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09/02/2010
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Franquisme, crime imprescriptible

Le juge Garzón ordonne l'ouverture de fosses communes de la Guerre civile, dont celle où serait enterré le poète Federico García Lorca - Le parquet s’oppose et saisit la Haute Cour


AUTEUR:  Michel PORCHERON


 (avec dépêches d’agences)

 L'ouverture de plusieurs fosses communes, dont celle où est enterré, près de Grenade, le poète Federico García Lorca a été ordonnée par le juge espagnol Baltasar Garzón, qui s'est déclaré compétent jeudi 16 octobre pour enquêter sur des dizaines de milliers de « disparus »  de la Guerre civile (1936-1939) et de la dictature franquiste (1939-1975).

Le nombre de personnes visées par son enquête, « disparues » dans des fosses communes (entre le 17 juillet 1936 et le mois de décembre 1951) est de 114.266.   

Selon le texte de la décision obtenue par l’AFP, le juge Garzón a décidé d'autoriser l'exhumation de la dépouille du maître d'école Dioscoro Galindo, exécuté à l’aube du 19 août 1936 près de Grenade (sud) en même temps que le poète par des éléments franquistes.


Federico García Lorca, par A. Robert Lauer

Ce sont dix neuf localités où se trouvent des fosses communes qui sont concernées par le procès-verbal de 68 pages du magistrat de l'Audience nationale, la plus haute autorité pénale en Espagne.    

La famille de García Lorca s'était toujours opposée à l'ouverture de cette fosse qui contient également les restes du plombier Francisco Galadi et du banderillero anarchiste, Joaquin Arcollas.  Mais elle avait annoncé en septembre au quotidien espagnol El Pais qu'elle ne s'opposerait pas finalement à l'ouverture de la fosse commune. « Nous ne l'empêcherons pas. Même si nous aimerions que cela ne se fasse pas, nous respectons le désir des autres parties impliquées », avait déclaré Laura García Lorca, nièce du poète et porte-parole de la famille.

La petite-fille du maître d'école, Nieves Galindo, veut vérifier pour sa part que les restes de son aïeul se trouvent bien dans la fosse et avait présenté une demande en ce sens auprès du juge Garzón, avec l'appui d'une association de familles de victimes du franquisme, l'ARMH (Association pour la récupération de la mémoire historique).

« A la mémoire de Federico García Lorca et de toutes les victimes de la guerre  civile ». Sous la stèle plantée parmi les oliviers, entre les bourgs d'Alfacar et de Viznar, près de Grenade, gît Federico García Lorca.  C'est en tout cas le lieu généralement admis de sa sépulture depuis la publication en 1971 de la biographie la plus complète qui lui ait été consacrée, celle de Ian Gibson, historien madrilène d’origine irlandaise.

 Un « contexte de crimes contre l’humanité »

Le juge Garzón justifie juridiquement sa décision en indiquant que les disparitions forcées de l'époque constituent un délit présumé de « détention illégale permanente » et donc non prescrite, « sans explication sur le lieu » où se trouvent les personnes affectées, selon un article du code pénal espagnol en vigueur à l'époque des faits. Ce délit s'inscrit « dans un contexte de crimes contre l'humanité », souligne le juge Garzón.

La décision du juge répond à des demandes de 13 associations de familles de victimes républicaines pour que la justice enquête sur la disparition de proches durant la Guerre civile et la dictature de Francisco Franco, en localisant les corps et éclaircissant les circonstances de leur mort. Après avoir accepté d'étudier des plaintes déposées par plusieurs associations concernant quelque 1 200 cas documentés de disparitions, le juge avait demandé, début septembre, des informations à diverses institutions espagnoles : ministères, municipalités, ainsi qu’à l'Eglise catholique espagnole ou encore au mausolée « Valle de los Caidos », où se trouve le corps du dictateur ainsi que des milliers de victimes de la Guerre civile.

Il s’agissait alors du premier pas de la justice espagnole pour enquêter sur les années franquistes. Jusqu’ici une loi d'amnistie, votée en 1977 avait empêché toute démarche en ce sens.  « Le plus probable est que le parquet fasse appel » de la décision du juge Garzón, a indiqué une source judiciaire à l'AFP.

En effet le ministère public espagnol a saisi le lundi 20 octobre la Haute Cour pour s’opposer à l’ouverture de l’enquête du juge Garzon.  Les procureurs avancent que selon la loi de 1977, il y a prescription pour les crimes commis durant la Guerre d’Espagne. La Haute Cour ne devrait pas rendre son jugement avant deux mois, mais dans l’intervalle, les mesures engagées par le juge espagnol pour localiser, identifier et exhumer les restes de victimes du franquisme, se poursuivront.

La Guerre civile espagnole a fait plus de 500.000 morts, et la dictature franquiste qui a suivi a fait fusiller près de 50.000 sympathisants de gauche à la suite de jugements sommaires de tribunaux d'exception.


Source : l'auteur

Article original publié le 17/10/2008 et actualisé le 22/10/2008

Sur l’auteur

Michel Porcheron est auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

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PAIX ET GUERRE: 22/10/2008

 
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