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18/12/2017
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L'histoire des Cinq Cubains telle qu’on ne vous l’a jamais racontée (I-XV)


AUTEUR:  Ricardo ALARCÓN DE QUESADA


I.Les héros interdits

 

« Dans ce pays-ci, mets-toi ça dans la tête, tu dois courir aussi vite que tu peux pour rester à la même place »

Lewis Carroll
Alice au pays dess merveilles

Vous souvenez-vous d’Elián ?

L’affaire Elián González, un garçon de six ans, retenu par la force par des inconnus contre la volonté de son père, dans un défi ouvert à la loi US et à la décence, avait été largement rapportée par les médias dans le monde entier. Miami, le lieu de la séquestration, s’était transformée en une sorte de ville sécessionniste US, lorsque le maire, le chef de la police, les politiques, tous les quotidiens et les commentateurs de radios et de télévisions, de concert avec les institutions religieuses et patronales, s’étaient unis avec certains groupes violents des plus notoires obéissant aux ordres des groupes terroristes et violents pour s’opposer à l’ordre des tribunaux et du gouvernement de libérer le garçon.

Il avait fallu envoyer une équipe des forces spéciales de Washington DC, pour lancer une opération secrète et rapide afin d’occuper plusieurs maisons, désarmer les individus qui étaient fortement armés et cachés dans le quartier, sauver le garçon et restaurer la loi. Tout le monde avait suivi l’information. Jour après jour.

Mais presque personne ne savait, qu’au même moment, exactement au même endroit – à Miami- cinq autres jeunes Cubains avaient été arbitrairement privés de leur liberté et subissaient une grande injustice.

Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, Fernando González et René González avaient été arrêtés très tôt le matin du samedi 12 septembre 1998, et emprisonnés pour 17 mois, seuls, dans des cellules punitives. Depuis le début de l’instruction jusqu’au jugement, le principal chef d’accusation qu’avaient retenus les procureurs et le juge, était que les cinq jeunes Cubains avaient infiltré, pacifiquement et sans armes les groupes terroristes anti-Cubains dans le but d’informer Cuba sur leurs plans criminels.

Avec ce genre d’accusation, était-il concevable que qu’un quelconque révolutionnaire cubain puisse obtenir un jugement objectif à Miami ? Cela aurait-il été possible pendant la séquestration d’Elián, dans l’ambiance de violence, de haine et de peur qui régnait ?

Pour les services du Procureur, c’était parfaitement possible. Selon ses termes, « Miami est une communauté très grande, diverse et hétérogène » capable de traiter n’importe quel sujet sensible, y compris ceux qui impliquent  la révolution cubaine. C’est cette phrase que les procueurs ont répété pour rejeter plus de dix motions présentées par les avocats de la défense demandant de délocaliser le procès.

Le même gouvernement qui avait été obligé de traiter Miami comme une sorte de ville rebelle et d’envoyer secrètement des forces pour restaurer la légalité, a menti plusieurs fois sur la question du lieu du procès en refusant aux prévenus le droit que les Usaméricains respectent tant, il a rejeté la requête de délocalisation du procès vers la ville voisine de Fort Lauderdale, située à une demi-heure de Miami. Ironiquement, quelques années après, en 2002, quand le gouvernement avait été poursuivi au civil pour une affaire administratif de moindre importance,  résolue par la suite par un accord hors du tribunal, et liée indirectement au cas d’Elián, le gouvernement demanda un changement de lieu vers Fort Lauderdale, en affirmant qu’à Miami, il était impossible de juger avec objectivité une quelconque affaire en relation avec Cuba (Ramírez vs. Ashcroft, 01-4835 Civ-Huck, 25 juin 2002).

Cette contradiction flagrante, qui est la preuve claire d’un mauvais comportement du tribunal, d’un réel abus , a été l’un des facteurs principaux sur lesquels a été fondée la décision unanime de la Cour d’Appel, en 2005, pour annuler les condamnations des Cinq et décider un nouveau jugement (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Cette décision historique fut ensuite infirmée par la majorité du tribunal sous la pression du Procureur Général (ministre fédéral de la Justice) Alberto Gonzales dans une action contraire à ce que supposerait la pratique courante du droit aux USA. Le succès de cette manœuvre de M. Gonzales, démonstration de sa philosophie juridique particulière, rendit impossible une résolution juste de cette affaire qui aurait honoré les USA.

La décision de la cour, un document solide de 93 pages qui décrivait des faits irréfutables de la guerre terroriste menée depuis un demi-siècle contre Cuba, reste un document extraordinaire l’histoire US et  qui restera un texte que les professeurs et les étudiants en droit analyseront avec respect.

Mais ceci est un autre chapitre dans la longue saga des Cinq.

Quant à Elián González, il est sur le point d’achever son lycée et continue d’attirer l’attention des médias étrangers et des visiteurs qui se rendent à Cárdenas, le joli village dans lequel il vit. Lorsqu’ils se endent à la maison d’Elián, ils sont surpris par des affiches qui réclament la liberté des Cinq jeunes dont les visiteurs n’avaient certainement pas entendu parler jusqu’alors.

Commentaire de Leonard Weinglass:

« Le procès a été tenu secret par les médias US. Il est inconcevable que le procès le plus long des USA jusqu’au jour de son verdict, n’ait été couvert que par la presse locale de Miami, alors que notamment des généraux, un amiral ainsi qu’un conseiller de la Maison Blanche avaient été appelés à témoigner par la défense. Où étaient alors les médias US pendant ces six mois ? Non seulement ce procès avait été le plus long, mais il traitait une affaire qui impliquait des questions importantes de politique étrangère et de terrorisme international. C’est aux médias US qu’il faut poser la question, car ils continuent à refuser de couvrir un cas dans lequel il y a eu tant de violations de droits fondamentaux, et y compris des violations des droits humains des prisonniers. » (Réponse de Leonard Weinglass, au Forum organisé par http://www.antiterroristas.cu , le 12 septembre 2003).

Ce qui a sauvé Elián c’est le fait que les Usaméricains étaient a courant de son cas et qu’ils s’étaient impliqués pour que la justice triomphe. Les Cinq sont toujours emprisonnés – cela fera 11 ans en septembre prochain – victimes d’une terrible injustice, car on ne permet pas aux Usaméricains d’en prendre connaissance. Les Cinq sont punis cruellement parce qu’ils ont combattu le terrorisme. Ils sont des héros, mais des héros interdits.

 

 

II. La justice aux Pays des merveilles

« La sentence d’abord… le verdict ensuite! »
 Lewis Caroll
Alice au pays des merveilles

Une fois écartée la question de la délocalisation du procès, le résultat du procès des Cinq était déjà prédéterminé. Il suivait strictement la prophétie de la Reine.

Les médias US ont joué un rôle très important dans deux directions. En dehors de Miami c’était un silence total ; comme l’avocat Leonard Weinglass l’a très habilement décrit, leur rôle contrastait avec celui qu’ils avaient joué dans le Comté de Dade, offrant tous deux, les médias et la cour, offrant un show impressionnant de discipline.

Les médias locaux ne se sont pas contentés de couvrir intensivement l’affaire , mais ils y sont également intervenus, comme s’ils avaient fait partie de l’accusation. Les Cinq avaient été condamnés par les médias avant même d’être accusés.

Le samedi 12 septembre 1998, très tôt le matin, tous les médias de Miami diffusaient sans discontinuer des flashes sur la capture de « terrifiants » agents cubains, « prêts à détruire les USA » (c’était la phrase que le Procureur adorait et qu’il a répété maintes et maintes fois durant tout le procès). Ce matin-là, le titre de Une fut : « Des espions parmi nous ». Simultanément, et fort à propos, le chef du FBI à Miami recontrait Lincoln Díaz Balart et Ileana Ros-Lehtinen, les représentants de la vieille garde de Batista au Congrès.

Une campagne de propagande sans précédent fut lancée contre cinq individus qui ne pouvaient pas se défendre, car ils étaient totalement isolés du monde extérieur, jour et nuit, pendant un an et demi, dans ce qu’on appelle dans l’argot de la prison « le trou ».

Un cirque médiatique a entouré les Cinq depuis leur arrestation jusqu’à aujourd’hui. Mais seulement à Miami. Sur le reste du territoire des USA, c’est le silence radio sur leur dure situation. Le reste du pays n’est pas très au courant de cette affaire, et on le maintient dans l’ignorance, comme si tout le monde acceptait l’idée que Miami – cette « communauté très diverse et extrêmement hétérogène », selon la description du Procureur – appartiendrait effectivement à une autre planète.

Cela aurait pu être une proposition raisonnable, si quelques faits honteux n’avaient pas récemment été découverts. Certaines personnes des médias impliquées dans la campagne à Miami – « journalistes » et autres – avaient été payées par le gouvernement US, elles figuraient sur leurs listes de personnel en tant qu’employés dans la machine de propagande anti-cubaine à la radio et la télévision, une campagne qui a coûté plusieurs centaines de millions de dollars aux contribuables usaméricains.

De fait, les Usaméricains se sont vus obligés d’être très généreux, sans le savoir. Il y a une longue liste de « journalistes » de Miami qui ont couvert l’intégralité du procès des Cinq, tout en recevant des chèques fédéraux bien juteux (pour en savoir plus sur le « travail » de ces « journalistes », consulter le site web http://www.freethefive.org).

En 2005, La décision de la Cour d’Appel a offert également un bon résumé de la campagne propagandiste, avant et durant le procès. C’est une des raisons pour lesquelles la Cour avait été amenée à « invalider les sentences et ordonner un nouveau jugement ». Miami n’était pas un lieu pour rendre la justice. Comme les juges l’avaient dit « les preuves présentées [devant le Tribunal de Miami] pour appuyer les requêtes de délocalisation étaient massives » (Court of Appeals for the Eleventh Circuit, No. 01-17176, 03-11087).

Clarifions un point. Nous ne parlons pas ici de journalistes, au sens où les Usaméricains en dehors de Miami peuvent l’entendre. Nous nous référons aux « journalistes » de Miami, c’est une chose très différente.

Leur rôle n’était pas de publier des informations, mais plutôt de créer un climat qui assure les condamnations. Ils ont même appelé à des manifestations publiques à l’extérieur des bureaux dans lesquels se réunissait la défense et ont harcelé les membres potentiels du jury pendant la phase précédant le procès. Le tribunal lui-même a exprimé sa préoccupation face la «quantité formidable de demande sà connaître les d’avance les questions qui seraient posées aux candidats-jurés, apparemment afin d’informer les auditeurs et téléspectateurs, et parmi eux les personnes sélectionnées comme candidats, sur les questions que leur poserait le tribunal. »  

Nous parlons d’un groupe d’individus qui ont harcelé les jurés, en les poursuivant dans la rue, caméra au poing, filmant leurs plaques d’immatriculation et les montrant à la télévision; Ils les poursuivaient jusqu’à l’intérieur du Palais de Justice, jusque devant la porte de la salle des jurés, et cela durant les sept mois de procédures préliminaires du procès procès, du premier au dernier jour.

Plus d’une fois la juge Leonard a protesté et supplié le gouvernement d’arrêter une mascarade si déplorable. Elle l’avait réclamé du début à la fin du procès et à plusieurs occasions. Elle n’a jamais été entendue (Official transcripts of the trial, p. 22, 23, 111, 112, 625, 14644-14646).

Le gouvernement n’était pas intéressé par la tenue d’un procès juste. Au cours du processus de sélection du juré, le Procureur était avide d’exclure la majorité des membres afro-usaméricains, tout comme il avait exclu les trois individus qui n’avaient pas montré de forts sentiments anticastristes.

À cette date Elián González avait été récupéré, et il occupait toujours l’esprit des jurés. Comme le dit l’un d’eux pendant la procédure de sélection : «Je serais  préoccupé par les réactions qu’il pourrait y avoir…je ne veux pas que des émeutes éclatent ou des trucs du genre de ce qui s’est passé dans l’affaire Elián ». Ou bien un autre, je cite : «Pour vous dire la vérité…je deviendrais une vrai loque nerveuse, j’aurais peur pour ma propre sécurité si je ne revenais pas avec un verdict favorable à la communauté cubaine [de Miami] ».

