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18/10/2017
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La Fête des Défunts n’a lieu qu’une fois

La mort n’est plus ce qu’elle était - Mémoire anthume


AUTEUR:  Michel PORCHERON


I

Le bizness de la mort : mourir devient hors de prix

Certes les croquemorts avec leurs corbillards ne connaissent pas de morte saison, même s’ils doivent faire preuve de patience, puisque chez nous la durée de vie moyenne augmente de 2,2 années tous les dix ans. Nous gagnons trois mois et demi d’espérance de vie à la naissance. Mais le thème de la mort c’est un peu comme les choux ou les carottes, ou les amours, les soldes, les prix littéraires, la feuillaison, la « tuaison » du cochon ou la pêche au hareng, il y a une saison pour ça.

Au tout début du mois de novembre. Avec en prime, deux espèces végétales de tradition, les chrysanthèmes, rouges, jaunes ou blancs, qui, par tonnes (30 millions de pots) couvrent les pierres tombales, et par ailleurs les inévitables « marronniers » (sujet saisonnier, dans l’argot du journaliste) qui couvrent des pages et des pages de papier journal ou digitales, pour vous rappeler que vous êtes mortels.

Comme le lecteur est un être sensible, cette piqûre de rappel informative -- juste une évocation destinée à vous remettre en mémoire que de toute façon, il faut bien y passer, mais informé, avec tout ce que vous avez toujours voulu savoir (sans jamais oser le demander) sur les derniers produits funéraires tendance - dépasse très rarement les 48 heures

Le 1er novembre  on se prépare pour le 2, « le Jour des Morts » (des Défunts ou des Trépassés) pour ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, le 3 novembre la vie reprend et le thème de la mort est enterré jusqu’à l’année prochaine. Rien de tel que ce jour des morts, surtout si le ciel est bas et gris pour s’offrir une plongée dans votre futur, en écoutant de préférence les revigorantes chansons de Georges Brassens sur la mort, ou en lisant un florilège des formules toniques dont Woody Allen a le secret, comme ce « On survit à tout sauf à la mort…mais quand elle viendra, j’essaierai d’être absent », ou « Si l’au-delà existe, c’est à quelle distance du centre-ville, et c’est ouvert jusqu’à quelle heure ? », ou encore « Je ne crois pas dans l’au-delà, mais j’emporte tout de même un caleçon de rechange ».

« Le drame de la vie c’est qu’on n’en sort pas vivant » Michel Audiard

Mais revenons à des considérations plus …terre à terre. Alors que « la crise banco-financière »  a refroidi pour Noël les envies de voyage au soleil -- cette année même l’Ile Maurice destination phare n’a pas fait le plein, c’est vous dire -- le grand voyage lui ne connait pas ni récession ni chômage. Encore que...On verra plus bas.

 « Fossoyeur c’est quand même le deuxième plus vieux métier du monde », disait cet anthropologue guilleret. En effet notre espèce enterre ses morts depuis au moins 100.000 ans.   

Cela dit, la mort n’est pas la même que vous soyez à Romorantin, à Mexico, à Mingreli en Géorgie, au Bénin ou membre du monde juif, etc...Au Mexique, on mange et on chante dans les cimetières. Ce n’est pas triste. Mais où que vous soyez, il est important pour les vivants – sauf cas exceptionnels- de ne pas oublier les morts et de les remercier pour tout ce qu’ils ont laissé, le cas échéant, le jour de leur mort.   

           
Ambroise Bierce (1842-1913) Le dictionnaire du diable

               
Au Salon de l'Art funéraire

Qu’est-ce que la mort à la française en ce début novembre ? D’abord 30.000 (environ) cimetières, que visitent près de 10 millions de Français les bras chargés de fleurs avant de se recueillir sur les tombes de proches. Voilà pour « le bon côté ». Certains disent que la fréquentation ordinaire des cimetières, « ces lieux de quarantaine de la mort, séparés et éloignés » (Jean-Michel Dumay) n’est plus ce qu’elle a été.

A nos (trop) chers disparus, enquête  

Dans la foulée de celles des années dernières, la cuvée 2008 de nos « marronniers » le confirme nettement : aujourd’hui mourir est hors de prix, n’est jamais revenu aussi cher... Ainsi, mieux vaut réfléchir à deux fois. Heureux ceux qui ont avalé leur bulletin de naissance avant 1998. Car depuis, le coût des funérailles a fait un bond de 35 % (!) selon l’INSEE. Comptez en novembre 2008 une moyenne de 3900 euros, hors concession et marbrerie, hors frais de cimetière, soit 3900 hors TTC et par personne.  

     
De Daumier, 1808-1879, mort dans la misère

Pour un enterrement en toute simplicité, à cause de la crise, comptez 1000 euros, avec caisse de base en pin, pas de moulure, pas de capitonnage. Malgré la crise, vous avez 10.000 euros devant vous : vous pouvez alors prévoir une très bonne bière avec acajou incrusté d’ivoire ou doré à la feuille d’or. 

Notre enquête, destinée aussi à vous fournir des bons plans pour l’au-delà, nous a fait découvrir une solution gratis pro Deo, mais réduite à sa plus simple expression : que du sable, un tertre de sable fait au moule, ni plaque funéraire, ni fleurs ni couronnes, un fusain ou un pied de lavande ou un buis devant la tombe...pas de frais d’entretien...un grand souci d’égalité devant la mort...Très intéressant ...mais il y a un hic pour cette option : il faut avoir voué toute sa vie au Petit Jésus, dans un couvent. Vous allez réfléchir ? C’est vrai que c’est cher payé. C’est vous qui voyez.         

Flash dans le rétro : il était un temps – il n’y pas si longtemps – où quand vous mouriez, tout était simple, votre dernier domicile était une place dans le caveau familial, dans un cimetière accueillant, entretenu, entre l’Eglise et l’épicerie-café-crèmerie-mercerie, vous aviez un lieu de repos pour l’éternité, vous étiez pénard, reclus, pépère à perpète, puisque vos aïeux avaient acquis « une concession à perpétuité », pour vous faire comprendre comme si vous aviez signé un CDI avec les fossoyeurs de votre commune. Né au Plessis-Robinson, c’est un exemple, vous y aviez vécu et travaillé, le moment venu vous mouriez à domicile, rue Thiers, et vous étiez enterré au Plessis-Robinson, votre famille venait vous voir à pied pour une petite visite les bras chargés de fleurs. Les seules tribus volatiles de votre cimetière étaient des petits oiseaux, volant entre les tombes, pépiant gaiement en solitaire ou en escadrille.

Tout un chacun, parmi les vivants, parmi les morts avait le même rite, collectif.  Et cerise sur le gâteau, les prix des cercueils, des corbillards et des cérémonies étaient fixés par les mairies. Le vocabulaire était simple : croque-mort, fossoyeur, fleuriste, corbillard, etc.. Vous mouriez dans la simplicité, donc dans la dignité. Parfois des rideaux noirs étaient tendus sur la porte de votre domicile, vos proches et les amis étaient vêtus de noir. Ah le crêpe noir des femmes, le banquet des funérailles, le grand deuil, le deuil et le demi-deuil...


Cocher SVP

Les années passent, le trépas continue, c’est fatal aussi, on naît, on vit, on meurt. Le tout comme l’ont fait vos ascendants, à l’ancienne.  Ah les funérailles d’antan ! Comme qui dirait un (vrai) service public.   

Note : Attention, si tout n’était pas noir, tout n’était pas rose. Les communes déléguaient le plus souvent à des entreprises...privées. « Coups tordus pour remporter les adjudications, opacité (déjà) des prix, tarifs imposés, affaires de corruption, abus de certains moutons noirs du secteur ont régulièrement défrayé la chronique » pouvait-on lire dans une revue de défense des consommateurs (« 60 millions ») de novembre 2007. Pour ces raisons, explique-t-elle, les pouvoirs publics ont mis fin au système du monopole et l’entreprise dominante, les Pompes Funèbres Générales (PFG) a dû céder des parts de marché à des concurrents, passant de 50 à 23 %.

Et puis patatras. Insidieusement, petit à petit, alors que le ver de votre viande morte poursuivait inexorablement son travail, sans offusquer personne, le ver du bizness est venu ronger le monde des morts, comme les termites xylophages votre meuble Henri II ou un méchant worm votre bel ordinateur de bureau. 

                           
Chanter en travaillant
 

Mais, direz-vous, comment en est-on arrivé là en France ? Eh bien c’est que la mort, en France comme ailleurs, a été ...privatisée. Comment ça privatisée ?  C’est plus compliqué, mais tout part quand finit le monopole des communes, avec son « service de pompes funèbres chargé de l’organisation des funérailles ». Et depuis ? Après c’est la chronique de la jungle impitoyable.  Dallas chez les croque-morts. Mais pas plus que dans la finance mondiale, le monde du travail, les motions posthumes du Parti socialiste en France ou les options dans la téléphonie mobile. Donc comme entre les cartels de la drogue au Mexique ? Faut pas exagérer.

