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24/10/2017
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La Première Guerre mondiale des mots

Le journal The Observer, Israël et le langage de la guerre


AUTEUR:  Ibrahim HEWITT

Traduit par  Isabelle Rousselot. Édité par Fausto Giudice


 L’auteur de l’éditorial du journal The Observer du 21 février (Israel can accelerate peace by exercising restraint, "Israël peut accélérer le processus de paix en faisant preuve de modération") devrait vraiment être blâmé pour le langage utilisé. En cherchant à analyser la situation en Israël-Palestine, l'auteur tombe dans une terminologie qui illustre les difficultés à discuter de cette question de manière non partisane. Être pointilleux sur l'utilisation d'une terminologie n'est pas seulement une question de sémantique car cela peut révéler et révèle une façon de penser sous-jacente. Nulle part ailleurs le vieux dicton « Le terroriste de l'un est le combattant de la liberté de l'autre » ne trouve de meilleure application que dans les discussions au sujet du conflit sur la Terre sainte.

The Observer affirme qu' “Israël et les Palestiniens se trouvent dans un état de guerre perpétuelle”, il est donc certainement excessif et erroné pour l’auteur de renvoyer par la suite, dans le même article, aux “terroristes” palestiniens. Les guerres ont des combattants des deux côtés mais la narration menée par les Usaméricains depuis le 11 septembre - avec la “guerre contre le  terrorisme”- a brouillé la distinction au point que c’est maintenant acceptable - et même de rigueur- de qualifier de terroriste, toute personne qui se bat contre l’hégémonie occidentale. Il est surprenant qu’un journal comme The Observer tombe dans cette supercherie. Il est tout aussi surprenant que le conflit entre les occupants israéliens et les Palestiniens occupés soit en fait décrit comme une “guerre perpétuelle”, laissant supposer qu'il s'agit d'une confrontation conventionnelle entre deux camps ayant des capacités militaires équivalentes ; ce qui n’est pas le cas et les deux États ne sont pas égaux. Israël est un État nucléaire avec une armée équipée de la technologie la plus moderne imaginable. Les Palestiniens sont une population largement civile ; même un futur État palestinien, si Israël en concocte un à sa manière (ce qu’il fera sans aucun doute), se verra interdire d’avoir sa propre armée, à part des forces de “sécurité” légèrement armées dont la tache est et  demeurera, selon les accords d’Oslo, d'assurer la sécurité d’Israël avant toute chose.

La résistance contre l'occupation militaire est, bien entendu, entièrement légitime et pourtant The Observer qualifie une telle résistance de « terrorisme » suivant la doctrine de Sharon dans sa totalité. Car c'est Ariel Sharon qui dans un acte d'opportunisme a déclaré au lendemain du 11 septembre : « Maintenant le peuple américain sait ce que nous (en Israël) avons enduré. » Dites quelque chose de manière assez forte et pendant assez longtemps et les gens se mettent à vous croire, d'autant que la majorité des médias jouent leur rôle à la perfection.

« Le moyen le plus sûr pour accélérer la paix est qu'Israël se libère du cycle contre-productif de la force extrême et se tourne vers la légitime défense », écrit The Observer. Voici le point crucial : Israël occupe une terre et quand les gens qui y habitent résistent à l'occupation, Israël utilise la « légitime défense ». Et voici la justification pour le mur d'apartheid qui coupe la terre palestinienne ; les postes de contrôle, les couvre-feux, les laissez-passer, le blocus, les démolitions de maisons, la dépossession, les assassinats : tout cela fait partie de la « légitime défense » d'Israël. Le péché originel de l'occupation est ignoré ou oublié, c'est devenu « la réalité du terrain », une de ces phrases obscènes qui, comme le « dommage collatéral », tourne en dérision la législation internationale et la justice la plus basique.

Même si Israël devait se « libérer du cycle contre-productif de la force extrême » comme le réclame The Observer, pourquoi cela « placerait-il les voisins d'Israël dans l'obligation de normaliser les relations » ? Pourquoi un État qui se respecte voudrait-il normaliser ses relations avec un « pouvoir occupant un territoire controversé »? L'État d'Israël a effectivement « les leviers pour effectuer des changements sur le terrain qui permettraient d'avancer, de façon immédiate, vers une résolution du conflit ». Israël pourrait arrêter cette occupation et ainsi éliminer les terrains de résistance, remettant aux « voisins d'Israël le devoir de normaliser les relations » avec un degré de supériorité morale et légale qui a manqué totalement jusqu'à présent. Si rien ne se produit du côté d'Israël, rien d'important n'arrivera.

La dernière phrase de l’éditorial de The Observer indique que l'auteur a adopté – je devrais être généreux et dire que c'est de façon inconsciente – une mentalité où ce sont les Palestiniens et leurs droits qui sont perçus comme le cœur du problème et non pas l'occupation israélienne. « La communauté internationale doit agir pour donner (à Israël) la confiance pour  trouver un compromis. » Comment peut-on penser, et de manière logique, que la fin d'une occupation militaire illégale et de la colonisation d'une terre occupée puisse constituer un « compromis » ? La communauté internationale devrait insister – avec des sanctions et des boycotts si nécessaire – afin qu'Israël remplisse ses obligations conformément aux lois internationales et aux conventions. De telles obligations ne peuvent et ne doivent pas être placées sur la table des négociations comme des éléments de discussion et de « compromis ».

Le langage est d'une importance primordiale lorsque la discussion porte sur des questions sensibles, il est donc important d'être précis. Israël a une campagne de hasbara (propagande) bien assise et, peu importe que cet éditorial soit bien intentionné, du fait de la terminologie utilisée, il tombe dans la catégorie hasbara. Aucune excuse n'est acceptable pour un journal de la qualité de The Observer.


 Pour lire d'autres articles de cette Première guerre mondiale des mots, cliquez ici 

La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.

Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.


Source : The Observer, Israel and the language of war



Article original publié le 21/2/2010

Sur l’auteur

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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LES FICHES DE TLAXCALA: 05/03/2010

 
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