C’est dans cette atmosphère de peur qu’avait débuté le plus long procès à ce jour dans l’histoire des USA, ce procès que les grands médias avaient « choisi » d’ignorer.

III. Le visage de l’impunité

 Comme ils l’ont reconnu au cours des entrevues pour la sélection du jury, le kidnapping d'Elián González et ses conséquences pour la communauté de Miami étaient très présentes dans les esprits des jurés choisis pour composer le jury, dans le procès des Cinq Cubains. Un procès qui a eu lieu seulement quelques mois après que le garçon de six ans eut été libéré par la police fédérale.

Comme toute la communauté, les jurés avaient suivi les événements liés à l’affaire Elián. Des événements qui avaient saturé les informations. Les portraits des kidnappeurs, de leurs sponsors et partisans, ainsi que les visages d'autres personnes impliquées dans le scandale étaient dès lors bien connus par les membres du jury. Les portraits, ainsi que deux détails uniques du drame d'Elián et en connexion directe avec le procès des Cinq Cubains.

Premièrement, la conduite déconcertante de tous les fonctionnaires publics de Miami, de leurs membres du Congrès, le maire et les élus locaux jusqu'aux pompiers et aux membres de la police, qui ouvertement, ont refusé d'obéir à la loi et n'ont rien fait pour mettre fin à la plus grande affaire d'abus de mineur aussi médiatisée qui se soit jamais produite. Et, deuxièmement, chose encore plus incroyable, c’est qu’aucune poursuite n’avait été engagée contre le groupe d'individus qui avait violé la loi aussi clairement en kidnappant un enfant et en créant de la violence et les troubles dans toute la ville lorsque le gouvernement fédéral était venu le libérer. Personne n'a été jugé, ni arrêté, ni sanctionné. Aucune autorité locale n'a été destituée, ni remplacée, ni invitée à démissionner. Le cas Elián a démontré de quelle manière l'impunité anticastriste règne à Miami.

Quand les membres du jury se sont assis la première fois dans la salle du tribunal pour effectuer leur devoir de citoyens, ils ont du être probablement étonnés. Ils avaient, là, devant eux, les « célébrités de Miami » qu’ils avaient l’habitude de voir, jour et nuit, à la télévision locale. Et ils étaient tous ensemble, parfois ils souriaient et s'embrassaient, comme de vieux acolytes. Les kidnappeurs et les personnes chargées de « faire appliquer la loi » en connivence avec les procureurs (ces personnes courageux qui jamais ne sont apparus lorsqu’un petit garçon était molesté par les médias).

Les membres du jury ont passé sept mois dans cette enceinte en voyant, et en étant observés par ces personnes-mêmes qui leurs étaient si familières et qui maintenant se trouvaient sur le banc des témoins, au milieu de la zone réservée au public ou sur les bancs de la presse. Ces mêmes personnes qu'aujourd’hui ils rencontraient si souvent au parking, à l'entrée du palais du tribunal et dans les couloirs. Certains arboraient quelquefois, orgueilleusement, la tenue portée au cours de leur dernière incursion militaire à Cuba.

Les membres du jury les ont écoutés expliquer en détail leurs exploits criminels et en répéter plusieurs fois qu'ils ne parlaient pas du passé. Ça a été un étrange défilé d'individus qui comparaissaient devant Cour pénale, en reconnaissant leurs actions violentes contre Cuba. Des actions qu’ils avaient planifiées, préparées et entreprises à partir leur propre quartier.

Ils étaient là, à faire des discours, en exigeant la sanction la plus dure, en diffamant et en menaçant les avocats de la défense.

La juge avait fait ce qu’elle avait pu pour essayer de préserver le calme et la dignité. Elle avait réellement ordonné, plusieurs fois, au jury de ne pas tenir compte de certains commentaires inappropriés, mais ce n'était pas suffisant pour effacer de l'esprit du jury les conséquences préjudiciables et terrorisantes de ces déclarations.

Les conséquences étaient évidentes. La décision du jury de la Cour d'Appel l'avait exposé en termes très clairs : « les preuves son apparues de la véracité des activités clandestines non seulement des accusés, mais également celles de plusieurs groupes d'exilés cubains et des camps paramilitaires qui continuaient à opérer dans le secteur de Miami… La perception que ces groupes pouvaient faire du mal aux membres du jury qui émettraient un verdict défavorable à leurs points de vue, était palpable ». (Onzième Circuit de la Cour d'Appel, N°01-17176, 03-11087)

Mais ce n'était pas tout. Après avoir vu et entendu les preuves abondantes des actes de terrorisme que les accusés avaient essayé d'empêcher, le gouvernement est parvenu à défendre les terroristes en convainquant le tribunal d’ôter au jury la prise en compte de la défense de l’état de nécessité, qui rendait possible d’excuser les Cinq ; cet étatt de nécessité étant la base légale de leur défense.

Dans ce cas, le fond du problème est que Cuba a la nécessité de protéger son peuple des tentatives criminelles des terroristes qui jouissent d'une totale impunité en territoire US. La loi usaméricaine est claire : si on agit pour prévoir des dangers majeurs, même si on le fait en violant la loi, on sera exempté de toute pénalité, car la société reconnaît la nécessité, y compris les avantages, d'exécuter cette action.

Les USA, seule superpuissance mondiale, ont interprété ce principe universel pour justifier la légalité des guerres sur des terres éloignées au nom de la lutte contre le terrorisme. Toutefois, ils ont refusé de le reconnaître pour cinq hommes désarmés, pacifiques, non violents qui, au nom d'un petit pays, sans causer de préjudice à personne, ont essayé d'empêcher les actions illégales de certains criminels qui jouissent d’asile et de soutien aux USA…

Par le truchement des magistrats de Miami, le gouvernement US est allé encore plus loin, au-delà même du concevable, pour aider les terroristes. Ils l'ont fait très ouvertement, par écrit et avec des discours passionnés qui curieusement n’ont jamais été considérés comme présentant un intérêt journalistique.

Cela s’est passé en 2001. Quand les magistrats du Sud de la Floride et le bureau local du FBI étaient très occupés à punir durement les Cinq Cubains tout en offrant la protection « à leurs » terroristes, les criminels qui commirent l'attaque du 11 septembre, s’entraînaient, sans être dérangés, et depuis fort longtemps, à Miami. Ils devaient avoir une bonne raison pour préférer ce lieu.


IV. Avec leurs propres mots…
La mise en incapacité des Cinq Cubains


Les périodes d'emprisonnement disproportionnées infligées aux Cinq - Gerardo Hernández Nordelo (deux condamnations à perpétuité plus 15 ans), Ramón Labañino Salazar (une condamnation à perpétuité plus 18 ans), Antonio Guerrero Rodríguez (une condamnation à perpétuité plus 10 ans), Fernando González Llort (19 ans), et René González Seheweret (15 ans) - contrastent grandement avec celles qui ont été appliquées durant ces dernières années aux USA à d'autres personnes accusées d'exercer réellement de l'espionnage, certains à des échelles inhabituelles, et dans d'autres cas, ceux impliqués dans des actions armées violentes contre les USA. Aucun d'eux n’a jamais été condamné à perpétuité ; tous ont reçu des peines inférieures à celles des Cinq. Certains, ont même déjà accompli leurs condamnations et sont en liberté, et d'autres, qui étaient condamnés pour espionnage, ont été graciés et libérés par l'administration d'Obama.

Les condamnations excessives des Cinq sont une preuve de la motivation politique vindicative du jugement, de même que le sont les conditions de leur emprisonnement, y compris les obstacles très sévères dressés pour les visites familiales, atteignant l’extrême de refuser toujours les visas aux épouses de René et de Gerardo.

Toutefois, il y a un aspect encore plus révélateur qui démontre que l’intention du gouvernement US était de mettre à l’abri et protéger les terroristes anti-cubains, pour éviter que leurs plans sinistres ne soient découverts, et devenir les complices et les façades pour de futures atrocités.

Pour l'administration Bush, ceci était aussi important sinon plus, que les incompréhensibles années d'emprisonnement. C’est ce que le procureur avait dit de manière véhémente et en termes explicites, lorsqu’il avait demandé au Tribunal une peine additionnelle de: « mise en incapacité ». [Peine qui prive le condamné à certains droits]

Qu'est-ce que ça signifie ? De l’avis du gouvernement, il était essentiel d'assurer que ces cinq individus, après avoir accompli leurs peines de prison, ne pourraient plus jamais faire quoi que ce soit qui pourrait gêner les activités des terroristes qui opèrent à Miami sous la protection du gouvernement US. Pour s’en assurer, la Cour a demandé, et le tribunal a garanti, des mesures spéciales pour chaque sentence, en s'assurant qu’après avoir accompli leurs peines de prison, y compris une ou plusieurs condamnations à perpétuité, les accusés soient dans l’impossibilité d'essayer de faire ce pourquoi ils sont en prison.

Gerardo, Ramón et Fernando sont nés à Cuba, une fois qu'ils auront accompli leurs peines de prison, ils seront déportés immédiatement du territoire US en tant qu’étrangers indésirables. Cela a été spécifié dans chacune de leurs sentences, y compris dans celle de Gerardo, qui au bout de 15 ans de prison de sa seconde peine de prison à vie serait immédiatement déporté. (Transcription de l'Audience pour les Sentences devant l'honorable Joan A. Lenard, 12 décembre 2001, page 93).

René et Antonio présentent un problème plus particulier. Ils sont nés respectivement à Chicago et en Floride, tous les deux sont citoyens américains de naissance, et ils ne peuvent pas les obliger à abandonner le pays. Pour ces deux cas, il a fallu aux procureurs recourir à davantage d'imagination et de rhétoriique imaginative. Ils ont su faire preuve de l’une et de l’autre

Ils avaient besoin d'une explication plus franche et plus précise de l’expression « mise en incapacité ».

Ils ont dû d'abord argumenter sur le cas de René, condamné « seulement » à 15 ans de prison. La Cour a pleinement exprimé sa grave préoccupation qu'un homme encore si jeune, puisse être libéré et essayer de refaire ce qu'il avait fait avant.

Connaissant l'angoisse du gouvernement, le tribunal a ajouté cette condition particulière à la sentence de René :

« Comme condition spéciale additionnelle à la libération conditionnelle, il est interdit à l'accusé de s’affilier ou de visiter des lieux spécifiques qui sont connus pour être fréquentés par des individus ou des groupes tels des terroristes, membres d'organisations qui incitent à la violence, et des parrains du crime organisé. » (Transcription de l'Audience pour les Sentences devant l'honorable Joan A. Lenard, 12 décembre 2001, pages 45-46).

Puis ce fut au tour d’Antonio Guerrero, qui avait été condamné à perpétuité plus 10 ans de prison. La Cour a dû faire valoir toutes les ressources de son éloquence. Pour le gouvernement la « mise en incapacité » était d'une importance vitale. Il ne pouvait pas prendre de risques, et lorsque le 27 décembre 2001 Antonio Guerrero fut devant le Tribunal, celui-ci ajouta, mot pour mot, à sa sentence, la même « condition spéciale » que celle qu’il avait auparavant imposée à René.

Tout ceci s’est déroulé en décembre 2001, juste 3 mois après l’horreur du 11 septembre. Depuis ce jour fatidique, George W. Bush s'est rendu célèbre en exigeant une guerre massive contre les terroristes et contre ceux qui les aideraient d’une quelconque façon. Prenons seulement une citation parmi ses nombreuses paroles rébarbatives : « Tout gouvernement qui soutient, protège ou accueille des terroristes, sera complice des meurtres d'innocents, il sera également lui-même coupable de crimes terroristes ».

Prenons-le au mot.

En octobre 2011 René González aura fini de purger sa peine si la défense ne parvient pas à le faire libérer avant. En tout cas, il sera en liberté conditionnelle sous la mandature de l’administration actuelle. Est-ce que le président Obama tentera de le « mettre en incapacité » ? Interdira-t-on à René de faire quoi que ce soit qui puisse gêner les terroristes "là où ils sont ou fréquentent" ?



