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17/12/2017
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Lettre ouverte au Parti de gauche allemand ("Die Linke")


AUTEUR:   Des militants de gauche israéiens, suivie d'une prise position de Mohssen Massarrat

Traduit par  Mich鑞e Mialane. ノdit・par Fausto Giudice


Dans une lettre ouverte en date du 26 mars 2010 adressée à la «  Linke » une bonne centaine de militants israéliens posent comme préalable à toute solution pacifique et solidaire du conflit israélo-palestinien une politique de gauche et solidaire. Ils se montrent préoccupés du tour que prend le débat autour de ce conflit au sein de la « LINKE ». Ils demandent à ce parti de prendre clairement position contre la politique d’occupation  et de plaider en faveur d’une pression sur l’État d’Israël jusqu’à qu’il respecte les droits humains élémentaires des Palestiniens et Palestiniennes. C’est le seul moyen de rétablir la paix dans la région, y compris pour Israël.

Concrètement, on pourrait cesser toute exportation d’armes à destination d’Israël, interdire en UE toute importation en provenance des colonies juives et mettre en œuvre les conclusions du rapport Goldstone.

Parmi les signataires on trouve les professeurs de l’Université de Tel Aviv Moshe Zuckermann, Yehuda Shenhav et Gadi Elgazi, le réalisateur Udi Aloni, des militantes de l’Union des Femmes israéliennes pour la Paix  comme Eilat Maoz et Inna Michaeli, des objecteurs de conscience comme  Matan Kaminer et Hagai Matar, qui ont fait deux ans de prison, et des militants pour  la justice sociale comme Reuven Aberjil et Einat Podjarni.

Lettre ouverte à « Die Linke »

Chers et chères camarades,

Nous vous adressons cette lettre en tant que citoyens et citoyennes  israéliens engagés dans des groupes et organisations de gauche dans la zone israélo-palestinienne et qui travaillent sur des sujets tels que droits humains, écologie, pacifisme, justice sociale, droits des travailleurs, féminismes et luttes « queer ». Nous luttons dans notre pays et notre société pour un changement social radical, pour la fin de l’occupation et la création d’une société garantissant les mêmes droits à tous les habitant-e-s du pays.

Nous nous sommes décidé-e-s à écrire cette lettre après avoir eu connaissance à plusieurs reprises d’actions de votre parti relatifs à la situation en Israël et Palestine : par exemple, la participation de membres éminents de votre parti à une manifestation, en janvier 2009 à Berlin, où on demandait la poursuite des bombardements sur Gaza ; l’existence et la reconnaissance au sein de votre parti d’un groupe de travail fédéral (BAK Shalom) qui soutient toutes les opérations militaires israéliennes et fait une propagande militariste et nationaliste ; enfin le silence de la majorité de vos dirigeants sur la politique d’occupation israélienne. Tout cela nous a poussés à ne pas garder le silence plus longtemps et à intervenir.

Nous sommes conscients des problèmes que pose cette intervention. Nous ne prétendons pas vous prescrire les actions à engager et propos à tenir dans votre pays. Nous savons que, pour des raisons graves et compréhensibles, le discours politique sur Israël constitue chez vous un sujet sensible. Le souvenir de l’Holocauste ainsi que la lutte, toujours d’actualité en Allemagne, contre l’antisémitisme, comptent parmi les tâches les plus importantes de tout mouvement d’émancipation. Ce n’est pas en dépit, mais en raison de tout cela que nous avons de la peine à comprendre comment on peut justifier la politique d’occupation israélienne en en faisant, en Allemagne, un élément des «leçons à tirer de notre histoire ».

Si nous nous adressons à vous, c’est que nous mesurons bien l’importance de la RFA en tant que puissance régionale au sein de l’UE et au-delà et  donc l’influence dont elle jouit au Moyen-Orient. L’activité diplomatique et économique intense que déploie la République fédérale dans la région  et son soutien actif à la politique d’occupation israélienne suffisent pour nous faire voir en la RFA l’un des complices des violations du droit international imputables au gouvernement israélien et des crimes de guerre d’Israël. C’est pourquoi nous pensons que nous avons le droit de vous confier, à vous qui êtes des militants du changement social et membres d’un parti représenté au Parlement et dans les länder, la responsabilité de la politique  de votre pays envers le nôtre.

L’occupation qui s’éternise et le déni des droits ne sont pas des affaires internes israéliennes. La domination antidémocratique sous laquelle l’État d’Israël maintient plus de trois millions de Palestiniens privés de droit de vote et les crimes de guerre perpétrés dans les territoires occupés sont l’affaire de tous ceux qui se soucient des droits humains. Mais surtout les citoyens et citoyennes européens portent, en raison de leurs interventions colonialistes - et qui perdurent - au Moyen-Orient une responsabilité particulière dans ce conflit. Compte tenu de cela il est indéfendable d’hésiter à placer Israël devant ses responsabilités. Le soutien économique, militaire et politique apporté à Israël par l’UE et en particulier par l’Allemagne - par exemple par la fourniture d’armement, par le biais d’investissements ou l’octroi à Israël d’un statut commercial privilégié - ne contribuent pas à un règlement pacifique, mais au contraire concourent à pérenniser l’occupation et une répression de grande ampleur à l’encontre du peuple palestinien. Ce soutien favorise en outre la militarisation et l’éducation  au racisme et à l’intolérance au sein de notre société.

