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22/10/2017
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Un crime impuni

13 février 1945: l’enfer de Dresde – Retour sur les bombardements alliés


AUTEUR:  Brigitte QUECK

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


Du 13 au 15 février 1945 le Grand Dresde a été la cible de quatre vagues d’attaques aériennes de la Royal Air Force (RAF) et des United States Army Air Forces (USAAF), qui ont causé la mort de 18 000 à 25 000 êtres humains.-Tlaxcala

Les crimes commis contre la population civile, que ce soit à Coventry, Leningrad, Dresde, Pristina, Kaboul ou Bagdad, constituent toujours et partout des crimes contre l’humanité. Les procès de Nuremberg, en 1945 refuseront explicitement d’en excuser quelque État que ce soit, y compris les USA. (voir : Des crimes commis contre la population civile : R. Jackson, Juge suprême et Procureur général US pour les Procès de Nuremberg). Il semble inexact que, durant la Deuxième guerre mondiale, Dresde aussi ait abrité des usines d’armement, ce qui semble pas correspondre à la vérité. Si l’on interroge les survivants ou que l’on observe des photos de Dresde après les bombardements, on constate que les rares usines d’armement ont échappé aux bombes!!! Après le déchaînement d’indignation provoqué par la destruction totale de ce monument culturel mondial qu’était Dresde, des rumeurs mensongères ont soudain accusé les Russes d’avoir donné leur accord.

Les protocoles des rencontres de Malte et de Yalta établissent tout autre chose !

De plus : le nom choisi par les Usaméricains pour désigner l’attaque atomique qu’ils projetaient sur une ville allemande encore intacte était le même que celui de l’attaque aérienne sur Dresde.

Que se serait-il passé si les Russes n’étaient pas arrivés ?

Walter Weidauer, le premier maire de Dresde après la guerre, a écrit en 1983 un livre intitulé « Inferno Dresden » (« L’enfer de Dresde »).

Un enfer qu’il avait vécu personnellement. Il écrit dans son livre :

On avait prévu trois attaques aériennes sur Dresde : deux bombardements très lourds par la Royal Air Force et un autre, de jour, par les bombardiers US. Les deux attaques de nuit devaient se produire à un intervalle de 3 heures maximum et la deuxième fois on devait larguer essentiellement des bombes explosives pour tuer un maximum de sauveteurs et de gens combattant les incendies et empêcher les fugitifs de quitter la ville. Un plan véritablement diabolique.

Les forces progressistes du monde entier ayant protesté contre cet acte de barbarie, les gens au pouvoir aux USA et en Angleterre, tentèrent de rejeter la faute sur d’autres.

Le 11 février, le Département d’État déclara que le bombardement qui avait anéanti Dresde avait eu lieu pour répondre aux demandes soviétiques de soutenir leurs troupes par des attaques aériennes, après avoir été décidé en commun avec les Soviétiques.

Or jamais aucun document ne confirmant ces billevesées n’a été produit où que ce soit. Bien au contraire. Les protocoles des séances réunissant les chefs d’État-major britanniques et usaméricains à Malte puis Yalta prouvent clairement qu’après des protestations de la part des Russes ils ne voulaient en aucun cas être liés par un accord avec l’Union soviétique   lorsqu’ils ont réduit en cendres et en poussière les villes d’Allemagne orientale et centrale !!

Le commandant en chef du Premier front d’Ukraine, le maréchal I. Konev, a écrit à ce sujet une lettre à l’auteur dans laquelle il assurait :

« Je peux prendre la responsabilité de déclarer que les bombardements et la destruction de Dresde en février 1945 n’ont aucun rapport avec les opérations militaires soviétiques. La destruction barbare de la ville n’a en rien aidé nos troupes, même plus tard, lorsque nous sommes arrivés à proximité immédiate de Dresde,  car Dresde n’était pas une forteresse, elle n’abritait ni objectifs militaires ni objectifs industriels particulièrement importants et n’hébergeait pas non plus de troupes fascistes importantes. À cette époque, elle était pleine à craquer de réfugiés. Dresde n’avait donc aucune importance militaire, politique ou économique qui aurait exigé sa destruction. »

Dans le cas de  Dresde le haut commandement soviétique a même été littéralement trompé pour dissimuler  les intentions des troupes alliées. Il est en effet établi que le chef du département de l’Air de la mission militaire usaméricaine à Moscou, le général Edmund W.Hill,  a déclaré  le 12 février à l’État-major soviétique que la huitième flotte aérienne attaquerait le 13 février les gares de triage de Dresde et Chemnitz. Pour des raisons météorologiques, cette attaque avait dû être ajournée.

Comme il ressort des archives de la ville de Dresde ainsi que du livre de David Irving « La destruction de Dresde », l’État-major soviétique n’a même pas été informé que ses alliés  projetaient des bombardements massifs sur Dresde et ses alentours!