V. Des espions sans espionnage

En septembre 1998, le premier procès verbal d’accusation, incriminait les Cinq Cubains d'être des agents non enregistrés de Cuba et d'autres infractions mineures. Le gouvernement a également accusé trois d'entre eux - Gerardo, Ramón et Antonio- « de conspiration d’espionnage » (Charge 2).

La Cour n'a accusé aucun d'eux d'espionnage en tant que tel pour une raison très simple : rien de tel n’a existé et par conséquent une telle accusation ne pourrait jamais être prouvée. Les magistrats sont allés encore plus loin. Dans leur déclaration initiale ils ont averti le jury de ne pas espérer qu'ils révèlent un quelconque secret ni rien de ce style. La seule chose que devait faire la Cour était de « convaincre » les membres du jury que les accusés étaient des personnes vraiment dangereuses capables de fomenter une tentative de mettre en danger la sécurité nationale des USA à n’importe quel moment dans un futur imprévu. Ils ont également fait valoir, que les accusés devaient recevoir la peine la plus sévère possible, car ils étaient des types vraiment mauvais qui perturbaient la paix et la tranquillité de Miami. Vous rappelez-vous d’Elián ?

Pour atteindre ce but, malgré le contenu de leurs propres accusations, les magistrats ont fait, au cours du procès, des déclarations très violentes, accusant les Cinq cubains d’agir rien de moins que pour « détruire les USA » et en rappelant aux membres effrayés du jury que s'ils ne les condamnaient pas ils « trahiraient la communauté ».

Les médias se sont chargés du reste. Ils ont toujours décrits les Cinq Cubains comme étant des « espions », ou comme des personnes accusées d'être des « espions ». Les médias se sont réellement surpassés dans leur tâche. Ils n’ont cessé de rabâcher la même chanson, même après que la Cour d'Appel en banc ait conclu unanimement en septembre 2008 qu'il n'y avait pas de preuve que les accusés aient « obtenu ou aient transmis d’information secrète » ou qu'ils aient mis en danger la sécurité nationale des USA et par conséquent elle avait décidé que les sentences pour la Charge 2 (conspiration d’espionnage) étaient erronées, elle les avait annulées et avait décrété que Ramón et Antonio devaient être rejugés. (Onzième Circuit de la Cour d'Appel, 01-17176, DC, Docket Non 98-00721-CR-JAL, pages 70-81).

Cependant, malgré que les magistrats avaient reconnu que la même procédure devait s’appliquer à Gerardo, le tribunal a refusé de l’appliquer, par un incroyable acte de discrimination judiciaire, arguant qu'une condamnation à perpétuité pesait déjà à son encontre.

De fait, il était très facile de se rendre compte que dans ce cas, aucune information secrète ou militaire n'était impliquée, et que la sécurité nationale des USA n'a jamais été inquiétée. C’était ce que le Pentagone avait dit clairement et simplement avant que ne débute le jugement. Ce fut le témoignage, sous serment, de l'amiral à la retraite Eugene Carroll (transcriptions officielles, pages 8196-8301), du général de l'Armée à la retraite Edward Breed Atkeson (Idem pages 11049-11199), du général et ex commandant du Commando Sud Charles Elliot Wilhelm (Idem pages 11491-11547), et du lieutenant général à la retraite de la Force Aérienne James R. Clapper (Idem pages 13089-13235).

Leurs témoignages n’étaient pas secrets, mais volontairement prononcés en audience publique. Probablement qu’un défilé comme celui-là, de chefs militaires distingués et décorés soutenant l'innocence de certains jeunes révolutionnaires cubains, ne s'était jamais produit avant devant un tribunal des USA. Ces informations ne sont jamais sorties en dehors de Miami, mais les transcriptions officielles du jugement sont là pour celui qui veut les lire.

Depuis que les Cinq Cubains ont été condamnés, d'autres affaires ont eu lieu, leurs résultats contrastent clairement avec ceux des Cinq Cubains. Nous allons en examiner brièvement quelques-uns.

Khaled Abdel-Latif Dumeisi, convaincu d'être un agent non enregistré du gouvernement de Saddam Hussein. Il a été condamné à 3 ans et 10 mois de prison en avril 2004, en pleine guerre des USA contre l'Irak.

 
Leandro Aragoncillo a été reconnu coupable, en juillet 2007, d’avoir transmis des informations secrètes de défense nationale des USA (environ 800 documents classés) obtenus depuis son bureau à la Maison Blanche, où il travaillait comme collaborateur militaire des vice-présidents Al Gore et Dick Cheney. M. Aragoncillo a été condamné à 10 ans de prison, tandis que son co-conspirateur, Michael Ray Aquino, a été condamné à 6 ans et 4 mois.


Gregg W. Bergersen, un analyste du Département de la Défense, a été reconnu coupable, en juillet 2008, d’avoir fourni des informations de défense nationale à des personnes non autorisées en échange d'argent et de cadeaux, et il fut condamné à 4 ans et 9 mois de prison.

 
Lawrence Anthony Franklin, un colonel de réserve de la Force Aérienne des USA, qui travaillait au Département de la Défense, a été condamné pour avoir livré des informations classées et de défense nationale, y compris des secrets militaires, à des représentants d'un gouvernement étranger. Il a été condamné à 12 ans et 7 mois de prison. Toutefois, il n'est jamais entré dans une prison fédérale. Il est resté en liberté durant la période où il avait appel et en mai dernier le Département de la Justice a retiré les charges contre son cas.

Il est inutile de dire qu'aucun des cas précédemment mentionnés a été jugé dans le sud de la Floride, ni impliqué dans aucune tentative de faire échouer des plans criminels.

Les Cinq ont reçu, ensemble, quatre peines à perpétuité plus 77 ans. Eux ne travaillaient pas à la Maison Blanche, ni au Pentagone, ni au Département d'État. Ils n'ont jamais pu ni essayé d’accéder à une quelconque information secrète. Mais ils ont fait quelque chose d’impardonnable. Ils ont combattu le terrorisme anti-cubain et ils l'ont fait à Miami.

VI. Accusation à la carte


Gerardo Hernández Nordelo

Plus de sept mois après l’arrestation et l’inculpation des Cinq Cubains, le gouvernement US a présenté une nouvelle accusation. Il s’agissait toujours de « conspiration », mais cette fois-ci  dans l’intention de commettre un homicide au premier degré, et elle visait spécialement l’un des Cinq, Gerardo Hernández Nordelo.

La nouvelle accusation a été lancée suite à une campagne publicitaire à Miami, impulsée activement par des « journalistes » à la solde du gouvernement US, faisant notamment état de réunions publiques entre des leaders de l’exil cubain, des magistrats, et des fonctionnaires du FBI. Réunions au cours desquelles ils discutaient ouvertement sur l'accusation contre Gerardo. Cela devint une exigence claire des groupes les plus violents de la ville, et les médias locaux en ont fait leur cheval de bataille quotidien.

Le gouvernement ayant accédé à cette exigence avait présenté formellement la nouvelle accusation qui ajoutait un nouvel élément essentiel aux « crimes » de Gerardo.

C’était donc une concession politique aux terroristes anti-cubains, qui cherchaient à se venger de la destruction de deux avions (modèle O2 utilisés par la Force Aérienne US d’abord au Vietnam et plus tard dans les guerres au Salvador) par la Force Aérienne cubaine le 24 février 1996. Les avions utilisés par des membres d'un groupe violent anticastriste [Les Frères du secours] avaient été abattus dans l'espace aérien cubain deux ans avant que les Cinq soient arrêtés.

Le timing était très suspect. Selon l'information divulguée par le ministère public pendant le procès, le FBI avait découvert la véritable nature de la mission révolutionnaire de Gerardo à Miami et il était déjà sous surveillance par l’interception de ses communications avec La Havane deux ans au moins avant la destruction des avions. Si cet incident a été le résultat d'une « conspiration », dans laquelle Gerardo était un acteur clé, pourquoi ne l’ont-ils pas arrêté en 1996 ? Pourquoi cette affaire n’a-t-elle même pas été mentionnée en septembre 1998 quand ils ont arrêté et inculpé Gerardo ?

Les avions appartenaient à un groupe dirigé par José Basulto, un agent vétéran de la CIA impliqué depuis 1959 dans une multitude d'actions de paramilitaires, y compris dans celle de l'invasion de Playa Girón et d’une série de tentatives d’assassinat contre Fidel Castro. Durant les 20 mois précédant l'incident, ce groupe avait pénétré l'espace aérien cubain 25 fois, et chaque fois le gouvernement cubain l’avait dénoncé.

Après tant de démarches diplomatiques, le gouvernement US voulait faire preuve de réactivité. Il a ouvert une enquête sur les vols, et demandé l'aide de Cuba pour obtenir des détails sur les provocations antérieures, accusant réception et remerciant pour les avoir reçus. À la date du 24 février 1996, alors que les procédures administratives étaient encore en cours, l'Administration Fédérale de l'Aviation (FAA) avait déjà privé Basulto de sa licence de pilote et depuis, il ne vole plus (du moins pas légalement).

Les provocateurs avaient proclamé ouvertement qu'ils continueraient à violer l'espace aérien de Cuba, déclarant même, qu’à cette époque, l'île souffrait de sa crise la plus dure - pire en termes économiques, que la Grande Dépression, selon un rapport des Nations-Unies – et qu’elle était incapable de répondre à leurs incursions illégales.

En janvier, le M. Basulto avait emmené en avion une équipe de la télévision NBC de Miami, qui avait filmé et diffusé un survol du centre de La Havane accompagné de lancers de tracts de propagande et d'autres matériels. Cuba avait déclaré alors publiquement qu'elle ne tolérerait plus de telles provocations, et avait rédigé les notifications nécessaires à toutes les parties intéressées, y compris au gouvernement US, au Département d'État et la FAA, qui à son tour avait averti Basulto et son groupe de s'abstenir de ces vols.

La supposée « conspiration » était en elle-même une stupidité monumentale, incompréhensible pour tout esprit rationnel. On supposait que le gouvernement cubain avait décidé de provoquer une guerre totale contre les USA, un affrontement militaire qui, évidemment, aurait débouché sur un désastre  terrible non seulement pour le gouvernement cubain, mais pour toute la nation et son peuple. Pour n’’importe quel crime ou délit, le mobile est toujours un facteur clé. Décisif. Quel aurait pu être le mobile de Cuba, pour provoquer un événement précisément en cette période de 1996, la plus dangereuse pour la survie de notre pays sans allié ou ami dans un monde et un hémisphhère sous contrôle total des USA?

Cuba a fait exactement le contraire. Elle a dénoncé l’une après l’autre, chaque provocation à la FAA et à l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI, Institution de la famille des Nations-Unies qui s'occupe de ces questions) et a envoyé des dizaines de courriers diplomatiques au Département d'État. Mais Cuba est allée plus loin. Elle a fait tout ce qui était possible pour parvenir au plus haut niveau de l’administration US, la Maison Blanche, pour tenter de prévenir de nouveaux incidents.

The New Yorker, dans son édition de janvier 1998 consacrée à Cuba à l’occasion de la visite du Pape, a publié un article sérieux avec un récit assez objectif de ces efforts cubains (Carl Naguin, “Annals of Diplomacy Backfire”, The New Yorker, 26 janvier 1998.)

Oui, il y a bien eu une conspiration pour provoquer la tragédie du 24 février 1996. Mais ce fut exclusivement et intégralement l’œuvre de ces mêmes groupes qui à Miami ont lancé une campagne terroriste contre Cuba depuis un demi-siècle. La même bande qui avait auparavant kidnappé le petit Elián González, âgé de six ans. Des actes toujours commis en toute impunité.

