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14/12/2017
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Héro$ de notre temps (2)

L’affaire Wonterghem, un golden boy vraiment en or-Fable morale à l’usage du G20


AUTEUR:  Michel PORCHERON


« La lecture du journal est la prière du matin de l’homme moderne »
Friedrich Hegel (1770-1831)

Vous n’avez jamais entendu parler de lui.
Vous lisez pourtant chaque jour votre quotidien préféré, vous écoutez et voyez en boucle, votre radio et chaînes TV préférées sur la TNT, le satellite ou le câble. Et vous ne savez rien d’Yvon Wonterghem. Un héros. Ou plutôt un antihéros.

Vous êtes pourtant habitués à lire ou à entendre : « On n’a pas fini d’en parler ». Au sujet de tout et de n’importe quoi. « On n’a pas fini d’en parler ».    
Pour une fois, nous allons remiser cette sacro-sainte formule au profit d’une autre nettement moins en vogue : on n’a pas commencé d’en parler (1), donc parlons-en.  

Après douze mois de mauvaises nouvelles, vous êtes aussi fatigués que nous d’apprendre de manière martelée que la planète ne tourne plus rond. Et pas que la planète, votre gouvernement, votre voisin de palier, vous-même vous mangez peut-être des ronds de chapeau. Vous êtes près de la crise de nerfs. Vous sentez que l’anxiété vous gagne. Ainsi que des douleurs musculaires, une irritabilité inhabituelle, une sensibilité anormale au bruit et pire, aux contacts physiques.


 kap

A peine étiez-vous remis de la destruction presque instantanée des deux tours du WTC, avec ces tonnes et ces millions de tonnes de détritus et d’émotions, rappelez vous ça remonte à il y a 8 ans, que la chute, il y a juste un an, de Lehman Brothers,  vous a fait rechuter. Dans la foulée, les Bourses mondiales s’effondraient et la planète était saisie de vertige, la secousse est terrible, ce qui a fait que vous vous êtes jetés sur votre armoire normande à pharmacie. 
Il faut consulter. Parlez-en à votre médecin.
 
En attendant ce rendez-vous hypothétique, tellement les salauds de grippés squattent les salles d’attente, Tlaxcala, en la personne de son éditeur, un perspicace, a demandé à son reporter Albert Fitzgerald Hallondon de partir en voyages de bonnes affaires. Pour vous remonter - même provisoirement - votre moral que vous avez dans les chaussettes. Il revient avec trois  histoires époustouflantes. Il a rencontré des gens bien. De très solides enquêtes, des interlocuteurs courageux, des témoignages percutants : toutes les facettes de la belle histoire, celle qui revigore. A partir de cas concrets, il prouve qu’il y a de quoi espérer. Vous prendrez bien un petit remontant n’est-ce pas ?

Vous ne voulez plus d’histoires de banques, de paradis fiscaux, d’évasion fiscale, vous ne croyez plus en rien, surtout depuis que vous avez lu que -- puisque on ne peut rien changer --  pourquoi pas changer les instruments de mesures qui ont révélé à la face du monde l’ampleur de la catastrophe. « La révolution statistique mondiale » vous laisse de glace, c’est vous dire. Il parait qu’on mesurera plutôt votre « bien-être », votre bonheur (sic). A mort le PIB. Au point que not’ président français « surfe aujourd’hui sur la mode de la bobo-décroissance. Cela dédouane de toutes les contre-performances à venir », écrit Pierre-Antoine Delhommais qui dans Le Monde du 20/21 septembre ajoute : « Il aura fallu que cinq Prix Nobel et une bonne vingtaine d’experts travaillent d’arrache-pied pendant de longs mois pour arriver à la conclusion que la richesse ne fait pas le bonheur. Ce que la sagesse populaire avait établi depuis longtemps ».  
 
