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14/12/2017
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Afus deg ufus, taâkemt ad tifsus

Tlaxcala s’ouvre à la langue amazighe (berbère)


AUTEUR:  Omar MOUFFOK ÚãÑ ãæÝÞ


La langue amazighe (berbère), appelée par la plupart de ses locuteurs tamazight, est la langue originelle des populations amazighes d’Afrique du Nord. Parlée dans plusieurs régions, de l’oasis de Siwa (ouest de l’Égypte) à l’Océan Atlantique, au Maroc et en Mauritanie, en passant par la Libye , le sud de la Tunisie , et les régions montagneuses ou bien désertiques de l’Algérie, du Niger et du Mali, avec pour chaque région, un dialecte particulier, cette langue reste la langue maternelle de plusieurs millions de personnes (de 20 à 30).

La langue amazighe appartient à la grande famille de langues dites afroasiatiques, dont font également partie les langues sémitiques (arabe, hébreu, araméen, langues éthiopiennes, etc.), l’ancien égyptien et le copte, le haoussa et le somali. C’est l’une des rares langues africaines qui possède un alphabet propre, il s’agit de l’alphabet tifinagh. Utilisé dès le VIe siècle avant J.C., cet alphabet est toujours en usage chez les Touaregs du Sahara, et les Amazighs le considèrent encore aujourd’hui comme le symbole de leur langue et de l’ancienneté de leur culture.

L’amazigh a été la langue la plus ancienne parlée en Afrique du Nord, mais après la conquête musulmane, à partir du VIIe siècle après J.C., et surtout, avec la venue des tribus arabes nomades des Banu Hilal, à partir du XIe siècle après J.C. grand nombre d’Amazighs ont abandonné leur langue et adopté l’arabe. Au cours des siècles, elle a perdu la plus grande partie de son terrain, et aujourd’hui, bien qu’elle soit encore parlée dans de nombreux endroits, il convient de dire que ces derniers sont, en effet, des îlots où elle survit, et où elle reste plus ou moins menacée.

Les dialectes de la langue amazighe sont presque aussi nombreux que les régions où elle est encore parlée. Cependant, malgré les distances géographiques, parfois importantes, qui séparent les dialectes entre eux, l’isolement de certains dialectes et le manque de communication en langue amazighe entre les locuteurs des différents dialectes, il est plus ou moins facile pour les amazighophones de se comprendre entre eux avec leur langue.

C’est à partir des années 1940 que les amazighophones ont commencé à prendre une réelle conscience de la nécessité d’une revitalisation de leur langue, culture et identité. Les premiers nationalistes algériens, à l’image de Idir Aït Amrane, en Algérie, ont composé et écrit en amazigh, plusieurs hymnes et chants patriotiques en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Dans les années 1960, Mouloud Mammeri rédigea et publia la « Tajerrumt », première grammaire amazigh (de kabyle), entièrement écrite en langue amazighe. Il accompagna son ouvrage d’un petit glossaire de néologismes amazighs. Dans les années 1970, Mammeri, en compagnie de quelques-uns de ses étudiants, compilèrent un lexique d’amazigh moderne, recueil de plusieurs centaines de néologismes, nécessaires pour le développement et la modernisation de la langue. Dans le même temps, les populations amazighes de plusieurs régions, surtout en Kabylie (Algérie), ont commencé à revendiquer le droit de la langue amazighe à une reconnaissance officielle.

Les évènements d’avril 1980 en Kabylie (le « Printemps berbère »), durant lesquels la police algérienne a attaqué des étudiants suite à l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne, ont été le déclencheur d’une lutte plus étendue pour la reconnaissance de l’amazigh. A partir de cette date, d’innombrables marches et manifestations ont eu lieu, aussi bien en Algérie qu’au Maroc, pour revendiquer la réhabilitation de la culture amazighe. En 1994-1995, presque toutes les écoles de la Kabylie ont boycotté l’année scolaire et les enfants kabyles n’ont pas étudié pendant un an, pour demander à l’État algérien d’introduire la langue amazighe à l’école algérienne, afin qu’elle y soit enseignée comme toutes les langues.

