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22/10/2017
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Iran, Israël: Les enjeux sous-jacents de la confrontation (1,2, 3)


AUTEUR:  René NABA Ñíäíå äÈÚÉ


 

I. L’Iran, un cas d’école

Paris, 10 septembre 2009 – Le président Barack Obama fixera le cap de sa stratégie à propos de l’Iran à l’occasion de la session spéciale du Conseil de sécurité qu’il présidera le 24 septembre, où, pour la première fois dans les annales diplomatiques, un sommet des dirigeants des quinze États membres de cette instance internationale devrait se tenir, ce jour là, sous son autorité, en vue d’inscrire le problème général du désarmement nucléaire et de la non-prolifération à l’ordre du jour de l’agenda international.

Les Etats-Unis assurent la présidence tournante du Conseil de sécurité pour le mois de septembre. Barack Obama  a voulu mettre à profit cette occasion pour donner une solennité particulière à son engagement en faveur de la non-prolifération et accréditer l’idée que le cas iranien participe d’un objectif stratégique globale de la diplomatie américaine, le désarmement nucléaire de la planète. La prestation de M. Obama pourrait se réduire à un effet d’annonce contre-productif en ce qu’elle pourrait être perçue par l’Iran et les autres candidats au seuil nucléaire comme une ruse diplomatique si elle n’était pas assortie de fermes engagements concernant les autres puissances nucléaires et un calendrier de désarmement contraignant pour Israël.

La réévaluation de la politique américaine sur le dossier nucléaire iranien à laquelle est associée le groupe de contact sur l’Iran (1) se déroule sur fond d’une mobilisation psychologique, médiatique et militaire sans précédent du camp occidental, aiguillonné par Israël, en vue de faire plier Téhéran sur ce qu’il considère être sa principale réalisation stratégique depuis l’instauration de la République islamique en 1979, il y a trente ans: l’accession au seuil nucléaire, justification suprême de tous ses sacrifices.

L’accession de l’Iran au rang de «puissance du seuil nucléaire», en dépit d’un embargo de trente ans doublé d’une guerre de près de dix ans imposée à l’Iran par Irak interposé, a suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère sud qui ont vu dans cet exploit technologique incontestable la preuve parfaite d’une politique d’indépendance, en ce qu’il débouche sur la possibilité  pour l’Iran de se doter d’une dissuasion militaire en même temps que de maintenir son rôle de fer de lance de la révolution islamique.


Char de Carnaval allemand, début du XXIème siècle

Dans une zone de soumission à l’ordre israélo-américain, le cas iranien est devenu de ce fait un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003. Dès l’enlisement américain en Irak, M. Dominique Strauss-Kahn, futur directeur du Fonds Monétaire International et pro israélien avéré, sonnait d’ailleurs l’alarme en invitant les pays occidentaux à rectifier le tir et à cibler non plus l’Irak mais l’Iran (2). Il a été aussitôt relayé par le transfuge socialiste Bernard Kouchner, à sa nomination à la tête du ministère français des affaires étrangères, dans la foulée de son ralliement atlantiste, ainsi que par leur parrain conjoint, Nicolas Sarkozy.

Le président français a résumé la nouvelle position française par une formule qui se voulait lapidaire mais qui s’est révélée être d’une démagogie rudimentaire: «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran» (3). Le déploiement militaire français dans le Golfe, à Abou Dhabi, de même que la bruyante contestation française des résultats des élections présidentielles iraniennes ainsi que les doutes des Français sur la fiabilité du Directeur Général de l’Agence atomique de Vienne, l’égyptien Mahmoud el Baradéï, participent de cette logique de guerre dont l’universitaire française Clotilde Reiss en a été, en Juillet Août 2009, la victime au titre de dommage collatéral.

Première épreuve diplomatique d‘importance de Barack Obama

Le primat d’Israël conditionne le récit médiatique occidental et obère la crédibilité de sa démarche, en ce qu’elle révèle une distorsion de comportement des pays occidentaux face aux puissances nucléaires. Les Etats-Unis et l´Union européenne contrôlent 90% de l´information de la planète et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège aux Etats-Unis, 80 en Europe et 49 au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde (4).

Israël, unique puissance nucléaire du Moyen-Orient, a ainsi constamment bénéficié de la coopération active des États occidentaux membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne) pour se doter de l‘arme atomique, bien que non adhérent au Traité de non-prolifération.

Il en est de même de l’Inde et du Pakistan, deux puissances nucléaires asiatiques antagonistes, qui bénéficient néanmoins d’une forte coopération nucléaire de la part des États-Unis et de la France en dépit de leur non ratification du traité de non-prolifération nucléaire.

L’argumentaire occidental gagnerait donc en crédit si la même rigueur juridique était observée à l’égard de tous les autres protagonistes du dossier nucléaire, au point que la Chine et la Russie, les principaux alliés de l’Iran, se sont dotées d’une structure de contestation du leadership occidental à travers l’organisation de coopération dite «le groupe de Shanghai», pour en faire une OPEP nucléaire regroupant les anciens chefs de file du camp marxiste (Chine et Russie), ainsi que les Républiques musulmanes d’Asie centrale, avec l’Iran en tant qu’observateur (5).