Cela étant, si vous vous attendez, avec notre première histoire époustouflante,  à une exclusivité mondiale  sur comment sauver le monde, voire l’expliquer(2),  à lire du prêt-à-penser, un magistral, doctoral et péremptoire scoop analytique, de quoi vous faire tomber à l’inverse, mais conscient, au moins le temps de vous interroger « comment n’y a-t-on pas pensé avant ? », cette histoire n’est pas pour vous. 
Rien à voir non plus avec cette exclamation lancée, peu avant (cinq minutes) la fin d’une épineuse énigme, par un inspecteur de l’époque de la lucarne en noir et blanc : « Bon sang mais c’est bien sûr » Mais qui était donc cet inspecteur ? Bourrel, Mesdames et Messieurs, bon sang mais c’est bien sûr. 
Non, non, pour les réponses à tout, en France, il y a un mensuel pour ça, avec actuellement une promo pour un abonnement de 12 mois. Son titre : « Réponses à tout ». Il fallait y penser. 

C’est bien vrai, nous l’avons vérifié, c’est fou ce qu’on découvre chaque jour. Dans votre journal (ou journal en ligne), tenez, les journalistes ne parlent que des trains qui déraillent ou que de l’homme qui a vu l’homme qui a mordu un chien. Il est bon de rappeler l’axiome fondateur du journalisme répété dans toutes les écoles : « Un chien qui mord un homme, ce n’est pas une information ; un homme qui mord un chien, voilà une information intéressante ». 

Mais encore M. Albert F. Hallondon ? J’y viens. 
Que des archéologues annoncent mercredi 9 septembre la découverte au fond d’une grotte, à l’ouest de Jérusalem, d’un trésor de pièces d’argent frappés lors de la dernière révolte contre les Romains au II siècle après J.C, la nouvelle ne peut, aussi brièvement, à elle seule, constituer la base d’une histoire époustouflante.

Pas époustouflante non plus cette nouvelle de cette conseillère de banque qui a découvert sur le compte d’une cliente de Bordeaux (source : Sud-ouest) un découvert de 3,81 euros et qui a enclenché une procédure comminatoire, par pli recommandé avec accusé de réception : « Il ne nous est malheureusement plus possible de maintenir la facilité de caisse dont vous bénéficiez » (300 euros, ndlr). Magnanime, dans sa grande bonté, la banque (la Société générale) poursuit : nous sommes à votre disposition « pour envisager la mise en place d’une nouvelle facilité de caisse ». Sauf que la banque ne veut  pas prendre de risque inutile et excessif. La dite nouvelle facilité de caisse, précisa la conseillère,  sera d’un « montant maximum de 0 (zéro) euro ». Et cerise sur le gâteau : il est annoncé à la cliente qu’elle doit contacter le plus rapidement possible, sinon « votre nouveau contrat de facilité de caisse sera résilié ». Qui a dit que les banquiers ne s’occupaient pas de leurs clients ? Là n’est pas non plus notre histoire époustouflante. Des histoires de ce genre tout le monde a en au moins une en mémoire.  

Pas plus que celle selon laquelle,  le grand chanteur Enrico Macias ne se serait pas rendu compte tout de suite qu’il avait perdu 20 millions d’euros, ses sous accumulés pour sa retraite. Il avait cru bon de trouver une solution soi-disant idéale : mettre sa petite fortune dans un endroit calme, bien abrité, inhabituel, assez loin des braqueurs internationaux : une banque en Islande, avec coffres blindés. A Paris, une information judiciaire vient d’être ouverte pour tenter de retrouver les fonds placés par le chanteur, qui se morfondent peut être dans un container, une benne roulante ou un wagonnet tous blindés. Entretemps, il est vrai, la « crise » était passée par là. On n’est à l’abri nulle part.

L’auteur et l’interprète mondialement connu des « Gens du Nord »  aurait du s’inspirer de notre première histoire époustouflante qui a pour décor le Nord de la France (on évitera toute mention genre Les Ch’Tis, beurk …). Pas de banque, pas de banque du tout, pas de paradis fiscal, pas de compte en Suisse. Juste une histoire de vieille boîte à biscuits.  


