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17/12/2017
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Le fantôme de Marx plane sur les émeutes en Chine


AUTEUR:   JIAN JUNBO 简军波

Traduit par  Fausto Giudice


SHANGHAI – Les violences qui, le week-end dernier,  ont fait 156 morts et plus de 816 blessés à Urumqi, la capitale de la Région autonome ouïghoure du Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine, est le dernier exemple des conflits croissants entre le groupe ethnique majoritaire des Han et les minorités ethniques.


Au cœur de l'escalade du problème il y a une politique désuète de la Chine à l’encontre de ses minorités ethniques - un ensemble de mesures marxistes qui désormais ne satisfont ni les Han, ni les minorités. Au fur et à mesure des progrès gargantuesques  de l’économie chinoise, la vision de l’ancien dirigeant Mao Zedong d’une égalité politique et économique entre les Han et les non-Han a été progressivement sapée.

On a pu en voir le résultat final dans les rues sanglantes d'Urumqi.





Dimanche, plus de 300 Ouïghours ethniques - pour la plupart des musulmans sunnites - ont organisé une manifestation sur la Place du Peuple à Urumqi pour exiger une enquête sur une rixe qui avait eu lieu le 26 juin dans une usine de jouets à Shaoguan, dans la province du Guangdong. Les émeutes ont commencé lorsque la police a commencé à disperser les manifestants, qui se sont répandus dans cette ville reculée [du point de vue de l’auteur, qui vit à Shanghaï, NdT) de 2,3 millions de personnes.

Des groupes d’émeutiers ont brisé des garde-fous sur des routes, incendié des automobiles et battu des piétons Han. La foule a attaqué des bus et mis le feu à un hôtel près de l'immeuble de bureaux de la Commission  régionale du commerce extérieur du Xinjiang, selon l’agence officielle Xinhua (Chine Nouvelle). Des centaines de voitures, magasins et maisons ont été détruits et brûlés pendant les violences, a déclaré Xinhua.

China Central Television a diffusé lundi des images de manifestants ouïghours attaquant des hommes et des femmes Han, les bourrant de coups de pied après les avoir faits tomber et les laissant assommés et ensanglantés. Des images ont été montrées de véhicules fumants après que les émeutiers avaient renversé des voitures de police et démoli des autobus.

Lundi soir, on avait dénombré au moins 156 morts et plus de 800 blessées, dont des agents de police armés, selon le Département de la sécurité publique du Xinjiang. Plus de 50 cadavres ont été retrouvés dans des rues secondaires et ruelles, ont dit des fonctionnaires, ajoutant que le sinistre bilan pourrait être plus élevé.

Les statistiques officielles ne donnent aucun détail permettant de savoir combien de manifestants ouïghours ont été tués. Un porte-parole du Congrès Mondial Ouïghour (WUC), une organisation basée aux USA d’exilés ouïghours indépendantistes, a dit à la Voix de l’Amérique que la police a ouvert le feu sur des manifestants. Le gouvernement chinois a accusé le WUC d’être l’instigateur des violences.


Chine Nouvelle a annoncé que  «la situation était sous contrôle" lundi matin ; la police avait bloqué la circulation dans des parties de la ville et arrêté plus de 1 000 manifestants. Parmi les personnes détenues se trouvaient au moins 10 des plus éminentes figures qui avaient attisé les troubles de dimanche, selon le Département de la sécurité publique du Xinjiang.

Mais mardi, plus de 200 Ouïghours, principalement des femmes, ont organisé une nouvelle protestation en présence de journalistes étrangers et il a été signalé que dans l'après-midi, des résidents Han d’Urumqi ont commencé à contre-attaquer les Ouïghours. Les femmes réclamaient la libération de leurs proches arrêtés au cours des violences du dimanche. La visite des journalistes étrangers a été été organisée par les autorités sur les lieux où les violences se sont déroulées, où des manifestants étaient engagés dans un face-à-face  tendu avec la police, ont rapporté les médias de Hong Kong.

Le gouvernement  du Xinjiang a mis en garde ce soir-là contre des «éléments hostiles» qui comptaient susciter des violences dans d'autres villes du Xinjiang comme Yining et Kashgar.

"Nous regrettons profondément la perte de vies" à Urumqi, a déclaré Ian Kelly, porte-parole du Département d'Etat US. « Nous appelons toutes les parties au calme et à la retenue ». 

