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21/10/2017
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Dette publique : des cochons saignés à blanc


AUTEUR:  Elmar ALTVATER

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


La moitié de l’Europe tape sur la Grèce et autres États ultra-déficitaires. Les banques, elles, ne peuvent que s’en réjouir.

La crise financière des banques privées s’est transformée en crise fiscale des États souverains. Dans le Nord de l’Europe c’est la spéculation bancaire effrénée qui a presque mis en faillite les 300 000 Islandais. C’est l’État qui a affranchi les banques de leurs pertes dues à la spéculation. Ce ne sont plus les banques, mais les États qui sont lourdement endettés, et ce sont les citoyen-ne-s qui paieront la note. Un référendum devrait leur permettre de s’y refuser. 

Dans le Sud de l’Europe, en Grèce, ce ne sont pas des banques grecques, mais les Global Players (« joueurs mondiaux») allemands,usaméricains, britanniques et suisses qui  ont financé la dette sans cesse croissante de l’État grec. Goldman Sachs et autres membres de la « banking community » internationale l’ont  aidé à s’endetter toujours plus.  Pourquoi au juste ? Parce que l’État grec s’arrangeait pour que le revenu national grec soit constamment détourné au profit du service de la dette qui alimente les caisses de ses créanciers dans les centres de la finance mondiale. 

Un peu trop petit

L’endettement des États est une affaire juteuse pour les banques et leur suite, d’agences de notations, consultant(e)s et avocat(e)s. On titrise les créances, on en fait des liasses de valeurs structurées  et on les commercialise sur les marchés mondiaux avec grand profit. Les tenanciers des places boursières  annoncent des milliards de bénéfices. Et les citoyen-ne-s ordinaires se demandent d’où pleut tout cet argent, après les lourdes pertes liées à la crise financière, qui leur coûte des milliards d’euros ? La réponse, c’est : de Grèce, pauvre idiot, même si ce n’est pas seulement de Grèce. Ce pays dont le PIB ne représente que de 2,5% du PIB européen serait un peu trop petit.

Mais il y a d’autres petits cochons à saigner, les PIGS (acronyme officieux  des États d’Europe du Sud : le Portugal, l’Italie, la Grèce  l’Espagne) et  quelques autres de par le monde. Sans leur endettement le mode profitable sur lequel fonctionnent les banques ne pourrait exister. Les titres émis par l’un représentent les dettes de l’autre. C’est tout simplement une mécanique de balance actifs/passifs. Pour que les titres conservent leur valeur, il faut toutefois que le service de la dette soit assuré. Sinon les actifs deviennent toxiques.  Et c’est la panique dans « le jeu boursier de la bancocratie moderne » (disait Karl Marx il y a 150 ans ) si l’on se met à douter du bon fonctionnement de ce service, et certains médias en font des crises d’hystérie, comme le magazine munichois Fokus, pour qui la Grèce est en déclin depuis 2000 ans. C’est pourtant le grand mot des agences de notation privées. Elles baissent la notation et désormais les banksters peuvent appliquer au taux d’intérêt de la dette publique un supplément-risque, le « spread ». Ce risque augmente les bénéfices des banques.  À l’opposé, la charge de la dette publique augmente.

Comme naguère en Argentine

La dette publique est donc la matière première d’où les banques tirent leurs profits - tant que les États peuvent payer. Le service de la dette est mieux garanti par les États que par les débiteurs privés, car seuls les États ont le droit de lever des impôts et de réduire les dépenses publiques, le meilleur moyen de les y obliger étant la pression extérieure, soit celle de l’UE, soit  celle  des exigences du FMI : ils diminuent alors les salaires des fonctionnaires, les prestations sociales ou les investissements dans les infrastructures et font baisser les revenus moyens. S’ils rencontrent une résistance, ils ont recours au monopole régalien de la violence en faisant intervenir la police. Les mécanismes du marché propres à la doctrine néolibérale sont alors imposés par la répression.

C’est ce qui déjà produit des centaines de fois dans l’histoire récente de l’économie capitaliste mondialisée. Pourquoi en irait-il autrement en 2010 en Grèce qu’en Argentine en 2001, par exemple ?  Parce que la zone euro exige qu’on  coopère ? Dans ce cas on aurait choisi d’autres règles à Maastricht en 1992, on aurait au moins dû coordonner les politiques sociales et les revenus des États membres. Mais on ne l’a pas fait, et ainsi on a pu voir l’Allemagne, en 2008, dégager à elle seule un excédent commercial de 47 milliards d’euros avec les « PIGS ». C’est cela et d’autres affaires qui ont permis aux banques allemandes de facturer aux les PIGS une dette de près de 550 milliards d’euros  au total, dont 43 milliards pour la seule Grèce.  Les PIGS méditerranéens assurent  donc de solides rentrées  aux banques allemandes.

Des règles porteuses de malheur

Et les banques suisses aussi jouent un rôle. Elles camouflent dans leurs coffres 16,4 milliards d’euros  « noirs » en provenance de Grèce, ce qui explique en partie le déficit de l’État. C’est ainsi que les banques essaient de compenser les pertes qu’elles ont dû inscrire à leur bilan lorsqu’elles ont dû rembourser leurs créances envers d’autres banques d’affaires au moment de la crise financière. Donc ne jetons pas la pierre à la Grèce, car la « bank community » tout entière est sous le même toit de verre.

L’argent « bon marché »  que les caisses publiques et les Banques centrales mettent à la disposition des autres banques, ces dernières l‘utilisent pour acheter les obligations que les États ont dû émettre pour financer le coût démesuré du sauvetage de ces mêmes banques. Maintenant ils ont en poche, au lieu de créances privées sans aucune valeur, des « fonds souverains » solides et peuvent faire de bonnes affaires avec ces nouveaux titres. Ce seront les États, donc en dernière instance les contribuables, qui paieront la lourde addition.

On se croirait dans une tragédie grecque. Tous sont le jouet du Destin -en l’occurrence les marchés financiers - et doivent suivre des règles qui causeront leur malheur. Épauler la Grèce ? On a pu faire quelque chose d’équivalent lors de l’union monétaire des deux Allemagne en juillet 90 parce que la réunification politique a suivi en octobre de la même année ; on a donc pu procéder à un rééquilibrage financier entre l’Est et l’Ouest. Dans l’Europe de Maastricht, fondée peu après, chaque pays est en revanche tributaire des autres et cependant abandonné à lui-même en cas de crise. C’est une faille dans  l’architecture de la « maison Europe » qui peut provoquer son effondrement. Et le Traité de Lisbonne, en décembre 2009, n’a pas corrigé, mais ratifié cette erreur. La tragédie se met en marche.



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Source : 
Schweizer Wochenzeitung (WOZ) -  Öffentliche Verschuldung: Geschröpfte Schweine 


Article original publié le 
4 mars 2010


Sur l’auteur

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=10182&lg=fr

 


EMPIRE: 18/03/2010

 
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