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01/11/2014
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Grèce, "la dernière étape de la crise"


AUTEUR:  Jorge ALTAMIRA

Traduit par  Danielle Bleitrach. Édité par Fausto Giudice


Paradoxe cruel. Il a suffi que l'opération de sauvetage, tellement réclamée, de la Grèce soit connue pour que, en un peu plus de 24 heures, apparaisse comme une évidence que le default (cessation de paiements) de la Grèce est imparable. Le doublage de la somme adjugée au sauvetage – de 60 à 120 milliards d’euros – a causé l’effet inverse à celui attendu, puisque la grandeur de l’opération a mis en relief l’insolvabilité de l’ État grec.

La répercussion internationale du naufrage hellénique a été impressionnante : la chute des Bourses de Madrid ou de Milan a été catastrophique, mais ni celles de New York, de Shangaï ou de Sao Paulo Pablo n'ont été épargnées. La chute de la Grèce trace une ligne de partage dans le parcours de la banqueroute capitaliste mondiale : la première étape va de la crise de la banque d’investissement  usaméricaine Bear and Stern, en juillet 2007, à la faillite de Lehman Brothers, en septembre  2008; la seconde va de cette date au default imminent de la Grèce qui s’est développé ces jours-ci. Ce que les analystes anglo-saxons nomment le counterparty risk, revient sur le devant de la scène, autrement dit la menace de banqueroutes financières, que l’on pensait dépassées grâce aux  émissions massives d’argent de la part des banques centrales, spécialement aux USA et en  Chine.

Un “ajustement” criminel

La cause fondamentale de la faillite du plan de sauvetage,  avant même qu’il soit mis en  œuvre, est l’ajustement monstrueux qui est exigé du peuple grec. La réduction gigantesque du pouvoir d’achat de la population – sous la forme de réductions salariales et des retraites; des augmentations sidérales des taxes à la consommation; une énorme amputation des dépenses sociales – augure une aggravation aigüe de la récession économique qui ne peut qu’aggraver l’incapacité du fisc à honorer la dette publique. Précisément pour cela, on estime que celle-ci devrait augmenter dans la période de l’ajustement, non seulement en proportion du PIB mais aussi en chiffres absolus (comme conséquence de la nécessité d’avoir à payer des taux d’intérêt très supérieurs à la moyenne du marché international). Autrement dit, la misère sociale s'accompagnera d’une accentuation de la vulnérabilité fiscale et  financière. L’essentiel de la dette publique de la Grèce se trouve aux mains de banques locales,  bien que dominées par les banques françaises et allemandes. Cette situation a déjà suscité une course aux retraits de dépôts et à une fuite de capitaux (vers le paradis fiscal de Chypre).

En Argentine, en 2001, quand le titulaire du ministère de l’Économie était López Murphy, il avait tenté une opération déflationniste similaire, bien que  dans des proportions infiniment moindres. Grâce à la résistance populaire, son échec a sonné le glas de "l'avant-dernière étape  de la crise" et a débouché sur la “dernière”, celle de Cavallo.  Le plan de sauvetage pour la Grèce vient de remplir la même fonction de “blindage” organisé par Cavallo avec les banques internationales- utiliser l’argent public pour financer la fuite des capitaux qui mette les banques à l'abri de l’inévitable default de l’Argentine. Il n’y a aucun doute  que le coup décisif au sauvetage–ajustement de la Grèce a été donné  par la mobilisation colossale des masses de la Grèce que tous les cercles financiers escomptaient et qui s’est manifestée dans la grève générale du 5 mai. Dans la Grèce hypermilitarisée, pays qui dépense le plus pour son armement de toute l’Union Européenne, la crise a poussé dans les rues le personnel de la police et de l’armée.

La banqueroute de l’Europe

Cependant, de la même façon qu’il a mis en lumière l’inévitabilité du default grec, le plan de sauvetage a mis à nu le fait  que l’épicentre de la banqueroute ne se trouve pas en Grèce, mais en Allemagne et en France. L’évidence que la crise grecque menaçait l'équilibre des banques publiques allemandes (Landesbank), a été ce qui a précipité la Chancelière Merkel à se décider pour le plan de sauvetage qu’elle avait repoussé jusqu’alors avec obstination  Ce n'est pas seulement parce que  ces banques sont fortement  exposées  en Grèce : l’Allemagne, de plus, subit l’un des taux de chômage et de réductions des horaires de travail les plus élevés du monde et sa dette publique arrive déjà au niveau plafond établi par les accords de l’UE. L’Allemagne a besoin d’argent, en premier lieu, pour elle-même. Un autre indice du désespoir qui a déterminé l’annonce du plan de sauvetage a été la décision de la Banque centrale européenne d’accepter les titres ” poubelle” de la dette grecque (détenus par les banques locales) comme garantie pour octroyer des prêts d’une manière directe. C’est clairement une opération de fuite de la dette grecque au bénéfice des banques locales et  étrangères qui sont leurs créancières.

Le plan de sauvetage n’est pas non plus une opération conjointe de l’Europe, mais une collection de prêts à la Grèce de divers pays, dont l’Espagne, qui  est elle-même en default (tant sur le plan  public que, spécialement, sur le plan privé) et apparaît dans la liste des sauveteurs de la Grèce. Il est clair qu’une opération de ce type n’a pas les moyens de se répéter dans le cas où cela serait nécessaire pour d’autres pays; c’est pourquoi elle est apparue comme la balle unique du chargeur . Cela a provoqué une corrida spéculative contre les dettes publiques de quelques pays. L’UE a été incapable de financer le sauvetage par le placement de sa propre dette sur les marchés – comme le font, par exemple, les USA. Autrement dit, elle manque des instruments d’un sauvetage, une déficience qui met à nu l’impuissance politique de l’UE. Les Allemands recourront aux banques publiques pour couvrir  leur part du prêt à la Grèce, lesquelles chercheront à être financées par la Deutsche Bank et la Commerzbank, bien que dans des termes précaires. Comme on l’a vu, à ce stade, la banqueroute de la Grèce a mis en lumière l’envergure de la crise capitaliste dans l’ensemble de l’Europe.