Attention, nous le répétons, cette histoire époustouflante ne (dé)montre pas la moindre faille du système capitaliste, du capitalisme non plus, pas plus qu’elle ébaucherait le moindre début d’un commencement d’une tentative d’essai de premières prolégomènes post-capitalistes. On vous aura avertis. Pas plus que vous n’y trouverez aucun canular poilant visant à mettre au jour les sales pratiques capitalistes et ses effets dévastateurs, genre suicides à répétition comme c’est le cas chez l’ancien seul opérateur national français, France-Télécom. Son PDG depuis 4 ans s’appelle  Didier Lombard, né le 27 février 1942. 

Souvenez-vous, on voulait moraliser le capitalisme, on veut aujourd’hui lui donner un visage humain. Et le héros Yvon Wonterghem dans tout ça ? On y est. 

Ca a débuté comme ça.  Ou à peu près.

C’est l’histoire d’un mec, qui modestement est un modeste gérant (gérant associé ou responsable, ou père du gérant selon les sources) d’une boutique Bricolerama (le nom a été changé) à Saint-André-lez-Lille, dans l’agglomération de Lille, comme son nom l’indique. Trois fois par semaine il est obligé – la routine- de ramasser les détritus, les déchets, les sacs poubelle, plastique, vieux objets,  qui gisent autour de sa benne (à ordures), laissés là par des personnes peu scrupuleuses, qui se servent de cet endroit comme d’une décharge sauvage.

 
Yvon et son container à malices

Yvon Wonterghem, 57 ans,  est fatigué de jouer l’éboueur, surtout le week-end. Trop d’immondices qui jonchent le sol dans les abords de l’arrière de son vaste magasin.

 « Deux ou trois fois par semaine, je fais le tour de notre magasin qui se trouve dans une zone d’activités un peu isolée. A l’arrière du magasin, on a notre benne que nous remplissons avec nos propres détritus. Des gens prennent l’endroit pour une décharge. Quand je peux identifier les sociétés, les commerces ou mêmes  les particuliers qui déposent leurs ordures, la police municipale leur envoie des PV et fait enlever tous ces déchets qui n’appartiennent pas à l’enseigne » (Bricolerama) ».
Samedi 29 août, jour de week end, les immondices forment un tas plus important  que d’habitude. Pour Yvon Wonterghem c’est trop. « Sans savoir pourquoi, j’ai donné un coup de pied machinalement dans un sac poubelle, qui a glissé en faisant un net et curieux bruit de ferraille  ».

A l’autre bout de l’agglomération, un vieux couple de retraités octogénaires, Gustave et Louise Gilloteau (les noms et prénoms ont été changés) a du laisser sa maison.
Le couple battait de l’aile, oh non pas leur union, leur santé, surtout celle de Gustave, hospitalisé, après plus de 50 ans de travail, surtout dans le Nord ça vous plombe un homme. Louise, femme au foyer, ne pouvait plus s’occuper du sien. Il fallut donc qu’ils déménagent, avec la perspective de la maison de retraite, avec ses mensualités  budgétivores.     

Leurs enfants se chargèrent de vider chaque pièce de ses meubles, la cuisine des appareils ménagers. Ils entassent les vêtements  dans quelques valises.
M et Mme Gilloteau avaient économisé sous après sous. Quand vous êtes petites-gens  un sou est un sou, un franc est un franc, un euro un euro, le billet les billets durement gagnés vous les gardez avec vous, ça rassure, vous ne les confieriez à personne à aucun prix. Vous n’avez pas appris ça en lisant le feuilleton de « la crise » tous les jours, mais vos parents faisaient de même, ils allongeaient leurs biffetons dans des napperons qu’ils glissaient entre deux draps dans leur armoire de famille.
 