Étant donné la situation de faiblesse des Palestiniens, il faudrait de surcroît que la communauté internationale exerce une pression plus forte sur Israël. Sans une pression efficace le  plus fort ne lâchera jamais ses positions. L’État d’Israël ne cesse de donner la preuve qu’il n’est pas prêt à conclure la paix et mettre un terme à l’occupation en l’absence d’une très forte pression de la part de la société civile et/ou des gouvernements. 

Vos récents succès électoraux nous encouragent et nous font espérer qu’ainsi confortés vous pourrez mettre à l’ordre du jour, en Allemagne, un nouvel agenda en matière de justice sociale, de droits civils, de féminisme et d’antiracisme. Nous sommes convaincus qu’une politique de gauche et de solidarité comporte obligatoirement un agenda international et nous attendons dans  ce domaine aussi un engagement actif de votre parti dans le dialogue international avec les forces de gauche, antiracistes et féministes. Et nous aimerions que dans ce dialogue, auquel nous participons, votre parti adopte nos positions en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien.

Nous estimons que l’État d’Israël ne doit être ni récompensé ni encouragé pour l’occupation de la Palestine, sa politique d’apartheid et ses crimes de guerre. Seule une politique internationale montrant clairement à Israël que les violations du droit international sont inacceptables est à même d’établir une paix juste pour tous ceux qui habitent le pays. Voici quelques revendications concrètes que votre parti pourrait poser :

    • Stopper toute exportation d’armement vers Israël.  Le commerce de l’armement est de toute façon injustifiable. Non contente de commercer avec un État qui viole systématiquement le droit international, l’Allemagne le couvre de cadeaux qui valent des milliards de dollars ; récemment Israël lui a demandé de lui offrir deux bateaux de guerre.
    • Cesser  de renforcer les accords commerciaux entre l’UE et Israël. L’Allemagne et d’autres membres de l’UE essaient de continuer à renforcer ces accords sans exiger que leur partenaire respecte chez lui les droits humains élémentaires. Alors qu’en Europe cette intensification des relations est perçue comme une amélioration du climat de confiance entre l’UE et Israël, ce pays y voit un signe de faiblesse de l’Europe et un encouragement à poursuivre ses violations des droits humains.
    • Interdire toute importation en Europe de produits israéliens issus en tout ou partie des territoires occupés (y compris Jérusalem-Est).
    • Exiger l’engagement de procédures judiciaires contre les auteurs de crime de guerre en Israël/Palestine et la mise en œuvre des conclusions du rapport Goldstone.
    • Soutenir les organisations et militant-e-s de la société civile israélo-palestinienne et surtout la résistance non-violente et démocratique contre le Mur et les colonies construites dans les territoires occupés.

Ces propositions s’accompagnent pour nous de  l’espoir que votre parti parvienne à initier en Allemagne un débat sur l’importante responsabilité qui revient à la politique allemande  au Moyen-Orient. Ce devrait être un débat favorisant une politique de paix, de justice sociale et de respect des droits humains, fondé sur une vision qui prenne en compte de manière égalitaire l’histoire et la vie actuelle de tous ceux qui habitent ce pays. Nous serions heureux de pouvoir participer aux côtés de nos camarades et partenaires palestiniens et palestiniennes aux débats menés au sein de votre parti sur ce qui se passe dans notre région et nous espérons que cette lettre contribuera à établir un dialogue fécond et d’égal à égal entre la gauche allemande et la gauche en Israël/Palestine.