L’État algérien a fini par accepter l’introduction de la langue à l’école, et a créé un Haut Commissariat à l’Amazighité, institution étatique qui s’occupe de la culture amazighe. Au même moment, au Maroc, le mouvement militant pour la revendication de la langue amazighe, s’étendait et se renforçait. En 2001, l’État marocain crée l’IRCAM (Institut royal de la culture amazighe), et après une période de troubles en Kabylie, ainsi que dans certaines régions des Aurès, la langue amazighe est enfin reconnue comme langue nationale en Algérie, en 2002.  

Cependant, malgré cette reconnaissance officielle en Algérie, et un début  de reconnaissance au Maroc, l’enseignement de la langue amazighe dans ces deux pays reste insuffisant : le nombre d’écoles dans lesquelles elle est enseignée reste marginal et la qualité de l’enseignement est souvent médiocre, aussi bien au Maroc qu’en Algérie. L’utilisation de la langue amazighe dans les radios et les télévisions nationales de ces deux pays est accessoire, et il n’y a pas encore de chaîne de télévision amazighophone basée en Afrique du Nord. De plus, cette langue, qui reste encore principalement orale, n’a pas beaucoup de publications, et la majorité des amazighophones, mêmes lettrés, n’écrivent pas et ne lisent pas en leur langue, mais utilisent l’arabe ou d’autres langues pour lire ou communiquer par écrit.

Par conséquent, malgré le nombre important d’amazighophones dans certains pays (par ex. plus de 30% au Maroc et plus de 20% en Algérie), la langue amazighe reste une langue minorée et vulnérable. Même si la plupart des gens, y compris des intellectuels et linguistes amazighs ne le réalisent pas, la langue amazighe ne tardera pas, dans la situation dans laquelle elle est actuellement, à faire partie des langues menacées.



Signalisation bilingue à l'entrée de Kidal (Mali). Sur le côté gauche du rocher, Kidal est transcrit en caractères tifinagh

Le relatif isolement culturel qui lui permettait de survivre et qui a permis à ses différents dialectes de se maintenir jusqu’à nos jours est en train de prendre fin. Les autoroutes passent partout et les villes situées près des montagneuses ou désertiques ou dans celles-ci grandissent et attirent aussi bien les montagnards que les gens étrangers à la région, et qui ne parlent pas la langue autochtone, et il est bien connu qu’en Afrique du Nord, la « langue de la ville » n’a jamais été l’amazigh, mais l’arabe. D’ailleurs, dans les deux derniers siècles, la langue amazighe a disparu de plusieurs régions d’Algérie où elle était déjà une langue très vulnérable (régions où il ne restait que quelques rares villages amazighophones au milieu de villages arabisés). Aujourd’hui, le processus continue, et risque de fragiliser même les dialectes les plus importants. C’est pour cela que les amazighophones doivent prendre plus conscience de la menace qui pèse sur leur langue.


Panneau de bienvenue trilingue (arabe, tifinagh, français) à Isser en Kabylie (Algérie)

Aujourd’hui, alors qu’on est à une époque où de nombreuses langues sont menacées d’extinction, et que, selon l’UNESCO, toutes les deux semaines une langue disparaît dans le monde, les amazighophones doivent prendre conscience que, malgré la minoration de leur langue, chacun d’entre eux doit faire un effort pour la préserver et la promouvoir, et ce, d’abord en la parlant, bien sûr, mais aussi et surtout en l’écrivant et en la lisant.

Exemples d'inscriptions amazighes transcrites en arabe, dans l'oasis de Boussemghoun, à 90 km d'Aïn Sefra (sud-ouest de l'Algérie):

Entrée du Café du Ksar: El Kahouwa edh lataï (Café et thé en tamazight)

Ouffough – Khourouj (Sortie )



T'madalt nath Tebboun : « Petite place des Tebbboun » (Les Tebboun sont une grande famille de Boussemghoun).

