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22/10/2017
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La stratégie de l'Amérique en AfPak : de Bush à Obama – de l'échec à la solution ?


AUTEUR:  Hans-Christof von SPONECK

Traduit par  Isabelle Rousselot. Édité par Fausto Giudice


Le "grand jeu" du 19ème siècle joué par l'Inde britannique et la Russie impériale pour avoir accès à l'Inde et aux eaux chaudes de la Mer d'Arabie, popularisé par Rudyard Kipling, continue. Il y a beaucoup de joueurs mais peu de nouveautés dans le jeu. Sans oublier que la Grande Bretagne a été un des grands participants, notamment dans les Hindu Kush, au début du colonialisme. Ce n'est donc pas surprenant que le gouvernement britannique accueille à Londres, le 28 janvier 2010, une conférence internationale sur l'Afghanistan. Ceci confirme, de façon éloquente, l'intérêt continu des Britanniques pour cette zone géopolitiquement stratégique.

L'implication US dans la région

Quant aux USA, ils ont été relativement peu investis dans la zone durant le 19ème siècle.  Une participation par procuration s'en est suivie au 20ème siècle. Cette présence indirecte des USA a pris la forme de liens entre la CIA et les services de renseignement du Pakistan (Inter-Services Intelligence ou ISI) et a couvert la fourniture d'armes aux moudjahidines afghans pour "donner son Vietnam à la Russie", comme l'a déclaré Zbigniev Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de 1977 à 1981 dans l'administration Carter. Durant le 21ème siècle, suite aux événements du 11 septembre 2001, les USA sont devenus les acteurs principaux de la politique internationale en Afghanistan.

Des cercles de conflit

En 2010, les crises de plus en plus graves en Afghanistan et au Pakistan ont des effets dans une vaste zone géographique. Il y a un cercle extérieur de conflit dans lequel un OTAN dirigé par les USA fait face à une résistance envers sa politique en Afghanistan-Pakistan (l'AfPak) de la part de la Russie et de la Chine qui sont les membres principaux de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). L'OCS est une alliance régionale à laquelle appartiennent la plupart des pays d'Asie centrale et dont l'Inde, le Pakistan, l'Iran et la Mongolie en sont des membres associés.

La doctrine de l'OTAN de 1999 et l'émergence subséquente au grand jour du fait que la sécurité énergétique est un élément primordial de sa politique ont intensifié la confrontation avec la Russie et la Chine. Les deux pays ont fortement rejeté l'encerclement par l'Occident et son ingérence dans ce qu'ils considèrent comme leur sphère d'influence traditionnelle.

Il y a également un cercle intérieur de conflit ayant l'Afghanistan et le Pakistan comme centre. C'est dans ce cercle que les divisions ethniques en Afghanistan et la controverse historique entre l'Afghanistan et le Pakistan sur le « Pachtounistan » déterminent la politique locale et trans-frontalière. Le traité de 1893 entre l'Inde britannique et la Russie Impériale a laissé un héritage en forme de frontière artificielle divisant la communauté parlant le Pachto. Toute administration US ayant à afire avec ce cercle intérieur de conflit doit avoir une connaissance approfondie de ce paysage ethnique.

Compréhension de la situation locale

D'autres circonstances locales et régionales doivent être prises en compte. Parmi celles-ci, il y a la méfiance des dirigeants locaux envers l'autorité centrale à Kaboul, Peshawar et Islamabad. Les autorités pakistanaises à Islamabad n'ont pas oublié qu'au moment de l'indépendance en 1947, la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) voulait opter pour l'Inde plutôt que pour le Pakistan.

Les divisions religieuses entre les Sunnites et les Chiites ont été traditionnellement plus marquées en Afghanistan. Les Chiites de la zone hazara en Afghanistan central, dans la province de Helmand et dans d'autres parties du sud-ouest de l'Afghanistan sont par nature en conflit avec la majorité sunnite de Kaboul. Depuis que l'Iran a étendu son implication dans la zone de l'AfPak, les affrontements entre Sunnites et Chiites ont augmenté au Pakistan.

Le féodalisme, la pauvreté et la corruption (1) ont tous été une partie inhérente de la vie dans la région  AfPak. Ce sont trois éléments qui ont une influence considérable sur les crises d'aujourd'hui dans les deux pays.