L’Iran apparaît ainsi du fait de la pression israélienne, relayée par ses alliés européens notamment la France, comme la première épreuve diplomatique d‘importance de Barack Obama, neuf mois après son accession à la présidence américaine. Mais la focalisation du débat sur le nucléaire iranien pourrait contrarier l’approche binaire de la nouvelle diplomatie américaine, visant la promotion d’un règlement négocié du conflit israélo-palestinien parallèlement à une neutralisation de l’Iran à défaut d’une normalisation des relations irano américaines, en vue de se dégager du bourbier afghan.

Le forcing des faucons israéliens autour du premier ministre Benyamin Netanyahu répond, d’une manière sous jacente, au souci de reléguer au second plan, voire à occulter, une donnée majeure de la diplomatie internationale contemporaine, le blocage israélien sur le règlement du dossier palestinien, au point que des commentateurs pro israéliens n’hésitent pas à évoquer la possibilité d’un arrangement implicite entre Israël et les Etats-Unis, autorisant l’Etat hébreu à se lancer à l’assaut des infrastructures atomiques iraniennes, ou à tout le moins, contre son allié chiite le Hezbollah libanais, en contrepartie de concessions sur la question palestinienne, notamment l’arrêt de la judaïsation rampante de la Palestine en vue de l’édification d’un Etat indépendant. Selon un rapport du Israeli European Policy, le coût de la colonisation de la Cisjordanie s’élèverait à  près de 18 milliards de dollars (6).

Barack Obama a semblé donner un coup d’arrêt à cette dérive, donnant à penser qu’il n’entendait pas se laisser dicter sa politique. Il a dépêché cet été trois émissaires au Moyen-Orient pour faire entendre raison aux dirigeants israéliens, faisant valoir qu’une attaque contre l’Iran desservirait en dernier ressort Israël.

On prête en effet l’intention au Président Obama de mettre à profit la fin du mois du jeûne de ramadan, vers le 20 septembre, pour lancer son plan de paix du Moyen-Orient simultanément à la publication du rapport du parquet du tribunal spécial sur le Liban, parallèlement au lancement solennel du débat sur le désarmement nucléaire à l’ONU.

Selon ce schéma, la publication du plan américain qui prévoit la création d’un État palestinien indépendant en même temps que le rapport de la juridiction internationale, -qui mentionnerait selon des indiscrétions distillées dans la presse occidentale notamment Der Spiegel, une éventuelle implication du Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri-, encouragerait les Etats arabes à rallier ouvertement la stratégie américaine en dépit des douloureuses concessions qu’ils sont invités à consentir, tout en réduisant la capacité de nuisance de l’Iran et son allié chiite libanais.

Cette démarche à double détente viserait, d’une part, à rallier les États arabes à la stratégie américaine de confinement de l’Iran, et, à peser, d’autre part, sur l’Iran et son allié régional, le Hezbollah libanais. Un sommet israélo-palestinien, le premier du genre depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre israélien Benyamin Netannyahou en mars dernier et la reconduction à la tête du Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, en Août, devrait se tenir à l’occasion du sommet du G20 prévu les 24 et 25 septembre à Pittsburgh (Pennsylvanie), sous le parrainage de Barack Obama, au moment où plusieurs arabes (Bahreïn, Emirats Arabes unis, Qatar et Maroc) ont donné à savoir qu’ils envisageraient de normaliser leurs relations avec Israël en contrepartie du gel de la colonisation israélienne de la Cisjordanie.

Le procès qu’entend faire le 26 octobre prochain l’Egypte pour «atteinte à la sûreté de l’État» à un groupe de militants du Hezbollah coupable d’avoir cherché à briser le blocus de Gaza, de même que l’exhumation par l’Argentine d’une affaire vieille de quinze ans, (l’attentat contre une synagogue de Buenos-Aires de 1994), qu’elle imputerait rétrospectivement au Hezbollah pour « terrorisme antisémite » participent de cette campagne internationale de criminalisation de la milice chiite libanaise.

Selon des informations de presse, les Etats-Unis, en cas de refus de coopération de l’Iran, envisageraient un renforcement des sanctions économiques selon un plan conçu par le sénateur américain Joe Liebermann, un sioniste notoire, ancien colistier du vice président démocrate Al Gore à la compétition présidentielle américaine en l’an 2.000. La gamme des sanctions prévoirait un embargo sur l’importation de produits pétroliers, et, dans un deuxième temps une interdiction pour les avions iraniens d’atterrir sur les aéroports occidentaux, et pour les navires de faire escale dans les ports occidentaux (7).

À suivre

 

Références

1- Le groupe de contact sur l’Iran regroupe les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume Uni, France) ainsi que l’Allemagne et l’Union européenne.

2- La revue «Le meilleur des mondes» Editions Denoël automne 2006 – interview de Dominique Strauss-Kahn  par Elie Cohen, Myriam Encaoua, Gérard Grunberg, Michel Laval et Michel Taubman. «Iran: «On mesure que les Américains se sont trompés de cible: la menace ne venait pas de l’Irak, mais de son voisin perse». «La politique qui est aujourd’hui conduite en Iran sous la houlette d’Ahmadinejad comporte de nombreuses expressions du totalitarisme qui, en tant que telles, doivent être combattues. À ce propos, c’est pour moi une grave erreur d’avoir prétendu, comme l’ont fait Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, que l’Iran jouait «un rôle stabilisateur» dans la région. Cela entraîne une confusion sur la nature réelle de ce qu’est le régime iranien actuel. Cela revient à envoyer un message erroné à un pays qui use largement de sa capacité de nuisance on le voit au Liban via le Hezbollah, en Irak ou avec le chantage nucléaire qu’il cherche à exercer». «On mesure que les Américains se sont trompés de cible: la menace ne venait pas de l’Irak, mais de son voisin perse».