Salutations solidaires,

Miriam Abed-El-Dayyem, Iris Hefetz, Yael Politi, Gadi Algazi, Hanan Hever, Israel Puterman, Udi Aloni, Shir Hever, Hili Razinsky, Galit Altschuler, Chaya Hurwitz, Moshe Robas, Hila Amit, Hedva Isachar, Shadi Rohana, Roey Angel, Matan Israeli, Yehoshua Rosin, Asaf Angermann, Matan Kaminer, Noga Rotem, Reuven Avergil, Reuven Kaminer, Eddie Saar, Gabriel Ash, Adam Keller, Sergeiy Sandler, Danna Bader, Hava Keller, Gal Schkolnik, Roni Bande, Peretz Kidron, Ayala Shani, Yoav Beirach Barak, Assaf Kintzer, Shemi Shabat, Ronnie Barkan, Yana Knopova, Aviram Shamir, Yossi Bartal, Yael Lerer, Tali Shapiro, Ofra Ben-Artzi, Orly Lubin, Fadi Shbeta, Mor Ben Israel, Adi Maoz, Ehud Shem Tov, Elaenor Cantor, Eilat Maoz, Yehuda Shenhav, Shai Carmeli Pollack, Naomi Mark, Mati Shemoelof, Alex Cohn, Anat Matar, Kobi Snitz, Adi Dagan, Hagai Matar, Gideon Spiro, Silan Dallal, Edu Medicks, Roy Wagner, Yossi David, Yosefa Mekayton, Michael Warschawski, Daniel Dokarevich Argo, Inna Michaeli, Sharon Weill, Keren Dotan, Rotem Mor, Maya Wind, Ronen Eidelman, Susanne Moses, Yossi Wolfson, Nimrod D. Evron, Avital Mozes, Uri Yaakobi, Eli Fabrikant, Dorothy Naor, Sergio Yahni, Tamar Freed, Naama Nagar, Kim Yuval, Michal Givoni, Ido Nahmias, Michal Zak, Bilha Sündermann Golan, Regev Nathansohn, Shimri Zameret, Tsilli Goldenberg, Ofer Neiman, Mai Zeidani, Anat Guthmann, Norah Orlow, Talilla Ziffer, Connie Hackbarth, Hava Oz, Beate Zilvesmidt, Yuval Halperin, Einat Podjarni, Moshe Zuckermann.

Annexe

Quelques exemples de la propagande militariste et nationaliste  de BAK Shalom ici, ici et ici ; une invitation à un évènement de soutien à Israël organisé par BAK Shalom, auquel  ont pris part la députée (Petra Pau et l’ex-ambassadeur d’Israël Ilan Mor ; participation de  Klaus Lederer  à la manifestation de soutien à l’opération « Plomb durci ».

Prise de position de Mohssen Massarrat à l’occasion de cette lettre ouverte

Osnabrück, le 6 avril 2010

Je voudrais recommander très chaudement à tous ceux et celles qui s’intéressent au problème israélo-palestinien la lecture de cette lettre ouverte adressée par plus de 100 Israéliens de gauche au parti « Die Linke » que je joins à cette prise de position, qu’ils appartiennent ou non à ce parti. Cette lettre arrive à mon avis à point nommé et j’espère que la « Linke » n’y répondra pas par le silence. Il s’agit en tout cas d’une prise de position soucieuse adressée à la Linke par des gens combattant pour l’émancipation dans un pays avec lequel  ce parti n’entretient malheureusement pas un rapport honnête et qu’il idéalise tout autant que les autres partis allemands.

Dans leur Lettre ouverte les auteurs laissent entendre tout à fait clairement  que faire ressortir, l’existence d’Israël à la raison d’État allemande, alors que ce pays est une puissance atomique qui poursuit obstinément une politique d’occupation et dépouille un autre peuple de sa dignité en lui imposant un véritable système d’apartheid est un moyen totalement inapproprié de garantir à terme la survie de ce pays. En se rangeant à la position dominante au sujet d’Israël Gysi a effectivement ôté à la « Linke » la possibilité de développer sa propre politique par rapport au conflit du Moyen-Orient, une politique capable d’assumer la responsabilité de l’Allemagne face aussi bien à l’Holocauste qu’au droit international et à la paix entre Israël et les Palestiniens.

Le résultat de cette erreur d’aiguillage de la « Linke » relativement au conflit du Moyen-Orient est malheureusement catastrophique : d’une part la « Linke »  se fait elle aussi l’otage, en matière de politique étrangère, de l’idéologie nationaliste qui prédomine en Israël, partageant ainsi la responsabilité des  implications contraires aux droits humains et au droit international de cette idéologie et de sa pratique politique (extension des colonies, occupation arbitraire, guerre expansionniste et menaces de guerre etc.) ; d’autre part la direction de la « Linke » accorde ainsi au courant interne néo-conservateur et pro-capitaliste une influence considérable qui se fait sentir désormais jusque chez les chefs du parti.

La Lettre ouverte des militants de gauche israéliens ainsi que la critique et les propositions qu’ils y formulent offrent ainsi à la « Linke » la possibilité de se reprendre et de faire une autocritique constructive de la responsabilité des Allemands envers les Juifs et leur destin et, d’autre part, d’élaborer une politique qui mette rapidement fin au conflit du Moyen-Orient par l’établissement d’une paix juste et durable, au lieu de le prolonger indéfiniment et de laisser le champ libre à de dangereux idéologues  fondamentalistes. J’espère profondément que la « Linke » saura saisir cette chance et en tirer un parti créatif.


Source : Offener Brief an die Partei Die Linke

Article original publié le 26/3/2010

Sur Mohssen Massarrat  

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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TERRE DE CANAAN: 12/04/2010

 
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