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17/12/2017
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Le dernier survivant français connu de 14-18 était… un immigré italien et un Garibaldien : Lazzaro Ponticelli vient de mourir à 110 ans


AUTEUR:  Michel PORCHERON


Nous reproposons cet article à la lecture, à l'occasion du 11 Novembre 2009

 

  Adieu Lazare - Addio Lazzaro
Lazare Ponticelli s'est éteint ce mercredi 12 mars 2008 à l'âge respectable de 110 ans. Les plus hautes autorités lui rendront un hommage national lundi prochain en l'Hôtel des Invalides. Avec lui disparaît le dernier poilu de la guerre de 14-18, et aussi le dernier Garibaldien, puisque Lazare «avait servi dans les rangs de la Légion étrangère de 1914 à 1915, au sein du 4e Régiment de marche du 1e étranger, unité surnommée «Légion garibaldienne» et composée exclusivement de légionnaires italiens»,  comme l'a communiqué la Légion etrangère, qui lui rendra un hommage particulier. Ce régiment était commandé par Peppino Garibaldi, petit-fils de Giuseppe Garibaldi, "le héros des deux mondes" et fils de Ricciotti, le général qui s'était battu aux côtés de son père contre les Prussiens durant la guerre de 1870. Le frère de Peppino, Bruno servait à la 11è compagnie du 3è bataillon et tomba au front en décembre 1914.  Apprenant sa mort, le vieux général déclara :"Un de mes enfants est tombé; eh bien, il en reste cinq !"
Lazare avait finalement accepté, après l'avoir longtemps refusé, que la patrie reconnaissante lui rende un hommage national à sa mort "au nom de tous ceux qui sont morts durant la Grande guerre". Un autre hommage lui sera rendu par la ville de Kremlin-Bicêtre (94), dont il était citoyen d'honneur.
Lisez ci-dessous l'article que lui avait consacré notre collaborateur Michel Porcheron il y a quelques semaines.

Un immigré italien, Lazzaro - « Lazare » - Ponticelli, est depuis dimanche 20 janvier entré dans l'histoire en devenant le dernier rescapé des Poilus de 14-18  ayant combattu dans les rangs français. Il ne fut pourtant naturalisé qu’en 1939.


Lazzaro Ponticelli

Ironie, lazzi  de l’histoire : la vie formidable de ce Rital comme on disait alors, de cet immigré hors du commun qui combattit pour la France surgit  alors que l’Hexagone est, une fois de plus, empêtré dans un nouveau mauvais débat sur l’immigration « subie », « choisie », les étrangers, avec ou sans papiers, sur la discrimination positive ou négative, la reconduction aux frontières, les tests ADN, les centres de rétention, la politique du chiffre, les situations irrégulières, etc… Il n’est pas exclu que M. Brice Hortefeux, ministre ( !) de l’immigration (et de l’Identité Nationale !) de M. Sarkozy, ait l’audace de saluer ce « bon étranger ». Il n’en aurait pas le droit et ne serait pas qualifié pour le faire.     


Louis de Cazenave

Depuis février 2007, « Lazare » était un des deux derniers survivants français de « la Der des der » avec Louis de Cazenave, lequel s’est éteint dimanche  à 110 ans, son aîné de quelques semaines. Le soldat René Riffaud s’était en effet éteint le 15 janvier 2007 à 108 ans. Le dernier Poilu de Paris, Jean Grelaud décéda le 25 février 2007, également à 108 ans.

Lazare Ponticelli devient ainsi le dernier (1) d'une très longue liste : 8,41 millions de soldats français furent en effet engagés dans la guerre entre 1914 et 1918.  Entre le 3 août 1914, jour de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France et le 9 novembre 1918, date de l’abdication et la fuite du Kaiser, ils furent, rien que pour la France 1.450.000 à mourir. Deux millions d’Allemands ont péri, 1,7 million de Russes, 1,5 million d’Austro-hongrois, 750.000 Britanniques, 116.000 Américains et 70.000 Africains des troupes coloniales. En moyenne, 900 français sont morts chaque jour entre 1914 et 1918. 4 millions furent blessés. La guerre fit 600.000 veuves et 760.000 orphelins. Inventaire macabre mais indispensable.