L'ONU identifie l'Afghanistan comme un des pays les plus pauvres du monde avec une espérance de vie moyenne de seulement 42 ans, un taux d'alphabétisation des adultes d'environ 28 % et un taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans de 297 sur 1 000. Le tableau dans la zone tribale du Pakistan, le long de la frontière avec l'Afghanistan, n'est pas différent. L'Inde n'a jamais complètement accepté que trois de ses provinces occidentales (le Sindh, le Baloutchistan et la NWFP) et des parties du Penjab lui aient été soustraites en 1947 pour former le Pakistan d'aujourd'hui. Ce qui explique, dans une certaine mesure, l'intérêt que l'Inde a montré depuis lors, en maintenant une fort implantation politique en Afghanistan.

La Chine et la Russie n'influencent pas seulement les développements dans la région AfPak depuis le cercle extérieur mais sont également des joueurs, ouvertement ou non, au sein du cercle intérieur.

Et la mentalité de bazar des États d'Asie centrale vient s'ajouter à la complexité de la crise en AfPak. Pour des raisons monétaires et autres, les gouvernements de ces États sont entrés dans des relations de négociations avec la Russie et les USA et sont ainsi devenus des joueurs imprévisibles et peu fiables dans la région. Les négociations récentes par le Kirghizistan sur la base aérienne de Manas en sont un parfait exemple. La Russie et les USA ont essayé de renchérir et au final, les USA ont fait la meilleure offre de loyer. 

Le monde musulman dans la région, au Moyen-Orient et ailleurs, est opposé aux plans d'expansion des USA. La majorité des gens qui vivent dans la région d'Asie centrale sont de religion musulmane. Ce qui constitue un facteur important que toute administration US ne doit pas oublier. Le président US, Obama, y a sûrement pensé lors de son discours de conciliation adressé aux Musulmans au Caire en juin 2009. Les Afghans comme les Pakistanais auront noté son insistance sur les droits à la liberté religieuse et le développement économique et surtout, l'opinion d'Obama sur le fait qu'aucun système de gouvernement ne devrait être imposé par un pays à un autre.

Un défi difficile pour les USA

Même dans les meilleures circonstances, les USA et leurs alliés font face à de rudes défis pour mettre en application leurs plans en AfPak. Le problème est qu'il n'y a pas de "meilleures" circonstances. Tout d'abord, il existe un manque total de confiance entre la majorité des gens qui vivent dans la région de l'AfPak et l'OTAN dirigé par les USA ainsi que les gouvernements concernés. La coopération secrète s'est changée en confrontation ouverte. Dans la région, personne n'a oublié que les USA ont coopéré avec Oussama Ben Laden et recruté, armé et endoctriné des milices anti-russes. Les amis moudjahidines d'hier sont les ennemis moudjahidines d'aujourd'hui. Dans un entretien de juin 2009 avec l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'ancien président Pervez Musharraf a conclu : "Les US-Américains sont haïs au Pakistan aujourd'hui. Les USA nous ont laissé avec 30 000 moudjahidines qu'ils ont amenés et formés !"

Comme en Irak, le manque de préparation militaire et de formation des USA pour comprendre et gérer la complexité des situations locales explique en grande partie l'échec de l'intervention. Profondément ancré dans la psyché US est la perception que les USA sont invités à faire étalage, à tout moment, d'une gouvernance mondiale dans tous les domaines, par tous les moyens. Malgré une nouvelle rhétorique de l'actuelle administration US, l'impression reste et l'administration Obama n'a pas effacé cette perception. Des éléments de la mentalité US bipartisane du "PNAC" (le "Projet pour un nouveau siècle américain" néolibéral des années 1990) restent visibles et ne sont pas un bon présage pour les développements dans la région de l'AfPak.

Les USA et leurs alliés doivent faire face à différentes complications dans la région de l'AfPak : le terrain vallonné – excellent pour les guérilleros, difficile pour une armée moderne – les lignes d'approvisionnement compliquées impliquant de longues distances et, ce qui a été déjà mentionné, des partenaires peu fiables en Asie centrale.