Les Gilloteau avaient fait le choix dit-on de consacrer une boîte en métal à chaque type de dépenses, oh pas une collection de boîtes, un petit nombre seulement, chez ces gens-là Monsieur, on a les dépenses que permettent  de maigres revenus, Alimentation, Vêtements, Impôts, EdF, mais Loisirs non.  Et dans une autre, chaque fin de mois, les économies, ce qu’il restait une fois tout payé.
Chez ces gens-là Monsieur, on ne dépense pas plus que ce qu’on gagne. Mois après mois, années après années, la boîte était changée de temps en temps, pour une à peine un peu plus grande. De la grande boîte d’allumettes, ils étaient passés à celle pour chocolats et il y a quelque temps à une boîte à biscuits.
C’est que les Gilloteau ont toujours aimé les biscuits, les petits-beurre, les tuiles, les gâteaux sec ou faits maison, tous dans leurs boîtes en métal, en fer.  On venait les visiter pour qu’ils donnent leur « truc » pour bien conserver les biscuits. Chacun notait la même formule simple pour que vos biscuits croustillent plus longtemps : choisir une bonne vieille boîte en fer, placer au fond de la boîte des grains de riz, remplir la boîte sans entasser les biscuits de façon qu’ils ne soient pas écrasés, un peu d’air doit passer entre les biscuits. Avec le temps, les grains de riz vont absorber l’humidité qui fatalement petit à petit va pénétrer.  Changer les grains de riz si vous ouvrez souvent la  boîte. Vous ne pourrez pas ne pas remarquer que grâce aux grains de riz vos biscuits, gâteaux secs, etc…n’ont pas ramolli.

Il y a quelque temps, Gustave et Louise Gilloteau choisirent une jolie, peut être la plus jolie, boîte à biscuits, décorée de fleurs peintes en rose, vide et bien nettoyée pour la remplir de manière soigneuse et méticuleuse d’euros, toutes leurs économies : 99 860 euros, en coupures de vingt, cinquante et cent euros, réunies en liasses par de simples élastiques.  Pas besoin de grains de riz. Ils prirent la précaution de glisser sous la pile des billets bien ordonnés, un morceau de papier (une enveloppe ?) avec leur nom et leur adresse (dans la métropole lilloise). On ne sait jamais. Mais pourquoi ? A quoi avaient-ils alors pensé ?

Leur maison est maintenant vidée. Tout a été récupéré, pensent-ils, ou presque,  laissant à une ou deux personnes amies du voisinage le soin de s’occuper du bric-à-brac sans valeur(s). Les enfants donnent un dernier coup de balai. Car la famille a décidé de vendre la maison. Isabelle (prénom changé) est sur le point de fermer la maison de ses parents, après en avoir fait un dernier tour, juste pour voir que rien n’a été oublié et avoir un dernier souvenir.    

C’est à ce moment là qu’Yvon Wonterghem, parti de l’autre bout  de l’agglomération à bord de son véhicule, se présente à la porte qu’Isabelle allait fermer une fois pour toutes. A quelques minutes près, il allait perdre de vue celle qu’il recherchait. Il se présenta à Isabelle (qui s’apprêtait à partir en vacances) et lui expliqua le but de sa visite.