VII. Ça s’est passé à Miami

Le tribunal fédéral de première instance du District sud de la Floride n'est pas un tribunal international, ni un organisme de l'ONU ayant compétence sur les questions qui concernent les relations entre les nations. Il a une tâche bien spécifique, qui consiste à déterminer si un accusé particulier est coupable ou non d'une charge concrète. En instruisant le jury dans le cas de Gerardo Hernández, la Cour rappelait les paroles de l’acte d’accusation du gouvernement :

« La 3ème charge de l’acte d’accusation soutient que l'accusé Gerardo Hernández a comploté avec d'autres personnes pour commettre un homicide, c'est-à-dire, un meurtre illégal d'êtres humains avec malveillance intentionnelle et intention préméditée dans la juridiction maritime et territoriale spéciale des USA. » (Transcription du jugement devant l'honorable Joan. à Lenard, 4 juin 2001, pages 14587 à 14588)

La juge Lenard inidqua que Gerardo :

« Peut être reconnu coupable de cette infraction seulement si tous les faits suivants sont prouvés sans l’ombre d’un doute raisonnable :
« Premièrement : Que les victimes mentionnées dans l’acte d'accusation sont mortes.
« Deuxièmement : Que l'accusé a causé la mort des victimes avec malveillance intentionnelle.
« Troisièmement : Que l’accusé l'a fait avec intention préméditée.
« Quatrièmement : Que le meurtre s’est produit dans la juridiction maritime et territoriale spéciale des USA. » (Idem pages 14598 à 14599)

De plus elle expliquait :

« Que tuer avec malveillance intentionnelle signifie tuer délibérément et intentionnellement une personne… Pour établir un crime de meurtre au premier degré, il est en outre nécessaire d’avoir la preuve d'une intention préméditée. La préméditation est en général associée à un meurtre de sang-froid et requiert un certain temps pendant lequel l'accusé pense ou réfléchit sur l'acte avant d'agir.

La période de réflexion doit être suffisamment conséquente pour que l'assassin ait pleinement conscience de son intention de tuer. Vous êtes informé que le lieu du crime allégué (comme décrit dans l’acte d’accusation) doit avoir été, avec certitude et sans aucun doute raisonnable de votre part, situé dans la juridiction maritime et territoriale spécial des USA. » (Idem pages 14599 - 14600)

Un tel crime n’a jamais eu lieu. Pendant les sept mois du procès, les procureurs n'ont présenté aucune preuve susceptible d’impliquer Gerardo dans l'événement tragique du 24 février 1996, de même qu’ils ne pouvaient pas démontrer, « au-delà d'un doute raisonnable », le lieu précis de l'incident – une chose que les experts du Bureau de l'Aéronautique Civile Internationale (OACI) n'avaient pas pu déterminer.

Toutefois, il convient d'indiquer, que les radars cubains ont clairement démontré que les avions ont bien été abattus à l'intérieur de notre territoire, que les uniques débris qui ont été retrouvés l’ont été très près de La Havane et que les garde-côtes US, n'ayant rien trouvé dans le secteur international, ont officiellement demandé le 25 février par le biais du Département d'État, l’autorisation à Cuba de réaliser une recherche dans le secteur de nos eaux territoriales. Les médias locaux - ces mêmes « journalistes » à la solde du gouvernement qui avaient inventé la troisième accusation – sont devenus nerveux et sont allés jusqu’à annoncer une défaite imminente.

Quelques jours auparavant, lorsque la juge avait informé les parties de ses instructions au jury, les procureurs ont adopté ce qu'eux-mêmes avaient décrit comme « l’étape sans précédent de la pétition » - à la Cour d'appel - pour « un défense de statuer » car « en tenant compte des preuves présentées pendant le procès, cela [les instructions au jury] constitue dans ce cas un obstacle insurmontable pour l’accusation, et aurait probablement pour conséquence d’entraîner l'échec de l’acte d’accusation sur cette charge. » (Emergency Petition for Writ of Prohibition, 30 mai 2001, pages 4 et 21)

Après avoir de nouveau reconnu que l'instruction au jury « impose une barrière insurmontable », le ministère public a demandé à la Cour d’Appel de prendre une décision urgente :

« Que le tribunal de première instance (du District de Miami) donne l’instruction au jury - dans la troisième charge  de l'acte d’accusation - qu’il n'est pas nécessaire qu’il conclue que l'accusé Hernández ou ses co-conspirateurs aient convenu que les meurtres se produiraient dans la juridiction maritime et territoriale spéciale des USA. »

« Qu’elle interdise au tribunal de première instance de donner au jury un instruction de statuer sur un meurtre au premier degré et de l’orienter sur a thèse que l'accusé Hernández ait comploté pour commettre un meurtre prémédité. » (Idem, page 39)

La Cour d'Appel avait rejeté la requête de défense de statuer et en conséquence la juge avait maintenu ses instructions citées précédemment.

Quelques membres de la défense commençaient déjà à fêter une victoire que même les procureurs avaient prévue.

Mais cela ne prit que quelques minutes aux jurés pour, sans même poser de questions, pour déclarer Gerardo coupable de conspiration en vue de commettre un meurtre au premier degré dans la juridiction maritime et territoriale spéciale des USA. Un « crime » qu'il n'a pas commis, et que les procureurs eux-mêmes avaient désespérément tenté de retirer.

Ça c’est passé à Miami. À Miami il est normal de kidnapper impunément un enfant de six ans, alors pourquoi  serait-il si difficile de condamner un jeune homme pour un « crime » qui n’a pas eu lieu ?

 

 

VIII. Le jugement de Pryor

Lorsque la décision historique unanime fut révoquée à la demande du Procureur Général de W. Bush (Voir 1ère partie de cette série), le même panel des trois juges devaient entendre les thèmes restants autres que celui de la localisation du procès, qui était le point sur lequel ils s’étaient appuyés pour exprimer leur avis mémorable. Cependant, entretemps, un des juges, le plus âgé et le plus libéral, avait pris se retraite et un autre avait été désigné pour le remplacer. Celui choisi pour cette fonction, William H. Pryor,  avait été nommé par Bush pendant une période d’interruption de séances du Sénat, et sa nomination, décrite comme « une des plus controversées de l'histoire récente », avait jeté un grand trouble au Sénat, qui l'avait confirmé avec l'opposition de 45 sénateurs [sur 100]. [lire à ce sujet Pryor Unrestraint, par Jeffrey St. Clair, CounterPunch, 14/6/2003.)Le juge William Holcombe Pryor

Le Sénateur Kerry avait affirmé que le nouveau juge « a été un défenseur constant de la réduction des droits garantis par la constitution » avec sa « recherche constante de vues légales extrêmes et incorrectes… Ayant pour conséquence l’affaiblissement des capacités de notre pouvoir judiciaire fédéral à protéger les droits constitutionnels qui nous sont si chers » (Actes du Congrès, Sénat 14 juin 2005).

Pryor a été critiqué par certains des principaux quotidiens US, et a été décrit comme étant un « fanatique de droite incompétent pour juger ». Résumant son pedigree, Jeffrey St.Clair écrivait : « Lui, il va beaucoup, beaucoup plus loin que beaucoup d’idéologues extrémistes de son parti » (Pryor Unrestraint).

M. Pryor avait écrit l'avis de rejet par la Cour des autres thèmes présentées par la défense dans un langage qui à certains moments était plus proche de la diatribe vulgaire et de calomnies anti-cubaines de mauvais goût que du style équilibré et sobre de documents juridiques (certains terroristes notoires, décrits correctement comme tels par le panel [de juges] précédent, se retrouvaient convertis en combattants patriotes pour la liberté). Il faut relever que l’accusation d'« espionnage » avait été fabriquée de manière si maladroite et le jugement de Miami avait inclus d'autres erreurs si évidentes que Pryor se vit obligé d’être d’accord avec les deux autres juges pour annuler les condamnations de trois des accusés. (cf. Espions sans Espionnage,supra).

Cette fois-ci le panel des juges était divisé sur un point crucial : le 3ème chef d’accusation - conspiration d’assassinat -. Bien que l’avis d’un des juges, J. Birch, coïncidât avec celui de Pryor, il devait reconnaître que « ce sujet est présenté dans un cadre trop restreint » et avait réitéré « que la motion pour la délocalisation du procès aurait dû être acceptée », ajoutant que « les accusés avaient été soumis à un tel degré de préjudices basés sur le préjugé dominant avéré dans la communauté [de Miami] que leurs condamanations auraient dû être annulées ». (US Court of Appeals for the Eleventh Circuit N. 01-17176, DC Docket Non 98 - 00721 CR-JAL, Page 83).

La juge KravitchDans un avis dissident impressionnant la juge Phillys Kravitch a démontré en 15 pages l'injustice terrible commise par ses collègues contre Gerardo Hernández.

Elle indiquait :

« Un pays ne peut pas légalement abattre un avion dans l'espace aérien international, par contre, un pays peut abattre un avion étranger qui survole son propre territoire après que les pilotes de ces avions-là ont été avertis plusieurs fois de respecter les limites territoriales, qu’ils ont laissé tomber des objets sur le territoire, et lorsque l'objectif des vols est de déstabiliser le système politique du pays. Ainsi, la question de savoir si le ministère public a fourni des preuves suffisantes pour soutenir la condamnation d’Hernández dépend de savoir s’il a présenté suffisamment de preuves pour démontrer qu’il (Hernández) a passé un accord pour abattre les avions dans l'espace aérien international, en opposition avec l'espace aérien cubain. » (Idem p. 94-95) et sur ce sujet « le ministère public  n'a pu indiquer aucune preuve. » (Idem P. 98).

Mais au-delà du sujet du lieu de l'incident « le ministère public n'a absolument jamais pu apporter de preuves suffisantes qu’Hernández ait été complice de la destruction des avions. Aucune des communications interceptées que le ministère public a présentées au procès ne montre une quelconque complicité de sa part pour abattre les avions. Tout au plus, les preuves montrent une entente pour « faire face » aux avions des "Hermanos al Rescate » [Frères au Sauvetage]. Mais « confrontation » ne signifie pas nécessairement destruction. »

Pour appuyer sa démonstration elle  a fait référence aux témoignages et aux bandes vidéo présentées au procès : « Ces preuves démontrent ce qui est évident : il existe beaucoup de façons pour un pays de « faire face » à un avion étranger. Mais le ministère public n'a présenté aucune preuve qu’Hernández, même en étant d'accord pour 'aider « à faire face » à « Frères au Sauvetage », ait lui-même accepté que la confrontation soit une destruction. Conclure qu’en effet les preuves montrent cela, va au-delà de simples déductions, c’est une pure spéculation … Dû au fait que tant de preuves déterminent plutôt une « confrontation » qu’une destruction, je ne peux pas dire qu'un jury raisonnable – au vu de toutes ces preuves - puisse conclure au-delà d'un doute raisonnable qu’Hernández ait été complice de la destruction. » (Idem P. 96-97)

C’était si évident que le ministère public lui-même avait reconnu cela dans une requête d'urgence « sans précédent » à cette même Cour d'Appel : essayer de démontrer la culpabilité inventée de Gerardo pour un crime ainsi fabriqué, constituait un « obstacle insurmontable » pour les procureurs.

Cela aurait été le cas avec un « jury raisonnable » n’importe où ailleurs. Mais pas à Miami, dans la salle du tribunal, où les jurés apeurés étaient entourés par une bande d'individus qui vantaient leurs prouesses terroristes et qui avaient été capables de kidnapper Elián González, en totale impunité, et faisaient  écho aux procureurs pour demander la pire punition pour Gerardo. Cela aurait pu être compris par tout juge raisonnable. Mais pas par un « fanatique de droite qui n'est pas formé pour juger ».

À la Maison Blanche, quelqu'un était heureux. Celui qu’il avait nommé (Pryor) l’avait bien servi. Deux peines de prison à perpétuité avaient été confirmées contre Gerardo avec le vote réticent et paradoxal d'un juge, Birch, qui avait insisté sur le fait que « les peines [de tous les Cinq] doivent être révoquées » et une dame digne qui avait maintenu son avis dissident : « le ministère public n'a présenté aucune preuve » pour étayer son accusation.