3- NDLR-RN: M. Nicolas Sarkozy qui a adopté la même terminologie que les dirigeants israéliens désignant Gaza sous le vocable de «Hamastan», n’a pas exclu lors de son intervention devant la conférence des ambassadeurs de France, fin Août 2007, de recourir à des sanctions unilatérales même en dehors cadre de l’ONU, résumant la position française en une formule: «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran». Formule maladroite, car dans l’hypothèse de la mise au point d’une bombe iranienne les pays occidentaux devraient réfléchir par deux fois avant de se lancer dans une aventure nucléaire, dont les principales victimes par ricochet, seraient, d’abord, leurs alliés pétro monarchiques du Golfe, ensuite le ravitaillement énergétique des pays industrialisés.

4- «Comment la CIA pénètre nos médias» de Maxime Vivas auteur de «La face cachée de reporters sans frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone» – Editions Aden et «Les médias racontent un seul monde, sans le Sud» de Ana Delicado (journaliste) In Agence internationale d’informations Argos, 28 novembre 2004.

5 -Forum régional de lutte contre le terrorisme à sa création, en 1996, l’Organisation de coopération de Shanghai (OSC) est  composée de six Etats (Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Kirghizstan), l’Iran bénéfice du statut d’observateur depuis 2005, comme l’Inde, le Pakistan et la Mongolie. Concrétisation de la vocation eurasiatique de la Russie, le groupe de Shanghai veut se muer en une alliance politico-militaire susceptible de faire contrepoids aux Etats-Unis et à l’OTAN dans la zone, se concentrant sur la défense des intérêts nationaux de ses Etats membres, en premier lieu ceux des deux ex-empires, poids lourds de l’organisation.

6 -«Combien pour la colonisation israélienne en Cisjordanie »? Gilles Paris 24 juillet 2009, Le Monde Fr. «Guerre ou paix, décryptage des relations israélo-palestiniennes» le blog de Gilles Paris. Selon  un rapport du «Israeli European Policy» (soutenu par la fondation allemande Friedrich Ebert), cette facture s’élève  à 17, 9 milliards de dollars, dont 11 milliards pour les 39 483 unités de logements  et les constructions annexes (255 crèches, 119 bains rituels,  24 bibliothèques). Ce montant comprend également le coût des routes et des infrastructures liées à l’économie.

7 -Selon des informations de presse (Al Qods al Arabi 1er Août 2009), les Etats-Unis, en cas de refus de coopération de l’Iran, envisageraient un renforcement des sanctions économiques notamment le refus de réassurer les contrats internationaux de l’Iran ; une mesure qui réduirait considérablement le volume des transactions commerciales de l’Iran avec le reste du monde. Cette mesure aurait été préconisée par le sénateur américain Joe Liebermann, un sioniste notoire et ancien colistier démocrate du vice président Al Gore à la compétition présidentielle américaine de l’an 2000. La gamme des sanctions prévoirait dans un deuxième temps une interdiction pour les avions iraniens d’atterrir sur les aéroports occidentaux, et pour les navires de faire escale dans les ports occidentaux, pourraient être appliquées. Haaretz indique, de son côté, que les Etats-Unis étudient enfin la possibilité de confier à l’un de leurs sous-marins nucléaires la mission de « cibler » en permanence l’Iran si Téhéran annonce son intention de franchir le pas de l’armement nucléaire.

II. Barack Obama, otage du lobby juif ?

Paris, 14 septembre 2009. Le refus du Sénat américain de libérer l’espion américain pro-israélien Jonathan Pollard (1), le 19 juin 2009, suivi du démantèlement un mois plus tard, le 23 juillet, d’un vaste réseau de corruption ayant des ramifications jusqu’en Israël, mettant en cause une quarantaine d’élus dont cinq rabbins soupçonnés de blanchiment d’argent et de trafic d’organes, se superposant au scandale Madoff, une faillite frauduleuse de l‘ordre de 65 milliards de dollars, à l’affaire Larry Franklin, un analyste de haut rang du Pentagone suspecté d’espionnage au profit d’Israël, à la naissance enfin d’un nouveau lobby juif américain de gauche, J-Street, ont donné à penser que l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), le principal lobby juif américain, mettrait en sourdine son outrecuidance habituelle dans son opposition à la politique de rééquilibrage du Président Obama.


 "Le NewYork Times parle de nous!": c'est ainsi que l'équipe dirigeante du nouveau petit lobby juif américain qui monte, qui monte se présente en cette rentrée 2009. Un trio de jeunes gens sortis des meilleures universités, et bien sous tous rapports, qui se veulent totalement différents des dinosaures de l'AIPAC, inconditionnels bornés d'Israël. De gauche à droite : Daniel Kohl, directeur politique, Jeremy Ben-Ami (ancien conseiller de Bill Clinton à la Maison blanche et fils de Yitshaq Ben Ami, militant de l'Irgoun, qui avait acheté l'
Altalena pour acheminer des émigrants juifs en Palestine en 1948), fondateur et directeur exécutif et Rachel Lerner, chef d'équipe. Ils se définissent comme "le bras politique du mouvement pro-Israël, pro-paix". Tout un programme... J Street, dont le premier financeur a été le milliardaire Geroge Soros,  prépare sa première conférence nationale à Washington, du 25 au 28 octobre, avec pour thème : "Driving Change, Securing Peace" (Pousser au changement, assurer la paix)...