La "Der des der",  comme on appelait la Grande Guerre, celle de 14-18, la première guerre mondiale, a fait au total neuf millions de morts dans le monde et près de 20 millions de blessés, dont la moitié mutilés. En France et en Allemagne, un soldat mobilisé sur six a été tué. La plupart avaient entre 18 et 25 ans.  Quelques dizaines (60 ?) de millions d’hommes furent mobilisés en uniforme.  

Non à la guerre, non aux honneurs            

M. de Cazenave, issu d'une famille de vieille noblesse provinciale, qui fut doyen des hommes en France, avait participé aux batailles de la Somme et du Chemin des Dames, en 1917,  l'une des offensives les plus meurtrières, dont il était le dernier survivant français. Mobilisé en 1916, ayant devancé l’appel, il servit dans l'infanterie coloniale avant de rejoindre, en janvier 1918, des unités d'artillerie. Dès son retour dans le civil il était devenu « pacifiste forcené », selon sa petite-fille. Il « s'enferme dans un dégoût silencieux », a écrit le quotidien français Le Monde (9/11/2007). Ayant toujours vécu loin des honneurs, il refusa même pendant longtemps de parler de la Grande guerre à ses trois fils. Il commença vraiment à témoigner quand ayant atteint ses 110 ans, les journalistes commencèrent à s’intéresser à lui.

Il n'avait assisté, à contrecœur, qu'à une seule commémoration de l'Armistice, le 11 novembre 1995, à Brioude, pour recevoir la Légion d'honneur. Il avait … 98 ans. 

Il avait catégoriquement refusé la proposition du Président Chirac en 2005 d’offrir des « obsèques solennelles », sorte de  funérailles nationales au dernier des Poilus qui disparaîtrait.

« Certains de mes camarades n'ont même pas eu le droit à une croix de bois »,  tempêtait-il, lors d'une rencontre avec un journaliste du Monde en 2005.Il était parti se battre pour le drapeau. Il en était revenu, de la guerre mais aussi du patriotisme : « De la fumisterie, un moyen de faire gober n'importe quoi !". Evoquer les tranchées amenait une réponse ulcérée. « Aïe, aïe, aïe ! Un truc absurde, inutile ! A quoi ça sert de massacrer des gens ? Rien ne peut le justifier, rien ! », disait-il.  Au juge des tutelles venu il y a quelques mois lui demander où il voulait être enterré, il avait répondu d'une voix claire « à Saint- Georges- d'Aurac »,  le village de Haute-Loire où il est né, et ajouté : « dans la simplicité » (2).


« L'humanité est maudite si pour faire preuve de courage, elle est condamnée à tuer éternellement »  (Jean Jaurès)

