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24/10/2017
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Le destin de l’Ocean Breeze : si ce n’est pas le Titanic, ça y ressemble

Des pirates s’emparent du yacht de Saddam Hussein


AUTEUR:  Michel PORCHERON


Pourquoi faut-il qu’une belle histoire tourne court ?

On l’imaginait, avec ses 82 mètres, voguant entre Caraïbes et Méditerranée, avec la barre, cheveux au vent, un oligarque forcément moscovite, ou alors Julio Iglesias, Kadhafi Jr, ou Bernard Tapie, l’homme d’affaires français qu’on ne présente plus.    

Mais notre conte des Mille et une Nuits finit comme un roman de gare...Schéhérazade, elle-même, racontant une telle platitude, n’aurait pas échappé à la condamnation définitive du roi perse Chahriyar. Comme une simple participante de la Star Academy, elle aurait été impitoyablement éliminée en cinquième semaine.  

Une histoire formidable qui « tourne en eau de boudin ». Julien Gracq, s’il était encore parmi nous, aurait été probablement amusé de voir cette expression extraite de son œuvre (le Petit Robert 2009, p. 282), utilisée dans une histoire romanesque qui a provoqué plus d’une émotion.

Ainsi notre histoire a ainsi « mal tourné, elle a échoué progressivement » (cf. Fam. Partir en couille(s) qui renvoie à la page 558 : se gaspiller, péricliter -cf. LOC.FIG.FAM : Partir en sucette- p. 2452).


L'Ocean Breeze, quand il était à quai dans le bassin Lympia de Nice (photo Patrice Lapoirie)

L’Ocean Breeze, ce navire d'exception estimé à plus de 24 millions d'euros, qui fut propriété de Saddam Hussein, paix à son âme, amarré à Nice depuis fin 2007, comme  venu de nulle part, était à vendre. A qui le tour se demandait-on encore fébrilement au début de l’été ? Un juge a tranché et quand un juge tranche,  à l’issue d’une longue énumération d’attendus, on ne peut s’attendre généralement à un happy rebondissement. La montagne a accouché d’une souris. 

Fortune de mer

« Le drapeau irakien flotte de nouveau sur le yacht ayant appartenu à l'ancien dictateur Saddam Hussein, dont la propriété vient d'être rendue à la République d'Irak au terme d'un long feuilleton judiciaire », a indiqué l'avocat de l'État irakien dans ce dossier. Le drapeau rouge, blanc, noir flotte sur le palais flottant de feu l'ancien dictateur. Fortune de mer.

L'État jordanien, qui était présenté comme le dernier propriétaire en date du navire a indiqué qu'il renonçait à toute prétention sur ce bien. Ainsi, en réalité, c’est moins la justice française saisie, qui a donné raison à l’Irak que la Jordanie qui a abandonné ses prétentions sur le yacht de la discorde après 10 ans de batailles judiciaires. Ce que reconnaît le représentant des intérêts irakiens : « Dans une lettre en date du 1er juillet, les mandataires du roi de Jordanie ont informé le président du tribunal de commerce de Nice qu'ils renonçaient, par acquiescement, à tout droit de propriété ». Pour quelles raisons ? « Ce sont les mystères de la diplomatie », fait-on savoir du côté de l’ambassade de Jordanie à Paris

« La passation de propriété est effective depuis le 17 juillet et l'ambassadeur d'Irak en France est venu à Nice pour dresser le pavillon irakien sur le bateau », a-t-on précisé. Quelle platitude ! Déception. Fin du feuilleton diplomatico-judiciaire. L'Ocean Breeze est devenue propriété pleine et entière de la nouvelle république d'Irak (sic). Un coup de théâtre.

Cette histoire a failli passer inaperçue, comme l’été d’ailleurs, d’autant plus que la nouvelle est tombée en plein Tour de France et alors que tous les regards étaient tournés vers Pékin. Heureusement, il y a un toujours un localier à l’affut, qui a vu l’Ocean Breeze quitter Nice, pour une destination inconnue, comme cet autre localier bas-normand celui là, ne vit plus à quai, un jour de décembre 1969, les vedettes de Cherbourg.

