Article original publié le 7/2/2010

Sur l’auteur

Julie Lévesque  est une collaboratrice du Centre de recherche sur la Mondialisation, un partenaire  de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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PAIX ET GUERRE: 15/02/2010

 
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