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14/12/2017
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Une occupation militaire qui ne dit pas son nom

Philippines –USA : Dix ans de VFA (Accord sur les forces en visite), une évaluation


AUTEUR:  Roland G. SIMBULAN

Traduit par  Omar Mouffok. Édité par Fausto Giudice


MANILLE – La présence de soldats usaméricains lourdement armés jusque dans les campagnes philippines les plus reculées fait désormais partie du paysage local. Nous marquons, cette année, les dix ans (1999-2009) de l’Accord sur les forces en visite (VFA – Visiting Forces Agreement), ratifié par le Sénat des Philippines le 27 mai 1999, accord qui a fait de nos campagnes une zone de tir libre pour les « exercices militaires conjoints » utilisant des munitions réelles et de l’artillerie qui a tué, blessé ou mutilé nos gens, y compris des enfants. Ces forces étrangères sont entrées en territoire philippin sans passeports ni visas, sans autorisations de la part de nos douanes ni de la part de nos autorités d’immigration, sans mise en quarantaine de la part de nos autorités sanitaires, et sans permis, ni immatriculation pour conduire leurs véhicules dans notre pays. Elles ont échappé à la justice après avoir commis des meurtres, des tentatives de meurtre, des viols, des harcèlements de nos femmes, des mauvais traitements de nos compatriotes et la destruction de notre environnement. Un document appelé l’Accord sur les forces en visite (VFA) leur a donné le droit de faire tout cela.

Plus de 40.000 soldats usaméricains sont ainsi entrés en territoire philippin dans plus de 25 provinces depuis l’entrée en vigueur du VFA en 1999. Ils sont arrivés dans plus de 78 vaisseaux et flotilles de la marine usaméricaine, comptant des porte-avions avec des armes nucléaires, des croiseurs, des sous-marins –tout cela en violation flagrante de la Constitution des Philippines qui interdit l’entrée d’armes nucléaires dans une partie quelconque du pays.

Le VFA est la plus grave anomalie dont souffrent nos relations étrangères aujourd’hui, 17 ans après le démantèlement historique des bases militaires usaméricaines en 1992. C’est un document éhonté à sens unique, puisqu’il n’est pas réciproque. Il va à l’encontre de la disposition constitutionnelle des Philippines qui prévoit « une égalité de la protection légale» par le simple fait qu’il assure des droits et privilèges spéciaux à des forces armées étrangères sur le territoire des Philippines. Le VFA a été une indignité envers notre peuple, un travestissement pour nos droits et notre État de droit. C’est pourquoi les Philippins de tous les milieux, partout dans le pays, continuent à manifester contre le soi-disant traité. Il nous rappelle que nous ne sommes pas encore vraiment souverains sur notre propre territoire en tant que nation.

Le VFA est par conséquent un mauvais exemple pour les autres accords militaires proposés ou en instance avec les autres pays tel que le Statut philippino-australien de l’Accord des forces en visite qui est toujours en examen au Sénat, ou les projets d’accord avec Singapour et la Nouvelle-Zélande. Ces derniers utilisent ostensiblement le VFA avec les USA comme modèle. 

Le VFA est-il légal et constitutionnel ?

Il est clair que les décisions de la Cour Suprême en 2000 et 2009 sur le VFA ne permettent que des exercices militaires conjoints comme Balikatan (épaule contre épaule), ainsi que des exercices d’entraînement de petites unités mixtes. Elle n’accorde pas de droits pour la construction de bases ou d’installations pour des forces US de passage en visite aux Philippines. Elle n’autorise pas non plus les forces US à prendre part à des opérations de contre-insurrection dans le pays.


Protestation contre le VFA, 2008



Droit d’établir des bases ou privilèges

Cependant, depuis 2003, les documents budgétaires du Congrès US ont fait référence à l’installation de « bases opérationnelles avancées » aux Philippines. Ceci a été méticuleusement exposé par le chercheur Herbert Docena dans plusieurs de ses articles parus dans Focus on Global South (Docena, 2006). Les installations du Corps Expéditionnaire Conjoint des Opérations Spéciales US aux Philippines (U.S. Joint Special Operations Task Force-Philippines), qui est maintenant déployé tout au long de l’année dans le pays, ont été renforcées par le Département de la Défense US qui a signé un contrat de sous-traitance avec la société US de défense Global Contingency Services LLC d’une valeur de 14,4 millions de dollars (=10 milions €)) pour le « développement d’une base » à Mindanao. Ces installations qui ont été construites sont décrites par des documents officiels usaméricains et dans leur lexique pentagonien comme des « bases opérationnelles avancées », plus particulièrement celles qui ont été installées dans plusieurs régions de Mindanao, à l’intérieur des camps de l’armée philippine. En effet, celles-ci sont des bases opérationnelles permanentes établies pour le soutien, le renseignement et l’entraînement, et ce, dans le but de soutenir les Philippines dans les opérations de contre-insurrection. Ceci est-il vraiment autorisé par les dispositions du VFA et par la Cour Suprême des Philippines ?   