Après le jugement honteux de Pryor, les Cinq avaient fait appel au tribunal en audience plénière . Cette fois-ci, ils ne contestaient pas une décision unanime et bien fondée - comme l’avait fait le ministère public en 2005 - mais une décision clairement injuste et préjudiciable qui avait profondément divisé les juges sur le 3ème chef d’accusation, avec Kravitch qui la rejetait avec une impeccable cohérence et Birch - ayant admis les arguments de sa collègue, mais ignorant la présomption d'innocence et ses propres « doutes raisonnables» - qui décidait étrangement de se rallier à la position pro-gouvernementale et à la logique néoconservatrice de Pryor.

Mais cette fois la Cour d'Appel a confirmé les conclusions discutables des juges de Miami. Les juges d'Atlanta avaient même oublié que c’était le ministère public lui-même qui leur avait adressé une « requête d'urgence », admettant ainsi qu'ils n'avaient pas pu prouver la culpabilité de Gerardo.

IX. L’appel ignoré

Ayant épuisé toutes les possibilités d'appel, les Cinq ont demandé à la Cour Suprême qu'elle révise leur cas. Ils n’en demandaient pas trop. C’était un cas qui méritait l'attention des magistrats de la Cour Suprême pour un certain nombre de raisons, certaines de nature réellement exceptionnelle.

Pendant tout le procès – le plus long dans l'histoire des USA – un certain nombre de droits constitutionnels ont été violés, ainsi que des décisions en contradiction avec les considérants d'autres circuits (considérés comme les affaires principales à traiter par la Cour Suprême) sur d'importants sujets, comme le lieu [du procès], la discrimination raciale dans la sélection du jury, les sentences et les droits des accusés et de leurs défenseurs.

De plus, c’était un cas lié directement à des groupes terroristes et à leurs activités sur le territoire des USA - à un moment où le terrorisme était censé être le sujet le plus important - et avec des implications claires en termes de relations internationales ; un cas dans lequel des généraux et des hauts chefs militaires et même le conseiller principal d'un Président avaient comparu comme témoins. Il a eu la particularité d'être unique à maints égards.

,La décision unanime de l’ensemble des juges de la Cour d'Appel, après avoir examiné tous les aspects du cas pendant plusieurs années, d'annuler toutes les condamnations et d’ordonner un nouveau jugement, a été unique en elle-même, de même que le document de 93 pages qui expliquait l’acte. La décision du gouvernement, prise au plus haut niveau, d’exiger de la Cour en séance plénière d’annuler la décision a été très exceptionnelle de même qu’il a été très rare qu'on obtienne de la Cour l’acceptation à une requête si inhabituelle.

D'autre part, ce n'est pas une chose courante pour un juge d'appel de demander à la Cour Suprême qu’elle révise un cas, et encore moins de le faire deux fois comme l'avait fait le Juge Birch, qui avait réitéré cette demande pour ensuite rejoindre paradoxalement le juge Pryor dans son jugement honteux.

Ce cas a également été unique quant à la préoccupation et à l'intérêt suscités partout dans le monde.

En 2005, avant la décision de la Cour d'Appel, une décision très importante et unique avait aussi été adoptée de façon unanime par le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies. Ce groupe est une entité entièrement indépendante, et non un organisme intergouvernemental, il est composé de cinq juges - un pour chaque continent - qui ne représentent aucun État membre des Nations Unies et qui agissent exclusivement à titre personnel. Ce groupe des Nations Unies a étudié la situation des Cinq sur la demande de leurs épouses et mères. Il a fait des recherches sur ce cas dans tous ses aspects durant plusieurs années en échangeant une correspondance officielle avec les USA. Le gouvernement cubain n'a jamais été consulté, il ne devait pas l'être, car Cuba n'était pas partie au procès.

Ce fut une décision historique. Le Groupe arriva à la conclusion que la privation de la liberté des Cinq avait été arbitraire et en violation des Conventions idoines des droits humains de l’ONU et invita le gouvernement US à prendre des mesures pour remédier à cette situation.

Le groupe déclara: « le procès n'a pas eu lieu dans le climat d'objectivité et d’impartialité requis » et « le gouvernement [US] n'a pas nié qu’à Miami, le climat polarisé et préjudiciable contre les accusés a persisté et a contribué à présenter les accusés comme coupables dès le début. Le gouvernement n'a pas contesté le fait qu'un an plus tard, il avait admis lui-même que Miami n'était pas le lieu adéquat pour le déroulement d’un procès où il était prouvé que c’était presqu'impossible de choisir un jury impartial dans une affaire ayant un lien avec Cuba. »

« Le gouvernement n'a pas contesté le fait que les avocats de la défense ont eu un accès très limité aux preuves étant donné qu’il avait classifié le cas pour raison de sécurité nationale », ce qui « a faussé l'équilibre conforme entre l'accusation et la défense et a affecté négativement la capacité [de la défense] à présenter des contre-preuves. »

Les experts de l’ONU indiquaient que les accusés « ont été maintenus emprisonnés dans des cellules d’isolement pendant 17 mois », ce qui avait eu pour conséquences « des possibilités très faibles de défense équitable à cause du manque de communication avec leurs avocats et d’accès aux preuves ».

En conclusion, ils ont déterminé que ces « trois éléments énoncés plus haut, combinés ensemble, sont d'une telle gravité qu’ils confèrent un caractère arbitraire à la privation de liberté de ces cinq personnes ». (Rapport du Groupe de Travail sur la détention arbitraire E/CN.4/2006/7/Add.1 p 60, Avis 19/2005 - USA)

Ce fut la première et unique fois dans l'histoire des USA et des Nations Unies qu’un organisme de l'ONU déclare qu’un procès judiciaire aux USA était injuste et contraire aux normes universellement établies des droits humains et du droit International.

Mais cette conclusion de cinq juges indépendants, aucun d'eux, n’étant d’ailleurs un gauchiste ou radical, ne pouvait se trouver facilement dans les médias usaméricains et la majorité des Usaméricains n'en ont probablement jamais entendu parler.

Beaucoup d'Usaméricains ne savent rien sur les Cinq Cubains parce qu'on ne leur permet pas de savoir.

Non seulement le long procès des Cinq a été maintenu dans l’ombre, mais il n’a pas été permis aux Usaméricains de savoir que ce cas a été très présent dans les esprits de beaucoup de millions de personnes autour de la planète. Les grands médias dominants qui n'ont pas informé sur leur bataille légale ont élevé un mur de silence autour du mouvement de solidarité vaste et croissant que les Cinq Cubains ont reçu pratiquement de toutes parts, de l'Irlande jusqu'en Tasmanie, du Canada jusqu'à la Namibie. Églises, parlements, organisations des droits humains, syndicats, écrivains, avocats et des personnes de toutes conditions sociales ont exprimé leur inquiétude et leur intérêt dans toutes les langues, anglais compris.

Mais la Cour Suprême n'a pas pris la peine d'écouter.


X. Une insulte à l’humanité


Le 6 mars 2009 douze mémorandums d’amicus curiae [amis de la cour, personnes extérieures au procès qui signalent à ‘attention de la cour des points de droit qu’elles considèrent comme pertinents, NdE]] ont été présentés séparément à la Cour Suprême en soutien à la demande de révision des Cinq Cubains. Cela a été le plus grand nombre de documents de ce type qui ait jamais demandé à la Cour Suprême de réviser une condamnation émise par une instance inférieure.

Huit mémorandums étaient présentés par des institutions ou des personnes aux USA : l'Association Nationale des Avocats de la Défense Criminelle, l'Association d'Avocats de la Défense Criminelle de Floride, Chapitre de Miami, le Projet National des Jurés, l'Union Nationale des Avocats et la Conférence Nationale des Avocats Noirs, l'Institut William C. Velásquez et l'Association Politique mexicano-américaine, la Clinique des Droits Civils de la Faculté de Droit de l'Université Howard, le Centre pour la Politique Internationale et le Conseil des Affaires de l’ Hémisphère, et un mémorandum d’amicus présenté par les professeurs Nelson P. Auges, Guillermo Grenier, Félix Masud-Piloto, José A. Cobas, Lourdes Arguelles, Rubén G. Rumbaut et Louis Pérez, des universitaires cubano-américains distingués, auteurs de plusieurs livres les plus importants sur l'émigration cubaine aux USA.

Le soutien parvenant de tous les coins du monde a été réellement impressionnant. Il incluait également :

Un mémorandum d’amicus présenté par dix Prix Nobel : José Ramos-Horta (Président de la République de Timor-Leste), Wole Soyinka, Adolfo Pérez Esqivel, Nadine Gordimer, Rigoberta Menchú, José Saramago, Zhores Alferov, Darío Fo, Günter Grass et Máiread Corrigan Maguire.

Un autre mémorandum a été soumis par un nombre record de parlementaires de tous les coins de la planète : il a été souscrit par le Sénat du Mexique et l'Assemblée Nationale du Panamá en séance plénière, les deux ayant discutés et décidé à l'unanimité. Par Mary Robinson également, ex-présidente d'Irlande et ex-Haute Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, par des dizaines de membres de tous les groupes politiques du Parlement Européen, y compris trois vice-présidents en exercice et deux ex-présidents ainsi que des centaines de parlementaires du Brésil, de Belgique, du Chili, d'Allemagne, d'Irlande, du Japon, du Mexique, d'Écosse et du Royaume-Uni.

À ce document s’ajoutait des appels similaires d'autres lauréats du Prix Nobel, l'Archevêque Desmond Tutu et Harold Pinter, et du Conseil des Églises d'Amérique latine, la Conférence Permanente des Partis Politiques de l'Amérique latine et des Caraïbes, le Parlement Latino-américain, ainsi que d’autres institutions législatives régionales et des résolutions spécifiques de soutien approuvées par les Parlements nationaux de la Namibie, du Mali, de la Russie, du Mexique, du Brésil, de la Bolivie, du Venezuela, du Pérou, d'Irlande, de la Suisse et de la Belgique, parmi tant d'autres.

Deux mémorandums séparés ont été présentés par un panel très large d'organisations d'avocats et de personnalités :
L’n a été présenté par la Fédération Ibéro-américaine des Ombudsman, l'Ordre des Avocats du Brésil (avec 700 000 membres), les Associations d'avocats de la Belgique, l'Association des Avocats de Berlin et d’autres associations allemandes, la Fédération Internationale de Droits de l’Homme et un groupe d'organisations religieuses, juridiques et  des droits humains, des professeurs de droit, et des avocats d'Argentine, du Chili, de la Colombie, de l'Équateur, d'Allemagne, du Japon, du Mexique, du Panama, du Portugal, de l’Espagne et du Royaume-Uni. Parmi les personnalités signataires, il y avait Federico Mayor Zaragoza, ex-Directeur Général de l'UNESCO et le juge Juan Guzmán Tapia du Chili.

L'autre mémorandum d’amicus a été présenté par l'Association Internationale des Juristes Démocrates, l'Association américaine des Juristes, l'Association des Avocats de l'Inde, Droit Solidarité, la Haldane Society et d’autres organisations juridiques d'Italie, du Japon, des Philippines, du Portugal et de la Belgique.

Un groupe d'avocats usaméricains s’était porté volontaire pour préparer ces documents (comme le requiert la loi) en consultant et en coordonnant les nombreuses personnes impliquées, en présentant les documents en date et heure dans le respect formel des paramètres techniques et autres que la Cour avait établi. Chaque individu ou institution qui présentait un mémorandum d’amicus devait lui-même ou elle-même s’identifier avec des données spécifiques, le signer personnellement et payer un dû pour son enregistrement. Conformément à la Règle 37.6 de la Cour « aucun avocat d'aucune des parties n’a rédigé ce document ni dans sa totalité ni partiellement. Aucun avocat ou entité, autre que les amici curiae ou leurs avocats, n'a apporté une quelconque contribution financière d’aucune sorte à l'élaboration ou à la présentation de ces dossiers ».
C’est un immense travail pour lequel beaucoup de personnes méritent d'être reconnues. Tous les mémorandums, ainsi que la liste complète des amici peuvent être consultés sur le blog SCOTUS et sur http://www.antiterroristas.cu.

