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22/10/2017
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Le dernier carré

La Librairie de France de New York, fondée il y a 73 ans, va disparaître


AUTEUR:  Michel PORCHERON


Et M. Sarkozy ne ferait rien ? Impossible.

Une certitude : M. Nicolas Sarkozy est parti en guerre contre les responsables du « désastre ». Il l’a dit à l’ONU et en général il fait ce qu’il dit, n’est-ce pas ?                     

Il veut « reconstruire un capitalisme régulé », au nom des 27 Européens. Il a choisi une bonne tribune, celle de la prestigieuse institution internationale (1), devant laquelle il a plaidé pour une moralisation des marchés.  Y compris celle du marché des loyers et la spéculation qui va avec ?

Vous avez demandé la Lune, ne quittez pas

Très bien.

Que not’ président veuille s’occuper du destin de la planète, en général,  et de celui, en particulier, des petits épargnants, de l’Alaska au Kamtchatka, en passant par Issoudun, rien de surprenant de la part d’un suractif qui met tous les matins le turbo, avec des idées – et des solutions - sur tout. Qui s’en plaindrait ?

Donc M. Sarkozy était à New York, il y était entre le samedi 20 et le mercredi 24 septembre.

Avec son épouse Mme Bruni-Sarkozy il est descendu au Carlyle Hotel, à deux pas de Central Park pour ceux qui connaissent. Une gigantesque suite leur avait été réservée.

Des journalistes, comme Antoine Guiral, envoyé à spécial du quotidien français Libération à New York, n’ont rien manqué des activités du couple présidentiel à New York : ils ont été aperçus dans des galeries d’art et des boutiques, ont fait du shopping sur Madison Avenue et le lundi par exemple, ils se sont offerts un nouveau petit footing matinal au milieu des écureuils.

Le tout avant que M. Sarkozy se penche sur le sort des marchés et le rôle régulateur éventuel des États. Le 22 septembre, studieux, M. Sarkozy a rencontré Tim Geithner, patron de la réserve fédérale de New York. Pas seulement. Il s’est entretenu aussi avec le chanteur Bono, le gars de U2.

Pendant ce temps là, c’est toujours l’envoyé spécial à New York qui nous l’apprend,  Mme Bruni-Sarkozy « la belle de Big Apple » a déjeuné avec Laura Bush et d’autres épouses de chefs d’État au Metropolitan Museum. Dans la soirée, le couple s’est rendu au plus que branché restaurant Cipriani, pour vous dire que l’envoyé spécial en sait des choses, où M. Sarkozy s’est vu décerner l’Humanitarian Award par la vénérable institution Elie-Wiesel- pour - l’humanité.

Au Cipriani, il fut reçu par le gotha franco-newyorkais. L’envoyé spécial du quotidien Le Monde, lui, Arnaud Leparmentier a remarqué non seulement les colonnes corinthiennes de cette cantine de luxe, une banque désaffectée, mais aussi « les smokings et robes longues : les hôtes (800 personnes) ont payé leur place 1500 à 75.000 dollars, tandis que la planète finance n’en finit pas de s’effondrer ». Et que du très beau monde, de Michael Douglas à Anne Lauvergeon (Areva) en passant par Philippe Douste-Blazy, vous voyez qui c’est ? C’est pas grave.

Le mardi soir, M.Sarkozy a reçu « le prix de l’homme d’État de l’année » remis par le rabbin Arthur Schneier, président de la Fondation Appeal of Conscience, devant un parterre de 700 VIP. C’est l’envoyé spécial du Figaro, Charles Jaigu, qui cette fois, nous informe.      

C’est vous dire à quel point M. Sarkozy , que l’on a dit parfois agacé ou nerveux (2), a eu un agenda plus que chargé. Sa secrétaire avait vraiment tout prévu. On ne va pas à NY tous les jours, il ne faut rien oublier, à commencer par le karaoké dans l’avion présidentiel, c’est dire.  

Mais on en vient se demander si la secrétaire a vraiment bien pensé à tout. A sa décharge, on dira qu’il y a « désastre » et « désastre ». Tous  les désastres ne se valent pas.     

Le Carlyle, Central Park, la Madison Avenue, l’immeuble de l’ONU, le Cipriani, tout ça se touche ou presque.  Manhattan est un village. Comme est proche le Rockefeller Center.