Quelques instants auparavant, Yvon Wonterghem, avait été plus qu’intrigué par le bruit sourd que fit son pied sur de la ferraille, croyait-il, qui en réalité n’était qu’une vieille boîte en métal. Yvon Wonterghem savait, par expérience, qu’un coup de pied donné sur une boîte en métal vide ne faisait pas ce bruit là.
Comme le couvercle de la boîte avait sauté il vit tout de suite ce qui apparaissait sur le dessus de la boîte remplie à ras bord…Il crut rêver. Il en fit un rapide inventaire, plongeant la main dans la boîte en métal avec des fleurs peintes en rose.  Un véritable trésor, une caverne d’Ali Baba. Il allait enfin pouvoir s’acheter le camping-car de ses rêves. « J’ai toujours rêvé d’en avoir un. Je me suis dit : mon camping-car je l’ai dans les mains ». C’est que sur le moment, Yvon Wonterghem pensa à un butin perdu d’un obscur trafic de drogue, comme on en cause souvent dans le  journal.
Mais le rêve, la tentation ne dura pas. « Quand j’ai ouvert, il ne m’a pas fallu longtemps pour calculer que le magot s’élevait au prix d’un bon camping-car. Mais très vite une lumière rouge s’est allumée dans ma tête. J’ai aussitôt remis le camping-car dans la boîte ».
Mais alors quoi ? Il a pense à de l’argent épargné. « Les billets étaient bien trop rangés, comme un philatéliste le ferait de sa collection de timbres », a-t-il rigolé. En fouillant mieux, un peu plus tard, « j’ai trouvé mais au fond de la boîte trois enveloppes renfermant encore quelques autres billets. Et sur l’une d’entre elles, figuraient un patronyme et une adresse de personnes habitant dans un lieu de la région ».

Yvon Wonterghem  monta immédiatement dans son véhicule, direction l’adresse en question. Après avoir pris soin de placer la boîte à magot dans le coffre-fort de sa boutique. Arrivé à la maison de M et Mme Gilloteau,  Yvon Wonterghem interroge Isabelle : « Je lui ai demandé s'ils étaient en train de déménager, s'il ne leur manquait rien et quel était le prénom du monsieur habitant ici (figurant sur l'enveloppe). »

Une fois certain qu’il parlait bien à la fille de M et Mme Gilloteau, il raconta tout en détail à Isabelle. Laquelle confessa qu’elle connaissait l’existence de cette boîte à biscuits avec des fleurs roses, mais ignorait totalement que ses parents, depuis plusieurs années,  y avaient glissé leur fortune. Elle apprit à ce moment que dans leur tirelire très spéciale, leur cagnotte ses parents avaient accumulé 99 860 euros. Comment et quand ils avaient changé leurs anciens francs puis leurs francs en euros, des vrais ? L’histoire ne le dit pas.

Yvon Wonterghem lui proposa de monter dans son véhicule pour voir de visu la boîte à biscuits à l’abri dans son coffre fort de magasin. La surprise d’Isabelle fut  énorme : «  Je savais que la boîte existait mais je suis vraiment étonnée que mes parents aient conservé autant d'argent liquide. Je conçois que ça paraisse incroyable. » 

A la demande d’Isabelle, la boîte à biscuits et son contenu qui ont quitté le coffre de Bricolerama, dorment « aujourd’hui en lieu sûr », à la demande d'Isabelle, sans plus de précisions : « Mes parents ne pouvaient évidemment pas la garder, moi je partais l'après-midi même en vacances. J'étais paniquée, je ne pouvais pas me mettre en route avec tout ce liquide ! » Et d'ajouter à l'intention d'Yvon Wonterghem: «  Je salue son honnêteté intégrale, je lui dois une reconnaissance éternelle, je ne savais pas qu'il existait encore des hommes comme ça ! Il est notre providence » Son bienfaiteur lui a signé une reconnaissance de dette et se dit « pressé de la voir récupérer son argent. En apprenant cette histoire, quatre-vingt-dix pour cent des gens vont penser que je suis fou. Mais je me suis dit que si on me piquait mes économies pour la maison de retraite, je serais heureux, aussi, que quelqu'un me les rapporte. »

Comment la boîte à 99 860 euros a-t-elle pu atterrir près d’une benne à ordures à l’autre bout de l’agglomération, au milieu de gravats ? Abandonnée le matin même par erreur, une très grave erreur, qui aurait pu être fatale, c’est certain. Jetée par quelqu’un qui ne s’aperçut pas de son précieux contenu, certain aussi. Après tout, qui n’a pas jeté dans sa vie une vieille boîte à biscuits, réputée vide et sans vérifier ?