               
Noir dessein

Depuis la fin du monopole des pompes funèbres, rien ne va plus, alors que pour vous, l’arrivée de la concurrence, logiquement, grâce à vos connaissances de base sur l’économie, devait annoncer une tendance baissière durable. Ce n’est pas le cas.        

Votre grand-père avait affaire à un seul (ou une) employé-e de la Mairie avant d’enterrer votre grand-mère (ou l’inverse), aujourd’hui vous avez le choix : la concurrence autorisée en 1993 et effective depuis 1998 a fait que les « opérateurs funéraires » sont plus de 15.000...Soit théoriquement environ 15.000 devis possibles. Bien direz-vous, c’est mieux d’avoir le choix. C’est plus compliqué.

« Une marque militante : l’accès pour tous à des obsèques de qualité et à prix juste », dit telle enseigne.   Telle autre se définit comme « la Rolls des pompes funèbres » ou encore celle-là avec : « Nous respectons nos clients comme nous respectons vos traditions ».    

Vous aurez une vision différente bien sûr si vous êtes un professionnel de la profession funéraire ou un simple futur client du premier pour qui « on est dans un marché qui recule en volume » !!

Traduction : 1/ Si les tarifs de « l’opérateur » ont augmenté c’est ...faute de décès en nombre suffisant... Nous ne mourons pas en assez grand nombre dans notre bas monde. Ah cette canicule, restée limitée à un seul été, celui de 2003 et cette vague massive qui n’est pas venue cet automne, de décès, suicides, morts « accidentelles », défenestrations fatales, dans le monde des traders, banquiers, petits épargnants, spéculateurs, etc... ?

La société des vivants est telle aujourd’hui que malgré les avancées démographiques  le chiffre annuel des morts en France est, grosso modo, le même qu’il y a...20 ans, il ne dépasse toujours pas les 550/570.000. Et comme « les fournitures », accessoires », « emplois », « TVA », coûtent de plus en plus cher...Les tarifs sont tels que 42 % des Français souhaitent que le défunt ...paye lui-même ses obsèques. Les liens affectifs ont des limites.   

2/ Toujours pour expliquer que votre mort coûte de plus en cher...il faut aller voir  dans le maquis des prix et tarifs des « opérateurs » qui n’ont pas arrêté de grimper.

               
Il faut rire de la mort

 Piquée au vif, une autre ADF, Association de Défense des Consommateurs, l’UFC-Que choisir, a en effet enquêté sur les pratiques funéraires. Pages en accès libre :   http://www.quechoisir.org/Dossier.jsp?categorie=NoeudPClassement:8F5DC6FF22C224DEC12574F00034BD75 ou se procurer le n° 464, de novembre 2008, 4,20 euros.

Déjà dans la revue citée de novembre 2007, on pouvait lire : « Les pompes funèbres ont longtemps eu mauvaise presse. La profession traîne toujours l’image peu reluisante de marchands sans vergogne profitant de l’ignorance et de la vulnérabilité des familles endeuillées. Cette réputation sulfureuse est héritée des pratiques du passé » et plus loin :

« Dans toutes les régions de France et avec tous les opérateurs, les mêmes incidents se reproduisent : cérémonie bâclée ou brutalement écourtée, retard du corbillard, tombe trop petite par rapport au cercueil, urne transportée au cimetière par des ouvriers en bleu de travail, cercueils fendus, retards et malfaçons sur les travaux de marbrerie, caveaux en préfabriqué ou en plastique, entretien annuel de tombes facturé et non réalisé... Si ces cas ne reflètent que partiellement la réalité, ils démontrent qu'il y a encore beaucoup à faire pour tirer la profession vers le haut ».

En mars 2008, 590 entreprises dans 82 départements ont été passées au peigne fin par l’UFC-Que choisir: « Les pratiques abusives sont aussi nombreuses qu’indécelables pour les familles endeuillées » a révélé l’étude de l’association qui souligne : 1/ les disparités tarifaires. Les « écarts de prix peuvent aller jusqu’à 1.100 %. En valeur absolue, pour une demande identique, les devis varient de 1586 à 10.248 euros »... Quand un devis existe, vu que dans 25 % des cas, il n’existe pas ou est refusé...Car parfois s’accumulent aussi des « prestations » non réclamées. Vous coûtiez tant au moment de votre dernier souffle. 48 heures plus tard, vous avez pris de la plus value, vous valez tant + tant...Une injection de formol qui n’est pas forcément nécessaire coûtera 450 euros, le transfert et l’ « hébergement » en chambre funéraire privée, pas plus obligatoire, de  350 à 1000 euros, etc, etc. Les professionnels se gardent souvent d’informer nos familles : vous pouvez louer une table réfrigérante ou vous fournir en blocs de carboglace renouvelés toutes les 48 heures, ne dites plus que vous ne saviez pas qu’on peut conserver votre corps on the rocks et chez vous.  

                                                  Chaval   

2/« L’opérateur », quand c’est un vaurien mais qui coûte cher, -- que l’association ne présente pas comme un vautour ou charognard « tel un ange funèbre surveillant votre destin » (Michel Tournier) -- fond en piqué sur une famille abîmée dans des réflexions sombres, muette comme une tombe car n’est-ce pas les grandes douleurs sont muettes et surtout aveuglée, les yeux embués par les larmes, comme un pare-brise sans essuie-glaces sous la bourrasque. Cette famille accablée a accepté le devis du premier venu...C’est son erreur. « Ce n’est pas parce qu’on a un pied dans la tombe qu’on aime se faire marcher sur l’autre », dit avec malice ce « client ». Comme on le préconise à l’Union des professionnels du pôle funéraire public (UPPFP), « sachez résister aux pressions, comparez les devis ». Comme pour une machine à laver ou un écran plat, ou vos travaux de plomberie à domicile. Une fois le devis accepté, l’entreprise doit vous établir un bon de commande et, à la fin des fins, une facture.

De toute évidence, certains professionnels n’hésitent pas à profiter de la situation pour réaliser des marges colossales. Et il n’y a pas non plus de petits bénéfices. Cet agent funéraire a inclus dans une facture...un ticket de péage autoroutier de cinq euros et 30 centimes. 

Notre association fait dans l’humour (« humour noir » est un pléonasme ou une redondance) bien normal quand on cause de la mort. Page 50 : « Des prix qui ne laissent pas de marbre », page 53 : « Les agents manquent s’assurance » le tout (six pages) illustré avec 4 dessins hilarants de Rémi MalinGrëy. Mais elle retrouve son sérieux au moment de faire des propositions : « encadrer le dispositif » en créant tout d’abord un « devis type, complété par tous les opérateurs de la commune », reprise en main des chambres funéraires par les communes ou des établissements publics, pour « assainir la concurrence », autrement dit les pouvoirs publics doivent se saisir illico du dossier, légiférer « pour exiger des professionnels la plus grande des loyautés ».  

Un peu comme pour les banques ? Il y a de ça. Donc carrément pluss d’Etat ? Vous avez tout compris, surtout quand l’État le premier se conformera à la législation européenne.

 


Jean Bosc 1953

Le débat est lancé, il devient houleux. Autour du cercueil, on se bat comme des chiffonniers. La Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM) s’est insurgée contre cette « enquête qui mélange les choux et les carottes (...) Et puis d’où sortent ses chiffres ? »

En effet l’enquête a de quoi inquiéter : « Dans tous les cas, il apparaît difficile de savoir à quoi correspond vraiment ce que l’on paye. À un gros bénéfice pour la magasin, sans aucun doute ». Autre chose : si vous payez ce que vous payez c’est que tenter de faire jouer la concurrence parait presque impossible. Le « ver » n’est pas dans une enseigne en particulier, mais au sein d’une même enseigne, aucun réseau ne paraissant ni vraiment meilleur ni pire qu’un autre. La « libre concurrence » n’est qu’un rideau de fumée. Elle n’existe pas vraiment, tous les « opérateurs » opérant de conserve pour se partager les quelque 540.000 charognes annuelles dont la vôtre.   

Après avoir épluché l’enquête de UFC-Que choisir, voici le meilleur plan (purement théorique) : acheter son cercueil à Roc-Eclerc, confier les formalités à Vœu funéraire, louer trois jours une chambre funéraire aux Indépendants, compétitifs également dans la rubrique « Corbillard », choisir un maître de cérémonie à Vœu funéraire et s’assurer les services de 4 porteurs chez Roc-Eclerc. Soit un total « intéressant » (1000 euros environ) mais purement « idéal » puisque ce devis est fictif, les prestations ne pouvant être séparées...  