« Il va enfin rentrer à la  maison » ont écrit les gazetiers, comme pour s’en réjouir. 

Pour tout savoir sur le passé mythique de ce yacht qui, promis à l’échouage, ne retrouvera jamais son lustre d’antan, consulter avec profit : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4830&lg=fr

Aujourd’hui, gagné par la frustration, nous disons Adieu veau, vache, cochon, couvée. Après Julien Gracq, Jean de La Fontaine, qui, s’il était encore parmi nous, aurait été amusé lui aussi...Remisons nos ex-futurs épisodes d’aventures.

Comme nous avions alors ouvert l’enquête, nous devions la refermer, afin de répondre aussi aux multiples et angoissées demandes qui nous sont parvenues.   

 Résumé, suite et fin 

On pourra se contenter, la mort dans l’âme, du seul background (anglicisme journalistique, arrière-plan en français), pour relater sèchement les chapitres précédents : C’était l’histoire extraordinaire d’un luxueux yacht de 82 mètres, construit suite à une commande de Saddam Hussein, parvenu au pouvoir en 1979. Amarré longtemps à Bassorah, port du sud irakien, dès 1981, il fut mis à l’abri dans le port de Djeddah en Arabie Saoudite durant la guerre Iran-Irak qui dura tout de même 8 ans (1980-1988), à l’issue de la première offensive irakienne le 22 septembre 1980. Pour le bijou à Saddam, huit ans au radoub. Au rapport, ont manqué, dans le même temps, 700.000 Irakiens et Iraniens. 


Ocean Breeze, intérieur

 Rebaptisé Ocean Breeze, il était réapparu à Nice à l'automne 2007 où il avait été mis en vente par l'intermédiaire d'un courtier londonien au prix de 23.512.790 euros (34,450.000 dollars). « L'Etat irakien », un peu fantôme pour les raisons que l’on connait, s'opposa à cette vente, obtint la saisie conservatoire du yacht en attendant que la justice tranche la question de sa propriété. Pendant ce temps là, la société Sudeley Limited, basée aux Iles Caïman, affirmait, vous suivez ? que le navire lui appartenait après avoir été donné par la famille de Saddam Hussein au roi d'Arabie Saoudite, lequel l'aurait ensuite donné au roi Abdallah II de Jordanie, actionnaire de Sudeley.

Le fait qu’il ait été débaptisé et rebaptisé « Basrah Breeze », en référence à la ville irakienne de Bassorah, augmente l’amertume.  Retour donc à la case départ.  Ce nouveau baptême a été considéré comme le « premier acte fondateur de l'Etat Irakien ». Sans rire.


Le Basrah Breeze, arborant le pavillon irakien (photo AFP).


« L'Irak » est engagé dans de nombreuses procédures visant à récupérer les avoirs de Saddam Hussein à l'étranger. En mars 2007, « l'Irak » a récupéré le titre de propriété d'une villa située sur les hauteurs de Cannes (Alpes-Maritimes), acquise dans les années 1980 par le beau-frère de Saddam Hussein.

 « Le retour du yacht dans le giron de l'état irakien est un signal fort lancé à la bande à Saddam pour dire que l'époque est définitivement révolue où ils pouvaient mener grand train sur le dos du peuple », a considéré l’avocat Me Amir Aslani-Ardavan. Plus de 100 milliards de dollars ont été détournés par Saddam. Alors, là, nous ne récupérons qu'une miette de ce butin, mais ce n'est qu'un début. »

Deux musées des horreurs  

Reste que son avenir, l’avenir du yacht à Saddam, est toujours aussi incertain. On le dit en partance pour la Grèce où une cure de jouvence lui serait promise. On le voit déjà destiné, comme musée flottant, à témoigner de tous les abus de Saddam Hussein. Mais, lit-on sur le web, on se perd en conjecture : « Le gouvernement irakien n'a pas encore tranché, rien n'exclut d'ailleurs qu'il puisse être vendu. » Rien... sauf peut-être son prix : « Si la Jordanie n'a pas réussi à s'en défaire avant que l'Irak obtienne sa saisie, c'est qu'elle réclamait deux fois plus que raisonnable. L'Ocean Breeze vaut tout au plus 10 à 12 millions d'euros ! » assurait  un vendeur de bateau monégasque.