Comme Louis de Cazenave, Lazare Ponticelli (prononcer Pontichelli) avait récusé lui aussi, jusqu'ici, tout traitement de faveur.  "Ce n'est pas juste d'attendre le dernier poilu. Si c'est moi le dernier, je dirais non (aux obsèques solennelles). Ce serait un affront pour tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu'ils méritaient. Ils se sont battus comme moi ».  Pour lui, le travail de mémoire s'est mis en place trop tardivement.  « Ils avaient droit à un geste de leur vivant, même un petit geste, ça aurait suffi. Ils auraient dû faire ça avant que les gens ne soient morts et ne puissent plus parler", regrettait-t-il (Le Monde, 9 novembre 2007) .« Les premiers poilus qui sont tombés ont droit à autant d'honneur que moi qui suis le dernier », confirmait-il dans un premier temps, en apprenant la mort de M. de Cazenave, selon des propos rapportés à l'AFP par sa fille chez qui il réside au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Mme Janine Desbaucheron a toutefois nuancé ce refus: « je ne dis pas non, mais on y mettra des restrictions. Il faudra que cette cérémonie se fasse en l'honneur de tous les poilus et de tous les hommes et les femmes qui sont tombés », mais elle a exigé que son père soit enterré dans le caveau familial. Elle disait aussi: « Il va réaliser dans les prochains jours », qu'il est devenu un symbole.Est-ce pour cela que le der des ders a changé son fusil d'épaule ? Mercredi 24 janvier, il a en effet déclaré au quotidien Le Parisien: "D'accord si c'est dans la dignité. Pas de tapage important, ni de grand défilé. Mais une messe aux Invalides en hommage à mes camarades morts dans cette horreur de la guerre et auxquels j'ai promis de ne jamais les oublier". Mais là où il a tenu ferme c'est sur le lieu de son inhumation: dans le caveau familial, Allée de Verdun, au cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine. Le plus tard possible. Car il a encore beaucoup à faire et à dire. Le Poilu le plus connu jusqu'au 20 janvier 2007 a été le Soldat Inconnu de l'Arc de Triomphe. Depuis ce dimanche, le dernier Poilu français a un nom et un prénom, Ponticelli, Lazare. Il sera désormais le plus connu de ces soldats. Il n'a rien fait pour. Le hasard.                                                 

Lazare Ponticelli n’est pas seulement le dernier poilu français, il est aussi l’un des derniers Poilus européens et le doyen des vétérans italiens. On estime à moins d'une trentaine dans le monde  les combattants de 14-18 encore en vie, répertoriés ou pas (3). Car nul doute qu'il y a quelques "oubliés", de leur gré ou non.  

Mais il n’est pas un « ancien combattant » à l’ancienne,  comme les autres. Lazare Ponticelli, contrairement à ses camarades Poilus français, qui ont vécu de manière paisible leurs dernières années, au point même de faire, pour certains, le silence sur leurs faits de guerre, dans une discrétion et une dignité notables, est resté lui un ancien combattant actif. Il a été avec le Britannique Henry Allingham, doyen toutes catégories des rescapés de 14 -18 avec ses 111 ans passés, le seul des derniers vétérans de la Grande Guerre à avoir pris part à une cérémonie du 11 novembre 2007 sur le sol français. « L'évènement est passé inaperçu dans les médias français ». Consulter avec intérêt ce site d’un particulier : http://dersdesders.free.fr/

 

A l’occasion de son 110e anniversaire, il a été officiellement fêté à Paris à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI, Paris, Porte Dorée), en présence de Jacques Toubon,  président du Conseil d’orientation de la Cité. Apparemment en forme, au point de se lever pour trinquer avec l’assistance, constituée d’une bonne centaine de ses descendants, il livra durant une demi-heure son témoignage aux journalistes. Il doit par un nouveau témoignage inaugurer le programme d'archives orales de la CNHI.

Contrairement à Louis de Cazenave, tous les ans le 11 novembre, il venait rendre hommage à ses camarades morts en 14-18 lors des commémorations de l'Armistice au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), près de Paris. Il a toujours tenu à participer à ce qu'il considère comme un devoir: "Pendant la guerre, un camarade m'a dit 'Si je meurs, vous penserez à moi', et je n'ai jamais oublié".

Lazare Ponticelli a ajouté : «« Ce n'est pas juste d'attendre le dernier poilu. Si c'est moi le dernier, je dirais non (aux obsèques solennelles). Ce serait un affront pour tous les autres, morts sans avoir eu les honneurs qu'ils méritaient. Ils se sont battus comme moi ».  Pour lui, le travail de mémoire s'est mis en place trop tardivement.  « Ils avaient droit à un geste de leur vivant, même un petit geste, ça aurait suffi. Ils auraient dû faire ça avant que les gens ne soient morts et ne puissent plus parler", regrette-t-il (Le Monde, 9 novembre 2007) .