Mourir mais pas de rire
http://www.bouquetfinal-lefilm.com/

 

    
Killer
  

C’est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens. Surtout si c'est une entreprise de pompes funèbres. Certains croque-morts eux ne veulent pas mourir de rire, nous apprend l’actualité. Ils ont pris le mors aux dents, furieux contre le film de Michel Delgado sorti mercredi 5 novembre en France, Bouquet final, comédie légère et macabre qui se passe dans les milieux funéraires (avec Didier Bourdon, Marc-André Grondin, Bérénice Béjo, Marthe Keller, Gérard Depardieu, Chantal Neuwirth, Anne Girouard, Michel Galabru, Marilu Marini. 1h41). La société Roc-Eclerc l’affirme dans un communiqué : Bouquet final s’inspire des techniques d’une société funéraire à succursales multiples «qui ne représente que 20 % des opérateurs funéraires, 80 % de la profession étant composée d’organismes publics (10 %) et d’entreprises familiales locales respectant les coutumes, les usages et les traditions françaises». « Soit. Et alors ? Outre le fait que nous sommes prêts à parier notre carte de presse que 80 % des journalistes ne se reconnaissent ni dans Rouletabille, ni dans la Carrie Bradshaw de Sex and the City, on se demande où exactement, et à quelle forme extrême de censure préalable, veut en venir la compagnie insurgée », a commenté le quotidien Libération.

A moins que ce ne soit qu’une idée de com, ainsi que le suggèrent les lignes suivantes du communiqué diffusé par la société et consacrées aux représentants de l’enseigne : «Artisans indépendants qui défendent tous les jours localement l’engagement de la marque en pratiquant, à qualité égale, les prix les plus bas du marché dans le respect du défunt et des familles.» « Voilà du discours publicitaire judicieusement, et délicatement, placé… »«Le groupe Roc-Eclerc souligne combien il est regrettable qu’un discrédit soit ainsi jeté sur toute une profession», conclut le communiqué, « poussant jusqu’au bout l’ambiguïté inconsciente de son gag boomerang », conclut Libération.

 
Derniers pourparlers ou existe aussi avec bouillotte

Toujours dans l’actualité : dans la rubrique « nous ne sommes à l’abri de rien », un corbillard a écrasé samedi 8 novembre à Nice, une sexagénaire, morte sur le coup, alors qu’il venait livrer des fleurs à l’église du Sacré Cœur.  L’histoire (triste) ne dit pas si le corbillard est reparti à vide ou si le chauffeur, placé en garde en vue, voulait par là « augmenter son chiffre ». En Bavière, à la fin de l’été, deux professionnels des pompes funèbres ont été soupçonnés d'avoir tué un autre croque-mort. De source judiciaire, il est même « possible » que les deux suspects aient brûlé le cadavre dans un crématorium sous un faux nom. « Une obscure histoire d'argent » serait le motif de cet hyper-macabre fait-divers. Une sombre histoire.

Retour en France pour une bonne nouvelle sur les frais de funérailles : nos amis les Sénateurs, peut-être eux-mêmes très concernés vu leur âge moyen, ont déjà voté une proposition de loi en faveur d’une TVA à 5,5 % et non 19,6 % comme aujourd’hui. Voilà au moins un peu de baume au cœur par ces temps de crise, mais qui n’a pas l’air d’intéresser l’Assemblée nationale, vu que cette proposition ne figure toujours pas sur son agenda, alors que la saison s’y prêterait.

Donc le bouquet final

Donc la grande crise de la mort ne serait pas d’aujourd’hui ? Non. Dès qu’elle a été « privatisée », « individualisée », dès que le marché s’y est introduit, quand la mort a changé au rythme des changements de la vie, dans la société d’aujourd’hui, votre grand-père a commencé à se retourner dans sa tombe.

Expliquez la crise de la mort s’il vous plaît. Vous notez ? Surpopulation mortuaire (comme on dit surpopulation carcérale), suppression un peu partout des concessions à perpétuité, flambée des prix qui perpétue l’inégalité sociale jusque dans l’au-delà, disparition des rites collectifs, l’invasion de marchands du temple, le marché qui veut tout régir, etc. La filière du funéraire c’est chaque année encore plus d’argent : en 2008, on dépasse les trois milliards d’euros, hors achats de concessions.     

Ainsi, défunt, vous êtes logé, au prix fort et mal, après avoir rendu le dernier soupir non plus chez vous, mais à l’hôpital. Où terminerez- vous votre passage dans notre vallée de larmes ? Vos aïeux avaient, on l’a vu, une « perpétuelle », il faudra vous contenter d’un pied à terre avec bail locatif dans un cimetière « moderne », « HLM funéraire » rejeté entre un périph et une zone industrielle, pas loin de l’aéroport. Les cimetières des villes manquent de place. « La perpétuelle » était jusqu’en 2002 l’unique régime en vigueur. Elle a été progressivement remplacée par des concessions de 15, 30 voire 50 ans.  La possession d’une tombe familiale finit par devenir un privilège dans une société où le déracinement s’impose de plus en plus couramment.  De plus, les places se libèrent au compte- gouttes.

« Bonjour, c’est pour une concession ! ». – « Désolé je n’ai rien en ce moment », dit-on au cimetière Montparnasse à Paris. « Pouvez toujours vous mettre en liste d’attente et avoir une idée de ce que vous cherchez, le tarif bordure est de plus de 10.000 euros, pour l’intérieur des divisions seulement 6.000 » 

L’urne ou le caveau
La première gagne du terrain, le second en manque 


Tetsu

Donc votre inhumation à l’ancienne, ou n’est plus possible, ou est hors de prix. Comme à peu près la moitié des Français (2008) vous avez l’intention de vous tourner vers l’incinération, autre marché qui explose. Pour la première fois depuis la date de la première enquête (1979) sur la question, la crémation l’emporte (de peu) sur l’inhumation, selon l’IFOP (avril 2008). S’ils pouvaient organiser leurs propres obsèques, les Français en effet préfèreraient la crémation (51 %, 30% en 1994) à l’inhumation (42 %). Une première. En revanche, en cas de décès d’un proche, la tradition revient au galop : ils seraient 42 % à opter pour la mise en terre et 33 % seulement pour la crémation. En 1979, il fallait être un « crématiste » pour faire ce choix, quelqu’un perçu alors comme membre d’une secte. L’anthropologue Jean-Didier Urbain parle aujourd’hui de « révolution crématiste ».

 
De Bosc 1924-1973

Soit ainsi l’urne ou le cercueil. Mais sachez qu’avec la première vous prenez quelques risques : l’urne peut se perdre, eh oui, terminer dans une poubelle, les membres de votre famille peuvent se disputer le partage de vos cendres, sans votre accord l’urne peut être transformée en bijou, ou incluse à des œuvres d’art...  Pour pouvoir disperser les cendres, il vous faudra indiquer à votre mairie l’endroit exact. Et puis ça promet parfois de belles bagarres... Une famille nombreuse a obtenu la division de cendres d’un proche en dix petits « lots ».

                   
Ceux qui partent en fumée

Dans les faits, selon les derniers chiffres connus (2007), actuellement en France, l’incinération concerne 28 % des décès (contre 0,4 % en 1975, 8 % en 1992, 15 en 1998 et 23,5 en 2004) et près de 50 % dans certaines grandes villes, Paris en tête.  

Ce recours de plus en plus fréquent à l’incinération, à la crémation, n’est pas systématiquement lié à un budget, mais quand même, elle vaut souvent moins cher que l’inhumation, même si l’écart se resserre, la demande croissante faisant monter les tarifs. L’offre et la demande. Comptez environ 2500 euros.  Ce devis peut s’alourdir avec l’achat d’une case, ou une cave-urne (entre 800 et 1000 euros, à Paris et pour trente ans).

Et les religions ? L’église catholique tolère l’incinération depuis 1963, elle est interdite dans les religions juive et musulmane et dans l’Eglise orthodoxe. Or la perte de religion

Note : Aberration : 80 % des trépassés en France passent par un lieu de culte alors qu’il n’y a actuellement que 18 % de Français pratiquants déclarés...Si l’on choisit le chemin de l’église, c’est, bien souvent, faute d’avoir inventé de nouvelles funérailles. Par ailleurs pour garder ses ouailles et faute de prêtres, depuis une douzaine d’années, l’Eglise, surtout dans le monde rural, dépêche des bénévoles pour les obsèques de ses fidèles. Ce sacerdoce laïque ne plait pas à tout le monde. « Mourir passe encore, être enterré faut bien, mais s’il vous plait, en présence du curé ! ». « Y a-t-il un prêtre dans l’assistance ? » Mais mettez-vous à la place d’un prêtre : non seulement il est écrasé par sa charge pastorale, de plus, « surbooké » il doit faire face à un chapelet de baptêmes (1 sur 2 naissances), mariages et funérailles, comme ce curé d’une paroisse bretonne qui en octobre dernier a dû célébrer 22 cérémonies d’obsèques en deux semaines...

et l’évolution des modes de vies constituent deux facteurs qui favorisent la crémation. Et également, comme vous avez de bons sentiments, votre souci personnel de ne pas être une charge pour vos proches qui n’auront ainsi pas de frais d’entretien...