Tazaqa Tamallalt : La Salle blanche de la Zaouia




La langue amazighe chez Tlaxcala : pourquoi et comment

Tlaxcala, réseau militant international de volontaires, qui activent pour la diversité linguistique dans le monde, a décidé de créer une section amazighe sur son site web. Le sité a été lancé le 21 février 2006 (En 1999, le 21 février a été déclaré Journée Internationale de la Langue Maternelle par l’UNESCO. Ce même 21 février, en 1952, cinq étudiants de Dacca avaient donné leur vie afin que le Bangla soit nommé langue officielle dans ce qui était à l’époque le Pakistan oriental, et qui est devenu le Bangladesh après la guerre de libération). Le site a publié 8000 articles de plus de 1000 auteurs , traduits dans plus de 13 langues du monde entier. Les animateurs de ce site, qui travaillent en réseau coopératif,  veulent étendre les activités de Tlaxcala au plus grand nombre de langues possibles, afin de contribuer à la sauvegarde des langues menacées et à la préservation de la diversité linguistique dans le monde.

En attendant la création de cette section sur notre site, dont nous sommes en train de préparer une nouvelle formule plus performante et plus attrayante, nous avons créé un blog pour y publier toutes nos traductions en tamazight (une trentaine pour l’instant) : http://takelsertit.pbworks.com . On y trouvera des traductions d’articles d’information et d’analyse sur la Palestine et Israël, l’Afghanistan et le Pakistan, les USA et le Honduras  ou les Philippines et d’autres thèmes brûlants d’actualité. On pourra aussi retrouver certaines traductions en tamazight dans la section OTHER LANGUAGES de notre site, qui héberge provisoirement les langues ne disposant pas de leur propre section.

Nous, amazighophones, avons une langue qui a besoin d’être parlée, mais également écrite. Écrire notre langue ne signifie pas seulement écrire des proverbes, des petits contes et des poèmes, mais également rédiger des articles d’analyse et de recherche et des ouvrages abordant divers thèmes et sujets, et en particulier, des thèmes modernes. Ceci reste indispensable : nous ne devrions pas confiner notre langue dans une « coquille » où elle ne soit utilisée que pour l’expression orale ou la littérature populaire et la chose traditionnelle, mais également pour exprimer des idées et des réflexions modernes, sur les sujets les plus divers. L’initiative d’ouvrir une section amazighe sur le site de Tlaxcala nous offre une opportunité pour préserver et promouvoir notre langue.

C’est pour cela que nous lançons un appel à tous ceux qui désirent et rêvent de promouvoir la langue amazighe, de contribuer à son écriture et à sa diffusion sur la toile, en traduisant des articles déjà publiés sur Tlaxcala, et à diffuser ce message pour recueillir le plus de contributeurs possible pour la section amazighe du site.  

Comme le dit un de nos proverbes : Afus deg ufus, taâkemt ad tifsus - Main dans la main, la charge sera moins lourde.

Pour conclure provisoirement, une remarque importante : il règne parmi nous à Tlaxcala un accord total sur la conception des langues comme outil de communication universelle et d’ouverture, et non comme outil de repli ou comme  ghetto. Les langues sont trop souvent des murs, nous voulons en faire des ponts. Appliquée à la langue amazighe, cette conception progressiste implique que nous serons amenés à réaliser un travail à la fois de collecte et d’innovation lexicographique pour parvenir à établir une langue écrite panamazighe, c’est-à-dire compréhensible par la plus grande partie des amazighophones de par le monde. Ce travail nécessitera la coopération de toutes les personnes compétentes, auxquelles nous lançons un appel pour qu’elles participent à cette aventure nécessaire.

Nous contacter à : amastan08@yahoo.com

Lisez le MANIFESTE DE TLAXCALA en TAMAZIGHT ! 


Panneau STOP à Nador (Maroc) en arabe et berbère, apparu le 29 avril 2003 et disparu durant la nuit.


Source : l'auteur

Article original publié le 24 septembre 2009

Sur l’auteur

Omar Mouffok est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet artikcle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 28/09/2009

 
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