Isabelle raconte : «Samedi matin, on avait presque vidé la maison. J'avais demandé aux gens qui passaient, aux riverains, de prendre ce qui les intéressait pour les brocantes, comme les outils, etc.  » Pour Yvon Wonterghem «  L'un d'eux a dû abandonner, derrière le magasin, ce qu'il ne gardait pas. Visiblement il n'avait pas ouvert la boîte. »

Yvon Wonterghem n’en est toujours pas revenu. Mais il ne se voyait pas, pour une boîte à biscuits même pleine d’euros à ras bord,  dans la peau un jour d’un homme recherché par toutes les polices du territoire. « Je n'avais pas envie de m'égorger en me rasant chaque matin.»

Le témoignage d'Yvon Wonterghem, qui a trouvé 100 000 € dans des poubelles. ( Vidéo : Matthieu Millecamps)

Mais vous au fait, nous, que ferions- nous si on découvrait, à l’abri des regards, par hasard... 99 860 euros en liquide ?  Un nommé Yvon Wonterghem  y a clairement répondu. Il a rendu le magot. Sa modestie dut-elle en souffrir.
Lire chats, forums et autres commentaires est un vrai régal. Même celui qui dit que tout cela est trop beau pour être honnête ou cet autre qui en aurait pris une petite pincée au passage, « tombée du camion ». 
« Point d’argent, point de Suisse »  (on ne donne rien pour rien) l’expression n’a jamais traversé l’esprit d’Yvon Wonterghem pas plus que  « Prends l’oseille et tire-toi », insensible à ce conseil rendu célèbre par Woody Allen. Yvon Wonterghem a refusé toute récompense : «Question d'éducation et de respect », a-t-il dit. De son étonnante découverte, il ne lui reste donc que le souvenir d'avoir tenu 99 860 euros en espèces dans ses mains...pendant quelques instants seulement. Depuis, il sifflote gaiement quand tous les matins face à son miroir acquis chez Bricolerama il se rase avec un rasoir mécanique acquis avec ses sous chez Bricolerama. Honnête jusqu’au bout le Yvon Wonterghem.

Et le plus important : Yvon Wonterghem  ne s’est pas posé la question de savoir si M et Mme Gilloteau n’étaient en réalité qu’un maillon d’un vaste réseau du Nord de la France, mitoyen avec un pays étranger, la Belgique, pas très loin du Luxembourg, chargé d’accumuler en Suisses des sommes en espèces. Yvon Wonterghem n’est pas allé sonner chez M. Eric Woerth, soi-disant ministre du Budget, pour jouer les balances : la niche fiscale up to date, le paradis fiscal, très très mal en point depuis les mesures drastiques et féroces prises par le dernier G20, qui a rayé de la carte, comme on le sait, des Iles, des Principautés, des Duchés et autres Liechtenstein, aurait désormais un nouveau visage : la boîte à biscuits aux fleurs roses. 
Un couple de vieux retraités avait une fortune dans une boîte à biscuits. Et les services de M. Eric Woerth ne le savaient pas.