Mais la récente promotion d’un inconditionnel d’Israël au poste de conseiller spécial du président pour la «Région Centrale» (Afghanistan-Palestine) pourrait remettre en question ce savant échafaudage diplomatique dans la mesure où le nouveau promu, Dennis Ross, l’un des dirigeants du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un think tank satellite de l’AIPAC, passe pour être un ultra-faucon proche du néo-conservateur Paul Wolfowitz, l’un des artisans de l’invasion de l’Irak sous l’administration de George Bush.

Dennis Ross est tout à la fois l’auteur du discours de M. Obama devant l’AIPAC au lendemain de sa confirmation comme candidat démocrate à la compétition présidentielle et l‘un des co-auteurs d’un rapport prônant la manière forte à l’égard de l’Iran (2). Sa désignation pourrait être interprétée comme la marque de la gratitude présidentielle à l’égard d’un collaborateur efficace dans la collecte de voix juives durant la campagne électorale.

Sa propulsion, toutefois, à un poste de responsabilité sur un secteur qui sous-tend les points chauds de l’arc de crise allant d’Israël-Palestine au Pakistan en passant par l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, dans le prolongement de la nomination d’un ancien réserviste de l’armée israélienne, Rahm Emmanuel, au poste stratégique de secrétaire général de la Maison Blanche, et la démission, sous la pression de ce même lobby, de Charles W. Freeman, ancien ambassadeur américain en Arabie saoudite (1989-1992) de son poste de président du National Intelligence Council, tendrait à accréditer l’idée d‘un président américain otage du lobby juif. Le lymphatisme américain devant l‘accélération de la colonisation israélienne de Jérusalem et de la Cisjordanie, de même que le mutisme d’Obama face à la destruction de Gaza, en janvier 2009, donnent une consistance complémentaire à cette hypothèse.

Sauf à y voir le souci du nouveau président américain de calmer les appréhensions concernant ses origines ethnico-religieuses, un métis de père kenyan de confession musulmane, la concentration sans précédent de personnalités pro-israéliennes au sein du noyau dur de la présidence Obama pose dans toute son acuité, en tout état de cause, volens nolens, qu’on le veuille ou non, bon gré mal gré, la question de la marge de manoeuvre dont dispose le président américain dans la définition de sa propre politique en direction du Moyen-Orient.

L’approche occidentale pourrait se heurter aussi à la nouvelle configuration régionale résultant de la convergence entre L’Iran, la Syrie et la Turquie sur le problème kurde, leur détonateur commun, à l’effet de renforcer leur coopération interrégionale pour maintenir une parité diplomatique face à l’axe israélo-américain et son prolongement egypto-saoudien. L’Iran, la Syrie et la Turquie, qui disposent de fortes minorités kurdes, sont hostiles à l’idée que le Kurdistan irakien fasse office de plateforme américaine de déstabilisation régionale. La nomination de l’universitaire kurde Mohammad Reza Rahimi Ghorve’ei, professeur de Droit à  l’Université Azad de  Téhéran et ancien gouverneur du Kurdistan iranien, au poste de vice-Premier ministre du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, traduit cette préoccupation.

En prévision de cette échéance, tant Israël que l’Iran ont multiplié les actes d’autorité, dans ce qui apparaît comme une démonstration de force pour le leadership régional alors que le camp arabe paraît marginalisé par sa fragmentation et que les deux pays musulmans non arabes de la zone, La Turquie pour le compte sunnite, et l’Iran pour le compte chiite, tentent de suppléer la défaillance du leadership arabe en tentant de s’imposer comme interlocuteurs incontournables du camp occidental.

L’Iran a procédé au verrouillage de son dispositif, réprimant sévèrement la contestation électorale qui a suivi la reconduction du mandat du président Mahmoud Ahmadinejad, et, en dépit des injonctions de l’ONU, a poursuivi à un rythme soutenu un programme d’enrichissement d’uranium, affirmant son objectif civil alors que les Occidentaux y redoutent sa finalité militaire.

Dans son dernier rapport, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a établi que l’Iran avait accumulé 1,339 tonne d’uranium faiblement enrichi, un volume suffisant pour produire l’uranium hautement enrichi nécessaire à la fabrication d’une bombe nucléaire, assurant toutefois n’avoir “aucune preuve que l’Iran soit en train d’essayer de produire une arme nucléaire”.

L’Iran s’est assuré en outre, sur le plan militaire, d’une base de redéploiement dans le port d‘Assab, en Erythrée, à l’embouchure du golfe Arabo-persique, et, s’est doté, sur le plan politique, d’un redoutable négociateur du dossier nucléaire, en la personne de M. Ali Akbar Salehi, son ancien ambassadeur auprès de l’agence atomique de Vienne. Diplômé de physique (promotion 1977) de la prestigieuse université américaine du MIT (Massachusetts Institute of Technology), le nouveau chef de l’organisation iranienne de l’énergie atomique, est un homme d’expérience, bon connaisseur des dossiers, rompu aux méandres des négociations de la haute technologie et aux manoeuvres diplomatiques subséquentes. Sous la présidence Mohammad Khatami, il avait signé avec l’agence un protocole additif renforçant le contrôle des instances internationales sur la production iranienne.