C’est vaste le Rockefeller Center, avec sa vingtaine de gratte-ciels. Mais avec une bonne carte, on trouve aisément. Si on vous dit Cinquième Avenue, the 5th Ave ? Et on voudrait nous faire croire que M. Sarkozy n’y est pas passé, même rapidement, à bord d’une limousine de couleur noire...Impossible. Il y aurait alors une lacune dans le programme du président Sarkozy « l’Américain » ?

Si personne n’a vu la limousine du président Sarkozy s’arrêter devant le 610 de la 5 e Avenue, pour qu’il y passe, au rez-de-chaussée, ne serait-ce qu’un quart d’heure, c’est que le président Sarkozy ignore tout de la délicate situation d’un Français de l’Etranger, certes un parmi des milliers (40.000 ?) à NY. S’il n’y a pas apporté de solution durable, c’est qu’il ignorait le problème, on ne voit pas d’autre explication.

 

Or il y va du prestige de la France à New York, donc de la France aux USA, donc dans le monde entier et ailleurs. C’est clair. Et M. Sarkozy n’aurait rien fait pour sauvegarder le prestige de la France, alors que le week-end en question était celui du Patrimoine français, dans l’Hexagone et hors de l’Hexagone ? Difficile à croire. Et pourtant ...

Mais encore ? L’affaire est simple : la Librairie de France http://www.frencheuropean.com/  seule librairie française aux USA et dernière librairie étrangère à New York, va disparaitre. Une histoire de quelques mois. Elle devra baisser son rideau. Sur elle, on dit déjà : feue la Librairie de France.  « L’irréductible librairie », écrivait pourtant Hermine Mauze (H.M, Libération, 15 août 2008). Elle fut ouverte dans les années 30. Donc plus d’une soixantaine d’années de vie de littérature française à New York et aux States vont passer à la trappe.

Or « la librairie des Mohlo est une oasis de la «french touch», enclave dans le goût Vieille Europe, nichée en plein Manhattan » (H.M.)

« Au centre du monde se trouve New York. Au centre de New York se trouve le Rockefeller Center. Au centre du Rockefeller Center, au coin de la 5e Avenue, se trouve la Librairie de France", écrivait l’écrivain du Québec Jacques Folch-Ribas en 1997.  

« C’est un morceau de France qui meurt »  dit Emmanuel Molho, fils du fondateur de la Librairie, Isaac Molho, Juif séfarade de Salonique qui débarqua à New York dans les années 30, s’installant en plein cœur du Rockefeller Center . Isaac  Molho un grand amoureux de littérature française, bien avant de poser le pied sur le quai de New York.

Le «New York Times», le 14 juillet 2007, s’est ému de la disparition de cette «citadelle de la culture française». http://www.nytimes.com/2007/07/15/nyregion/thecity/15fren.html?_r=1&oref=slogin

Dans ses mémoires, André Schiffrin, l’éditeur américain de Sartre, Duras, Echenoz, accorde une large place à ces « Allers-retours Paris-New York, un itinéraire politique » (Liana Levi, avril 2007)

M. Emanuel Molho fit-il partie du « gotha franco-newyorkais » au Cipriani ? Nous, nous aurions bien vu son nom figurer dans le plan de table. M.Molho dira-t-il un jour, reprenant un titre de  Libération (26 septembre 2008) : M. Sarkozy fut « Notre Sauveur ». Il est vrai que le quotidien français parlait de la crise financière et du sauvetage des banques.  

Bush n’y est pour rien    

Attention, cela pour les obsédés du complot, l’administration Bush, d’accord connue pour ses coups tordus, n’y est pour rien. Mais l’administration Sarkozy oui.

L’affaire en réalité est quelque peu minable : au Rockefeller Center, comme à Manhattan en général (3) les loyers peuvent atteindre 10.000 dollars le m2 et en 2009, une nouvelle augmentation de loyer aura raison de cette illustre librairie. Il faut comprendre le bailleur de M. Molho, qui doit avoir des frais. Par les temps qui courent, une très grosse poignée de milliers de dollars en plus, permet de voir venir des temps incertains, en plein cœur de Manhattan. Même s’il faut tuer la Librairie de France ? Sorry.  Faut que ça rapporte Monsieur !     