Pour l’Association française d’Informations funéraires (AFIF) « depuis 1998, toute personne peut mettre en concurrence et sélectionner la société qu’elle désire. Cela a sans doute beaucoup pesé sur le développement de la crémation ».  Ajouter que les cimetières devenus vieux  sont souvent moches et impersonnels, quand ils ne sont pas surchargées ou que l’entretien d’une sépulture revient cher et que... etc, etc. Aujourd’hui on dit volontiers oui à l’incinération, mais encore faut-il qu’il y ait une cérémonie, religieuse ou civile. Partir en fumée, d’accord mais pas à la sauvette. Comme cet homme politique très connu, qui, au cimetière du Père Lachaise, fit retentir la trompette du Miles Davis durant les 40 mn de la cérémonie. Dans un sondage post-mortem, sa cote, au plus mal de son vivant, fit une remontée spectaculaire.     

 « Le fantasme des gens reste le petit cimetière proche de l’église, où l’on entend le chant des oiseaux. Ils ne veulent pas d’un lieu impersonnel, la crémation permet dans une concession de mettre un nombre d’urnes quasiment illimité. La tendance n’est plus aux parkings à tombeaux », dit-on à l’AFIF (www.afif.asso.fr). « Un mort sans lieu est un mort errant, qui n’est nulle part et partout », selon Jean-Didier Urbain. D’où le besoin ressenti par la plupart des familles de définir un lieu symbolique de mémoire. Ces cimetières deviennent alors « lilliputiens »

Il est souvent proposé à la famille de « scénariser » le départ du défunt, si elle a les nerfs solides : elle voit partir le cercueil de profil, vers l’appareil de crémation (chauffé à 800 degrés) à travers une baie vitrée ou sur un écran vidéo. Mais personne n’assiste à l’opération elle-même, qui se résume en une combustion par la chaleur et non par les flammes, c’est bon à savoir. Deux heures plus tard, on vous remet l’urne, scellée  par un représentant de la police.      

Et après ? Vous avez le choix entre le columbarium et sa niche individuelle, proche du crématorium ce qui réduit les frais de convoi soit une parcelle spéciale, là on ne parlera plus de caveau, mais de « caveautins » où vont être transposées plusieurs urnes cinéraires. Dans plus de 70 % des cas, l’urne est remise à la famille, quelque 20 % et plus, les urnes sont vidées par dispersion ou immersion. En Espagne (Irun, Pays Basque) par exemple, on vient de créer pour cela un « Jardin de la Rencontre », dévolu aux cendres mortuaires, « divinement bien situé », face à la mer, qui est un tumulus recouvert d’herbe rase agrémenté de rochers et de pierres sur sa partie supérieure à l’intérieur duquel les cendres seront versées.

On parle alors de « reposoir collectif » pour ceux qui n’ont ni tombes ni niches.  Rien à voir avec les énormes panthéons de familles illustres, dans ce même cimetière, témoins de la démesure dont on pouvait encore faire preuve au début du siècle passé.

 
Tableau sur la crémation 



Mais vous avez fait incinérer Mamy ou Papy, ou vous pensez à vos propres cendres et des questions se posent.  Ces cendres, à qui appartiennent-elles ? Avez-vous le droit de les disperser à tout vent ? Ou de poser n’importe où l’urne ? « La seconde femme de mon ex-mari refuse de me donner l’urne funéraire », se plaignait cette femme encore jeune de la banlieue lyonnaise.

Lisons le texte de la jurisprudence (janvier 2003) : « L’urne funéraire est copropriété familiale inviolable et sacrée ». En cas de litige, il s’agit de chercher « un consensus de l’ensemble des ayant droit ». Plus facile qu’à faire. Nous vous avons parlé plus haut de nos Sénateurs : eh bien, dans  la même proposition, ils ont défini quatre et quatre seules destinations possibles pour les cendres : outre les Jardins du souvenir et les columbariums, les caveaux de famille et les espaces naturels (mer, montagne où la dispersion par hélicoptère est possible), etc...« Nous avons retrouvé des urnes dans des décharges publiques. Vous trouvez cela digne ? », s’est indigné le sénateur Jean-Pierre Sueur (Loiret).  « Lorsque mon père a décidé de faire des travaux chez lui pour accueillir sa nouvelle compagne, l’urne qui se trouvait sur un meuble dans la salle à manger a été reléguée à côté des conserves dans un débarras », témoignait cette femme qui avait perdu sa mère.  

Pour M. Sueur, « la parfaite égalité des citoyens face à la mort » doit être respectée. Donc, pas de jardin du souvenir à caractère privé. Or, confirme la Fédération française de crémation « dans 70 % des cas, les urnes sont remises aux familles » (40 % de ces 70 % inhumées dans le caveau familial, 10 % ramenées à la maison et 30 % vidées dans la nature ou les « Jardins du souvenir », pour être précis). M. Sueur a trouvé un modus vivendi : après une période dite privée, l’urne devra rejoindre une des quatre destinations...Donc l’urne de Mamy ou de Papy trônant sur la cheminée ou sur le napperon blanc de votre vieux téléviseur ou leurs cendres dans un faux livre glissé dans la bibliothèque vitrée...ne fera pas de vieux os chez vous.    

La formule la plus prisée réside dans les petits reliquaires contenant chacun quelques cendres qui peuvent être partagées entre tous les membres de la famille. De plus en plus de gens vivant loin du berceau familial demandent qu’une partie de leurs cendres soient dispersées là où sont leurs racines, et le reste dans un nouveau lieu d’élection. C’est comme pour votre voiture, pour sa plaque d’immatriculation vous avez le choix en France entre le n° du département où vous résidez ou un autre de votre choix, parce que vous aimez bien ce département là...      

Dans ce monde des défunts – les marchés florissants remplaçant de plus en plus les bouquets de fleurs-- les sépulteurs, les designers de la camarde, les aménageurs de votre dernier domicile, les relookers de vos tombes, on va le voir plus loin, font preuve d’une inventivité new look, ont flairé là des affaires à faire juteuses. 

Paris vaut-il une messe ? 

Restons dans les dépenses : à Paris, on le sait, se loger, oui se loger, coûte très cher. Même lorsqu’on est mort. L’achat d'une dernière demeure requiert un sacré budget. Surtout si vous aviez l’idée de choisir un des plus beaux cimetières du monde, le Père Lachaise.  

Dans les cimetières parisiens, le premier mètre carré de concession funéraire à perpétuité coûtait 5455, 22 euros, il est vrai toutes taxes comprises (TTC), soit à peine moins qu’un m2 dans l’immobilier habitable, estimé en moyenne à 5675 euros. Pour deux mètres carrés, les familles devaient débourser 10 911 euros, puis encore 10 911 euros par mètre carré supplémentaire. Les tarifs annoncés par le service des cimetières de la Ville de Paris varient bien sûr selon la durée prévue de votre séjour sous terre. Pour 50 ans : compter 1720 euros le m2 et à peine 343 pour dix ans. Il est vrai qu’il vaut mieux avoir un caveau de famille loin de Paris. Déjà, passé le périphérique de Paris, dans les cimetières extra-muros les tarifs sont deux fois moins chers, avec une moyenne de 2727,09 euros le m2 à perpète. Plus on s’éloigne de Paris, plus les prix baissent.  

Mais sans surprise, les villes les plus prisées par les vivants, ne serait-ce que pour un week-end, sont également des lieux particulièrement appréciés par les morts pour leur repos éternel. A cause du soleil ? Ainsi, les villes du sud de la France, comme Nice, sur la Riviera française, demeurent parmi les plus chères (5716 euros le m2).

Pour les fauchés, il faut savoir aussi que chaque commune est tenue de mettre à la disposition du public un (petit) terrain gratuit pour une inhumation, mais seulement pendant cinq ans. Après ? Vos proches (s) accommoderont (de) vos restes. 

Voyage sur l’Autre Rive 

Un corbillard qui passe -- quand il passe, il passe tellement vite que vous n’avez plus le temps de vous signer, quand vous ne les confondez pas avec des 4x4 urbains aux verres fumés -- c’est la mort que vous voyez passer, un trépassé. Et si le corbillard était une 2 CV, noire bien sûr, tractant comme un gros tupperware métallique sur deux roues ?

C’est ce que propose, entre autres accessoires, la très sérieuse société parisienne L’Autre-Rive. « Une autre façon d’aborder les obsèques » dit-elle aux affligés qui ne feraient pas encore partie de son aimable clientèle.  « Finalement, mieux vaut quitter ce monde à bord d’un corbillard 2CV que mes motards saluent en levant le pouce que de s’en aller emporté par une banale camionnette grise », a commenté le journaliste Jean-Michel Normand (Le Monde).