Peu avant l’anniversaire du bombardement, j’ai reçu une lettre de Gerd Hommel qui en avait été le témoin:

«J’ai vécu moi-même la nuit des bombardements et le gigantesque incendie et j’y ai survécu. J’habitais près de l’usine d’armement Sachsenwerk et n’aurais eu aucune raison d’avoir peur. Aucune des usines d’armements n’a été détruite, mais bien le centre-ville avec son noyau historique, le quartier ouvrier de Johannstadt et d’autres centres civils comme les alentours de la Rue de Prague. »

Un autre témoin oculaire, Christa Nikusch, âgée à l’époque de 12 ans et aujourd’hui membre de l’association „Mütter gegen den Krieg Brandenburg“(« Mères brandebourgeoises contre la guerre ») raconte ses souvenirs :

« Quand nous avons été bombardés j’étais au cirque Sarasani, un chapiteau soutenu par 12 mâts. Ce chapiteau a été bombardé lui aussi. J’ai eu la chance d’être tout près de la sortie. Paniquée, j’ai couru en direction de l’école du bord de l’Elbe qui à l’époque servait d’hôpital. Lorsqu’elle a été  elle aussi bombardée, je me suis assise sous un saule pleureur au bord de l’Elbe. C’est là que j’ai assisté au deuxième bombardement. Une écuyère du cirque qui avait comme moi survécu à l’attaque était justement en train de faire boire quelques chevaux. Ni elle ni ses bêtes n’ont survécu à la deuxième attaque. Tant de bombes incendiaires étaient tombées sur la ville que l’Elbe était presque bouillante, et les gens qui s’y jetaient pour éteindre leurs vêtements en feu  ne pouvaient même pas y trouver de fraîcheur. Épuisée, j’avais fini par m’endormir, mais quelques heures plus tard j’ai à nouveau entendu vrombir des avions au-dessus de ma tête. Cette fois-ci ils volaient en rase-mottes et fauchaient tout ce qui bougeait. Mes frères et sœurs aînés ont aidé pendant plusieurs jours, après les bombardements, à évacuer les débris et brûler les cadavres sur la place du Vieux Marché.

Ma famille qui avait comme moi survécu à l’enfer de Dresde sait  que plus tard, lorsqu’on a commencé à compter les victimes le nombre des gens qui ont brûlé dans les caves qui servaient d’abris antiaériens n’a pu être qu’estimé. »

Il est intéressant de noter que le nom de « Coup de tonnerre », choisi pour l’emploi d’une bombe atomique contre une ville allemande encore épargnée (pour mieux juger de ses effets, selon les termes des Alliés) portait le même nom que les bombardements de Dresde (Leslie R. Groves „Now it can be told” (Maintenant on peut le dire) p.184)

Aujourd’hui, les questions suivantes se posent à ce sujet:

1.    Que serait-il advenu de Dresde et de l’Allemagne, si la bombe atomique usaméricaine avait été opérationnelle plus tôt ?

2.    Les Anglais et les Américains  auraient-ils utilisé cette bombe avant que les troupes soviétiques n’investissent la ville ?

 Comme peu après la fin de la guerre les USA ont utilisé cette bombe sans aucun scrupule contre les populations civiles d’Hiroshima et Nagasaki, peut-on être sûr qu’ils n’auraient pas fait de même en Allemagne si les Russes n’avaient pas progressé aussi rapidement ?

Et leur allié russe ?

Qu’on se souvienne de ce que Churchill écrivait dans ses Mémoires du premier État ouvrier et paysan, qu’ en vérité il haïssait :

« Autrefois j’avais fait bien des efforts pour l’étouffer dans l’œuf ... » (W. Churchill, La Deuxième guerre mondiale, Stuttgart et Berne)

Note à tous ceux qui croient encore que les bombardements des villes allemandes ont servi à renverser l’État fasciste allemand : Au moment des bombardements les troupes soviétiques étaient presque arrivées à Berlin !!!

C’était donc à elles que les Alliés adressaient certaines menaces pour les mettre en garde, dont les bombes de Hiroshima et Nagasaki !!!

Ces massacres absurdes et barbares de populations civiles, perpétrés peu avant la fin de la guerre étaient une démonstration de force des Alliés à l’adresse de l’Union soviétique, en soulignant d’une manière « à l’épreuve des bombes »  qu’après la capitulation de l’Allemagne et la libération des États soumis au joug fasciste certains avantages leur revenaient de droit !

Pour étayer cette affirmation je voudrais rappeler que peu après la défaite du fascisme en Europe, œuvre essentiellement des héroïques troupes soviétiques, et le jugement des principaux criminels de guerre à Nuremberg, les Alliés ont repris contact avec ces mêmes nazis allemands qu’ils avaient jusque-là combattu et n’ont pas vu le moindre inconvénient à ce qu’ils accèdent à des postes élevés, voire les plus élevés, de la République fédérale.

Bien au contraire : soudain l’on avait pris conscience d’avoir un ennemi commun : la Russie soviétique. Désormais les Alliés, entrés dans la Guerre froide, combattaient aux côtés de leurs ex-ennemis contre leur ex-allié, l’Union soviétique et ont travaillé au sein de l’OTAN qu’ils venaient de créer  à jeter à bas le socialisme. Et même on a développé en commun des projets visant à anéantir par un bombardement nucléaire les villes soviétiques d’importance.

Seule la puissance militaire soviétique et son accession à l’arme nucléaire a empêché les Alliés et la RFA, désormais leur alliée, de réaliser ces projets, puisqu’ils risquaient en cas d’attaque une contre-attaque nucléaire soviétique.


Source : 13. Februar 1945: Inferno Dresden- Zum Jahrestag der Flächenbombardements

Article original publié le 12/2/2010

Sur l’auteur

Brigitte Queck est une collaboratrice de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, la traductrice, le réviseur et la source.

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PAIX ET GUERRE: 16/02/2010

 
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