Ceux qui ont rencontré Emanuel Molho depuis qu’il sait qu’il devra fermer les portes de sa librairie, lui ont trouvé une petite mine, « l’air épuisé ». « La BBC, la télévision anglaise va faire un film. C'est pourtant un morceau de France qui meurt...mais la France s'en fout » « J'ai écrit à Christine Albanel, la ministre de la Culture. Pas un mot de réponse... Le loyer de mon bail sera triplé en 2009, c'est foutu. Mais ce n'est pas de l'argent que je demande au gouvernement, juste un signe. A quoi bon les fêtes de la francophonie, si on laisse couler en silence la dernière librairie française des États-Unis ? » Pour M. Molho, en effet, la clientèle est plus francophone que française, à commencer par les (riches ?) Haïtiens et les Africains francophones forcément aisés.  

«  M. Molho éprouve le même chagrin que les rares initiés qui s'attardent encore entre les piles de livres aux pages jaunies et de fac-similé d'éditions, souvent introuvables en France » ( hebdomadaire français Marianne)

«Nous sommes les plus anciens locataires du gratte-ciel», précise encore E.Molho. Cela ne lui procure rien, à part dans le futur quelques lignes élogieuses dans un beau livre sur le Rockefeller Center.

«Le loyer passera à 1 million de dollars par an ! ». Emanuel Molho  a tout essayé. Peine perdue, indique le critique et journaliste François Busnel (FB), qui lui rendit une visite pour le magazine français L’Express en juin dernier.

 « A Paris, au Parlement comme dans les couloirs des ministères, personne ne semble s'émouvoir de la disparition annoncée de cette librairie qui est, en vérité, la voix de la France. Elle est condamnée. A moins que ne surgisse un mécène.... »  (FB) Quand la Librairie de France fermera ses portes, ce sera aussi la dernière boutique indépendante du Rockefeller Center qui disparaîtra.

En 1988 déjà, des difficultés liées au coût exorbitant du loyer étaient apparues. Emanuel Molho venait alors de prendre la tête de la Librairie, après la mort de son père. A l’époque, la Librairie de France avait dû céder "60% de sa surface" après une augmentation de loyer de 300% !! Vingt ans plus tard les choses ont empiré, et la Librairie n’a pas d’autre choix que de mettre la clef sous la porte.

Que pourrait faire la ville de New York ? Et même l’ambassade de France pour aider la librairie à survivre en payant un loyer annuel faramineux ? « Ils s’en rendront compte quand il sera trop tard », lâche, amer M. Molho.

Par ailleurs, selon Libération, le chiffre d’affaires a régulièrement baissé ces dernières années. «Le sentiment anti-français qui régnait après le 11 septembre et la guerre en Irak ont conduit certains clients à déserter les lieux,  nous avons même du poster un vigile devant la porte !» déplore Deborah Molho, la fille du libraire. «La baisse du dollar par rapport à l’euro est également en cause, nous nous fournissons directement chez les éditeurs et nous avons du mal à rentabiliser l’activité.» Hermine Mauze ajoute : un livre de poche qui coûtait 12 dollars il y a dix ans est aujourd’hui vendu 22 dollars. Mais surtout, elle constate avec amertume qu’il y a une baisse de fréquentation due à une désaffection générale pour la lecture au profit des nouvelles technologies.

À la place, des vêtements de luxe ou des parfums de luxe ?

 La boutique ne restera pas longtemps sans occupant. Elle laissera la place à une boutique de fringues, de prêt-à-porter ou de parfums, c’est selon. En attendant ( il n’existe pas de site ou blog de soutien à la LdeF), mécène, voyageur, curieux, si vous n’avez pas de quoi noter, vous pouvez faire un copié-collé :        

   Rockefeller Center Promenade
610 Fifth Avenue (between 49th & 50th St.)
New York, New York  10020  USA
Tel: 212.581.8810
Fax: 212.265.1094  
Email:
Frenchbookstore@aol.com
Store
Hours: Monday-Saturday 10am to 6pm

 

L’âge d’or de la Librairie de France

Quelques années après son inauguration, la Librairie de France fut le refuge d’écrivains français qui purent ainsi se faire éditer alors que la France vivait sous l’occupation nazie. Des écrivains qui rêvaient  d’une France Libre ! Pour eux, Isaac Molho créa avec Vitalis Crespin,  une maison d’éditions : « Les Editions de la Maison française »

Jules Romain, André Maurois, Louis Aragon, Jacques Maritain ou Antoine de Saint-Exupéry (dont Pilote de guerre fut publié par Isaac Molho) l’ont bien connue. Pendant l’Occupation, Isaac Molho a aussi publié Raymond Aron, Gustave Cohen, Georges Simenon et bien d’autres. Leurs fac-similés sont toujours en vente à la LdF. 