La boutique de L’Autre-Rive à la façade bleu marine est des plus accueillantes : bois naturel à l’intérieur, des tapis orientaux et quelques bonsaïs. Ici pas de plaques funéraires, pas de fleurs artificielles, mais une gamme inédite de cercueils, d’urnes.  « Je m’interdis de recevoir une famille avec une tête d’enterrement » a souligné le responsable-fondateur pour qui le marketing est simple : pas la moindre volonté de choquer, de provoquer ou d’offrir des obsèques originales à tout prix, mais plutôt satisfaire une demande, celle de « ceux qui souhaitent s’impliquer, car ces proches souffrent de n’être que de simples spectateurs ».

Pour un cercueil comptez environ 300 euros pour le modèle Toutencarton et plus de 2000 euros pour un, piqué de mille fleurs (« Jardin de roses »). Les bières peuvent être colorées, jaune-vif, arc en ciel ou recouvertes d’osier. Quant aux urnes, le choix est plus vaste encore : choisissez un vase chinois de l’époque Sog, une urne d’artiste, une gourde précolombienne en terre cuite garantie d’origine, un pin parasol miniature, une mappemonde ou alors un œuf d’autruche. Très bien aussi l’urne-sablier pour deux personnes ou plus etc...Il existe une version low cost, l’urne en carton la « Lebowski ». Les accros aux frères Coen, les cinéastes comprendront.

Chez L’Autre-Rive on est interactif : si ça vous chante, vous pouvez décorer la bière à votre goût, dans l’atelier, on vous laisse l’initiative de porter vous-même la bière, faire un petit speech perso en hommage au disparu, enregistrer une comptine sur CD, etc...Plus intéressant : L’Autre Rive peut vous fournir une bouteille de vin correspondant au millésime de l’année de naissance du défunt (de la défunte). Au moment de la levée du cercueil, vous levez le coude...Bien vu non ?  

C'est aussi un hommage à Le Corbusier, qui conservait les cendres de sa mère dans une boîte à biscuits, avec une étiquette où l'on pouvait lire « Maman ».

http://www.autrerive.fr/

                     

                     
C’est clair
  

Enfin, les Français sont de plus en plus nombreux à financer et préparer leur inhumation de leur vivant. Le site figaro.fr cite l’exemple de Camille, 43 ans, qui a tout planifié. « Choix du cercueil, crémation, déroulement de la cérémonie... tout a été consigné dans un contrat obsèques, qui lui a coûté 3 200 euros… ». Pour autant, ceux qui prennent en main l'orchestration de leurs funérailles, « ne représentent pas la majorité des cas », nuance François Michaud Nérard, directeur général des services funéraires de la Ville de Paris. En effet, aux Pompes Funèbres Générales (PFG), les souscripteurs de contrats obsèques ont un âge moyen de 73 ans. Mais « à tout vouloir contrôler », ne risque-t-on pas de « déposséder les familles de leur deuil » ?

Mais attention ! dit notre association de défense des futurs défunts, ne confondez pas le contrat d’assurance- obsèques (CAO) et l’assurance-prestations. Mais encore ? C’est que le premier n’est jamais qu’un produit financier, l’équivalent d’une assurance-vie (!!) classique déguisée, qui ne comporte  donc aucune obligation d’utilisation de l’épargne, la seconde impliquant  réellement l’opérateur-funéraire et votre assureur.

Fin 2007, 2 millions de CAO ont été signés, avec un chiffre de 8 millions prévu pour 2010.

Sur le papier, cela semble clair. Dans la vie—si l’on ose dire—c’est une toute autre paire de poignets de cercueil. 

Assurez-vous bien que...   

Les enquêteurs de l’UFC-Que choisir sont allés mettre également leur nez dans 788 agences d’assurances réparties dans 82 départements et appartenant à 7 « majors » de l’assurance en France. « Ils sont repartis sans trop savoir ce que contenaient les contrats obsèques qu’on leur proposait, qu’ils soient en capital ou en prestations. Un comble ! » Quel est le contenu de ces contrats ? « C’est la question qui tue ». Les professionnels sont peu au parfum d’un produit qu’ils vendent ! « Mal informés sur ces contrats souvent opaques, quand ils ne sont pas franchement illisibles, les professionnels se montrent également peu motivés par ce genre de contrat »(sic) »Même insuffisance en ce qui concerne les garanties apportées par l’assurance ».

      
Pub + cadeau !

Là encore, ce sont les bénéfices de l’opérateur-assureur qui priment. Plus le texte du contrat est flou, plus la marge peut être élevée. Un exemple ? Dans un contrat en capital, les brochures proposent des plafonds très élevés, de 7500 à 18.000 euros. Des montants qui s’expliquent par une surévaluation quasi systématique des frais d’obsèques qui se situent dans la réalité ...entre 3000 et 3900 euros...

Autre cerise sur le gâteau : dans le contrat prestations, la plupart des agences interrogées ont affirmé que les clients n’avaient pas le choix du prestataire. « C’est l’assureur qui choisit le prestataire ». Faux et illégal depuis 2004. Illégalité pure et simple, passible de 15.000 euros. Ainsi s’expliquent les magouilles existant entre compagnies d’assurances et groupements d’entreprises de funérailles. Là encore le gâteau est partagé, sur le dos du contractant ou souscripteur. Vous, nous.  « Regardézy à deux fois !!! ». Consulter le site de l’Afif, www.60millions-mag.com, etc...

Mis à part le côté « existentiel » (je m’occupe moi-même de ma mort, égotisme mal placé, osons nous dire) ou « généreux » (je veux soulager mes proches), n’oubliez pas que la souscription de ce genre de contrats n’est ab-so-lu-ment pas indispensable.

Sachez que l’on pourra ponctionner votre compte courant ou livret d‘épargne, dans la limite de 3050 euros et que les frais d’obsèques sont déductibles de la succession du défunt à hauteur de 1500 euros max. Enfin les personnes à charge peuvent faire appel à la Sécurité sociale : sous certaines conditions, elles peuvent bénéficier d’un capital égal à trois mois de salaire du défunt (www.service-public.fr )                 

L’Association Colombe regroupait en 2002 quelque 80.000 adhérents qui ont souscrit un contrat testamentaire de prévoyance funéraire. Vous financez vos propres obsèques. Un pigeon l’adhérent ? Non car Colombe est adossée au Groupement national d’entrepreneurs de pompes funèbres, à l’Association d’aide à domicile en milieu rural et Amphitea, émanation de la Mondiale, les assurances. Colombe se propose aussi de représenter post-mortem ses chers adhérents. Garanti par la loi. Mourez, partez tranquille, Colombe s’occupe de tout, les conflits familiaux, les différends en tout genre, etc...Colombe, médiateur, devient aussi si besoin est, diffuseur des Mémoires des adhérents... (www.association-colombe.org), dont une version sur CD-rom est prévue.   

II
Bonus écolos et Internet 

                                     
Toto au logis         

 

Quand l’écologie s’emmêle   

Rien n’est trop bio au moment de manger les pissenlits par la racine. Pas au point tout de même de figurer sur des sites comme www.greenweez.com., mais ça viendra.

Car l’autre tendance 2008 (outre celle de la crémation)  amorcée l’an dernier est bien l’alternative écologique. Mettez-vous donc au vert. L’argument écologique qui consiste à dire : plutôt laisser des cendres qu’un cadavre, fait son chemin. Autre argument : les cercueils en bois coûtent cher à la nature. Chaque année il faut en effet 90.000 mètres cubes de chênes, pins et autres frênes...au bas mot.


Ambrose Bierce

Les Français se mettraient-ils aux obsèques éco-compatibles ? Ils sont loin aujourd’hui de ce qui se fait à l’étranger où « la préoccupation verte » est une réalité depuis longtemps puisque le tabou de la mort y serait moins marqué. 

Les bonus écolos 2008 existent pourtant bien dans l’Hexagone, ils concernent les cercueils ou les urnes, accessoires n° 1, puis les alternatives au cimetière traditionnel.

Le cercueil écologique existe. Problème : pour trouver, acheter et utiliser ce produit, il faut aujourd’hui traverser les frontières. La Belgique, la Suisse, ou la Grande-Bretagne en sont notamment friandes. La France, elle, selon le Figaro, a « pour ainsi dire laissé couler une chape de plomb sur le dossier. Raison officielle : des problèmes qui surviennent lors de la crémation, difficilement vérifiables. Dommage. Car les cercueils «verts» valent vraiment le coup. Respectueux de l’environnement, ces produits coûtent aussi moins cher qu’un cercueil traditionnel. Et ça, les sociétés de pompes funèbres n’apprécient pas trop ». Le bois a donc la vie dure, sapin, hêtre ou frêne, sans oublier des bois rares et précieux, donc chers comme l’acajou ou le santal, qui parcourent des milliers de kilomètres pour finir dans nos cimetières. Pour Michel Kawnick, président de l’association française d’information funéraire (Afif), c’est «une vraie aberration écologique ».