Placé le 19 juillet 2009 à la tête de l’OIEA, Saléhi va superviser le programme nucléaire iranien, qui s’apprête à entrer dans une phase opérationnelle à Bouchehr (Sud). Le premier réacteur nucléaire du pays, construit et alimenté en combustible par la Russie, doit en effet entrer en service à la fin de l’année, tandis qu’à Natanz (Centre), 5 000 centrifugeuses ont déjà permis d’accumuler plus de 1,3 tonne d’uranium faiblement enrichi (UFE), une quantité suffisante pour alimenter en combustible d’éventuelles centrales nucléaires, dans l’hypothèse d’un passage à la production de la première bombe atomique iranienne.

Israël a, de son côté, ordonné la désarabisation des noms de 2.500 (deux mille cinq cents) villes et localités arabes d’Israël (3), prohibé la commémoration de la Nakba, la perte de la Palestine, en 1948, gommant même ce terme des ouvrages scolaires, et, accéléré la colonisation de la Cisjordanie et du secteur arabe de Jérusalem, dans le souci de rendre irréversible la situation sur le plan cadastral, sur fond d’importantes manoeuvres aéronavales.

Deux raids à long rayon d’action sur le Soudan prétextant un convoi d’armes pour le Hamas et un autre au dessus de Crète, ont eu lieu en janvier 2009, au moment de l’entrée en fonction de Barack Obama. Deux croiseurs lance-missiles israéliens de type Sagger et un sous marin de type Dolphin, porteurs de charges nucléaires, ont par ailleurs traversé le canal de Suez en juillet 2009, en direction de la Mer Rouge, alors que la flotte des bombardiers israéliens effectuait un entraînement de longue portée fin juillet dans le désert du Nevada (Etats-Unis), parallèlement aux opérations de déstabilisation menées depuis la zone kurdophone d’Irak tant par les Américains que vraisemblablement par les Israéliens. Une subvention de l’ordre de vingt millions de dollars a été allouée à l’USAID (Agence des Etats ​Unis pour le développe­ment in­ter­na­tio­nal), proche de la CIA, pour «favoriser la démocratie et les droits humains en Iran».

Ces manoeuvres se veulent tout autant comme une démonstration de force à l’égard de l’Iran, qu’une volonté de pression sur les pays occidentaux en vue de maintenir le dossier nucléaire iranien en tête de l’ordre du jour de l’agenda diplomatique international, au détriment d’autres dossiers hautement prioritaires, tels le programme nucléaire nord-coréen autrement plus avancé que l’iranien, ou l’enlisement américain en Afghanistan ou encore la récession économique mondiale.

La croisade israélienne contre l’Iran est double: écarter une éventuelle menace iranienne et se soustraire à ses engagements internationaux concernant le règlement de la question palestinienne. Comparable par son intensité à la campagne de mobilisation contre l’Irak, cinq ans plus tôt, cette offensive militaro-médiatique israélienne, en reléguant au second plan le règlement du conflit israélo-palestinien, viserait, d’un manière sous-jacente, à acclimater l’opinion internationale au fait accompli de l’annexion de la Palestine, à l’effet de restaurer le prestige israélien terni par ses échecs répétés tant contre le Liban, en 2006, que contre l’enclave palestinienne de Gaza en 2008-2009. Telle est du moins l’une des interprétations ayant cours quant à la focalisation israélienne sur l’Iran.

L’Iran, par effet d’aubaine, a acquis une stature de puissance régionale du fait de la politique erratique des États-Unis tant en Afghanistan qu’en Irak, où ses rivaux idéologiques, les radicaux taliban sunnites et le laïc baasiste irakien Saddam Hussein ont été éliminés par leur ancien protecteur américain.

Il entend se faire reconnaître la place qu’il estime sienne dans le concert régional, qui était en fait sienne il y trente ans lorsque les Américains avaient confié au Chah d’Iran un rôle de « super-gendarme » dans le Golfe en proie alors à la rébellion communiste du Dhofar (Sultanat d’Oman) et à la contestation nationaliste du « Front de Libération Nationale de la Péninsule Arabique » tant en Arabie saoudite qu’au Yémen et dans les Émirats pétroliers.

Dans cet esprit, l’Iran a réaffirme son droit inaliénable au nucléaire et proposé le 11 septembre une négociation globale avec le groupe de contact portant sur tous les aspects du contentieux qui l’oppose avec les pays occidentaux depuis trente ans, tant l’embargo qui frappe la République islamique, que les avoirs iraniens bloqués aux États-Unis, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, que le rôle régional de l’Iran, la coopération sécuritaire en Irak et en Afghanistan.

Sa démarche heurte de plein fouet l’option saoudo-égyptienne, et, en frappant de caducité leur choix, pose le problème de la pertinence des choix stratégiques du groupe des États arabes situés dans la mouvance américaine. L’Égypte a dû ainsi renoncer à l’option nucléaire sous la pression de Washington en contrepartie d’une aide annuelle d’un milliard de dollars, abandonnant de fait la maîtrise de l’espace stratégique moyen-oriental à l’aviation israélienne.

En porte-à-faux devant leur opinion publique dont ils redouteraient un débordement, l’Égypte et la Jordanie ont été autorisés, fin 2006, à s’engager dans la production nucléaire à usage civil sous contrôle américain, accumulant ainsi un retard technologique de cinquante ans sur leur voisin israélien. Pour ne pas être en reste, La Ligue arabe, elle-même, a engagé, en août, à un mois de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, une offensive diplomatique visant à contraindre l’Etat hébreu à signer le traité de non-prolifération nucléaire.

