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22/10/2017
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C'est pas de l'anglais, c'est du latin !

La véritable origine de l'arobase, ou pourquoi @ doit se prononcer ad et non at


AUTEUR:   Lettre(s)


L'arobase (@) est un signe qui figure dans les adresses de courrier électronique depuis qu'Internet règne sur le quotidien de notre communication. Ce signe est beaucoup plus ancien qu'on ne le croit et ne vient pas de l'anglais d'Amérique, mais – c'est plus inattendu – du latin et de France.
On se souvient qu'au temps des manuscrits médiévaux, les copistes par économie de place remplaçaient certains groupes de lettres par un signe unique, voire certaines lettres par un simple signe diacritique. C'est ainsi que sont apparues certaines ligatures encore en usage aujourd'hui en français comme æ?. C'est également ainsi que sont nés l'esperluette (&) pour noter la conjonction de coordination latine puis française et, ainsi que le tilde (~) sur certaines voyelles pour indiquer leur nasalisation, ou l'eszett(ß), ligature du « s long » et du « s final », employée en français jusqu'au XVIII e siècle et encore couramment employée aujourd'hui en allemand.



L'esperluette est restée très vivante dans les titres et les raisons sociales des entreprises, au point qu'elle est parfois appelée à tort et commercial. Le tilde, lui, n'est plus employé en français, mais le reste en portugais où il est même la seule façon d'orthographier les voyelles nasales. Qu'on pense à curaçao (à comparer avec l'espagnol corazón), ou à sertão, qui se transcrivait encore sertaon au XIXe siècle, si l'on en croit le Petit Robert. Le tilde existe aussi en espagnol, anciennement pour indiquer le redoublement du n (le français pennon devient penon en castillan) puis, par suite de l'évolution de l'espagnol, pour noter l'équivalent du français gn (Espagne, España). À noter que si nous avons emprunté tilde à l'espagnol, dans cette langue ce terme vient, par une dérivation mi-savante, mi-populaire, du latin titulus, titre. En revanche, l'étymologie d'esperluette reste assez incertaine.
L'arobase, lui, n'a jamais servi qu'à noter du latin, et plus particulièrement la préposition ad, signifiant à ou vers. Le plus curieux, c'est que dans le latin de chancellerie la préposition ad, déjà écrite @, s'est spécialisée dès le XVIIe siècle, et peut-être même avant, dans toutes les cours d'Europe, pour indiquer le destinataire d'un document officiel. C'est ainsi que la formule «@ SSMM Ludov. & Marg. R&R Francae » doit se comprendre « à l'intention de leurs Majestés Louis et Marguerite, roi et reine de France ».

Sur Internet, l'arobase n'annonce plus le destinataire d'un message électronique mais seulement sa domiciliation chez un fournisseur d'accès. Elle joue le même rôle que l'expression « aux bons soins de... » dans les adresses postales, pour désigner l'intermédiaire qui reçoit le courrier destiné à un tiers.

Comment en est-on venu du latin de chancellerie à l'Internet du XXe siècle ? Et bien, c'est un certain Ray Tomlinson, informaticien et inventeur du logiciel de messagerie électronique, qui sortit l'arobase de l'oubli, en 1972. Ce dernier avait besoin d'un caractère absent de tous les alphabets issus du-latin en usage en Europe, pour servir de séparation dans les adresses électroniques.
Après quelques recherches, notre homme tomba presque par hasard sur l'arobase et l'adopta.
Le nom d'arobase, lui aussi, est ancien ; c'est la contraction d'a de ronde de bas de casse, devenue a-rond bas, puis arobase. On reconnaît des termes de la typographie française traditionnelle : de ronde pour désigner certaines lettres arrondies, comme l'ancien d, dit d de ronde   , ainsi que bas de casse pour minuscule d'imprimerie (ce qui laisse à penser qu'une version en majuscule d'@ a pu exister). Ce terme d'arobase est ainsi devenu une désignation internationale grâce aux excellents ouvriers, cultivés, et ardents propagateurs du français, langue de référence du monde cultivé et du monde savant.
L'arobase a depuis lors reçu quelques surnoms amusants.

Citons « queue de singe » qui traduit l'allemand Klammeraffe, ou bien « le signe du miaou» du finlandais miukumauku, ou encore « ver de terre » du hongrois kukac.



Mais puisque il vient du latin, il est totalement absurde et affecté d'affubler l'arobase de la prononciation at, en cédant à la confusion avec une préposi­tion anglaise de sens et de prononciation proche. Il faut bien prononcer ad l'@ de vos adresses électroniques.

 

Honni soit qui mal prononce !


Source : Lettre(s), revue de l'ASSELAF, l'Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française. N031.

Article original publié en Décembre 2001-Janvier 2002

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