Rôle dans les activités contre-insurrectionnelles

Les Philippines, sous couvert des exercices Balikatan, sont en train d’être utilisées comme un laboratoire pour tester les dernières tactiques et stratégies US de contre-insurrection, et qui seront, par la suite, utilisées dans d’autres interventions militaires US dans d’autres pays. Ceci comprend l’ « approche développement – sécurité » dans la contre-insurrection. 

Le rôle traditionnel de l’armée US dans les opération outre-mer comprend « l’entraînement de petites unités des forces locales, initiatives d’action civile et guerre psychologique ». Cependant, il y a aussi les opération « non-conventionnelles » qui sont mises en œuvre en conjonction avec des agences qui s’occupent de l’assistance au développement comme l’USAID et à travers d’autres canaux comme l’Institut US pour la Paix (U.S. Institute for Peace), la National Endowment for Democracy (Fondation Nationale pour la Démocratie - NED), etc. 

Le Général T. Galvin de l’armée US a témoigné dans des auditions au Sénat US que même des Forces Spéciales US sont utilisées dans l’« action directe », y compris « des activités de commandos composés de petites unités », où « la rapidité et la surprise » sont la règle, sinon, ils travaillent en tant qu’assistants à la sécurité, dans le renseignement de combat et dans les communications ».(Galvin, 1987). Aussi, dans le cadre du Décret spécial n° 12333, émis par le Président des USA depuis les années 1980, elles peuvent [les Forces Spéciales] s’engager dans des « activités spéciales » décrites comme chirurgicales et secrètes, au-delà de l’entraînement de forces gouvernementales locales en tant qu’Equipes Mobiles d’Entraînement (Mobile Training Teams – MTT).       

Aujourd’hui, la présence militaire US aux Philippines s’appuie beaucoup sur l’intervention militaire à travers ses Forces d’Opérations Spéciales (Special Operations Forces – SOF), ses organisations de services de renseignement, la CIA et d’autres agences de renseignements secrètes telles l’Agence Nationale de Sécurité (NSA) et le FBI, qui jouent un rôle crucial. Les autres agences comprennent l’Agence de Développement International (USAID) et le Corps de la Paix (Peace Corps) qui se spécialisent dans l’« approche des cœurs et des esprits », en utilisant l’aide soi-disant humanitaire ou non-mortelle. Les actions secrètes comprennent la guerre non-conventionnelle, les opérations de renseignement et les opérations psychologiques (psy-ops) dans des zones cibles telles que les communautés vivant dans les régions reculées et suspectées d’être « contrôlées ou influencées par les insurgés ». Leurs activités fournissent les éléments fondamentaux pour le soutien aux opérations locales de contre-insurrection.  

En vertu du VFA, « le personnel civil US dirigé par le Département de la Défense US » bénéficie de droits et privilèges spéciaux tout comme leurs collègues militaires en uniforme. Leur gamme d’activités comprend l’action économique, civile, militaire, diplomatique et politique, visant toutes à atteindre l’objectif politique/psychologique (psy-ops – opérations psychologiques) pour la suppression de la base de soutien d’un mouvement et la destruction de sa crédibilité et influence, et tout cela pour soutenir les objectifs usaméricains. Les missions d’action humanitaire ou civile, traduites sur le terrain sous forme d’équipes de soins médicaux/dentaires (MEDCAP), qui, prétendument, travaillent pour satisfaire les besoins humanitaires, sont, en effet, destinées à infiltrer les infrastructures politiques locales et atteindre les objectifs des opérations psychologiques. C’est ce que les manuels usaméricains de contre-insurrection disent sur ces « outils non-mortels » de contre-insurrection et sur les buts de ces activités (United States Army, 1975).   

C’est également pour cela que l’on voit les agents de renseignement et les spécialistes de la contre-insurrection US se promener librement, sous couvert du VFA, au Quartier Général des Forces Armées des Philippines à Quezon City et dans d’autres camps des Forces Armées des Philippines. Ils fournissent des renseignements opérationnels importants et assurent un soutien en communications/ logistique à des unités, grandes et petites, engagées dans des opérations de contre-insurrection. 