Un éventuel conflit paraît difficilement devoir se limiter aux deux antagonistes, à en juger par la proximité des belligérants, celle des autres protagonistes du conflit, la configuration du terrain, le déploiement militaire occidental et russe dans la zone et les risques d’embrasement généralisé qu’un tel enchevêtrement impliquerait.

Mais, curieusement, une telle hypothèse n’a toutefois jamais donné lieu à aucune proposition de dénucléarisation complète du Moyen-Orient, qui constitue pourtant la forme la plus parfaite de la non-prolifération réclamée par les pays occidentaux. D’ores et déjà, les Etats-Unis qui disposent de huit importantes bases dans la zone (Irak, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman, Djibouti, Diego Garcia et Djibouti) ont assuré Israël du soutien de «l’armée la plus puissante du monde», selon l’expression de Hillary Clinton, secrétaire d’État qui a menacé l’Iran d’étendre le bouclier anti-missiles à l’ensemble des pays du Golfe, alliés de l’Amérique, en vue de neutraliser sa dissuasion balistique.

Un blocus du détroit d’Ormuz, par où transite le tiers du trafic énergétique mondial, pourrait, en perturbant fortement le ravitaillement des pays industrialisés, aggraver la récession économique mondiale et fragiliser d’autant le système politique international.

À suivre

Références

1. Officier de renseignement de la marine américaine au Naval Anti-Terrorist Alert Center, Jonathan Pollard est arrêté en 1985 pour espionnage au profit d’Israël. Condamné à la prison à vie le 4 mars 1987, il est demeuré derrière les barreaux, malgré plusieurs demandes de libérations formulées par Israël. Le service de communication du Sénat américain a déclaré le 19 juin 2009 dans un communiqué  »ne pas souhaiter écourter le séjour en prison de Pollard ».  »Nous ne souhaitons pas mettre à mal les intérêts stratégiques américains en libérant Pollard », précise le communiqué des instances américaines.

2. Le rapport remis au groupe de travail présidentiel en juin 2008 est intitulé «Strengthening the Partnership: How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge» (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien).

3. «Des colons israéliens incendient des centaines d’oliviers en Cisjordanie et le ministre des cCmmunications donne son accord pour débaptiser 2.500 villes et localités arabes de Palestine en leur donnant des noms hébreux» cf. «Al Qods al Arabi», journal transnational arabe édité à Londres,  21 juillet 2009.

Carte interactive des bases militaires US dans le monde

IR IS 3

III. Dispositifs et cibles des protagonistes

1• Le dispositif israélien

Paris, 19 septembre 2009. Le dispositif israélien repose sur le système balistique de la famille américaine des GBU, plus communément désignés «Bunkers Busters», littéralement «imploseurs de fortifications». Le GBU 27, d’une longueur 4,2 mètres, pour un poids de 900 kg, a une force de pénétration de 2,4 mètres de béton. Le GBU 28 d’une longueur 5,5 mètres, pour un poids 2,268 kg, a une force de pénétration de six mètres de béton. L’onde de choc dégagée détruirait toute construction, jusqu’à cent mètres sous terre.

À la balistique de fabrication américaine, se superpose le dispositif balistique de fabrication israélienne: Popeye-3, missile air-sol d’une portée de 350 km, les missiles de la famille Jéricho 1, Jéricho 2  et probablement Jéricho 3, qui peut en théorie atteindre Téhéran. La marine israélienne a testé avec succès, le 26 juillet 2009, un système amélioré de son missile antimissile « Barak ». Tiré à partir d’une vedette Saar-5, le  nouveau missile « Barak » a été développé conjointement par des experts de l’armée et de la marine israéliennes, l’Institut Rafael pour le développement des armements et le Centre pour la recherche spatiale d’Israël. Ce système de défense est développé en complément du « Dôme d’acier », voué à l’interception de roquettes d’une portée allant de 4 à 70 km.

Israël est en outre crédité d’un arsenal nucléaire, l’un des plus importants hors du monde occidental, de l’ordre de 150 à 200 ogives nucléaires et d’une puissante aviation de guerre: 710 avions de combat , notamment des chasseurs bombardiers F-15 et F-16, 181 hélicoptères de combat, ainsi que de nombreux drones (avions sans pilote) d’attaque et de reconnaissance.

Une technologie de pointe produite par l’industrie militaire israélienne lui assure une grande opérabilité tout terrain notamment avec le premier robot soldat produit par la firme «Elbit Systems». Transportable dans le sac à dos d’un soldat, ce robot soldat, le «VIPeR», est opérationnel tout terrain. Armé d’un fusil mitrailleur UZI, télécommandé, il est capable de lancer des grenades et de tirer à la mitraillette. Israël détient le record mondial en matière de dépenses d’armement par habitant, de l’ordre de 1.429 dollars par an par habitant (chiffres 2006). Sa période de circonscription est parmi les plus longues du monde: trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes avec une période de réserve d’un mois par an.

2• La défense balistique iranienne

Un commandement autonome de l’armée de l’air, qui repose sur un double réseau de missiles et une inconnue:

Le brouillage médiatique le plus complet règne quant à la possession par l’Iran du missile russe S-300 d’une portée de 150 km. La presse israélienne a fait état, à deux reprises, de visites secrètes à Moscou des dirigeants israéliens –le président Shimon Pères (août) et le premier ministre Benyamin Netanyahu (septembre)- en vue d’inciter les dirigeants russes à renoncer à renforcer la défense balistique iranienne, alors que des informations de la presse occidentale ont fait état, celles-là, de la livraison par la Russie de ce missile de haute altitude à l’Iran, sans que toutefois cette information n’ ait été confirmée ou infirmée tant du côté russe que du côté iranien. Selon ces informations, l’Iran disposerait de deux batteries de ces missiles d’une portée de 150 km, portant une charge de 143 kg et long de 7 mètres. Le S-300 peut suivre 24 cibles et tirer quatre missiles en même temps à partir d’une plateforme mobile (camion).