L'administration Bush dans la région de l'AfPak : l'histoire d'un échec

Suite à l'attaque du 11 septembre 2001 sur les tours jumelles à New York, l'engagement US dans la contre-insurrection clandestine s'est mué en opérations ouvertes de contre-terrorisme en Afghanistan. L'assistance militaire US au Pakistan s'est intensifiée. Les objectifs de l'administration Bush étaient triples : vaincre Al-Qaïda, détruire la base de soutien des Talibans et amener, coûte que coûte, la démocratie en Afghanistan et plus largement au monde musulman. Au delà de ces aspirations générales, le gouvernement US, sous la présidence de George et encore moins pour l' AfPak.

Comme dans le cas de l'Irak, il y a eu cependant beaucoup d'expérimentations tactiques impliquant des déploiements de troupe, le mélange d'opérations militaires et d'aide humanitaire et un soutien demandé aux groupes locaux. Durant ces années, de plus en plus de temps et d'argent ont été investis dans la sécurité des troupes elles-mêmes. La méfiance et la haine de la présence étrangère ont augmenté, particulièrement envers les militaires US. La divulgation d'une information sur le traitement cruel des prisonniers afghans détenus à la base aérienne US à Bagram, l'équivalent US en Afghanistan de Guantanamo, a constitué le combustible du combat contre les troupes US. La récente attaque terroriste au sein de l'avant-poste usaméricain de la CIA, à Khost, près de la frontière afghane pakistanaise, par un membre de l'armée afghane, qui a tué sept employés des renseignements usaméricains et un journaliste canadien, témoigne de la haine qui s'est accumulée contre les envahisseurs étrangers dans le pays . 

Ce qui n'aurait pas du surprendre Washington est la facilité avec laquelle les insurgés parlant le pachto faisaient des allers-retours entre les régions frontalières de l'Afghanistan et du Pakistan. Pour eux, les deux côtés de la frontière sont leurs territoires. La réponse des USA a été de mettre en œuvre des opérations secrètes des Forces Spéciales et d'organiser le déploiement de drones dans la ceinture tribale du Pakistan. Ce qui a élevé les enjeux et accru la complexité de la crise. Les autorités politiques pakistanaises ont toléré à contrecœur, ces incursions US.  Elles en ont été récompensées par une aide financière et un équipement militaire des USA, les deux étant nécessaires pour renforcer l'armée ainsi que le Gouvernement pakistanais contre l'opposition généralisée au Président Asif Ali Zadari et au cabinet du Premier Ministre, Yousaf Raza Gilani. Cette approche US a été le modèle de la coopération entre les USA et le Pakistan pendant des décennies. La seule différence cette fois-ci est dans l'ampleur de la participation US.

La population tant en Afghanistan qu'au Pakistan est devenue de plus en plus hostile face à l'augmentation du nombre des victimes locales. La colère de la population s'est manifestée par des attaques planifiées des centres d'approvisionnement des Nations Unies dans la zone de Peshawar et des convois militaires sur la route entre le Pakistan et l'Afghanistan. Et ce qui complique encore plus le problème, les Services de renseignement du Pakistan, l'ISI, continuent de jouer un double jeu habile en coopérant avec les autorités US ainsi qu'avec les groupes locaux du Nord du Pakistan et de l'autre côté de la frontière, en Afghanistan.

Quel a été le rôle des Nations Unies dans la crise de l'AfPak ? Il n'y a eu aucun débat au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU et seulement une aide humanitaire et un soutien pour la reconstruction nationale  limités de la part de l'ONU. Les Nations Unies et leurs agences se sont occupées activement des populations déplacées des deux côtés de la frontière. Cependant, autant les Nations Unies que les dirigeants de l'OTAN ont loué la coopération entre l'organisme mondial et l'alliance. Kai Eide, le courageux envoyé spécial des Nations Unies en Afghanistan qui va quitter son poste en mars, a déclaré au Conseil de Sécurité de l'ONU en décembre 2009 qu'à son avis, l'Afghanistan déchirée par la guerre était sur le point de devenir ingérable. Au niveau politique, les Nations Unies n'ont fait rien de plus que jouer un rôle de légimitation de la présence de l'OTAN en Afghanistan pendant les années de l'administration Bush. Ce qui n'est pas surprenant puisque le Président Bush n'a jamais té chaud pour le multilatéralisme, pas plus en Irak qu'en Afghanistan.