Mais que font donc les polices de M. Woerth et consorts ? Des fois, il vaut mieux qu’elle ne fasse rien. Car elle vient de faire ses preuves. L’autre jour, tiens toujours dans le Nord de la France, à Dunkerque, Béthune et Calais, quelques ressortissants de Slovaquie font des retraits il est vrai importants dans plusieurs distributeurs et qui plus est, la nuit tombée. Branle-bas chez les argousins qui sont convaincus qu’il s’agit d’une vaste escroquerie aux cartes bancaires falsifiées de grande envergure. Ils font le compte : 210.000 euros. Sans aucun mal ils mettent la main sur trente Slovaques qui ne peuvent leur échapper tellement ils ont une tête de Slovaques, reconnaissable entre toutes. Des dizaines de leurs vraies cartes sont saisies.
Déjà au ministère français, l’homme chargé de graver les médailles est réveillé de nuit pour rejoindre son atelier. Quelques directeurs de publications sont alertés par SMS.
Ca va barder chez les Ch’Tis. Un certain metteur en scène à succès est averti : il aura tous les ingrédients pour un « Bienvenue chez les Ch’Tis » 2. Sauf que « la razzia » qui a mobilisé des centaines de bourreman n’en était pas une. Et que nos Slovaques n’étaient en rien des pilleurs. Et les cartes sont tout ce qu’il y a de plus authentiques.  Alors quoi ? Ces Slovaques, domiciliés en Grande Bretagne, avaient été trompés par leur banque, la Barclay’s Bank qui annonçait qu’elle déplafonnait tous les retraits d’argent effectués à l’étranger. Mais, précisait plus tard la B.B,  il s’agissait d’un bug informatique. Les poulagas de la financière ont du présenter leurs excuses. 

 
Pub de la Barclay's Bank Kenya : "Grâce à vous, nous sommes au top"...


Tenez aussi, toujours dans le Nord, à Ostricourt dans la nuit de jeudi à vendredi 4 septembre, un distributeur automatique de billets (DAB) s’est volatilisé, disparu, envolé, subtilisé, après avoir été délicatement enlevé de sa cavité, de sa niche à billets,  à l’aide d’une puissante pelleteuse, on est content pour eux, mais il n’y a rien non plus d’époustouflant. C’est d’un commun …Dans le monde bancaire, que des voleurs de poules…
      
Le même jour, à chacun son boulot, un certain Brizortefeux, connu en France pour tenir le rôle de Ministre de l’intérieur, annonçait le recrutement de 4320 policiers et gendarmes (vous pouvez toujours dire que ça fait autant d’emplois crées, uniformes fournis) d’ici à la fin de l’année et la création de « cellules anti-cambriolages ». Car il s’agit d’enrayer la hausse des cambriolages, tout particulièrement de résidences principales en augmentation de 12 % depuis un an, y compris dans le Nord. Qui a dit que les gouvernants ne s’occupaient pas de leurs électeurs ?
Cela étant, nous sommes certains qu’il existe d’autres Yvon Wonterghem, près de chez vous, dans notre ville, ailleurs, loin de chez vous. Les Wonterghem potentiels n’attendent qu’une occasion pour entrer en action. Nous lançons un appel à tous les Yvon Wonterghem de la planète. Faites vous connaitre. Tlaxcala fera suivre.

Tenez, prenez le Metropolitan Museum de New York, le fameux MET. Eh bien un employé par hasard a découvert derrière d’autres tableaux oubliés dans une remise d’œuvres remisées une œuvre qui a attiré son attention. Chargé de surveiller trois fois par semaine cette partie à l’écart derrière le MET, enlevant par hasard une couche de vernis qui obscurcissait une des toiles, il a découvert un buste d’homme jeune, de trois quarts avec une veste noire et un col blanc, qui n’était autre qu’un original …du maître sévillan …Velázquez et dont on était sans nouvelles. John Wonderfulgheim monta immédiatement dans sa voiturette électrique, genre voiturette de golf, à bord de laquelle il parcourut le plus vite possible tous les couloirs labyrinthiques du MET. Il stoppa devant le bureau du directeur : « Vous n’aviez rien perdu ? » « Voilà un Velázquez inestimable qui dormait dans un de vos entrepôts ». Wonderfulgheim refusa toute récompense. Il n’avait fait que son travail. 