La décision américaine de renoncer à installer un bouclier anti-missile en Tchéquie, un «casus belli» pour Moscou, a été interprétée comme relevant d’un marchandage plus vaste visant à conduire la Russie à se démarquer un tant soit peu de l’Iran et à réfréner ses livraisons d’armes sophistiquées à la République Islamique, y compris les S-300.

Au-delà du S-300, la défense balistique iranienne repose sur un double réseau de missiles, un système de défense et d’interception et un système de riposte.

•Un système de défense et d’interception matérialisé principalement par sept batteries anti-aériennes de basse et moyenne altitude, de quatre lanceurs Tor-M1/SA-15 Gumblet fournis par les conglomérats russes Koupol et Almaz Anteny, et, selon des informations persistantes de la presse, par un dispositif articulé autour du missile russe S-300, l’équivalent du Patriot Pac-3, le missile américain déployé dans le désert du Néguev pour la protection des sites israéliens. Missile de haute altitude, long de 7 mètres, d’une portée de 150 km, portant une charge de 143 kg, le S-300 peut suivre 24 cibles et tirer quatre missiles en même temps. L’Iran disposerait de deux batteries de ces missiles qui peuvent être titrées d’une plateforme mobile (camion).

•Un système de riposte représenté par la gamme des missiles balistiques de type Scud, de la famille Shahab, développée avec le concours de la Corée du Nord et couvrant une distance de 300 à 1.500 kms. Shahab 1 a une portée de 300 km, Shahab 2 de 500 km. Le  missile de troisième génération, Sahab 3, est une variante du missile nord coréen No Dong I. D’une longueur de 16 mètres, pesant 16.000 kg, propulsé par un carburant liquide,  Sahab 3 dispose d’une portée de 1500 km, qui le met en mesure d’atteindre Tel Aviv, Karachi, Riyad ou Ankara.

En outre l’Iran assure détenir une «bombe intelligente» baptisée «Ghassed» (messager) de 900 kg. Version améliorée du KAB-500 kr, Ghassed est une bombe planeuse d’origine russe à guidage TV, armée d’une ogive de perforation d’armure ou de bunker. La bombe peut être lancée à partir d’un chasseur-bombardier de conception iranienne «Saegheh» (éclair), produit à partir d’une synthèse de la technologie, russe, chinoise et nord-coréenne. Ce dispositif est complété par une aviation militaire comptant près de cinquante chasseurs-bombardiers peu performants face aux nouveaux appareils de supériorité aérienne du parc occidental, mais que l’Iran s’est appliquée à moderniser par un investissement de l’ordre de huit cent millions de dollars, en particulier la flotte de fabrication soviétique, les Sukhoï et les Mig.

Au plan naval, l’Iran peut aligner une flotte de sous-marins de fabrication iranienne ou russe, une flotte d’aéroglisseurs, l’une des plus importantes du monde, de ROV (véhicules actionnés à distance), de navires de surface de différentes tailles, d’unités aéroportées comprenant plusieurs escadrons d’hélicoptères, des dragueurs de mines et un important arsenal de missiles antinavires. La flotte sous-marine iranienne comprend également des « sous-marins de poche » de fabrication iranienne.

À en juger par un tel dispositif, tout porte à croire que l’Iran pratiquera la guérilla navale à coup d’opérations commandos, comme tend à le démontrer le dernier coup de main contre une unité britannique au printemps 2007 où Téhéran avait réussi à capturer quinze marins anglais.

3• Les cibles potentielles des raids israéliens

Neuf sites nucléaires iraniens ont vocation à être des cibles potentielles du raid israélien:

Cinq sites majeurs, principalement situés dans le sud du pays: Arak, sud de Téhéran, chargé de la production d’eau lourde, Natanz, sud-est de Téhéran, chargé de l’enrichissement d’uranium, Ispahan, dans le sud du pays, qui abrite un centre de recherche, Gachine, à proximité de Banda Abbas, le port iranien sur le golfe, qui recèle un mine d’uranium, enfin Bouchehr, important centre de production électrique.

Et quatre sites mineurs: trois sites situés au nord de Téhéran (Karaj, Lavizan-Shiam et Parchine) et un neuvième, Sakhand à la hauteur d’Ispahan, dans le sud du pays.

Au vu du dispositif israélien, l’Iran ne parait pas devoir se contenter d’opérations de harcèlement, mais pourrait moduler sa riposte en fonction de la frappe adverse et le cas échéant compter sur son propre hinterland stratégique d’une densité démographique sans pareille pour des opérations « derrière les lignes ennemies » avec le concours de ses alliés régionaux, notamment une large fraction de l’importante communauté chiite du monde arabe implantée à Bahreïn, en Arabie saoudite, dans la région pétrolifère de l’est du Royaume, dans la zone pétrolière du Nord du Koweït ainsi qu’en Irak et au Liban, dans la zone limitrophe d’Israël.