Nous ne saurons jamais ce que les juges ou leurs greffiers ont pensé, s’ils ont pensé quelque chose, de ces documents, Personne ne sait si, au moins, ils leur ont jeté un coup d’œil. Les amis de la cour n'ont obtenu aucune réponse ni entendu aucun commentaire, ni même reçu un accusé de réception d'un greffier.

Personne ne sait, non plus, comment les juges se sont prononcés en ce qui concerne la demande de révision. Ce n’est seulement que le 14 juin que nous avons appris que la demande des Cinq Cubains avait été rejetée avec d’ autres requêtes que la Cour avait décidé de ne pas entendre.

Un célèbre poète mexicain avait défini une fois l'attitude impériale des USA avec deux mots : arrogance et ignorance. La Cour, de toute apparence, incarne les deux, de manière…suprême.
 

XI. Mission impossible

Lorsque la Cour Suprême a décidé de ne pas entendre la requête des Cinq, les juges ont agi exactement comme l’avait demandé l’avocat général  du Président Obama, démontrant que sur ce sujet, il n'y avait aucun changement, en tout aucun changement crédible.

Le 14 juin dernier, la Cour Suprême a tout simplement rejoint les deux autres branches du gouvernement dans la démonstration d’ hostilité envers le peuple cubain. Pendant les années 90, l’ état d’esprit officiel avait parmi ses caractéristiques principales une complicité avec la campagne terroriste qui a coûté des vies, de la souffrance humaine et des dégâts matériels, que les USA, au lieu d’ empêcher - comme c’était leur obligation - ont toléré et encouragé.

Juste après l’effondrement de l'Union Soviétique, Cuba est entré dans une crise économique extrêmement grave, pire que celle de la grande dépression de 1929 pour nous. C’est précisément cette période que les USA ont choisi, pour accentuer leur blocus économique, reflété  par l'Amendement Torricelli (1992) et la Loi Helms-Burton (1996). Le trio - Torricelli, Helms et Burton – en réponse à ceux de leurs collègues qui avaient des objections à ces lois extraterritoriales illégales, assuraient que Gouvernement dirigé par Fidel Castro était dans sa dernière année.

D'autres ont gagné de l'argent facile à cette époque en publiant des textes bon marché, qui annonçaient la fin inévitable de la Révolution cubaine à une date qu’ils indiquaient. C’est devenu un dogme indiscutable pour beaucoup d’universitaires, de politiciens et de journalistes et une source d’encouragement pour ceux qui étaient en quête de vengeance de manière active depuis des décennies.

Certains, insatisfaits de ce qu’ils percevaient comme un manque d’agressivité de la part de Washington, ont tenté d’effectuer un assaut final contre l'île abandonnée et isolée.

Paradoxalement, en septembre 1994 et en mai 1995 Cuba et les USA avaient réussi à négocier de nouveaux accords migratoires par un travail diplomatique serein et privé qui comportait l’engagement d'aller vers la levée du blocus et une promesse de freiner les actions terroristes contre Cuba.

José BasultoC’est alors que M. Basulto et ses partisans ont multiplié leurs incursions aériennes. Basulto a été très franc en expliquant ses intentions. La supposée nature « humanitaire » de ses vols antérieurs – c'est-à-dire, aider des Cubains sans papiers à entrer aux USA - avait disparu depuis le 2 mai 1995 avec la nouvelle politique usaméricaine consistant à les renvoyer sur l'île. À partir de ce jour, comme l’a reconnu M. Basulto, les vols ont continué et se sont multipliés avec des objectifs de subversion. Presque chaque jour, les médias annonçaient la prochaine provocation et proclamaient que Cuba était si affaiblie par la crise économique qu'elle ne pouvait pas protéger ses frontières, ni même l’empêcher [ Basulto] de survoler le centre de La Havane, comme il l’avait fait à maintes reprises. Les autorités US étaient au courant de ce que faisait Basulto et son groupe, comme quiconque ayant une télévision pouvait le savoir parce que les provocations étaient filmées et rapportées en direct par les stations locales de Miami des chaînes nationales de télévision.

En 1995 et au début de 1996 nous avons fait tout ce notre possible pour convaincre Washington d’ empêcher ces provocations aériennes totalement illicites. Nous ne faisions là que demander à l'administration usaméricaine qu’elle fasse respecter le droit international et qu’elle applique ses propres lois et règlements internes.

Un flux assez intense de communications officielles avait eu lieu entre les autorités des deux pays à travers lequel la partie usaméricaine avait explicitement reconnu le caractère illégal de ces vols et avait entamé, avec la coopération cubaine, des démarches administratives contre les transgresseurs. Ou du moins c’est ce qu'ils répétaient dans leurs notes diplomatiques.

En plus d’avoir communiqué aux travers de canaux publics, nous avons averti maintes et maintes fois, aux plus hauts niveaux, les autorités tant civiles que militaires des USA.

Fidel Castro c’était impliqué personnellement dans ces efforts. Il a passé beaucoup de temps avec d’importants visiteurs US, et plus qu’un seul, dont certains avaint l’aval évident de la Maison Blanche. Et nous avions réussi à obtenir un engagement très spécifique de la part du Président Clinton que ces provocations ne se reproduiraient plus jamais. (Indictment À la Carte, Counterpunch, September 3, 2009; Annals of Diplomacy, Backfire, The New Yorker, January 26, 1998).

Une chose assez étrange s’est alors déroulée sur la route de Washington à Miami. Apparemment le Président Clinton avait donné des instructions spécifiques pour honorer son engagement. Mais dans cette ville particulière [Miami] (vous vous rappelez le cas Elián ?) on n’obéit pas toujours aux ordres du Commandant en Chef US. Aussitôt que la mafia de Miami a connu les instructions du Président, les provocateurs ont organisé leur dernière violation. C’est cette véritable conspiration, et elle seule, qui a mené aux événements tragiques du 24 février 1996.

De manière étonnante le Président Clinton a réagi comme s’il ne savait rien, et s’est précipité pour signer la Loi Helms-Burton lors d’une cérémonie déplorable à la Maison Blanche, allègrement entouré par plusieurs des véritables criminels, les individus mêmes qui l'avaient défié. C’était une année d'élection présidentielle…Clinton a facilement gagné à Miami.

Cette expérience aurait été plus que suffisante pour n’importe qui pour ne plus croire en la possibilité d'avoir des échanges sérieux et d'obtenir des engagements avec des partenaires aussi frivoles, une sorte de mission impossible.

Mais nous avons encore essayé. Nous n'avions pas le choix.

XII. Les cerisiers en fleur


Attirer le tourisme étranger à Cuba - au milieu et à la fin des années 90 - était alors une des rares possibilités d'avoir les recettes tant nécessaires en devises. Sachant cela, Washington avait durci ses sanctions et ses menaces contre les entreprises étrangères qui investissaient à Cuba ou qui faisaient quelque transaction avec l'Île. En même temps, La fameuse Fundación Nacional Cubano-Americana [Fondation Nationale Cubano-Américaine] (FNCA) et d’autres groupes terroristes avaient ouvertement déclaré que les touristes et les visiteurs étaient des « ennemis » afin de justifier les attaques violentes à leur encontre.

En 1997 et 1998, au moment où un grand nombre de touristes séjournaient dans l'île, ils ont fait exploser une série de bombes et d’autres ont été trouvées dans nos hôtels et stations balnéaires.

D'avril à septembre 1997, la ville de La Havane fut le principal objectif de ces attaques. Le 12 juillet dans les hôtels National et Capri, quatre personnes furent été blessées suite à l’explosion de bombes. Le 4 septembre plusieurs bombes explosèrent simultanément  dans leshôtels Copacabana, Chateau et Triton, ainsi que dans un restaurant de La Havane. Et c’est précisément à l’hôtel Copacabana, que le jeune touriste italien de 22 ans, Fabio di Celmo, fut assassiné.

Le 11 août 1997 durant de cette campagne terroriste, la FNCA rendait publique une déclaration qui décrivait cette violence comme « actes de rébellion internes qui avaient eu lieu à Cuba au cours des dernières semaines » et affirmait que « le soutien de la Fundación Nacional Cubano-Americana était sans ambigüité et sans réserve. »

Il n'y avait rien d'« interne » et encore moins de « rébellion ». Plusieurs mercenaires d'Amérique centrale avaient été arrêtés à La Havane et avaient reconnu qu'ils agissaient sous instructions de Luis Posada Carriles, un criminel en fuite qui s’était échappé d'un procès pour planifier et organiser la première destruction en plein vol d'un avion civil en 1976 et qui jouit en ce moment même d’une impunité totale à Miami. Le 12 juillet 1998, au cours d’une interview publiée à la Une du New York Times, Posada Carriles reconnaissait sa responsabilité totale dans les récents actes terroristes, il avait également admis que tout était financé par la FNCA et il avait fait cyniquement référence à Fabio di Celmo comme une personne « qui était au mauvais endroit au mauvais moment» et que sa mort ne le perturbait pas, en affirmant que lui, Posada, pouvait « dormir comme un enfant ». Il avait répété ces mêmes paroles devant les caméras de télévision dans un programme transmis partout aux USA.

Entre mars et avril 1998 le Département d'État et ses représentants à La Havane s’étaient mis plusieurs fois en contact avec le gouvernement cubain pour lui faire part d’une information sensible qu’ils avaient obtenu, la plus grave de toutes ayant un rapport avec de possibles attaques contre des avions civils qui voleraient vers l'île. Nous avions passé des heures à examiner ensembles ce que les Usaméricains avaient considéré comme très probable, tant et si bien que l'Administration Fédérale d'Aviation (FAA) avait dû émettre un avertissement spécial aux compagnies aériennes.

Au regard de ces échanges positifs, Fidel avait pris une initiative très importante. Gabriel García Marquez, un ami reconnu de Cuba et du chef de la Révolution, se rendait quelque temps plus tard pour participer à une conférence à Princeton et comptait rencontrer le Président Clinton, lecteur et admirateur, comme beaucoup d’autres millions de personnes, du Prix Nobel de Littérature.

Le 18 avril, Fidel avait rédigé personnellement un message pour Clinton et l'avait confié à l’écrivain colombien, qui le 1er mai devait atterrir à l’aéroport de la capitale des USA. Il a attendu plusieurs jours « dans la chambre inhospitalière de l'hôtel de Washington, où je suis parvenu à écrire jusqu'à dix heures par jour. Cependant, même si on ne me l’avait pas dit, la véritable raison de cet enfermement était la surveillance du message gardé dans la boîte sécurisée…je me suis consacré à y faire attention pendant que j’écrivais, que je mangeais et que je recevais des visites dans la chambre d'hôtel. »García Marquez et Clinton, Cartagena, 26/03/2007

Face à l’impossibilité de recevoir Gabo, le Président Clinton avait alors décidé que certains de ses conseillers les plus proches pourraient l’organiser le 6 mai à la Maison Blanche. En accord avec l’avis du Président, le message de Fidel avait été pris très au sérieux.

Les uns et les autres l’ont lu avec beaucoup d'intérêt. Richard Clarke, haut fonctionnaire du Conseil de Sécurité Nationale (CSN) avait dit « qu'ils feraient les premiers pas pour établir ensembles un plan USA-Cuba contre le terrorisme », James Dobbins, également haut fonctionnaire du CSN, « a conclu qu'ils échangeraient avec leur ambassade (sic) à Cuba pour mettre en route le projet. » Mack McLarty « avait exprimé sa gratitude pour la grande importance du message, digne de toute l'attention de son gouvernement, et dont ils s' occuperaient de toute urgence. »

Pour conclure la réunion à la Maison Blanche Mack McLarty avait dit :« `votre mission était en effet de la plus grande importance, et vous l'avez très bien honorée. »

Tant le message de Fidel que le récit complet et fascinant par García Márquez de sa mission furent rendus publics, tels quels, par Fidel Castro lors d’un discours public spécial le 20 mai 2005 (« Una Conducta Diferente » [une conduite différente], www.antiterroristas.cu).