Dans un rapport du 16 septembre la Banque mondiale ne sait plus où elle a mis onze milliards de dollars destinés aux pays pauvres, aux pays « défavorisés », somme qui manque pour faire fonctionner leurs services sociaux comme la santé ou l’éducation. L’affaire est grave. Car les innombrables licenciements dans les industries exportatrices de ces pays annoncent une aggravation de la pauvreté. 89 millions de personnes retomberont dans l’extrême dénuement. Onze milliards sont quelque part dans la nature, peut être quelque part en souffrance, que sait-on, à la Poste restante, aux Objets Trouvés…Un autre Wonterghem, tapi dans l’ombre, surgira, nous en sommes certains. Yvon Wonterghem de la Terre, Unissez vous. Plus que jamais, la Planète, pas seulement à Saint-André-lez-Lille, a besoin de vous. Votre nom rejoindra ceux de Jean Valjean, des Bons Samaritains, Sherlock Holmes, des hommes providentiels, Albert Schweitzer, des saint- bernards, et tant d’autres (vous pouvez compléter la liste, sans oublier le héraut des temps modernes, Bernie Madoff , l’homme-qui-passa-sa-vie-à-voler- aux-riches, sans arme, ni haine, ni violence).Le créneau était jusqu’à récemment occupé plutôt par des femmes, Mère Teresa, Sœur Emmanuelle, etc…

Pour conclure, nous-mêmes,  nous sommes tous des Yvon Wonterghem… Enfin… Heu...., au premier abord, oui ! Au second abord…

(1)- en dehors de –et pendant deux jours seulement- lecteurs de la presse régionale (et encore…) du Nord de la France. Il est vrai que le buzz, via les agences de presse ou ses sites web, s’est tout de même un peu répandu ailleurs, on a lu des échos de cette histoire au Royaume-Uni, au Brésil et au Zimbabwe.
   
(2)- Presque au même moment, le télescope spatial Hubble, remis en état, nous a révélé la beauté du cosmos. Un « papillon cosmique » de toute beauté, pour être précis dans la constellation du Scorpion à 3600 années-lumière de la Terre. La vie est belle dans le cosmos. La Terre, la nôtre, elle fait bien partie du cosmos non ? 

Comme par les temps qui courent rien n’est simple, à peine se gargarisait-on de cette belle découverte, qu’on apprenait sous le titre « Petits meurtres entre galaxies » que des conglomérats de milliards d’étoiles grandissent en dépeçant leurs congénères, reliefs d’un gigantesque festin.
Une étude de la revue Nature (3 septembre 2009) donne la meilleure idée de la violence des actes de cannibalisme de galaxies à l’égard d’autres.  Des observations confortent ce scénario de galaxies qui grossissent en absorbant la richesse de populations galactiques voisines. Ca doit vous rappeler quelque chose non ?
Faut-il s’inquiéter ? Des astronomes ont calculé qu’Andromède, cousine la moins éloignée de notre propre galaxie fonce à environ 300 km par seconde vers notre galaxie, la Voie Lactée.  Mais pas de panique, disent les experts, le choc, se traduisant par de violentes embardées du système solaire, n’est pas prévu avant six milliards d’années. D’ici à là, la Terre aura connu d’autres épreuves, à commencer par l’agonie programmée de notre Soleil.
Donc pas de panique, pour l’instant chez nous, sur la Terre, on n’en est jamais qu’au réchauffement de la planète, à la fonte des glaciers et du pouvoir d’achat et d’ici à six milliards d’années, les futurologues les plus pessimistes de la prospective politique sont certains que les hommes vivront d’amour, qu’il n’y aura plus de misère et commenceront les beaux jours .
Mais nous, nous serons morts, mon frère...

F Lisez les autres épisodes de la série "Héro$ de notre temps"

Œ  Mountazer al-Zaïdi est devenu une pointure

Ž  Bernie Madoff, Salaud ou Martyr ?  

  JL Hunter « Red » Rountree : l’homme qui ne voulait pas mourir sans avoir braqué quelques banques


Source : l'auteur

Article original publié le 23/9/2009

Sur l’auteur

Michel Porcheron est un auteur associé à Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Ce article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur  et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8777&lg=fr


LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 23/09/2009

 
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