 
Juste avant le grand saut 

 

Plus belle la mort

Les premiers cercueils écolos homologués seront commercialisés en France...bientôt. Ils seraient sur le marché début 2009. Des cercueils en carton plein, à base d’amidon de pomme de terre et de maïs, teintés d’acajou avec des veinures de bois en trompe-l’œil. « On sent un retournement, avant, ce produit n’intéressait pas grand monde en France » a déclaré son inventeur, un Suisse établi en France, qui a confié la commercialisation de sa trouvaille à une société implantée dans le Gard (sud).

Son « ecological coffin » est un produit low cost, 350 euros à peine contre entre 1000 et 10.000 pour un cercueil en bois. Un vrai manque à gagner dans un secteur où l’essentiel de la marge se fait sur le prix des cercueils.  Notre coffin est des plus pratiques : vous l’achèterez en kit, prêt à plier, il est donc à monter vous-même, pour une incinération (ou une inhumation), c’est un bonus. Si l’on en croit M. Georges Braissant le fabricant suisse, son temps d’incinération est de 45 mn à 1200 °, contre deux heures pour le bois, et de plus il ne produit que 15 % des émanations d’un cercueil traditionnel. Écolo, non ? M. Braissant produit tout de même 500.000 unités  de son cercueil en carton plein, mais il les vend en Europe et en Argentine.

Les morts ne font pas de vieux os

Si vous inhumez le « ecological coffin », il s’écroule sous le poids de la terre, la décomposition est hâtée et en douze mois l’ensemble est désagrégé. « C’est quelque chose qui intéresse les religions juive et musulmane, pour qui le corps doit pouvoir se décomposer le plus vite possible », dit M. Braissant qui – dénonçant vivement au passage le lobby du bois-- n’a pas encore réussi l’essentiel : convaincre vraiment les pompes funèbres de l’Hexagone, qui ne vont pas se hâter de lui faire de la promo, vu qu’elles proposent déjà des cercueils dits écolos (1er prix 816 euros) en bois « de France », « éco-certifiés » sans solvants ni colle de synthèse, ce qui représentent un marché de 15 % des Pompes Funèbres Générales (PFG) pour qui le concurrent n° 1 est « Le Choix funéraire », lequel  a lancé une gamme de cercueils « éco-conçus, faits à 80 % de bois de chênes issus de forêts durablement gérées, avec un capiton en matières naturelles et d’origine renouvelables, une finition sans solvant et des poignées en bois pour faciliter la biodégradabilité ». Voilà un cercueil écolo, mais pas low cost : il s’agit d’une bière avec mousse qui coûte 5 % de plus qu’une bière sans.

 

Vous prendrez bien une p’tite bière


Un millefeuilles  funéraire

Il existe des meubles ou des valises en carton. Maintenant donc le cercueil. Un prototype de cercueil fabriqué en cylindres de carton recyclé vient d’être créé par une association de réinsertion sociale et de formation  de Calais (Nord) qui a pour nom « Ca-cartonne » et qui a déjà reçu la médaille d’argent du concours Lépine pour ses meubles en cartons. Il peut être peint de n’importe quelle couleur et possède des poignées amovibles. Proposé au prix de 180 euros (en chêne, le moins cher en vaut tout de même 400) il est essentiellement destiné à la crémation... donc recyclable (www.ca-cartonne.fr)

« Le conservatisme du lobby funéraire bloque l’arrivée de nouveautés, qu’il ne pourrait  vendre aussi cher » s’insurge-t-on à l’AFIF. « Le bois est plus respectueux que le carton », rétorquent les PFG.   

Beaucoup estiment qu’une telle innovation aura du mal à s’imposer. « Il y a un regard social sur la mort, commente le sociologue Patrick Baudry, spécialisé dans les questions de mort, deuil, rites funéraires. Contrairement à ce que certains croient, beaucoup de Français pensent qu’il faut dépenser pour la mort. De plus le cercueil reste l’équivalent du mort lui-même. Et l’imaginaire a besoin de le représenter comme un dormeur ».  

Loin du carton recyclé, une firme helvète vous propose mieux : elle va recueillir le carbone contenu dans vos cendres, et se propose de le métamorphoser en graphite puis en diamant bleu qui pourra être monté en bague ou en collier.

En Espagne, on peut faire livrer ses cendres à un  nécro-sculpteur qui les  mélangera avec de la silice et de l’alumine pour en faire de la porcelaine et recréer un visage, un buste ou une assiette décorative. Alors convaincus par l’écolo-crémation et ses dérivés ?

Pas tout le monde bien sûr. Il y a toujours des grincheux. « Il y a un seul petit problème, disait l’autre jour un d’entre eux. En adoptant cette conduite moderne, il va falloir gaspiller davantage de ces énergies fossiles, pétrole ou gaz dont nous savons qu’elles sont en voie d’épuisement ».

 


Cendrier champêtre

 

La mort en ce jardin

Quant au cimetière 100 % écolo...en France, il faut le chercher. Il s’appelle Jardins  de la mémoire où il est proposé de placer une urne biodégradable (polymère de maïs + carton recyclé) dans les racines d’un arbre que vous choisissez. Répandu en Suisse ou Allemagne, ce concept n’en est qu'à son balbutiement en France (50 défunts à peine y ont trouvé le repos éternels) où à l'heure actuelle, il n’y a deux grands parcs forestiers de ce type. Les Arbres de la Mémoire, entreprise angevine qui s’adresse aux personnes ayant choisi la crémation, explique : «Nous avons planté à Pruillé 220 arbres de 11 essences différentes sur un parc paysager de 4,5 hectares que nous avons aménagé avec des allées et un parking visiteurs», selon Regi­nald Freuchet. La famille peut choisir différents types de sépultures : un arbre communautaire où seront enterrées les urnes de plusieurs familles, coût 750 euros. Ou un arbre individuel au pied duquel seront dispersés les cendres des membres d'une même famille : le prix sera alors plus élevé et variera en fonc­tion de la durée de la concession: de 1 100 euros pour quinze ans à 3900 euros pour quatre-vingt-dix ans.

C’est un marché « porteur », les défunts incinérés ...seront plus de 40% dans quinze ans en France, selon des estimations recoupées.

 
Des cendres au sous-sol

Les espaces cinéraires sont appelés à se développer. Dans ce cas, les cendres peuvent être dispersées sur des pierres réunies en un petit carré. Les familles peuvent préférer des urnes entreposées dans des blocs de grès rose posés à même le sol. Il est aussi possible d’opter pour une « cavurne » : autrement dit un espace individuel où l’urne est enterrée, surmontée d’une petite plaque horizontale. Mais là le prix grimpe. D’autres choix confirment que l'écologie a le vent en poupe dans cet univers impitoyable de la mort. Capitons en bambou ou en lin plutôt qu'en synthétique, plaques mortuaires incinérables, urne biodégradable qui intègre une graine d'arbre à faire pousser sur les cendres, cercueil en fibres entièrement biodégradables… Quant aux Français qui envisagent la crémation, 24 % le font pour des raisons strictement écologiques. C’est clair.

 
Promenons-nous....

Nos voisins européens ont fait le pari du dernier voyage version écolo, un peu religieux sur les bords parfois. Comme promis dans la Bible ou chez les musulmans, nous sommes nés de la terre, nous retournons à la terre, on finit tous en poussière. C’est pas très gai tout ça.  

Carton biodégradable + papier recyclé (deux tailles, six couleurs) + 200 cimetières où rien, ni dans le traitement du corps ni dans le mode d’inhumation chois, ne risque d’altérer la nature, « le paquet » funéraire en Grande-Bretagne  est le plus en pointe. En Écosse, a été mis au point le procédé de « résomation » : le corps placé dans un cercueil de soie est dissous dans un mélange de potasse et de sodium  à 150 °. Il est plus économe en énergie qu’une crémation à 1200 degrés...Le crématorium de Londres l’a mis à l’étude. D’autres voisins font également dans l’innovation : en Italie, Raoul Bretzel et Anna Citelli ont imaginé la Capsula Mundi : un œuf géant en bioplastique dans lequel le défunt est placé dans la position fœtale. Disposée sous les racines d’un jeune arbre, la capsule en se dégradant va booster sa croissance.

En Suède, le Promesa Organic inventé par le docteur en biologie Susan Wiigh-Mäsak consiste à soumettre le corps préalablement cryogénisé  à moins 200 degrés, à d’intenses vibrations qui le réduisent en une poudre finalement dispersée au profit de la végétation. « Le corps retournant à l’état de poussière, il devient du terreau : c’est formidable de pouvoir dire à vos enfants que Grand-père va devenir un merveilleux arbre », a-t-elle assurée à l’AFP. Mme Wiigh-Mäsak – sans agrément dans son pays- a déjà vendu son concept dans six pays : Afrique du Sud, Allemagne, Corée du Sud, Écosse, France et USA où une société de Georgie, la Eternal Reefs propose de mêler les cendres du défunt a du béton coulé au fond de la mer, créant ainsi « un récif artificiel au service de la vie marine et un lieu de recueillement pour les proches ».