Une connaissance limitée de la géostratégie du côté de  l'administration US a résulté en de graves sous-estimations de l'influence politique de la Russie et des voisins de l'Afghanistan, comme la Chine, les pays d'Asie centrale et l'Iran. L'administration Bush a pensé de façon simpliste que la supériorité militaire des USA  suffisait à promouvoir la cause en Afghanistan, à répandre le pluralisme dans la région et à marginaliser la Russie. En l'absence d'une stratégie, les USA n'ont que des objectifs politiques limités. Le gouvernement Bush a cherché à augmenter la taille de l'armée et de la police afghanes et d'assurer aux deux une meilleure formation. C'est une démarche identique à celle adoptée en Irak. En outre, un nombre plus important d'analystes des services de renseignement fut envoyé en Afghanistan afin d'aider à traquer Al-Qaïda et les Talibans.

Pendant ces années, la production de l'opium en Afghanistan a atteint de nouveaux records. L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, à Vienne, a estimé qu'en 2008, les champs de pavots en Afghanistan ont produit environ 8 000 tonnes d'opium. La réaction des USA est allé du laissez-faire à la destruction de cultures et ds laboratoires. On a peu fait pour promouvoir des cultures de substitution et rien pour réduire la consommation de l'opium afghan à l'étranger. Les moyens de subsistance des paysans afghans ainsi que leurs traditions ont été totalement ignorés.

L'administration Obama dans la région de l'AfPak : des occasions pour une résolution

Il est trop tôt pour arriver à des conclusions définitives sur la politique de la nouvelle administration US en Afghanistan et au Pakistan. Ce qu'on peut dire est que la barre des ambitions US a été abaissée. Dans sa déclaration au Caire en juin 2009, le Président Obama a souligné qu' "aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre." Rien n'a été dit sur l'établissement de la démocratie, la liberté et les droits de l'homme en Afghanistan. Les autres objectifs avoués du Gouvernement Obama, qui ne diffèrent pas de ceux du gouvernement Bush, sont de perturber, de démanteler et de vaincre Al-Qaïda et les Talibans et de s'assurer que les refuges de ces groupes en Afghanistan et au Pakistan ne sont plus des menaces pour les USA.

Il est important de noter que la rhétorique de l'actuel gouvernement des USA et l'attention portée à l'interaction avec la région est bien plus positive et constructive que le langage des précédents gouvernements US. Il est question de travailler avec les Talibans "modérés", quel que soit le sens de cette expression. Les jours du slogen "Nous les débusquerons où qu'ils soient" sont terminés. Il y a aussi l'observation grave de la secrétaire d'Etat Clinton : "Les gens que nous combattons aujourd'hui, nous les avons installés il y a vingt ans. Prenons garde à ce que nous semons, parce que c'est nous qui récolterons !"

Il faut noter également que les USA sont en train d'adopter une position plus dure envers le gouvernement de Karzai à Kaboul. Un point central de la critique des USA se rapporte à la corruption impliquant le cabinet afghan et la bureaucratie dans son ensemble. Finies les vidéo-conférences bihebdomadaires qui avaient lieu entre les Présidents des USA et d'Afghanistan du temps de l'administration Bush.

"Nous devons écouter les voix afghanes", insiste le Président Obama. Les voix afghanes sont toujours présentes. Un villageois afghan remarquait récemment : "Nous voulons des amis, pas des patrons. Les priorités doivent être des priorités afghanes. L'important pour nous aujourd'hui est l'agriculture et l'éducation." Dans une lettre au Président Obama, un Taliban afghan écrivait : "Nous voulons que vous rejetiez la politique d'approche belliciste de la précédente administration des USA et mettiez fin aux guerres inhumaines en Irak (!) et en Afghanistan." On peut également entendre des voix pakistanaises sur la crise de l'AfPak. "Merci de bien vouloir faire la distinction entre les actes terroristes, les actes criminels et les actes de protestation locale au sujet de décennies de promesses non tenues par le gouvernement pour une amélioration de l'approvisionnement en eau, des infrastructures de santé et des accords sur les litiges fonciers", fait remarquer un habitant en colère du district de Chitral, dans le voisinage de la frontières afghane. Des voix se font également entendre au sein du gouvernement et de l'armée pakistanais, exigeant que les USA  comprennent les intérêts de sécurité du Pakistan et révisent leur politique en faveur de l'Inde.