A quelque chose, malheur est bon. Le départ du yacht à Saddam est une heureuse nouvelle pour les propriétaires de yachts qui trouvent difficilement de la place le long du môle Riboty, pour amarrer leur bâtiment de luxe dans le port de Nice. 

Au début de l’été, l’histoire de l’Ocean Breeze avait fait l’objet d’un sujet sur la chaîne française la plus regardée (jusqu’ici) , TF1 ( dans le magazine du dimanche « Sept à Huit ») Dans sa présentation, la chaîne ne manquait pas de dire que ce très grand navire, capable de voguer à 34 km/heure...avec  2200 tonnes de luxe sur lesquelles peuvent embarquer 63 personnes, fut « le dernier joujou de Saddam Hussein qui l’avait fait construire avec l'argent des Irakiens pour son usage personnel ». Si c’est TF1 qui le dit...

Le grand hebdomadaire français Paris-Match (le poids des mots, le choc des photos »), parlait de « bisbilles juridiques autour des trésors de Saddam ». 

Le yacht à Saddam transformé en musée !  En Irak, on savait que les choses marchaient sur la tête. Y compris « le gouvernement » dit irakien. Et pourquoi pas  transformer Abou Ghraïb,  popularisé par les troupes US,  en musée ? C’est justement ce que le susnommé gouvernement  a l’intention de faire. Il projette d’y ouvrir un musée consacré ...aux crimes perpétrés sous le régime à Saddam... Ce site fut réellement un lieu de tortures sous Saddam Hussein. A huis clos. Sans la moindre preuve visuelle. C’est là-dessus que les Yankees ont innové, en diffusant pour illustrer leurs exactions en tout genre images et vidéos en veux-tu en voilà, transmises, comme autant de cartes postales, par mails par les auteurs eux-mêmes des attentions délicates réservées à la piétaille placée en soins intensifs. Pour le reste, les Yankees  ont fait au moins jeu égal avec les matons du temps de Saddam.    

Un yacht quitte discrètement la France, un autre est arrivé, magistralement, le même jour mais à Palerme, Sicile. Il n’appartient pas à un dictateur, juste à un monarque, le sultan d’Oman, Qabus ibn Said. Si on les compare, l’ancien yacht de Saddam H. n’est qu’un rafiot. Celui du sultan mesure 154 mètres, et il ne sort jamais, son yacht, sans être accompagné d’une corvette d’escorte équipée de missiles.

Saddam en aurait été jaloux. Précédant l’arrivée du yacht, un vaisseau d’intendance contenait 22 Mercedes blindées et deux hélicoptères. Deux avions cargos ont convoyé les bagages. Mais Qabus ibn Said aurait-t-il le mal de mer ? Il a débarqué d’un Boeing, le sien.

Quand on sait que selon la coutume le monarque, fortuné et généreux, distribue lors d’une réception, des Rolex en or, comme des bobs Ricard sur la route de la caravane publicitaire du Tour de France, on se rend mieux compte de la petitesse de l’ancien dictateur irakien. Enfoncé Saddam. Il doit se retourner dans sa tombe. Il n’est plus parmi nous pour dénoncer le harcèlement dont lui, ses amis et son yacht sont toujours les cibles de la part du nouvel « Etat irakien » et ses nouveaux sponsors que sont les forces d’occupation américaines.

Parti la conscience au repos, que le repos de ce valeureux guerrier soit désormais respecté. Car, sûr, on va bientôt ressortir l’affaire de l’autre yacht de Saddam, le « Al Mansour » (le Vainqueur), 124 mètres, qui, lui, disposait d’un héliport, d’un lance-missiles, de blindages, etc.


Source : proposé par l'auteur

Article original publié le 17 Septembre 2008

Sur l’auteur

Michel Porcheron est auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5892&lg=fr


LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 17/09/2008

 
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