Sa vie est une vie hors norme. Soucieux de témoigner, ce qu'il a fait en racontant la guerre de 1914-1918 dans les écoles, Lazare Ponticelli est fier de raconter son parcours. Celui d'un petit Italien- cinq frères, deux sœurs-, orphelin de père, parti tout seul de son village natal, le hameau de Groppo Ducale, près de Bettola (nord de l'Italie), à 9 ans et demi, pour fuir la misère et gagner le "paradis", la France,  sans savoir ni lire, ni écrire, ni parler français.  "J'ai tout appris de quatre à sept ans et, ce que mon père m'a dit, je ne l'ai jamais oublié : avec le courage on arrive toujours à ses fins, bien sûr on vit des mauvais moments, mais aussi des bons."Il va alors rejoindre sa mère et sa famille à Nogent-sur-Marne, où réside à l'époque une importante communauté italienne, qu’on appelait les Ritals.  Il a travaillé à Paris comme ramoneur puis crieur de journaux à Paris. « Je distribuais L'Intransigeant, entre le Bon Marché et la Bastille. Le jour où Jaurès a été assassiné, rue du Croissant (le 31 juillet 1914), je me suis retrouvé en rupture de stock ». Il travailla également comme coursier pour Pierre et Marie Curie. Le jour de la mobilisation, il s'engage dans le premier régiment de marche de la Légion étrangère, en trichant sur son âge. « J’ai voulu défendre la France parce qu'elle m'avait donné à manger. Tous ces jeunes tués, je ne peux pas les oublier. Quel gâchis !» , assure-t-il.

 Le Franco- Italien, né le 7 décembre 1897, fit partie des soldats pantalons garance et fleur au fusil, soit ceux qui partirent faire la guerre dès les premiers jours de la mobilisation.

Chasseur alpin …italien  
 
Lazare Ponticelli n'a pas en effet 17 ans quand il s'engage en 1914. Un mois de classes et le voilà au front dès l'automne 14 : Soissons, Chemin des Dames, Argonne,...  « A Soissons, en deuxième ligne »,  puis en Argonne. « A la première attaque, sur la cote 707/708, on a été décimés immédiatement car on n'avait pas de tranchées »,  se souvient-il. « Les Allemands en avaient, pas nous ». C'est lui qui « fait le premier pansement » à son frère Céleste, blessé. Ceux qui n'étaient pas tombés ont été « ramassés et on nous a expédiés à Verdun ».  C'est là, au fond des tranchées, au milieu « des rats qui se baladaient » qu'il sera rattrapé par l'Italie en 1915, qui vient de dénoncer la Triple Alliance (Allemagne, Autriche, Italie) signée contre  la France en 1882.

«  On me demandait au poste de commandement ». Il y apprend que, comme tous les Italiens engagés dans l'armée française, il doit partir combattre sous le drapeau transalpin après l'entrée en guerre de l'Italie au côté de la France. Après six semaines de vie hors du front, il s’était caché quelque part dans Paris, il finit par être arrêté par deux gendarmes français qui le conduisent à la frontière où il fut remis aux autorités italiennes. Incorporé de force dans l'armée italienne, alors qu’il aurait voulu continuer à se battre pour la France, il se retrouve dans le Tyrol, soldat du 3e régiment de chasseurs alpins, se battant contre les troupes de l’Empire Austro-Hongrois, alliées de l’Allemagne. En 1916, à Monte Cucco, il reste deux jours durant derrière sa mitrailleuse, des éclats d'obus au visage, aveuglé par son sang. Il est soigné puis retourne au combat en 1918. Pour Lazare Ponticelli, comme pour tous les Italiens, la guerre prit fin avec l’armistice  de Padoue signée avec l’Autriche vaincue le 3 avril 1918.  
 