La rhétorique du Président Obama se fait l'écho de ces voix. Le défi auquel il fait face est désormais de traduire sa position en action tangible. Il n'est en aucun cas garanti que les opérations US dans la région de l'AfPak ne vont pas être le talon d'Achille d'Obama. La recherche des USA avec l'OTAN d'une stratégie pour l'AfPak est toujours en cours. Le retrait de la région de l'AfPak ne fait pas partie des options. Depuis que la nouvelle administration a pris ses fonctions, trois revues de stratégie militaire consécutives ont été exécutées par le Général Lute, conseiller à la Sécurité Nationale des USA, par l'Amiral Mullen, chef d'état-major interarmés de l'armée Usaméricaine et par le Général Petraeus, Chef du Commandement Central des USA. Alors que le nombre des soldats US doit être augmenté de 30 000 hommes et femmes, les pertes US vont continuer à augmenter. Elles s'élèvent à la mi-janvier 2010 à près de 1 000. Des efforts sont enfin réalisés par les commandants US en Afghanistan afin de minimiser les victimes civiles. "Les morts accidentelles d'Afghans constituent une de nos plus grandes faiblesses stratégiques", déclarait l'année dernière, le secrétaire d'Etat usaméricain à la Défense, Robert Gates. Il aurait pu inclure le nord du Pakistan dans son constat. Les opérations transfrontalières de drones "ont créé plus d'ennemis qu'elles n'en ont éliminés", indique un conseiller militaire étranger du Général Petraeus. Le nombre exact des victimes civiles des attaques téléguidées de drones US n'est pas connu mais est sans aucun doute en augmentation dans les régions tribales du nord du Pakistan.

Avec les deux guerres US, en Irak et en Afghanistan, la capacité militaire US a atteint son niveau le plus bas. La crise économique et financière mondiale a encore plus invalidé la liberté d'action des USA. Des personnalités politiques majeures aux USA, notamment le Président Obama, ont fait connaître à plusieurs reprises – sans parler de l'incapacité croissante des USA – que le gouvernement US attendait de l'Europe un accroissement important du soutien militaire et financier pour les opérations en AfPak. Ces attentes constituent un test majeur de la durabilité des relations transatlantiques, d'autant qu'il est probable que l'Europe ne répondra pas à ces attentes. Les alliés européens de l'OTAN subissent déjà une forte pression politique afin qu'ils reconsidèrent leur participation dans l'aventure de l'AfPak.

Juste avant la conférence sur l'Afghanistan, le ministre de la Défense allemand, Theodor zu Guttenberg, a fait remarquer que l'Allemagne présenterait à la conférence, une stratégie unilatérale pour l'Afghanistan avec "plus de soutien à la reconstruction nationale et l'entraînement militaire". Le Mmnistre des Affaires Etrangères, Guido Westerwelle a même menacé de boycotter la conférence si la réunion de Londres se limitait à débattre de la contribution en troupes supplémentaires. Auparavant, il avait déclaré au parlement allemand que c'est seulement quand les objectifs et la stratégie auront été clairement définis, la question du "contenu" (c'est à dire la question de l'augmentation des troupes) pour l'Afghanistan pourra être examinée. Il est intéressant de noter qu'il a également fait allusion, dans sa déclaration, à la question sensible d'un retrait éventuel d'Afghanistan. Il ne serait pas surprenant que suite à la réunion de Londres, il s'avère que ses déclarations n'aient été qu'une habile manœuvre politique du gouvernement allemand afin de préparer le public allemand à une prochaine augmentation du déploiement des troupes allemandes en Afghanistan.

Il est important de mentionner ici qu'il reste à voir si le Président Obama pourra trouver des individus ayant de sérieuses connaissances de la région. Son émissaire spécial, Richard Holbrooke, a encore à démontrer qu'il fait partie de cette catégorie. Le fait qu'un conseiller adjoint à la Sécurité Nationale responsable de l'Afghanistan ignorait encore récemment ce qu'est la célèbre ligne Durand (la frontière contestée entre l'Afghanistan et le Pakistan), nommée d'après Sir Mortimer Durand, Ministre des Affaires étrangères en Inde britannique en 1893, n'est pas très rassurant.