Le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a également appelé à la retenue. Il a dit lors d’une conférence de presse lundi: «Quoiqu’il se passe ou se soit passé,  la position de l'Organisation des Nations Unies et du Secrétaire général est cohérente et claire : que toutes les divergences d'opinion, qu'elles soient nationales ou internationales, doivent être résolues pacifiquement par le dialogue ».

Selon Xinhua, le gouvernement a déclaré que la violence avait été "un crime violent prémédité et organisé. Il est conçu et dirigé de l'étranger et exécuté par des hors-la-loi dans le pays."

Dans une allocution télévisée lundi matin, le gouverneur du Xinjiang Nur Bekri accusé le WUC dirigé par Rebiya Kadeer - une ancienne femme d'affaires, qui vit maintenant aux USA - de fomenter la violence, par téléphone et via Internet. "Rebiya a eu des conversations téléphoniques avec des personnes en Chine le 5 juillet 5, afin d'inciter ... et l'Internet a été utilisé pour orchestrer l'incitation», disait la déclaration.

Le porte-parole de Kadeer, Alim Seytoff, a déclaré à l'Associated Press de Washington, que ces accusations étaient sans fondement.

«Il est de pratique courante pour le gouvernement chinois d’accuser Mme Kadeer pour toute agitation dans le Turkestan oriental et de Sa Sainteté le Dalaï Lama pour toute agitation au Tibet", a-t-il dit. Turkestan oriental est le nom de l'État  que les groupes et militants indépendantistes ouïgours souhaitent créer dans le Xinjiang.

Un des groupes d'exilés, le Mouvement islamique du Turkestan oriental, est inscrit par le gouvernement chinois et les Nations unies comme organisation terroriste. Le WUC nie tout lien avec le Mouvement islamique du Turkestan oriental.

En mars 2008, une manifestation pacifique de moines à Lhassa, la capitale a dégénéré en émeutes qui se sont répandues dans les environs, faisant au moins 22 morts. Le gouvernement chinois avait accusé le Dalaï Lama d'orchestrer la violence. Le Dalaï Lama nié l'accusation.

Que les émeutes aient été déclenchées à l’instigation de militants indépendantistes ou non, le fait demeure que des conflits violents sont facilement suscités par la méfiance mutuelle entre Han et minorités ethniques. Des rumeurs diffusées par Internet ont aussi joué un rôle.

La bagarre à l'usine de Shaoguan le 26 juin 26 a été déclenchée par un post sur un site Internet affirmant qu’au moins deux femmes Han avaient été violées par des travailleurs migrants ouïghours, dont beaucoup travaillent à l'usine.

En réaction à l'allégation, des travailleurs Han ont pris d'assaut les dortoirs des  travailleurs ouïghours. Dans la bataille qui s’en est suivie, deux Ouïghours ont été tués et de nombreux travailleurs des deux côtés blessés, selon la police locale. Les autorités ont ensuite arrêté un travailleur Han pour avoir propagé la rumeur de viols afin de déclencher des troubles.


Arrivée massive de troupes chinoises : voir ici


La fin de l’identité de classe
Les conflits de plus en plus fréquents entre Han et autres groupes indiquent que la politique du Parti communiste Chinois (PCC) à l'égard des minorités ethniques est devenue inefficace pour maintenir des relations harmonieuses entre les peuples.

Durant les 60 dernières années, l'objectif déclaré de la politique du PCC a été de maintenir l'unité nationale et de stabiliser la société civile. Le gouvernement communiste considère tous les groupes ethniques comme chinois, mais encourage tous les groupes ethniques, en particulier les minorités, à maintenir et développer leurs cultures traditionnelles. Le gouvernement a même aidé les minorités n’ayant qu’une langue orale à créer leurs propres systèmes d'écriture.

L'idée que toutes les personnes en Chine appartiennent à la "grande famille des Chinois" n'est pas une invention des communistes. Cette attitude a commencé avec le père fondateur de la Chine moderne, le Dr Sun Yat-Sen et a été soutenue par les premiers penseurs des Lumières chinoises comme Liang Qichao et Hu Shih.

À l'ère du président Mao Zedong, la politique ethnique a été dictée par sa doctrine de la lutte de classe, selon laquelle tous les travailleurs Han et non-Han partagent une identité commune – celle de travailleurs socialistes organisés. Le terme "mouvement ouvrier" signifiait qu'ils étaient aussi les propriétaires du pays - constitutionnellement et idéologiquement. Les capitalistes, les propriétaires fonciers, les propriétaires de serfs et autres "exploiteurs" - indépendamment de leurs origines ethniques - étaient les ennemis.