"C'est complètement idiot la guerre"
 
De ce long conflit, dont il sort indemne excepté une blessure à la joue, il a retenu une chose: « Vous tirez sur des pères de famille, c'est complètement idiot la guerre ». Il rentre en France en 1921. Cet  ancien gamin illettré monte alors avec ses deux frères, Céleste et Bonfils, une entreprise de fumisterie qu'il fera prospérer, avant de passer la main à la fin des années 60. Avec le mot clé Ponticelli, et la recherche dans Google- J’ai de la chance vous tombez sur la société Ponticelli frères, qui emploie en France et à l’étranger 2000 personnes. Une entreprise de montage et d'entretien de cheminées d'usine, dont les activités vont s'étendre au montage-levage, particulièrement dans le secteur du raffinage du pétrole. La société Ponticelli Frères existe toujours et est florissante.


Les trois frères de la Société Ponticelli


Ce dernier légionnaire de la Guerre 14-18, naturalisé en 1939, a toujours évoque avec fierté ses médailles. Elles sont conservées dans une boîte à chaussures, mais elles ne l’ont jamais quitté.  Lazare Ponticelli a consigné ses souvenirs dans un opuscule édité au Kremlin-Bicêtre.

  

« Les morts ne meurent pas quand ils descendent dans la tombe, mais bien quand ils descendent dans l'oubli » (Henri Auclair, mars 1996)

La disparition médiatisée des derniers combattants de 14-18 durant les années 2000 constitue une première en France. Jamais auparavant, un tel évènement n'avait pu être observé de façon aussi précise par un si grand nombre (4). En effet jusqu'en 1995 le nombre de survivants de la Grande Guerre n'est en France qu'estimé. Seuls les anciens combattants touchant une retraite (à ce titre) et les pensionnés (pour invalidité) sont connus et recensés. C'est l'ONAC (Office National des Anciens Combattants) qui accorde le statut d'ancien combattant (trois mois de campagne, ou blessure au combat, ou acte de bravoure).C'est l'ONAC et le Ministère des Anciens Combattants qui vont être alors chargés d'établir la liste de tous les Poilus survivants et d'établir un dossier individuel pour chacun des vétérans.

« Dans notre société, les Poilus ont fait l’objet d’une véritable remontée mémorielle, alors qu’on s’y intéressait beaucoup moins il y a quelques années », a eu l’occasion de dire l’historien Stéphane Audoin- Rouzeau. Pour l’historien, « non seulement l’abrasion du souvenir ne s’est pas produite, mais la guerre connaît une nouvelle jeunesse et c’est même parmi les générations les plus jeunes que la Grande Guerre est plébiscitée comme évènement majeur du XX è siècle ».

Un petit-fils de Poilu, Bernard- Marie Dupont en profite pour rappeler ce que peu de Français savent aujourd’hui : à Notre Dame de Lorette, en Artois (nord), depuis 90 ans, 3757 gardes d’honneur, tous bénévoles, se relayent à l’intérieur de la tour lanterne de la nécropole, visible dans un rayon de 35 km, pour veiller seize cercueils de soldats inconnus. 350.000 soldats français avaient péri lors de la bataille d’Artois de 1915.  Pour Bernard –Marie Dupont, « ils sont 3757 à nous dire « plus jamais cela », à transmettre le flambeau aux jeunes générations. A leur manière ils luttent contre le temps de l’oubli qui s’installe peu à peu ».

Pourtant depuis un petit nombre d’années, jamais la guerre de 14-18 n’a autant intéressé les historiens, de plus en plus d’écrivains, d’artistes et de cinéastes. Ces dernières années, c’est avec Capitaine Conan, que Bertrand Tavernier avait ouvert la brèche en 1996, même s’il faut remonter à 1937 pour signaler le chef d’œuvre absolu que fut La Grande Illusion, de Jean Renoir (seul film français figurant sur la liste des « douze meilleurs films du monde » établie en 1958). Il fallut attendre 2001 pour voir La Chambre des officiers de François Dupeyron, puis Un long dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain) ou Joyeux Noël de Christian Carion (qui a représenté la France à des Oscars). La liste n’est pas close.  