S’étant acquitté d’une tâche si délicate, Gabo était content, presque complètement content :

Sur le chemin de l'hôtel, ma seule frustration avait été de ne pas avoir découvert ni d’avoir joui jusqu'alors du miracle des cerisiers en fleur de ce splendide printemps.
J'ai eu juste le temps de faire ma valise et de prendre l'avion de cinq heures de l'après-midi. Celui qui m'avait emmené de Mexico quatorze jours plus tôt avait du retourner à sa base de départ à cause d’un réacteur endommagé, et nous avions du attendre quatre heures à l'aéroport qu’un autre avion soit disponible. C’est celui que j'ai pris pour le retour à Mexico, après la réunion de la Maison Blanche. À Washington nous avons attendu une heure et demie, pendant qu’ils réparaient le radar avec les passagers à bord.
Avant d'atterrir à Mexico, cinq heures plus tard, il a fallu survoler la ville presque pendant deux heures à cause d'une piste d’atterrissage hors service. Depuis cinquante-deux ans que je voyage par avion, jamais il ne m’était arrivé quelque chose de semblable. Mais il ne pouvait en être autrement, pour une aventure pacifique qui doit avoir une place privilégiée dans mes mémoires.

XIII. L’histoire se répète

 

Quelques jours seulement après la rencontre avec García Márquez à la Maison Blanche, des diplomates usaméricains à La Havane ont contacté les autorités cubaines. Nous avons eu une série de discussions concernant principalement les plans terroristes contre des avions civils que les USA avaient découvert, ainsi que sur l'alerte que l'Administration Fédérale d'Aviation (FAA) s’était sentie obligé de lancer. Au cours de ces échanges les USA avaient formellement sollicité qu'une délégation de haut niveau du FBI vienne à La Havane afin de recevoir de ses homologues cubains de l’information sur la campagne terroriste qui avait lieu à ces moments. Durant la préparation de cette visite le vice-Secrétaire d'État John Hamilton, avait affirmé que « cette fois ils voulaient souligner le sérieux de l’engagement des USA pour faire des enquêtes sur toutes les preuves apportées [par Cuba]. »

Les réunions avaient eu lieu à La Havane les 16 et 17 juin 1998. Une abondante information, aussi bien des documents que des témoignages avait été apportée à la délégation usaméricaine. Le matériel donné comportait les recherches en rapport avec 31 actions terroristes, qui avaient eu lieu entre 1990 et 1998, fomentées en majorité par la Fundación Nacional Cubano-Americana, qui avait également organisé et financé les actions les plus meurtrières dirigées par le réseau de Luis Posada Carriles. Dans cette abondante information figuraient des listes détaillées et des photos d’armements, d'explosifs et d’autres matériels récupérés dans chaque cas.

À cela venaient s’ajouter 51 pages de preuves sur l'argent que la FNCA répartissait à plusieurs groupes pour effectuer des actes terroristes sur l'île. Les enregistrements de 14 conversations téléphoniques avaient été fournis au FBI, conversations dans lesquelles Luis Posada Carriles parlait d’attaques violentes contre Cuba. On leur remit une information détaillée sur la façon de localiser cet assassin notoire, tels que les adresses de ses maisons, des lieux qu'il fréquentait, et les numéros des plaques d’immatriculation de ses véhicules au Salvador, au Honduras, au Costa Rica, en République dominicaine, au Guatemala et à Panama.

Le FBI avait ainsi récupéré les dossiers de 40 terroristes d'origine cubaine, dont la plupart vivaient à Miami avec les informations sur chacun d’eux permettant de les retrouver. La délégation usaméricaine avait aussi emporté trois échantillons de 2 grammes chacun de substances explosives des bombes retrouvées le 30 avril 1997 et désactivées avant qu'elles n’explosent à l'Hôtel Meliá Cohiba et dans un bus de touristes le 19 octobre 1997, de même que l’engin explosif récupéré le 4 mars 1998 sur deux Guatémaltèques.

5 cassettes vidéo et 8 audio avaient été également fournies au FBI avec leurs transcriptions et les déclarations des Centr-américains qui avaient été arrêtés pour avoir placé les bombes dans les hôtels. Dans ces cassettes, ils parlaient de leurs liens avec des bandes cubaines et en particulier avec Luis Posada Carriles.

La partie usaméricaine avait reconnu l’importance de l'information et s'était engagée à donner une réponse le plus rapidement possible.

Jamais nous n'avons eu de réponse. Personne ne sait vraiment ce que le FBI a fait des preuves et de l'information détaillée qu'il avait reçu à La Havane. En fait, ils ne l’ont utilisée pour arrêter aucun des criminels ni pour ouvrir une quelconque enquête.

Le Département d'État n’était-il donc plus préoccupé par l'information que lui-même avait récolté sur les attentats terroristes contre des avions commerciaux ? Où était passée sa préoccupation pour les vies et la sécurité des passagers, y compris celles des passagers usaméricains ?

Est-ce là la façon de « prendre des mesures immédiates » sur un problème « qui mérite une pleine attention de leur Gouvernement, dont il s'occuperait rapidement » comme ils l’avaient promis solennellement à la Maison Blanche ? Ou de « souligner le sérieux des USA » ?

On peut supposer que le FBI a partagé l'information qu'il avait eue avec ses potes à Miami.

Hector Pesquera, FBISi les faits ont un sens, c’est sans aucun doute ce qui s’est passé. Le 12 septembre 1998, presque trois mois après la visite à La Havane nous apprenions par les médias l’arrestation de Gerardo, Ramón, Antonio, Fernando et René, et que M. Pesquera, chef du FBI à Miami, était allé, ce samedi matin-là, rendre visite à Ileana Ros Lehtinen et Lincoln Díaz-Balart - les parlementaires batistianos [partisans de Batista] de Miami - pour les informer de l'incarcération des cinq Cubains.

L'histoire se répète. En 1996 le Président Clinton avait donné des instructions pour mettre fin aux provocations aériennes de Frères à la Rescousse, mais lorsque ses ordres sont arrivés à Miami la mafia locale a conspiré pour faire exactement le contraire. En 1998 le même Président semblait être disposé à mettre fin aux actions terroristes contre Cuba - et aussi contre des Usaméricains -, mais lorsque ses intentions ont été connues à Miami, le FBI les a faites voler en éclats.

Pesquera a reconnu lors d’une interview que sa plus grande difficulté avait été d'obtenir l'autorisation de Washington pour arrêter les Cinq. Cela a du être dur, en effet. Est-ce que Washington n’était pas supposé être de l'autre côté de la barrière dans la lutte contre le terrorisme ?

Pesquera et ses compères ont gagné. Ils ont prouvé qu’ils étaient capables d'ignorer la loi et la décence, et de tourner de nouveau en ridicule le Commandant en Chef des USA. Vous vous rappelez Elián ?


XIV. Et Vous, de quel côté êtes-Vous ?

Les fonctionnaires du FBI ont reçu une grande quantité d'informations détaillées et concrètes sur les groupes terroristes anti-cubains, y compris leurs localisations précises, avec adresses et numéros de téléphones, photos et films sur lesquels, de leurs propres voix, ils décrivaient des plans sinistres et beaucoup d'autres indications. À aucun moment ces fonctionnaires n’ont discuté ou exprimé quelque préoccupation par rapport à la capacité de Cuba ou aux méthodes utilisées pour obtenir des preuves aussi précises.

Ils nous ont simplement remerciés et ont sollicité un peu de temps, argumentant qu'ils avaient obtenu beaucoup de preuves, davantage de ce qu’ils pouvaient en espérer.

Lorsque le 6 mai 1998, Gabriel Garcia Marquez s'était réuni à la Maison Blanche avec les proches collaborateurs du Président Clinton, personne n'avait demandé comment Cuba avait découvert ces terribles complots. Un de ces messieurs usaméricains a seulement dit : « Nous avons des ennemis communs. »

C’est ainsi que cela s’est passé chaque fois que nous nous sommes réunis avec les fonctionnaires usaméricains à La Havane, à Washington ou en d’autres lieux pour discuter des informations que nous avions sur les attentats terroristes. Ils n’ont jamais fait aucune sorte d’objection, ni directement ni indirectement, ni même à demi-mot.

Les fonctionnaires usaméricains n'ont, pour quelque raison que ce soit, jamais contesté nos efforts de recherches. L'histoire de la violence et de la terreur contre Cuba est assez longue – elle dure depuis un demi - siècle - et elle contient une grande documentation dans une volumineuse bibliographie classifiée dans les archives du Congrès des USA, elle est également disponible dans des documents officiels déclassifiés, ou dans ceux qui ne le sont pas encore et dont on peut supposer qu’ils sont, bien connus de nos contreparties usaméricaines.

Avec de tels antécédents Cuba a le droit (et même l’inexcusable obligation) de se protéger, de protéger son peuple et de rechercher ce que trament ceux qui tentent de causer des dommages matériels et faire souffrir le peuple. C’est le principe de défense légitime universellement reconnu.

Les Usaméricains étaient très conscients de cela. Ils devaient bien se rappeler que, lorsqu’il y eut la tentative de meurtre contre le Président Reagan, nous en avions rapidement discuté avec eux, malgré l'antipathie du Grand Communicateur envers Cuba. Washington ne s’était pas plaint à ce moment-là, mais avait exprimé ses remerciements.

Ils savaient bien que Cuba n’est qu’une petite île dans les Caraïbes, avec une population d'un peu plus de 11 millions de personnes. Cuba n'a pas de satellite qui capte des informations depuis l'espace, elle n’a pas non plus de dispositifs hypersophistiqués que les services de renseignements des USA et d'autres grandes puissances utilisent au quotidien.

Cuba n’a que le renseignement humain. Une chose que, les USA ont maintenant reconnue comme étant indispensable, une chose qui aurait sauvé beaucoup de vies usaméricaines si les USA y avaient eu recours de manière adéquate avant les faits terribles qui ont frappé ce pays en 2001.

Notre renseignement humain n’est pas payé. Nous, nous n'avons jamais dépensé d'argent, comme d'autres qui dépensent des milliards, pour acheter une information ou pour engager des agents coûteux partout dans le monde. Nous dépendons du sacrifice généreux et héroïque de jeunes comme Gerardo, Ramón, Antonio, Fernando et René.

Bien avant les attentats odieux du 11 septembre, Gerardo Hernández Nordelo avait dit ces simples vérités à un tribunal usaméricaine, qui lamentablement avait été incapable de les entendre :

« Cuba a le droit de se défendre des actes terroristes qui sont préparés en Floride dans une impunité totale, bien que les autorités cubaines les aient dénoncés à maintes reprises. C'est le même droit qu'ont les USA lorsqu’ils tentent de neutraliser les plans de l'organisation du terroriste Oussama Ben Laden qui a causé tant de mal à ce pays et qui menace de continuer à le faire. Je suis certain que les fils et les filles de ce pays qui accomplissent cette mission sont considérés comme des patriotes et que leur objectif n'est pas de menacer la sécurité nationale des pays où ces personnes se sont réfugiées. »

Lorsque Gerardo avait écrit ces mots, beaucoup de ces individus, qui plus tard avaient utilisé des avions civils comme armes mortelles contre les usaméricains, achevaient leur entrainement à Miami-même. Mais les agents du FBI local n'ont rien fait pour faire échouer leur horrible projet. Ils n'avaient pas de temps pour cela. Leur temps était consacré exclusivement à protéger leurs terroristes en poursuivant et en punissant Gerardo et ses camarades.

Le FBI, du moins à Miami, ne combattait pas le terrorisme. Il n'essayait même pas d’empêcher des attentats criminels ni contre des Usaméricains ni contre Cuba. Il était de l'autre côté de la barrière.

XV. L’importance d’être un menteur
1. Petits gâteaux à la goyave

Luis Posada Carriles est un véritable VIP* qui jouit de gentillesses et de privilèges uniques qui ne sont offerts ni à des présidents ni à des célébrités. Mais il est aussi un terroriste international selon ses propres aveux et dûment certifié.