Un marché chaque fois plus sophistiqué

Il faut dire d’abord que le marché de la mort est toujours plus sophistiqué. D’abord vous n’échapperez pas à la mondialisation. Pour une tombe, les granits proviennent aujourd’hui de Chine ou d’Inde, et non plus de Bretagne ou des Vosges. « Les fabricants exportent des pierres déjà sculptées sur lesquelles il ne reste plus qu’à graver le nom du défunt », a indiqué André Chabot, créateur, depuis 30 ans, de monuments funéraires. Autre innovation, à côté du noir et du gris, on voit maintenant des tombes aux teintes rosées, vertes ou orangées. De plus la laïcisation de la société fait que le bouquet champêtre, des oiseaux, des écureuils, etc…sont de plus en plus commandés, au détriment des statues du Christ.

Et si vous avez été pêcheur à la ligne, chasseur ou pompier volontaire, les fournisseurs ont pour vous des sculptures liées à ces hobbies. Mais chaque fois que vous voudrez innover, y compris pour votre cercueil que vous souhaiteriez conforme « au style actuel en matière de mobilier » (!), avec une pierre tombale en forme de flammes, de cœurs ou de feuillage, et une pleureuse posée sur le côté de la tombe, il vous faudra mettre sérieusement la main au linceul.

Donc, plus vous êtes riche, plus votre repos éternel sera cosy et douillet, vous serez richement enterré. Dans le cas contraire, le bas de gamme peut être votre lot. En l’occurrence, la fosse commune ou l’ossuaire.  Car la logique et la surenchère commerciale ont pris des proportions tellement considérables que les initiatives destinées à les enrayer restent dérisoires. « Nous nous efforçons de nous développer en apportant plus de services et de produits à forte valeur ajoutée à nos clients », explique Philippe Gentil, le PDG de Roc-Eclerc, le numéro deux français du secteur derrière les Pompes funèbres générales (PFG). Autre évolution funeste, comme meurent les petits marbriers artisans, les grandes entreprises de pompes funèbres imposent leur choix : pour les monuments la pyrogravure mécanisée qui permet la reproduction de photos en couleur directement dans la pierre ou la gravure par sablage. La sculpture assistée par ordinateur permet de donner à la pierre la silhouette du trépassé (ou celle de son animal fétiche). Finie la photo du défunt habituellement protégée, sur un support de porcelaine.

Musique SVP

Avec la montée en puissance des crémations au détriment des inhumations et la perte d'influence des grandes religions comme on l’a vu plus haut, un nouveau type de cérémonie est en train de voir le jour avec les chansons préférées des défunts et le diaporama retraçant leur vie. « Les familles arrivent avec leurs CD et leurs cassettes vidéo mais on n'est pas équipés pour ce genre d'événements. »  Côté musique, outre les grands classiques (marches funèbres et adagio d'Albinoni), « on nous demande du Johnny Hallyday  (Que je t'aime), des chansons d'Édith Piaf et de Jean-Jacques Goldman (Puisque tu pars) », témoigne l’entrepreneur Serge Boudrier qui a ouvert une salle de 180 places assises. Pour sa part, une autre entreprise vient d'obtenir une licence IV (autorisation de débit de boissons alcoolisées) pour servir un dernier verre d'adieu dans leur salle de cérémonie.

 

 
Mourir c’est partir un peu

En Suisse, vous voulez tout savoir sur la vie du défunt, munissez-vous d’un téléphone portable qui lira une puce fixée dans la pierre tombale. Sur l’écran, apparaitront les informations anthumes que vous cherchez, etc, etc.

Pour tourner la mort en dérision, les Américains auront dépensé en 2007 plus de 5 milliards de dollars…à l’occasion d’Halloween (la « fête des monstres ») qui ne fait plus recette en France. Exit donc dans l’Hexagone ce phénomène commercial de travestissement anglo-saxon surgi en France en 1999.

En 1985, Celestis, entreprise de pompes funèbres de Floride avait proposé à ses futurs clients d’envoyer pour 3900 dollars leurs cendres en orbite dans un satellite de 150 kg, d’une capacité de 10.000 gélules portant chacune le nom du défunt et une dizaine de grammes de ses cendres. On ne s’est pas bousculé pas au portillon du satellite. Celestis attend toujours son premier client.

Pour sa part, Ray Bradbury, 88 ans, a déjà fait son choix. Le grand auteur américain de science-fiction (Fahrenheit 451, Chroniques martiennes) a laissé des instructions claires à sa famille : « Je vais être enterré sur Mars, dans le cratère Chicago-Abyss. Je serai le premier mort sur Mars ». Le prix de ses funérailles martiennes ? Une fortune, mais quand on meurt on ne compte pas.

Six Feet Under, c’est mortel !  

 Pour rester aux States, le succès de la série télévisée « Six Feet Under », saga d’une famille de croque-morts yankees, illustre cette nouvelle façon d’aborder la mort, voire de la théâtraliser. C’est depuis une chambre froide que les Fisher ont captivé les téléspectateurs US depuis 2000. « Six pieds sous terre » est selon le scénariste Alan Ball « un soap opera existentiel qui ne parle que de la vie à travers le prisme de la mort ». En effet, dans chaque scène de la vie agitée de Fisher et fils, entreprise de pompes funèbres, la mort est toujours là, mais surtout sous forme d’art. Grâce à Federico, le Michel-Ange des thanatopracteurs ils s’évertuent à rendre les corps plus beaux morts que vifs.     

Qui dit ordonnateur, dit désormais Internet. Petite visite guidée

L’Internet, donc le virtuel, fait une intrusion remarquée. Même si les sociétés occidentales sont plutôt dans le déni de la mort.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/01/l-immortalite-infantile-par-jean-michel-dumay_1113552_3232.html

On a rarement autant vu, sur le petit écran, les morts- quotidiennes et réelles-  les plus violentes, ruisselantes d’hémoglobine ou sur le grand écran et les écrans vidéos, de faux cadavres par tombereau. Plus on se repaît de fausse mort, de sang et de carnages virtuels, plus s’éloignerait-on des cadavres réels ? Aux USA, on a recours à des cosmétiques pour donner aux morts l’apparence des vivants. « Cette distanciation vis-à-vis des morts est toute nouvelle, très récente pour l’humanité, un effet de plus du progrès technologique » (Douglas Davies).

Un site web propose de prendre soin à distance de la tombe - la fleurir ou l’entretenir - de vos proches, ou de la vôtre par vos proches. Net succès selon la presse. C’est sur cette idée simple que Laurent Yon et son associé Jean Sueur ont monté le réseau http://intersepulture.fr/. Fils de fleuriste et diplômé d’horticulture, Laurent Yon a eu l’idée de ce commerce lorsque, enfant, il vendait des chrysanthèmes à la Toussaint. « Je constatais que de plus en plus de tombes n’étaient pas fleuries du fait de la mobilité professionnelle ou tout simplement parce que les gens ne pouvaient plus se déplacer », explique-t-il. Créée en mai 2007, cette entreprise a fédéré un réseau de 250 marbriers et fleuristes pour prendre soin des sépultures des familles. « Nous misons sur 1000 points de vente afin de couvrir l’ensemble du territoire », poursuit Laurent Yon. Ainsi, six contrats, compris entre 55 et 335 euros, plus une septième offre spécifique sur devis, permettent des interventions ponctuelles simples jusqu’à des choses plus poussées. Actuellement quelques centaines de familles auraient un contrat avec Intersepulture. "Il existe 4 types de clientèles : celles qui travaillent à l’étranger et qui veulent retrouver une tombe entretenue à leur retour, celles qui travaillent trop loin pour se rendre au cimetière, celles qui désirent se recueillir mais ne veulent pas s’occuper de l’entretien et enfin celles qui ne peuvent plus le faire", analyse Laurent Yon. Pour attester du travail, une photo est mise en ligne sur Internet et accessible aux familles uniquement après vérification de leur mot de passe.

On peut consulter le site www.quid.fr avec les mots-clés 

Les webmasters ne sont pas forcément des vautours, mais désormais ils se sont penchés avec sérieux sur la question de la mort, toujours pour être serviables. Selon Libération, un autre site web propose d’envoyer des messages posthumes, d’outre-tombe. Comment ça marche ? «Le souscripteur (futur défunt) s’inscrit en remplissant un  formulaire», explique le concepteur Bruno Teppe et choisit son pack message : abonnement d’un an et 10 messages ou de cinq ans et 20 messages. On peut également choisir des services complémentaires : annonces de faire-part pour destinataires éloignés, diffusion de dernières volontés. Une fois payé, vous recevrez un mail avec une «fiche de déclenchement de procédure», et votre numéro de membre. La fiche est à imprimer et à remettre à sa famille, amis ou avocats, qui se chargeront, au décès du dit souscripteur, de l’expédier à la société du site qui s’appelle http://www.messavista.com/ de son pays. Car l’idée de Bruno Teppe est en effet d’essaimer des petits Messavista partout dans le monde…Voici comment Libération présente l’affaire : « Imaginez un peu, on vient d’enterrer un proche, et paf, arrive, par voie de mail ou de SMS le message suivant : «Mme ou M. Machin, nous a chargés de vous remettre un message à titre posthume. Vous êtes libre de venir le consulter sur notre site www.messavista.com avec vos codes confidentiels. Cordialement, l’équipe de Messavista ». Gloups ».