Examinons le rôle réel des « missions humanitaires » du Département US de la Défense. Pendant la Guerre philippino-usaméricaine [1899-1913], le Général Arthur McArthur (père du Général Douglas McArthur, qui a servi dans l’Armée US pendant la « pacification » des Philippines) a fait la déclaration franche suivante devant le 57e Congrès des USA :

« L’un de mes objectifs était d’améliorer les routes seulement pour des buts stratégiques. J’ai obtenu 1 million de dollars en or pour ce faire. L’avantage secondaire qui a pu en résulter pour la communauté a été, bien entendu, une conséquence de la nécessité militaire. Ma vision était de construire des routes praticables en toute saison, de telle façon qu’en rassemblant des troupes dans des points centraux et en connectant le poste avancé au télégramme, on pourrait se déplacer rapidement du point de rendez-vous aux extrémités, et du coup, éviter l’éparpillement [des forces] sur plusieurs postes ».  

Les Marines et les Forces d’Opérations Spéciales US sont, en effet, en train de faire du renseignement opérationnel et des opérations psychologiques, puisqu’ils mènent, aujourd’hui, des actions civiles et d’installation d’infrastructures ainsi que des « missions humanitaires » avec le personnel de l’USAID dans plusieurs régions du pays sous le couvert du VFA. En même temps, la Commission philippine du VFA, qui a été créée, soi-disant, pour superviser la mise en application des dispositions du VFA, y compris la surveillance de violations, est devenue le plus grand défenseur de cet accord si onéreux, tandis qu’elle couvre en permanence même les violations les plus manifestes de cet accord par les forces US. 

Résistance au VFA

Les gens de Mindanao, et plus spécialement les habitants de la Région autonome en Mindanao musulmane, mènent une campagne permanente pour arrêter l’intervention militaire US, qu’elle soit ouverte ou clandestine, dans le conflit intérieur, chose qui a seulement compliqué la situation dans la deuxième plus grande île des Philippines. Récemment, les habitants de la région de Bicol ont remporté une victoire tactique dans leur lutte contre la restauration des forces armées US en les forçant à retirer 6000 soldats et en les obligeant à envoyer seulement 100 membres de l’armée US pour effectuer des « missions humanitaires » dans le cadre des exercices Balikatan. BAN Balikatan (Bicol contre le Balikatan) et SUMABA KA (Parlez !!!) ou le  Sorsogon United Movement for Peace Against Balikatan (le Mouvement Uni de Sorsogon pour la Paix contre Balikatan) ont forcé, avec succès, le retrait des manoeuvres BK 09 sur une position défensive. Une caravane des gens de la région qui a parcouru toutes les provinces de Bicol, a exposé aux gens la forte résistance des citoyens contre le VFA qui est en train d’être utilisé comme un camouflage pour l’intervention US dans la contre-insurrection et pour la restauration de droits d’établir une base de facto dans le pays.  

Le peuple philippin saura mobiliser la volonté et la détermination pour chasser les troupes étrangères de notre territoire, comme ils a déjà su le faire pour démanteler les bases militaires US en 1991.


Balikatan 2009, la Professeure Jocelyn Bisuna, BAN Balikatan 

 

Photos sur la mobilisation contre Balikatan à Bicol, janvier 2009. Cliquer sur les images pour les agrandir.

Lambaton-Bikol-5 par BAN Balikatan Lambaton-Bikol-4 par BAN Balikatan Lambaton-Bikol-1 par BAN Balikatan Lambaton-Bikol-2 par BAN Balikatan Uncle-Sam-going-to-Bikol par BAN Balikatan Starting-point-in-San-Roque par BAN Balikatan Masbate-March-8-4 par BAN Balikatan Masbate-March-8 par BAN Balikatan

 
 
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Plus de photos ici

Sources:

Docena, Herbert (2006). Unconventional Warfare. Focus on the Global South. Also see Docena, Herbert, At the Door of the East (The Philippines in United States Military Strategy).

Galvin, T. General (1987). Testimony before th US Senate Committee on Armed Services. Feb. 23, 1987.

United States Army, (1975). Guide for the Planning of Counterinsurgency. Department of the Army, Washington, DC.


Source : Bulatlat-Ten Years of the VFA: An Assessment

Article original publié le 30/5/2009

Sur l’auteur

Omar Mouffok et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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ZONE DE TYPHONS: 16/09/2009

 
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