L’âge d’or de la Librairie de France s’est situé entre cette période des années 1940 et les années 1960, où « on recevait deux tonnes de livres français chaque semaine ». Cette Librairie de France est aussi pour peu de temps encore le symbole de la fonction première du Rockefeller Center (R.C) , lors de sa création, en 1932 : accueillir l’élite intellectuelle européenne fuyant l’Europe en crise d’alors, qui allait bientôt subir la barbarie nazie. Les vieux New-Yorkais se souviennent qu’on surnommait alors le R.C, « le Channel ». D'un côté, « la Maison française », aujourd'hui magasin de fringues où le  hasard seul permet de repérer encore au-dessus de la porte la devise gravée « Liberté, Egalité, Fraternité ». De l'autre, « la Maison anglaise », disparue aussi.

La LdF elle est le dernier carré, au rez-de-chaussée, de l’ancienne Maison de France. 

 


Au sous-sol


Dans les années 70, il y avait plus de cinquante employés dans la Librairie (ils ne sont plus que huit). «Nous avions aussi deux autres magasins, un sur la 19e rue, et l’autre à Los Angeles, qui ne désemplissait pas» ajoute Deborah Molho.

A la Librairie de France, nous raconte François Busnel, http://livres.lexpress.fr/dossiers.asp?idc=14017&idR=4, on trouve de tout: des plaques en émail à l'effigie du Petit Prince, des dictionnaires en pagaille, mais surtout toutes les nouveautés littéraires françaises (à des prix élevés, que justifient les frais de port) et les éditions rares ou originales des plus grands écrivains de notre patrimoine.

Le site www.frenchmorning.com (http://www.frenchmorning.com:80/ny/spip.php?article310=&var_recherche=episode ) nous dit : « C’est le sous-sol qui  offre ses meilleurs richesses au visiteur désirant s’attarder quelque peu. Se perdre dans les rayons surchargés de livres - parfois introuvables en France - ne serait-ce que pour cinq minutes vous fait oublier que vous êtes en plein centre de Manhattan, sur la 5e Avenue (...) Le tout s’entasse péniblement dans quelques dizaines de mètres carrés. Peut- être les mètres carrés les plus chers du monde pour une librairie francophone ».

Pour Emanuel Molho, aujourd’hui, « tout a changé ». « Les langues étrangères n’ont jamais été importantes aux États-Unis, mais le Français en particulier perd de plus en plus d’influence. La France est moins importante dans le monde d’aujourd’hui ».  Sans doute la littérature française est-elle également plus accessible au consommateur, à l’heure d’Internet et d’Amazon. « C’est une concurrence impitoyable. Regardez le dernier épisode de Harry Potter. Lorsqu’il est sorti, Amazon a perdu 10$ par livre vendu, et ils ont quand même fini le mois de juillet avec des bénéfices record ! Comment voulez-vous rivaliser ? »

Mais pour lui, la clef est dans le prix du loyer : « Tout le reste me serait égal si il n’y avait pas ce loyer. C’est ça, le vrai problème ».

Toujours sans solution au 1er octobre 2008.  

« J’allais oublier l’essentiel », a écrit le journaliste et écrivain Jérôme Garcin il y a déjà un an, en conclusion d’un article alertant sur « un rêve qui s’écroule » : « Emanuel Molho a alerté le service culturel de l’ambassade de France, qui n’a pas daigné répondre. Personne ne s’est déplacé. Aucune aide n’a été proposée. Le pays de Montaigne regarde mourir, dans l’indifférence, l’unique vitrine, là-bas, de son génie et de son humanisme. A croire qu’ils sont bel et bien révolus ».

M. Fabrice Gabriel, attaché culturel chargé du livre à l’ambassade de France, a rapidement  répliqué à J. Garcin, par lettre : « (...) Cette menace (l’augmentation du loyer) est terrible, mais désormais banale dans les grandes métropoles occidentales.. Quiconque aime la littérature ne peut que s’indigner et comprendre votre colère »

Il dit la partager « à une nuance près. Vous écrivez ainsi que "le pays de Montaigne regarde mourir dans l'indifférence" une vitrine "de son génie et de son humanisme": ce n'est pas tout à fait vrai! Kareen Rispal, la conseillère culturelle à l'ambassade de France, et moi-même, qui suis depuis peu en charge du livre à New York, sommes évidemment préoccupés par tout ce qui porte atteinte à notre culture, et soucieux de trouver des solutions chaque fois qu'elle est menacée : le sens de notre mission n'est-il pas de lutter contre les fausses fatalités? Vous connaissez, cher Jérôme Garcin, mon amour sincère de la littérature: notre cause est commune, et croyez bien que nous ne laisserons pas le pays de Montaigne - mais aussi de Perros, de Modiano ou de Marie NDiaye - perdre en silence la mémoire de ses livres.
Bien amicalement à vous,
Fabrice Gabriel »

Comme l’écrivait cet internaute, ça ressemble fort à une oraison funèbre avant l’heure.

