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12/12/2017
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Silence, on tue

SRI LANKA: Ce n'est pas une guerre contre le terrorisme, c'est une guerre raciste contre le peuple tamoul


AUTEUR:  Arundhati ROY

Traduit par  Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice


Une tragédie humanitaire massive est en train de se jouer au Sri Lanka et le silence de l'Inde est honteux. Le monde doit intervenir.

L’horreur qui se déroule au Sri Lanka est rendue possible par le silence qui l'entoure. Il n'y a presque aucune couverture sur ce qui se passe là-bas dans les grands médias indiens, ni d'ailleurs non plus dans la presse internationale. Il faut en parler car c'est une question préoccupante et grave.

D'après les quelques informations qui parviennent à filtrer, il semble que le gouvernement srilankais utilise la propagande de la « guerre contre le terrorisme » afin de cacher le démantelement de tout semblant de démocratie dans le pays, et de commettre des crimes abominables conte le peuple tamoul. Fonctionnant sur le principe que chaque Tamoul est un terroriste à moins qu'il ou qu'elle prouve le contraire, des quartiers civils, des hôpitaux et des abris sont bombardés et transformés en zones de guerre. Des estimations fiables évaluent le nombre des civils piégés à plus de 200 000. L'armée srilankaise avec chars et avions avance. Pendant ce temps, des rapports officiels indiquent que des « villages d'assistance » ont été mis en place dans les districts de Vavuniya et de Mannar, pour accueillir les Tamouls déplacés. Selon un rapport du Daily Telegraph, ces villages « seraient des centres de rétention obligatoires pour tous les civils fuyant les combats ». Est-ce un euphémisme pour camp de concentration ?


Civils ayant fui Puthukkudiyirippu, zone contrôlée par les Tigres tamouls, à leur arrivée dans une zone contrôlée par l'armée gouvernementale, où ils seront "mis à l'abri" dans un camp. Photo Reuters

Mangala Samaraveera, l'ancien ministre des Affaires étrangères, a déclaré au Telegraph : « Il y a quelques mois, le gouvernement a commencé à enregistrer tous les Tamouls à Colombo, en raison du fait qu'ils pouvaient être une menace pour la sécurité, mais ceci pourrait être exploité pour d'autres finalités comme l'ont fait les Nazis dans les années 1930. En gros, ils vont étiqueter toute la population civile tamoule en tant que terroristes potentiels. »

Étant donné son objectif déclaré de « nettoyer » le mouvement des Tigres pour la Libération du Tamil Eelam, cet anéantissement diabolique des civils et des « terroristes » semble annoncer que le gouvernement du Sri Lanka est sur le point de commettre ce qui pourrait être un génocide. Selon une estimation des Nations Unies, plusieurs milliers de personnes ont déjà été tuées. Des milliers d’autres ont été grièvement blessées. Les quelques témoignages oculaires qui sont parus décrivent un cauchemar infernal.

Ce à quoi nous assistons, ou plutôt ce qui se passe au Sri Lanka – et qui est si bien caché au regard public – est une guerre éhontée, ouvertement raciste. L'impunité avec laquelle le gouvernement srilankais est capable de commettre ces crimes dévoile très bien le préjudice raciste profondément enraciné qui a entraîné, dès le départ, la marginalisation et l'aliénation des Tamouls du Sri Lanka. Ce racisme a une longue histoire – d'ostracisme social, de blocus économiques, de pogroms et de tortures. La nature brutale de la guerre civile qui a duré des décennies et qui a commencé par une manifestation pacifique, a ses racines dans ce racisme.

Pourquoi le silence autour de cette guerre ? Dans une autre interview, Samaraveera a déclaré que «  les médias libres sont quasiment inexistants au Sri Lanka aujourd'hui ». Il parle des escadrons de la mort et « d'enlèvements dans des fourgons blancs », qui font que la société est « morte de peur ». Des protestataires, y compris de nombreux journalistes, ont été enlevés et assassinés. La Fédération Internationale des Journalistes accuse le gouvernement du Sri Lanka d'utiliser un mélange de lois anti-terroristes, de disparitions et d'assassinats pour faire taire les journalistes. Il y a des rapports troublants, mais non confirmés, qui mentionnent que l'Inde prêterait du matériel et apporterait un soutien logistique au gouvernement du Sri Lanka dans ces crimes contre l'humanité. Si ces rapports sont vrais, c'est scandaleux. Qu'en est-il des gouvernements des autres pays ? Du Pakistan ? De la Chine ? Que font-ils pour améliorer ou pour envenimer la situation ?


Civils tamouls sur le point de monter dans des autobus militaires. Destination : un "camp de bien-être". Photo Reuters

Dans l'État indien du Tamil Nadu, la guerre au Sri Lanka a alimenté les passions qui ont entraîné l'immolation de plus de 10 personnes. La colère et la détresse publiques, sincères pour la majorité et manipulation politique cynique pour une  partie, sont devenues un enjeu électoral.

C'est extraordinaire que cette question n'ait pas atteint le reste de l'Inde. Pourquoi le  reste de l'Inde reste t-il silencieux ? Il n'y a pas « d'enlèvements dans des fourgons blancs » - du moins pas pour cette question. Étant donnée l'ampleur de ce qui se passe au Sri Lanka, le silence est inexcusable. D'autant plus que le gouvernement indien a, pendant longtemps, joué les apprentis-sorciers dans ce conflit, prenant d'abord position pour les uns puis pour les autres. La plupart d'entre nous – et moi y compris – qui aurions du nous prononcer bien plus tôt, ne l'avons pas fait à cause du manque d'information sur la guerre.

Ainsi, alors que les meurtres continuent, alors que des dizaines de milliers de gens ont été enfermés dans des camps de concentration, alors que plus de 200 000 se trouvent menacés de famine, et qu'un génocide est sur le point de se produire, il n'y a qu'un silence de mort de la part de ce grand pays.

C'est une tragédie humanitaire massive. Le monde doit intervenir. Maintenant. Avant qu'il ne soit trop tard. 

muthukumar

Il s'appelait Muthukumar, originaire de Thooththukkudi. Il travailait au magazine féministe Pe’n'nea Nee à Chennai, dans le Tamil Nadu indien. Début février 2009, le jeune homme s'est immolé par le feu, pour protester contre l'incapacité du ministre des Affaires étrangères  Pranab Mukherjee à mettre un terme à la guerre au Sri Lanka, et la complicité du gouvernement central indien dans la guerre en cours. Il a laissé une longue lettre expliquant son geste, qui circule actuellement dans toute le Tamil Nadu.

muthukumar_immolation


Murukanandham, du village de Sokkanavoor dans le District de Thanjavur, a tenté à son tour de s'immoler par le feu le 22 février. Il voulait protester contre les atrocités en cours au Sri Lanka et contre la passivité des habitants de son village face à cette tragédie.


Londres, lundi 6 avril: plusieurs milliers de Tamouls ont manifesté en solidarité avec leurs frères du Tamil Eelam, bloquant l'accès au Parlement de Westiminster, ce qui est strictement interdit par la Loi de 2005 sur la Police et le crime sérieux organisé (sic), d'où la violence de la police, qui a arrêté 4 manifestants.


Source :This is not a war on terror. It is a racist war on all Tamils

Article original publié le 1er avril 2009

Sur l’auteure

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, la traductrice, le réviseur et la source.

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ZONE DE TYPHONS: 07/04/2009

 
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