Ciao, Keynes

Nous avons bien compris, cependant, que la crise, à ce stade, a déjà une portée beaucoup plus large. L’Europe est restée divisée en deux groupes de pays avec la perspective que les antagonismes entre eux s’exaspèrent plus en plus. Les pays qui flirtent avec le default auront, d’ici peu de temps, un prix de financement croissant qui les éloignera des États les plus solides dans les phases ultérieures du développement capitaliste. L’UE rentre dans une étape centrifuge. L’autre question n'est pas moins impressionnante : un programme déflationniste s’impose, comme il est arrivé dans la crise des années  30, en ruinant les illusions d’une sorte de kirchnerisme [politique des présidents argentins Nestor et Cristina] mondial qui assurait que le capitalisme revenait à une étape d’interventionnisme étatique et de keynésianisme. Bien que tout jugement à ce sujet soit prématuré, la chute de la côte de l’once d’or ces derniers jours pourrait seulement s’expliquer en fonction d’une perspective déflationniste.

Pour certains des observateurs les plus qualifiés, nous assisterions à un plan de démantèlement partiel de l’Union Européenne sous la baguette de l’Allemagne, qui aurait gagné la France à sa cause. Sous la pression des intérêts exportateurs de l’industrie allemande, le gouvernement allemand promeut, en premier lieu, par le biais du le refus de sauvetage des pays du sud de l’Europe, une dévaluation de l’euro, qui le mettrait en meilleure position compétitive face aux USA et à la Chine. En deuxième lieu, il organiserait une sortie dans l’ordre des nations sud-européennes, mais qui pourrait inclure l’Irlande et la Belgique. Après la dissolution de l’Union soviétique, un démantèlement de l’UE se convertirait en témoignage de la debâcle capitaliste. La lutte pour le marché mondial a de plus en plus de poids dans la crise, comme le montre la querelle sino-US sur la cotation du yuan chinois. Malgré les mesures pour doubler les exportations usaméricaines, de la part d’Obama, celles-ci ne réussissent pas à augmenter et le déficit commercial des USA (et par la même occasion sa dette externe) ne cesse de croître. En réalité, pour de nombreux observateurs, la Grèce n’est rien de plus qu’une métaphore des USA, dont le déficit fiscal, l'endettement public et la dette nationale sont, en termes relatifs et absolus, les plus élevés du monde. Selon un rapport du FMI, non publié, les USA devraient être obligés, d’appliquer, pour ne pas partir en default, une coupe dans le budget équivalente à 9% de leur PIB, soit 1,3 milliards de dollars.

Faute d’une telle amputation, les USA ne pourraient pas régulariser leur situation financière, à savoir augmenter les taux d’intérêt (qui sont à zéro) sans conduire le secteur public à la faillite. Voilà l’explication de la chute de Wall Street durant trois jours de suite, sous la pression de la faillite de la Grèce. Pour que la situation empire encore, les analystes sont d’accord sur le fait que les gains annoncés par les banques usaméricaines dans le premier trimestre de 2010 témoignent d’une situation similaire à celle qui a conduit à la banqueroute, à partir de 2007, puisqu’ils proviennent d'opérations spéculatives soutenues dans une énorme proportion par des dettes. L’augmentation de la dette usaméricaine et du déficit fiscal, d’un côté, et celle de l’émission monétaire, de l’autre, ont épuisé en grande partie les ressources et les instruments pour faire face à la poussée de la tendance déflationniste qui apparaît avec la banqueroute européenne. Une brève observation :  la spéculation à la baisse contre la dette  anglaise a déjà commencé.

La barbe dans le potage, à nouveau

La chute de toutes les matières premières a accompagné la chute des prix de l’or, ce qui met un point d’interrogation sur la “récupération” du Sud de l’Amérique latine. De même, un fort retrait de capitaux s’est produit, comme en témoigne, l’écroulement des bourses de Buenos Aires et de Sao Paulo. C’est que, même avant que la Grèce éclate, en Chine et en Asie une tendance financière négative est en cours, comme conséquence du frein que le gouvernement chinois essaie d’imposer aux prêts bancaires et à la spéculation immobilière et boursière. C’est que les prêts irrécouvrables des banques, qui ont été octroyés pour contrer la récession (qui s’est brutalement manifestée au début de 2009), dépassent les actifs de 25 % – la plus haute proportion dans le monde. Les virages et les contrecoups de la crise capitaliste sont la preuve d’un écroulement des rapports sociaux existants.

Et maintenant que faire ? Comme le proclamait une banderole hissée devant  l’Acropole, curieusement par le parti dont on s'attendait le moins à cela, le parti stalinien grec : Peuples d’Europe, soulevez-vous.

 



Source : http://www.argenpress.info/2010/05/grecia-la-ultima-etapa-de-la-crisis.html

Article original publié le 5 mai 2010

Sur l’auteur

Tlaxcala est le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice et la source.

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DANS LE VENTRE DE LA BALEINE: 06/05/2010

 
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