• Posada a commencé sa longue carrière avec des actions précoces contre la Révolution cubaine, y compris le fiasco de la Baie des Cochons. Pendant des années il a été l'homme de la CIA dans la police politique du Venezuela où il est devenu le chef de certains tortionnaires bien connus ;

• Il était recherché par Interpol suite à son évasion d'une prison vénézuélienne en 1985 - Hugo Chávez était encore un jeune inconnu - alors qu'il était jugé pour avoir planifié et organisé la première destruction d'un avion civil en plein vol et l’assassinat de sang froid de 73 personnes ;

• En Amérique Centrale il est tout de suite apparu comme étant la figure principale dans le scandale Iran-Contra (1), en étant cité plusieurs fois au cours des investigations du Sénat US et dans le carnet de notes d'Oliver North ;

• Il a publié son autobiographie – qui a été un bestseller à Miami - et s’est souvent exhibé dans les médias locaux et usaméricains ;

• Il est parvenu deux fois de suite à faire la Une du New York Times, dans des articles où il décrivait sa responsabilité dans la campagne d'attentats à la bombe à Cuba durant les années 90 ;

• Reconnu coupable, par un tribunal panaméen, de crimes associés à un projet d'attentat à la bombe contre l'Université avec l’objectif d'assassiner Fidel Castro et des centaines étudiants et de professeurs, il sera illégalement amnistié par la Présidente du Panama la veille de son dernier jour à son poste et après qu’elle eut reçu des émissaires spéciaux envoyés en toute hâte par George W. Bush ;

• Il était de nouveau parti se « cacher » dans un coin d'Amérique Centrale, mais il maintenait une liaison constante avec ses partenaires de la Fondation Nationale cubano-américaine et avec d'autres groupes terroristes. Pendant ce temps, il organisera souvent des événements de collecte d'argent bénéficiant de grande publicité.

Oui, il a fait une longue carrière d’infamie, toujours au nom des intérêts et des objectifs US, comme l’avait fièrement proclamé son avocat de Miami.

À l’en croire, durant tout ce temps Posada a visité les USA en touriste à plusieurs reprises, incognito. Un jour il a décidé de s’y installer pour toujours. Après tout, sa famille habitait Miami depuis des décennies.

Alors il est rentré chez lui.

Posada Carriles est entré clandestinement en Floride en mars 2005, sans visa usaméricain, comme des millions de latinos tentent de le faire de manière répétée sans y parvenir. Mais lui, n'a pas été arrêté, et encore moins expulsé. L'histoire de son épopée, au moyen du bateau Santrina et à l'aide de son réseau terroriste établi aux USA, a été décrite dans le quotidien « Por Esto » du Yucatán, dans une chronique largement diffusée sur tout le continent. Tout le monde la connaissait, sauf l'Administration Bush, qui avait insisté pendant deux mois sur le fait qu'elle ignorait l’endroit où il se cachait, jusqu'à ce que Posada organise une conférence de presse au mois de mai pour annoncer qu’il était prêt à continuer depuis Miami à faire sa guerre totale contre la Révolution cubaine.

N’ayant pas d’autre choix, l'Administration Bush fit arrêter Posada pour le transférer dans un centre de rétention à El Paso, où ils lui avaient préparé une zone VIP, entièrement séparée de la population normale, avec des repas spéciaux et des services de toutes sortes, et même la possibilité de rencontrer des amis et des journalistes. La seule récrimination de Posada concernait le fait que  le protocole usaméricain n'avait pas été en mesure de lui fournir des petits gâteaux cubains à la goyave.

Selon des documents officiels présentés par le gouvernement US aux tribunaux d'immigration, Washington avait déployé de gros efforts diplomatiques pour tenter de convaincre d'autres pays de donner abri et protection à Posada. Les diplomates usaméricains ont contacté des gouvernements en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, et même en Europe, pour leur demander de recevoir le si célèbre VIP. Sans aucune exception la réponse a toujours été : Non, merci.
Ironie du sort, Washington doit toujours répondre à la missive diplomatique du 15 juin 2005 présentée par le Venezuela pour sa détention et pour son extradition ultérieure vers Caracas conformément au traité d'extradition existant entre les deux pays.

L'Administration Bush, et jusqu'à présent celle qui lui a succédé, ont choisi de l'accuser d'être un menteur et ont engagé un litige nébuleux avec M.Posada, l’accusant de ne pas avoir été sincère avec les fonctionnaires de l'immigration sur la façon dont il était entré dans le pays. Finalement, un tribunal administratif a renvoyé Posada chez lui, pour qu’il puisse continuer confortablement à réclamer son admission formelle à des autorités, qui ont, montré une telle patience et compréhension sans égal à son égard.

Combien de pauvres latino-américains sans papiers ont-ils eu cette opportunité ? Combien d’entre eux, entretemps, ont-ils été remis en liberté et autorisés à une liberté de mouvement et d’action sans restriction ?

Posada n’a plus de raisons de se plaindre se plaint plus. Il est un homme libre à Miami et il peut manger autant de petits gâteaux à la goyave qu’il veut.

* VIP : Very Important Person (personne très importante)

Note :

(1) Iran-Contra (ou l’affaire Irangate) est un scandale politique survenu aux USA dans les années 1980. Tous les secrets de l'affaire n’ont pas été révélés et il est difficile de découvrir les faits. Plusieurs membres de l'administration Reagan ont vendu illégalement des armes à l'Iran, qui était un ennemi avoué des USA, utilisant les bénéfices pour financer secrètement, et malgré l'opposition du Congrès US, les Contras, un mouvement contre-révolutionnaire nicaraguayen de lutte armée regroupant les opposants au gouvernement marxiste-léniniste de Daniel Ortega. Dans le cadre de la Guerre Froide, il s'agissait pour l'administration Reagan de renverser un régime considéré comme communiste et situé dans ce que les USA considèrent comme leur zone d'influence. Après la révélation de la vente d'armes en novembre 1986, le président Reagan est apparu à la télévision usaméricaine et a nié les faits. Toutefois, une semaine plus tard, le 13 novembre, il est retourné sur les ondes pour affirmer que les armes avaient été effectivement transférées à l’Iran. Reagan a en revanche démenti que cette vente faisait partie d’un échange d'otages (plusieurs Usaméricains étaient à l'époque otages au Liban).Source Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Iran-Contra

XV-2. Sans aucune exception du tout ?

La demande formelle du Venezuela d'extradition de Posada Carriles était bien fondée. Il existe un Traité d’Extradition entre le Venezuela et les USA ratifié par les deux pays en 1922 qui a été appliqué pendant un siècle. Le Venezuela a suivi à la lettre la loi en déposant à sa Cour Suprême un mandat d'arrêt pour le fuyard, qui s’était évadé d'une prison vénézuélienne en 1985. Le gouvernement vénézuélien a formellement transmis sa demande d'extradition au gouvernement US le 15 juin 2005.

En accord avec le Traité, Washington aurait dû immédiatement arrêter Posada et avoir présenté son cas à une Cour Fédérale pour un procès d'extradition dans lequel la Secrétaire d'État aurait eu le dernier mot. Aux USA, c’est apparemment ainsi que fonctionne l'idée de « séparation de pouvoirs » de Montesquieu.

Mais pendant plus de quatre ans rien de tel ne s'est produit. Le gouvernement US a préféré ne pas arrêter Posada Carriles ni présenter son cas à une Cour Fédérale pour son extradition.

Les USA auraient pu arrêter Posada conformément à leur propre Patriot Act, qui donne au Procureur Général l'autorité de garder en détention un terroriste jusqu'à sa sortie définitive du territoire usaméricain. Évidemment le Patriot Act permet d’éviter de passer par les tribunaux pour incarcérer quelqu’un que le gouvernement fédéral considère comme terroriste. Il suffit que le Procureur Général déclare cette personne comme terroriste. (Voir la Section 1226 (A) du Titre 8 du Code US). En décidant de ne pas déclarer Posada comme terroriste et lui permettre de se promener librement, les USA violent incontestablement leur propre Patriot Act. Et en ignorant le Traité d'Extradition avec le Venezuela et plusieurs autres conventions internationales contre le terrorisme, Washington viole de façon scandaleuse la Constitution usaméricaine et particulièrement l'Article VI qui établit que de tels traités internationaux « sont la loi suprême du pays ».

Bush avait décidé que le mensonge de Posada envers un bureaucrate était un crime plus grave que 73 charges d’assassinats au premier degré. Donc au lieu d'observer les obligations contractées par la Constitution US et par les traités, il a préféré tenter de convaincre d'autres gouvernements de l’aider à donner abri et protection à Posada. Cependant, aucun gouvernement n’était prêt à le faire.

L'Administration a catégoriquement ignoré certaines conventions internationales qui font partie des piliers principaux de la lutte contre le terrorisme international : la Convention de Montréal pour la Répression d'Actes Illicites contre la Sécurité de l'Aviation Civile et la Protection des Passagers, et la Convention Internationale contre des Actes de Terrorisme Commis avec Utilisation de Bombes.

Les deux conventions comportent une disposition très spécifique qui rend impossible que les suspects de tels crimes puissent échapper à un procès judiciaire. Elles ont établi une alternative pour l'extradition : une seulement. Tout État qui ne répond pas à une demande d'extradition, sera obligé d’inculper immédiatement et de juger le présumé criminel pour ce même crime, comme si celui-ci avait été commis sur son propre territoire. Cela doit être exécuté, selon les modalités des deux conventions, « sans aucune exception ».

En septembre 2001, quelques jours après l'attentat contre les tours jumelles, l'Administration Bush avait incité le Conseil de Sécurité des Nations Unies à adopter des mesures obligatoires  et concrètes que tout pays devrait prendre, sous la menace de l'usage de la force en cas de non’application. La Résolution 1373 du Conseil de Sécurité, introduite par la délégation US et approuvée à l'unanimité, a obligé tous les États membres à coopérer dans la poursuite de suspects en fuite, en leur refusant l’asile, en condamnant les excuses politiques pour ne pas les extrader et en exigeant l'application totale de tous les accords internationaux contre le terrorisme, y compris les deux conventions précédemment mentionnées.

Afin de garantir la mise en pratique de la résolution 1373, un comité spécial permanent du Conseil de Sécurité de Nations Unies a été constitué, et se réunit régulièrement à son siège à New York. À chaque réunion, les USA sont accusés de violer ouvertement la Résolution 1373 avec leur deux poids-deux mesures hypocrite sur le terrorisme qui se reflète dans la protection accordée à Luis Posada Carriles et dans l'incarcération des Cinq Cubains.

La prochaine étape de la comédie appelée « procès » de Posada est programmée pour le 1er mars 2010. Posada sera « jugé » pour délit de parjure. À ce moment-là, les USA auront usé cinq ans de durs efforts pour protéger un terroriste et ne pas permettre qu'il soit jugé pour ses véritables crimes. À ce moment-là, cinq héros antiterroristes seront à la moitié de leur douzième année d’une injuste et cruelle punition.

En ne respectant pas ses obligations selon les traités internationaux, Washington mine les principaux outils légaux qui ont été conçus pour soutenir le combat contre le terrorisme qui est supposé être la plus grande priorité pour les USA. Les dégâts occasionnés à leur crédibilité peuvent ne pas être perçus clairement par beaucoup d'Usaméricains car les grands médias ne leur permettent pas de s’en rendre compte. Ils ne leur permettent pas de prendre connaissance du rejet universel de l'hypocrisie et de l'arrogance qui imprègne la politique des USA. Imaginer la possibilité que les USA jouent un rôle de leader dans le monde, sans parler de l'idée qu'ils soient respectés, c’est se permettre un rêve éveillé irrationnel et sans fondement.


Source : Counterpunch - The Untold Story of The Cuban Five  I & II & III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII , XIII, XIV, XV-1, XV-2

Articles originaux publiés du 11/8 au 23/10/2009

Sur l’auteur

Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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EMPIRE: 27/12/2009

 
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