Deux administrations US : de l'entrée vers la sortie ?

Quand on compare les deux approches de Bush et d'Obama en Afghanistan et au Pakistan, on décèle d'évidentes similarités ainsi que d'importantes différences. Les deux administrations pensent que le leadership US est une condition requise à la paix mondiale, au bien-être et à la démocratie. Toute alternative à l'hégémonie US signifierait l'anarchie internationale. Les deux administrations ont expérimenté les niveaux des troupes, l'équilibre entre opérations militaires et civiles et l'étendue des négociations à des niveaux régionaux et locaux. Un manque de connaissance géostratégique est apparu dans les deux administrations US. Cependant, le Président Obama et son équipe en voient les défauts et essayent de faire quelque chose pour y remédier. Ce qui implique la confrontation menaçante entre l'OTAN et l'Organisation de la Coopération de Shanghai, les divisions ethniques et religieuses en Afghanistan et au Pakistan, les sensibilités transfrontalières locales et bien entendu, les intérêts spéciaux de l'Iran et de l'Inde en Afghanistan. Enfin, les administrations US étaient toutes les deux convaincues que le mécanisme de déploiement, en augmentant le volume de troupes US pendant une période donnée, déboucherait sur une solution militaire. Il semble que l'administration Obama ait commencé à mettre en doute qu'une intervention militaire pourrait résoudre la crise dans la région de l'AfPak. Les deux gouvernements ont été conscients de la situation potentiellement dangereuse du Pakistan en tant que puissance nucléaire et ont engagé les autorités pakistanaises à faire des efforts pour améliorer la protection des infrastructures nucléaires dans le pays.

C'est sur le plan de la rhétorique que les différences sont majeures dans les approches des deux administrations. La volonté du gouvernement d'Obama d'écouter, aussi les protagonistes, est une différence importante avec la précédente direction à Washington. Le dialogue et la diplomatie sont à nouveau des outils acceptables pour les USA dans les relations internationales. Le gouvernement actuel est également plus énergique dans sa demande de partage des charges politique, financière et militaire. Le Président Obama a un esprit plus multilatéral que son prédécesseur et aimerait voir les Nations Unies jouer un plus grand rôle et se concentrer plus sur le développement dans la région de l'AfPak et ailleurs. Les relations entre les USA et les gouvernements d'Asie centrale comme le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan se sont compliquées avec le temps. L'actuel gouvernement US est conscient de la nature délicate de ces relations. Comme le Pakistan fait désormais partie intégrante de la crise, les USA ont  une approche claire en AfPak prenant également en compte la nécessité de protéger les installations nucléaires du Pakistan.

Un nouveau front de la lutte contre le terrorisme s'est ouvert au Yémen. Ceci s'est produit à l'insu du public jusqu'à l'arrestation le 25 décembre 2009, d'Abdulmutallah, le fils du banquier nigérien qui a tenté de faire exploser un moyen courrier au dessus de Détroit. Le monde a alors découvert que le Yémen était devenu un dangereux refuge d'Al-Qaida et un bastion utilisé pour la formation des jeunes musulmans comme Abdulmuttalah. Comme le Yémen est venu s'ajouter à la liste établie par les USA et sans aucun doute par l'OTAN, des points chauds autour du cercle interne de l'Afpak, les opérations militaires US, ouvertes ou secrètes, se sont encore compliquées.

Le Président Obama sait que le temps est compté à Washington ainsi qu'à Bruxelles et dans d'autres capitales européennes. Une présence illimitée des USA et de leurs alliés de l'OTAN et le coût toujours croissant de la présence militaire et du nombre des victimes, qu'elles soient afghanes ou étrangères, ne sont plus acceptables pour les parlements et encore moins pour le public des différents pays de l'Union Européenne. Les propos d'un diplomate européen resté anonyme, ont été rapportés dans les médias : « Ce que nous disons tous une fois les portes closes est que plus tôt nous quitterons l'Afghanistan, mieux ce sera ! ». Il est également prudent de supposer que les pays du cercle extérieur du conflit comme ceux d'Asie centrale, de Chine et de Russie vont intensifier leur résistance face aux plans occidentaux en Afghanistan et au Pakistan. Les projets provocateurs de l'OTAN d'étendre  son adhésion vers l'est et de compléter l'encerclement de la Russie et de la Chine ne feront que créer plus de conflits dans la région et promouvoir une course dangereuse aux armements, y compris la course au développement de l'arsenal nucléaire.