« Nous n’avons jamais vraiment écouté ces vieillards de 20 ans dont le témoignage nous aiderait à remonter les chemins de l’horreur », a écrit Jean Rouaud dans son livre « Champs d’horreur ». La der des ders est omniprésente dans « Les Ames grises » de l’écrivain Philippe Claudel. Là non plus, la liste n’est pas close .

Notes

(1)   - Durant ces dix dernières années le nombre de survivants a été le suivant : plus de 4000 en 1995,  puis selon des décomptes faits chaque année en novembre : 189 en novembre 2001, 85 en 2002, 50 en  2003, 22 en 2004, 10 en 2005, 7 en 2006 et 2 en 2007. 

(2)   -  Le secrétaire d'Etat à la Défense chargé des anciens combattants, Alain Marleix, a indiqué lundi 21 janvier qu'il «y aura, quoi qu'il arrive, une cérémonie nationale» d'hommage aux poilus. Cet hommage «pourrait prendre toutes sortes de formes comme un Te Deum voire des obsèques nationales si la famille (du dernier poilu) le souhaitait». Alain Marleix précisait qu'il entendait recevoir «prochainement» et «à sa demande» Janine Desbaucheron, la fille de Lazare Ponticelli, pour évoquer «l'hommage national» qui serait  rendu.   Il a eu en partie gain de cause.   

(3)    - Les plus jeunes des combattants étant nés en 1900-1901, le tout dernier des vétérans devrait s'éteindre peu après 2010 (110 ans étant en moyenne l'âge extrême atteint par le doyen d'une classe d'âge). Américains, italiens et Allemands ayant massivement incorporé des soldats nés en 1899-1900, il est probable que le tout dernier combattant soit de ce pays. Ce mois de janvier a été fatal pour deux autres survivants reconnus : se sont éteint  les derniers vétérans allemand et polonais de la Grande Guerre, Erich Kästner (108 ans) et Stanislaw Wycech (105 ans). Le 20 janvier est mort également à 107 ans Raymond Cambefort. Il ne possédait pas le statut officiel d’ancien combattant, car ne validant pas un des critères requis, notamment trois mois passés en unité combattante. Les autorités militaires françaises reconnaissent cependant et de façon officielle sa participation à « la campagne contre l’Allemagne » pendant plus d’un an. Un autre soldat de 14 est également décédé en octobre 2007, l’Italien Giustino « Justin » Tuveri, né le 13 mai 1898 en Sardaigne. Combattant dans les rangs italiens il fut démobilisé avant de fuir en 1920 l’Italie fasciste de Mussolini. Il gagne la France, s’installe à Saint Tropez, puis obtint la nationalité française en 1940.

(4)   Frédéric Mathieu, qui se présente comme bénévole « amateur éclairé », sans autre précision, est le concepteur/réalisateur du site Dersdesders, site remarquable mis en ligne en juin 2005. La richesse des données présentes sur ce site est « le fruit d’un important travail de recherches ». La base présentée contient 2700 noms de vétérans français de la Première Guerre ayant vécu jusque dans les années 1990-2008. Ce site où F.Mathieu appelle tous les Poilus « Monsieur » est également une mine sur les combattants de nombreux pays qui ont participé à la Grande Guerre.    

À l'occasion du 11 novembre 2007, le journal Le Monde a publié un nouvel article ( 9 novembre) , confirmant le refus des deux derniers poilus de recevoir des obsèques nationales :  http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-976441,0.html?xtor=RSS-3208
Parmi les autres sources consultées : Benoît Hopquin, "Les ders des ders", Le Monde, 10 novembre 2005 et Nicolas Offenstadt, « Le pays a un héros : le dernier poilu », L'Histoire, mai 2007. Sites de l'ONAC et des Anciens de la Légion étrangère. 

 


Source : l'auteur

Article original publié le 25 janvier 2008, actualisé le 12 mars 2008, reproposé le 11 novembre 2009

Sur l’auteur

Michel Porcheron est un auteur associé à Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

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PAIX ET GUERRE: 11/11/2009

 
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