Et M. Sarkozy, le Bon Samaritain, champion planétaire du coup de pied dans les fourmilières, consultant de « Réponses à Tout » ? Quand on pense que (selon CNN), Lance Armstrong a bel et bien téléphoné à M. Sarkozy, en tant que cycliste amateur de Neuilly bien sûr,  pour lui demander de l’aider à pouvoir participer au Tour de France 2009...   

Dans les locaux de M. Molho, un vieux fauteuil est toujours là…Un peu bancal, cabossé, de cuir noir. Il a pris de l’âge. Pour vous mettre à l’aise, disent ses visiteurs, il vous propose de vous y asseoir. A la place d’André Maurois, Saint-Exupéry et consorts.  Et pour vous, Emanuel Molho vous racontera ...

Une clientèle à reconquérir

L’avenir ? Se reconvertir "sur le web", dit  M. Molho. "Nous allons essayer de trouver un local pour stocker les ouvrages, et nous allons nous lancer sur le marché de la vente de livres sur Internet : nous y aurons un vrai créneau, celui de la vente des livres rares et de la collaboration avec les Universités ».

La famille Mohlo va en effet tenter de continuer l’activité en vendant ses livres sur Internet. Cette alternative devrait permettre aux étudiants des lycées français, des universités ou aux passionnés de culture francophone de continuer à se ravitailler. Il est moins certain qu’une autre fidèle clientèle, celles des chauffeurs de taxis africains et haïtiens francophones de New York, se mette au diapason de ce bouleversement.  

Laisserons-nous  l’année 2009 devenir l’année  « noire » pour Emanuel Molho et sa Librairie de France, donc pour la langue et la culture françaises ?

 Notes :  

(1)- Réunion particulièrement émouvante, à double titre : outre le discours de not’ président, son homologue des USA prenait la parole pour la dernière fois devant l’Assemblée générale.  

(2)- M. Sarkozy, probablement trop speedé, n’a pas apprécié l’absence, à son arrivée à New York, de l’ambassadeur de France auprès de l’ONU. M. Jean- Maurice Ripert a eu une trentaine de minutes de retard. Attention M. Ripert, M. Sarkozy se montre à l’occasion rancunier.   

(3)- « Dernières pages à Manhattan » est le titre du texte de François Busnel. Car, dit-il, la Librairie de France n’est pas la seule touchée, l’autre mythe déjà mort lui (juillet 2007) étant le Chelsea Hotel qui a dit adieu à la bohème... « Tout a une fin. Même les légendes » à New York City,  la capitale mondiale des lettres.


Le Chelsea Hotel © Alamy

Le Chelsea, hôtel construit à la fin du xixe siècle (sur la 23e Rue, entre les 7e et 8e Avenues) était le symbole d’une grande partie de l'histoire littéraire de la ville. Woody Allen l'a filmé, tout comme Andy Warhol ou Ethan Hawke (qui y vécut à l'année). Selon Busnel, la liste des artistes qui « s'y prélassèrent des mois ou des décennies donne le tournis: Patti Smith, Nico, Lou Reed, Leonard Cohen, Bob Dylan, Janis Joplin, Sid Vicious, Christo, De Kooning, Robert Mapplethorpe, Milos Forman, Elliott Gould, Stanley Kubrick, Dennis Hopper.. ». L’an dernier, le « patron » Stanley Bard a été débarqué.

A l’histoire du Chelsea sont associés d’autres noms prestigieux, comme Dylan Thomas,  Jack Kerouac, Tennessee Williams,  Thomas Wolfe,  William Burroughs,  Allen Ginsberg, Bukowski, etc. Un Chelsea Hotel nettement plus clean est en voie de rénovation. Faut que ça rapporte. Le Tout-Manhattan s'était mobilisé. En vain.


Source : l'auteur

Article original publié le 14/10/2008

Sur l’auteur

Michel Porcheron est auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 14/10/2008

 
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