Ainsi fait son apparition le mail posthume, formule très mode, après la traditionnelle lettre testamentaire posthume, et la cassette vidéo qu’on laisse, parfois à sa progéniture. Mais autre temps, autres mœurs, écrit Libération : Messavista, « c’est donc l’entreprise étrange, drôle, mortifère, ultra cynique, comme on veut, qui permet de finir de dire par mail ce qu’on a à dire à ses proches – ou de commencer, c’est selon ». M. Teppe revendiquait fin 2007,  200 abonnés, à 14 euros par an, pour une dizaine de messages à envoyer à ses proches. Sur son site c’est limpide : «Écrivez de votre vivant les messages d’amour ou d’amitié que vous désireriez transmettre à titre posthume aux personnes qui ont marqué votre vie. Messavista.com se chargera de leur communiquer en différé via son service de messagerie, malgré et suite à votre malheureuse disparition.»

Pour la Toussaint, écrit Stéphanie Le Bars (Le Monde) Daniel Coing­- Daguet, un passionné d’informatique s'attend à un pic de fréquentation sur son site Internet. http://www.lecimetiere.net/  connaît un développement discret mais constant. « La mort, c'est un sujet délicat, les gens n'osent pas trop aller sur le site ou en parler», reconnaît-il.  Son site donne à ses utilisateurs la possibilité de mettre en ligne l'image d'un disparu et de l'honorer en lui adressant des photos de fleurs ou de paysages, gratuites ou payantes, accom­pagnées de textes et de messages person­nels. M. Coing- Daguet  annonce plus de 10 000 (début 2008) tombes virtuelles et assure que de 1000 à 1200 fleurs y sont déposées chaque jour. Elles « fanent » et disparaissent du site au bout de sept jours. « Pour certains, venir sur le site est devenu un besoin, ils ont un vrai culte pour leur défunt. Cela aide aussi les gens qui n'habitent pas près du lieu d'inhumation de leurs disparus, expli­que-t-il à la journaliste. C'est vrai qu'ici tout est virtuel, mais le recueillement sur une tombe au cimetière, c'est tout aussi virtuel, non ? »

www.cemetery.org, en anglais est disponible en 8 autres langues.  

Enfin cette « délocalisation » des lieux de mémoire fait que se développent des sites et des blogs, nouveaux lieux virtuels d'hommage, créés par des proches de jeunes gens victimes de maladies ou d'accidents.

 


Ambroise Bierce ( ...in pulveris)

Aller simple pour l’au-delà

Nous avons  longuement évoqué la mort -- nous ne le ferons qu’une fois par an-- de votre armure physique que vous avez eu tant de mal à entretenir durant tant d’années. Mais peut-être étiez-vous déjà un peu mort avant : vous avez par exemple déjà laissé mourir l’enfant qui est en vous..., vous êtes un mort social parmi beaucoup (trop) d’autres ou tout simplement vous n’avez pas su profiter. Vous n’avez pas lu Jean Paulhan : « La mort ? Pourvu que je vive jusque là »

Voilà pour cette année, nous refermons nos pages 2008. Rendez-vous dans un an si tout va bien. En attendant, le bizness, lui, ne fait pas relâche : le Salon des Arts Funéraires se tient à Paris du 19 au 21 novembre…

http://www.salon-funeraire.com/fr/accueil/index.php

 


L’Os à Moelle, 30/9/1938

Nous refermons...non non, il faut lire nous refermions. Car, alors que nous en étions là de nos élucubrations, nous sommes tombés sur un texte dont le titre est ahurissant : La mort est en danger de mort ! Alors que nous en étions restés au gentillet « De clés pour vieillir jeune ».  (www.longevitv.com, « premier webTv pour vieillir jeune »). Non seulement toute notre enquête serait réduite à néant, mais en plus allez trouver un neurobiologiste pendant le week-end !  Non seulement la mort est en crise, et si on n’y fait pas attention, elle risque même de disparaitre, si on a bien compris. Effarant n’est-ce pas ?

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/31/la-mort-est-en-danger-de-mort-par-robert-redeker_1113261_3232.html

Et ce n’est pas fini, à considérer que cela ait une fin (mais cela fait déjà un moment que notre webmaster a sifflé la fin des cérémonies).

L’immortalité est réellement un sujet tendance, c’est confirmé. Ou « l’amortalité ».  Ainsi une autre alternative figure au menu. L’immortalité – pas encore téléchargeable sur le Net.     

Si, dans votre grande surface préférée,  vous avez l’occasion de longuement feuilleter, lire même et gratuitement, malgré le panneau ne vous y invitant pas, n’importe quelle publication sur le soi-disant « bien-être », vous tomberez immanquablement sur le sujet. Dernier exemple : le magazine Psychologies  (n°279, novembre 2008) vous apprend pour seulement 3,50 euros que 38 % des Français, tous âges confondus, avouent qu’ils aimeraient être immortels. De l’enquête de 11 pages, à partir d’un sondage exclusif, il ressort que la quête de l’immortalité s’efface...avec l’âge. Chez les 60 ans et +, ils ne sont en effet que 29 % à souhaiter être immortels.

Et pourquoi donc entre 61 et 62 % disent non à la question : Aimeriez-vous être immortel ? « Parce qu’une seule vie suffit » pour 36 % (14 % seulement « Par peur de vieillir ou de souffrir »). Très intéressant. Ainsi on a « peur de la vie » et l’on vit dans « la crainte de l’avenir ». Tiens...c’est nouveau...    

www.psychologies.com pour les archives de la publication.


Noir Pessin 

Faisant partie des candidats à l’immortalité, nous avons tout le temps devant nous pour un jour vous parler du dur désir de durer. Avec un bonus. D’ores et déjà nous partons en quête de l’au-delà. Universelle question que celle de l’outre-tombe. Où irons- nous ? Nos défunts sont-ils joignables ? Qu’y a-t-il après la mort ? Où va-t-on après ? Esprit de Germaine, es-tu- là ? Pour ce voyage dans le trépas, nous avons un premier viatique : 12 pages du Dossier Spécial illustré « Enquête sur l’Au-delà » de La Vie, « hebdomadaire chrétien d’actualité » (n°3296, du 30 octobre au 5 novembre 2008, France 2,90 euros, Benelux 3,20), une des rares publications bien vues du monde supraterrestre.   

Car maintenant que vous gisez (du verbe gésir, on l’oublie trop souvent) six pieds sous terre, dans la tombe de votre choix, la question n’en finit pas de ronger vos neurones : Et maintenant ? Dans l’actuel des choses, des avancées de la science, de la théologie, nous devons malheureusement en rester aux supputations. Personne, mais personne, parti un jour dans l’au-delà, n’en est revenu pour nous raconter. Pourtant la psychologue Magali Molignié qui a enquêté auprès de personnes endeuillées en France a écrit « Soigner les morts pour guérir les vivants » (Ed. Les Empêcheurs de tourner en rond, 2006)...Ces personnes seraient –elles en contact avec leurs morts ?

Pour tenter d’y voir vraiment plus clair, mieux vaut s’adresser au Bon Dieu qu’à ses Saints. D’où notre immersion (provisoire) dans lavie.fr, soit la Vie virtuelle pour lire « les témoignages que nous n'avons pas pu publier dans le journal, faute de place ».

http://www.lavie.fr/l-hebdo/une/article/0826-quy-a-t-il-apres-la-mort/retour/11/hash/5980af1dd2.html

  Demain sera un autre jour 

 

Dernière nouvelle- Au moment où nous bouclons, nous apprenons (rien de plus   sérieux) que L’Association française de normalisation (Afnor) a fait savoir que les entreprises de services funéraires peuvent désormais être certifiées NF Services « organisation obsèques ». Il existe ainsi un cahier des charges (www.marque-nf.com,  norme NF 407).  Une norme de qualité doit faire ses preuves. Avec 7 entreprises certifiées seulement, on est loin de pouvoir juger la pertinence de la marque NF et des entreprises qui y souscrivent. Affaires à suivre. Pas avant novembre 2009, si tout va bien.     

Un adieu juste avant le grand saut 


Source : l'auteur

Article original publié le 26/11/2008

Sur l’auteur

Michel Porcheron  est auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=6432&lg=fr


LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 26/11/2008

 
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