Tirant les enseignements des trois dernières guerres du Golfe (1979-89, 1990-1991 et 2003-), l’Iran a considérablement renforcé sa flotte militaire au cours de la dernière décennie, présentant ses nouvelles réalisations au cours de grandes manœuvres navales. Lors de ces exercices, en avril et en août 2006, l’Iran a présenté les derniers-nés de sa flotte, notamment le dernier torpilleur de patrouille, petit bâtiment efficace dans l’attaque de grands navires de guerre. Doté d’une technologie de pointe sans doute parmi les plus avancées du monde notamment en ce qui concerne les équipements électroniques, pouvant atteindre une vitesse de pointe de 45 nœuds, le Joshan, de même que son frère jumeau, le Peykan, dispose d’une redoutable puissance de feu. Patrouilleur lance-missiles, armé en supplément d’un canon sous-marin de 76 mm, à usage variable, le plus moderne du monde, appelé Fajr, il peut atteindre des cibles sous-marines et aériennes distantes de 19 km.

L’Iran a également développé sa coopération avec l’Erythrée et disposerait depuis décembre 2008 de facilités navales au port d‘Assab, sur la côte orientale de l’Afrique. L’Iran y aurait déployé des bâtiments de guerre, y compris des sous-marins, et se place en mesure de neutraliser la navigation dans le Golfe et le détroit d’Ormuz en cas d’attaque israélienne. Djibouti, en guerre larvée contre l’Erythrée, abrite une base militaire permanente française, ainsi qu’une base des forces spéciales américaines et de l’Etat-major américain pour l’Afrique (Africom), le camp Lemonnier, visant à «sécuriser» le détroit de Bâb el Manded, à la jonction du Golfe et de la mer Rouge.

Contrairement à la Corée du Nord, l’autre puissance rebelle nucléaire, adossée physiquement à la Chine sur 1.416 km de frontières, l’Iran est entourée de cinq puissances nucléaires (Russie, Ukraine, Inde, Pakistan et Israël). Son accession au seuil nucléaire répond donc à des considérations légitimes en ce qu’il lui permet de se prémunir contre un environnement hostile de surcroît nucléarisé. Et de lui épargner un sort comparable à son voisin irakien. Mais en instaurant un «équilibre de la terreur» au Moyen-Orient, la bombe iranienne risquerait de modifier radicalement le rapport des forces au niveau régional et provoquer un bouleversement stratégique majeur de la zone.

Dans cette perspective, la neutralisation de l’Iran ne répondrait donc pas exclusivement à des considérations de formalisme juridique, -le respect de la légalité internationale, tant bafouée par ailleurs par les États occidentaux eux-mêmes-, voire même au souci de la non prolifération atomique, mais relèverait d’impératifs militaires sous-jacents: Le maintien d’une supériorité stratégique d’Israël sur l‘ensemble des pays du Moyen-Orient réunis, et, au-delà, la persistance de la mainmise occidentale sur les réserves énergétiques de l’Asie occidentale et le contrôle des nouveaux oléoducs stratégiques en construction depuis l’Asie centrale, une des motivations latentes de l’intervention américaine en Afghanistan et en Irak.

La dernière transaction militaire américaine à destination du Moyen-Orient tendrait à accréditer la thèse du primat israélien qui trouve sa justification la plus récente dans le comportement de la précédente administration républicaine à l’égard de ses amis et alliés au Moyen-Orient. Le président George Bush a en effet promis à Israël, en août 2007, des fournitures d’armes de l’ordre de trente milliards de dollars sur dix ans, à titre gracieux, en contrepartie de la vente d’équipements militaires d’une valeur équivalente à quatre pays arabes représentant une population de cent millions d’habitants.

Pays frontalier de l’Irak et de l’Afghanistan, les deux plus importants abcès de fixation de l’armée américaine de l’époque contemporaine, bordant tout aussi bien le golfe Arabo-Persique que l’océan Indien, l’Iran représente la plus forte concentration industrielle de la zone intermédiaire qui va du sud de l’Europe aux confins de l’Inde. La réussite de sa stratégie valoriserait sa politique d’autosuffisance technologie et militaire, de la même manière qu’un succès politique ou militaire du Hezbollah chiite libanais ou du Hamas sunnite palestinien réhabiliterait l’esprit de résistance face à la finlandisation des esprits en cours dans le monde arabe, à l’effet de réhabiliterait la guérilla criminalisée sous l’ère Bush au prétexte de la «guerre contre le terrorisme». Le succès iranien ferait en outre perdre à Israël son statut de relais stratégique majeur de l’Occident dans la zone et frapperait de caducité l’option arabe de vassalisation à l’ordre israélo-américain, déterminant du coup la nouvelle hiérarchie des puissances dans l’ordre régional. Tel est le véritable enjeu, sans doute le plus important par sa force d’attraction symbolique, de la confrontation irano-israélienne.

Références

1- «Les scénarios possibles» d’une confrontation entre Israël et l’Iran, Cf. Le journal Le Monde 20 juillet 2009

   Pour aller plus loin :

•Iran : La plus importante concentration navale de l’histoire contemporaine au large du Golfe arabo-persique

•Le Golfe arabo persique, piège militaire, casse-tête diplomatique, gigantesque cimetière marin

La France sous traitante des Etats-Unis dans le Golfe


Source : l'auteur

Articles originaux publiés les 10 et 14 et 19/9/2009

Sur l’auteur

René Naba est un auteur associé à Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

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PAIX ET GUERRE: 21/09/2009

 
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