Cette politique a permis de surmonter avec succès des différences ethniques et construit une identité commune à tous les travailleurs. Dans une certaine mesure, cette politique sous Mao unissait tous les groupes ethniques dans la «lutte de classe» contre les «oppresseurs». Elle a également fait des anciennes élites des minorités ethniques, des ennemis irréductibles du Parti communiste chinois (PCC).

Les travailleurs pauvres des groupes ethniques de Chine ont  apporté un fort soutien au gouvernement PCC, et accepté leur nouvelle identité socialiste. Han et non-Han étaient devenus économiquement et politiquement égaux, et l'idée de l'appartenance ethnique avait été progressivement éclipsée par l'idée de classe.

Le concept d'une classe commune, qui donnait l'égalité à toutes les personnes qui en faisaient partie, indépendamment de leur appartenance ethnique, dépassait l'idée de l'identité ethnique et permettait de prévenir des conflits ethniques.

Mais lorsque la doctrine de lutte des classes a été pratiquée à l'extrême, en particulier durant la Révolution culturelle entre 1966 et 1976, elle a donné aux Gardes Rouges - essentiellement des Hans – une base pour attaquer l’héritage culturel et historique de la Chine - Han aussi bien qu’ethnique - au nom de la révolution. Ces attaques mirent extrêmement à mal les sentiments de minorités ethniques.

Après la Révolution culturelle, apparemment en guise de compensation [pour les souffrances endurées pendant la Révolution culturelle, NdT], le gouvernement chinois a commencé à accorder des privilèges et des préférences à des minorités ethniques.

Par exemple, la politique stricte de l'enfant unique ne s'applique qu'aux couples Han. En conséquence, le taux de natalité et la proportion de population Han sont en baisse par rapport à ceux d'autres groupes ethniques. Simultanément, des privilèges ont été accordés à des minorités ethniques pour l’accès à l'emploi et à l'éducation. Pour stimuler la croissance économique, le gouvernement, ces dernières années, a injecté beaucoup d'argent dans les régions peuplées de minorités ethniques.

Beaucoup de Han sont énervés par ce qu'ils considèrent comme une discrimination. À la suite de la rixe de Shaoguan, Wang Yang, le secrétaire du parti du Guangdong, a visité et réconforté les travailleurs  ouïghours blessés, mais aurait ignoré les travailleurs blessés Han. Ce qui a suscité la colère des travailleurs Han et accru leurs soupçons vis-à-vis de la politique du gouvernement.

Même si des groupes ethniques tels que les Ouighours, se plaignent d’être exploités ou victimes de discrimination de la part des Han, beaucoup de Han accusent le gouvernement de faire de même. En fin de compte, au fur et à mesure que l'économie de la Chine progresse, l’égalité politique et économique entre Han et non-Han est recule.

L'écart s'élargit entre les Han, qui en général vivent dans les zones riches et celles des minorités ethniques qui vivent dans des zones relativement plus pauvres. Les inégalités économiques entre les différentes régions est aussi une affaire entre Han et non-Hans. Bien que ce déséquilibre du développement économique soit du à de nombreux facteurs, il est facile pour les minorités de se sentir exploitées par les Han.

Comme l'influence du marxisme comme idéologie dominante est en train de diminuer en Chine, le sens de l'égalité politique est également en train de s'atténuer. Aujourd'hui, les gens du commun ne sont pas vraiment considérés comme les propriétaires du pays, et les travailleurs ne sont plus une classe respectée. Les capitalistes sont devenus les hôtes d’honneur du gouvernement.

En Chine, l'égalité politique basée sur l'égalité de classe s'est effondrée. Durant les 60 dernières années, cette idée d'égalité de classe était une base sur laquelle tous les gens du commun, y compris les minorités, pouvaient maintenir une identité de membres de la communauté politique chinoise.

Maintenant, la marginalisation économique et politique des minorités ethniques est en train de détruire les fondements de l’identité chinoise de certains groupes ethniques. Dans le même temps, cette marginalisation est profondément mal comprise par une grande partie de la majorité ethnique Han.

L'identité partagée des Chinois - comme mouvement ouvrier socialiste - tombe peu à peu en morceaux. Les émeutes d’Urumqi pourraient n’être que le début de quelque chose de beaucoup plus grand.


Source :  Asia Times-Ghost of Marx haunts China's riots

Article original publié le 8/7/2009

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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ZONE DE TYPHONS: 09/07/2009

 
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