La Russie partage à court terme les préoccupations occidentales sur le fondamentalisme islamique, les Talibans et les drogues et pour cette raison, étend son soutien à l'OTAN. Elle a, par exemple, accepté de transporter du matériel létal ou non, à travers la Russie par chemin de fer ou par avion. Ceci n'est pas en contradiction avec les objections fondamentales de la Russie envers la présence des USA/de l'OTAN dans son arrière-cour. La direction de l'OTAN devrait s'en souvenir quand elle se plaint du soutien peu enthousiaste de la Russie pour l'aventure de l'OTAN.

L'évolution de la confiance et de l'assurance de la Chine va sûrement fournir de nouveaux défis à l'alliance occidentale en Afghanistan. Le comportement de la Chine lors de la conférence sur le climat des Nations Unies à Copenhague, son défi face aux politiques des USA et de l'U.E. en Iran, l'audace de ses programmes d'investissement civil en Afghanistan et sans oublier, sa récente décision de participer, avec sa flotte, au patrouillage dans les eaux somaliennes sont des indicateurs  d'un interventionnisme chinois plus direct et plus ouvert dans les futures crises mondiales, y compris en Afghanistan.

L'urgence d'un changement

L'administration Obama a bien démarré sa politique étrangère. Les occasions d'aller au delà des intentions de résoudre les conflits globaux comme ceux auxquels est confrontée la région de l' AfPak, ne vont pas prévaloir longtemps. Elles doivent être saisies sans tarder. Sa déclaration le 1er décembre 2009 pour une nouvelle politique des USA en Afghanistan éclaire encore ces intentions et confirme les précédentes politiques, comme le rejet des refuges pour Al-Qaïda et les insurgés Talibans, stoppant l'élan des Talibans, empêchant le renversement du gouvernement afghan et le renforcement de l'armée et des forces de police afghanes. 30 000 soldats US supplémentaires plus 7000 soldats de la coalition devraient assurer le mécanisme de déploiement. La nouveauté est dans la proposition d'Obama de s'associer davantage avec l'armée afghane et les autorités civiles, pas seulement à un niveau central à Kaboul mais aussi à des niveaux régionaux et surtout locaux afin « de créer les conditions de transfert des responsabilités aux Afghans » et d'intensifier le partenariat avec le Pakistan voisin.

Ce qui manque est une confirmation par le gouvernement US qu'il comprend l'importance vitale de mettre tout cela dans les cercles extérieurs et intérieurs du conflit, de se rassembler pour discuter des alternatives à une option militaire défaillante et comment la reconstruction nationale peut avancer en Afghanistan sur la base de mesures réussies de construction de la confiance.

La crise dans la région de l'AfPak et au delà appelle à un dialogue globalisant et complet. La compréhension par les USA et leurs alliés occidentaux des causes du fondamentalisme islamique dans la région de l'AfPak et ailleurs doit être considérée comme un préalable à un quelconque progrès.

(Cet article est basé sur une présentation faite par son auteur en juin 2009 à l'Institut d'Etudes Européennes et Internationales du Luxembourg)

Note

(1)   « Corruption » est un terme qui est malheureusement souvent utilisé de manière réductrice et uniforme. Ne sont pas prises en compte les multiples formes que la « corruption » peut prendre, qui vont du simple favoritisme basé sur des traditions locales à des actes criminels modernes de malhonnêteté. Il n'existe pas d'approche unique pour traiter du comportement afghan que les politiciens étrangers décrivent pour des raisons de commodité comme de la « corruption ».


Source : America’s AfPak Strategy: From Bush to Obama – From Failure to Resolution?

Article original publié le 27 avril 2010

Sur l’auteur


Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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EMPIRE: 27/03/2010

 
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