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22/10/2017
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Héro$ de notre temps (3)

Bernie Madoff, Salaud ou Martyr ?


AUTEUR:  Michel PORCHERON


Un Mandrin de la finance mondialisée, un bienfaiteur des temps modernes. Respect.

 

« Il fallait bien que quelque chose change pour que tout reste comme avant »

Prince Fabrizio Salinas, dans « Le Guépard », livre posthume (1958) de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (1896-1957)

Bernie Madoff n’a eu que ce qu’il méritait : une cellule 1ère classe dans une prison 1ère  classe. Ce n’est pas un 4-étoiles, on peut le regretter, mais l’établissement de Butner en Caroline du Nord est considéré comme l’une des meilleures prisons des USA. « C'est un soulagement pour lui, la plupart des condamnés à 30 ans ou plus sont détenus dans des prisons de très haute sécurité », a estimé William Devaney, un ancien procureur.

Situé à environ 650 km de New York, ce pénitencier « 1ère classe » est réputé pour la qualité de son personnel et de ses installations médicales. Butner héberge 3 500 détenus, dont certains sont célèbres : Omar Abdel-Rahman, le « cheikh aveugle », cerveau des attaques de 1993 au World Trade Center à New York, condamné à la détention à perpétuité  y est incarcéré. John Rigas, 84 ans, ancien patron de l'opérateur de télévision par câble Adelphia, condamné en 2005 à 15 ans de prison pour fraude, et son fils Timothy, condamné à 20 ans pour les mêmes chefs d’inculpation , en sont également pensionnaires.

Donc Bernard Madoff  est en bonne compagnie. Lors des rares promenades qui viennent égayer une très rude vie de détenu, surtout quand vous l’êtes à votre insu, vêtu d’une camisole par la force, jeté dans une cellule du jour au lendemain et pour…150 ans, on peut papoter affaires et compagnie.

Nous l’appellerons Bernie

« Je m'en suis tiré par miracle », a déclaré Bernie Madoff de sa prison à David Kotz, l'inspecteur général de la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine, chargé d'enquêter sur l'incapacité de l'organisme de contrôle à déjouer « l'escroquerie du siècle ». L’ex-financier semble jubiler de la façon dont il a réussi à réchapper de seize ans d'enquêtes successives. Un échec pour la SEC comparable à celui de la CIA et du FBI à anticiper le 11 Septembre.
Bernie s'est joué pendant seize ans des inspecteurs chargés de le contrôler.

http://www.lefigaro.fr/societes/2009/09/07/04015-20090907ARTFIG00318-les-failles-de-l-enquete-sur-madoff-.php



Vous ne l’ignorez pas, le septuagénaire Bernard Madoff a été condamné à 150 ans de privation de liberté. Mais pire : vous l’avez déjà oublié…. Et pire encore : la fin de l’histoire est déjà écrite : Bernie vivra entre quatre murs jusqu’à sa mort,  pas forcément très lointaine étant donné son âge.  Outre la pyramidale peine d'emprisonnement, le soi-disant escroc new-yorkais a été condamné, rappelons-le, à payer une non moins colossale amende de 170 milliards de dollars, censée refléter le montant des sommes qui sont entrées et sorties de la société d'investissement de Madoff en près de trois décennies.

Un regard dans le rétroviseur n’est pas inutile :
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/madoff-explique-aux-nuls-59090  (Acturevue, 20 juillet 2009)  

Ah, son arrestation, souvenez vous…. des colonnes par centaines, des tonnes de « révélations » du système Madoff, avec une piqûre de rappel sur le précédent Ponzi, Carlos (1882- 1949) et sa pyramide du même nom! C’était vers la mi-décembre 2008. Depuis pas une semaine sans des « enquêtes » qui avaient et ont le même tire : « La Véritable histoire de Madoff » (Le Point, 4 juin2009). Le tout …pour ne rien révéler, mais pour vendre du papier, journaux, hebdos et « livres » ou « essais », car « l’affaire » a toujours été d’une simplicité biblique. Résumé : il y a des types qui continuent de se faire, à moindre frais, des pyramides de numéraire, nous révélant au passage explicitement leur incompétence foncière pour l’essentiel : la pédagogie clairement pédagogique et prioritaire, uniques prémisse et préalable sans lesquels le déluge d’informations et d’analyses ne sera qu’un flux sans fin, incontrôlé et paradoxal : l’afflux de flux—comme l’afflux de sang fait exploser la tête--  ne conduit qu’à la confusion mentale, à la congestion et non à la cohérence et à la compréhension. « Nous ne sortirons de la crise qu’à condition de vouloir la comprendre » (Jean-Paul Fitoussi, 23 septembre 2009). De pouvoir aussi, avec une boîte à outils toujours pas inventée et mise au point. 
En attendant certains ont déjà vu en l’ancien maître nageur de Long Island un Prix Nobel d’Economie. Détails :  http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/madoff-ou-le-futur-prix-nobel-de-l-49032   (22 décembre 2008)
La fraude de Madoff –s’il faut l’appeler fraude- est sans détour, sans artifice, sans hypocrisie. Pourquoi se retrouve-t-il tout seul sur le banc des accusés ?
Détails :  http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/nous-nous-appelons-tous-madoff-49498 (Michel Santi, 3 janvier 2009)
    
A peine B. Madoff était-il mis hors d’état de nuire avec des titres d’euphorie dans la (très) grande presse mondiale, présenté comme le »truand » du siècle, au grand soulagement  des opulents, que surgissait le « bon », en la personne de Mountazer al-Zaïdi, le lanceur de chaussures, que personne n’a oublié. Quand à « la brute », relisez la presse de l’époque et vous en trouverez une pyramide, de quoi satisfaire votre malsaine curiosité. 

Nous en connaissons, nous, des types bien qui seraient prêts à passer neuf mois au trou, comme Mountazer,  si à la sortie,  c’est pour en sortir mille (deux, trois ?) fois plus riche. Notre collègue déjà à la tête d’un énorme capital de sympathie bien gagné, et désormais d’une aussi énorme « pyramide », si ce n’est plus, de paires de chaussures, le tout grâce à YouTube, aura un jour des héritiers et s’il parvient à s’installer – un peu tard semble-t-il-- en Suisse où il ne manquera pas de faire fructifier son « capital », il leur laissera un énorme matelas de grosses coupures.


- Bon Madoff, explique-nous d'où t'est venue l'idée de payer les investisseurs précédents avec l'argent des investisseurs suivants ?
- Du système de sécurité sociale...

 

Et à Butner, une des plus grandes et discrètes figures de la finance à l’ancienne, grâce à ses mérites intrinsèques et non à une péripétie exogène, finira sur la paille, dépouillé de tout. Il ne laissera pas un cent à ses héritiers…Le monde est mal fait.
Pour nous le « meilleur » des deux – c’est exclusivement leur actualité concomitante, et rien d’autre, qui nous a autorisés à les réunir - c’est « Bernie ». Aucun doute. 
       
Que ce qu’il mérite, le mec Madoff ! entend-on un peu partout.  Et si l’histoire n’était pas aussi simple que ça ? Et si -- au risque de choquer quelques  âmes et esprits sensibles -- « le truand du siècle» ne l’était pas, truand ?


Dernier domicile connu

Le gros problème des riches, c’est de le rester

Vous l’avez oublié, mais entre le moment où Bernie se met lui-même à table (11/12/08) et l’ouverture des grandes portes du Butner Federal Correctional Complex,   faites le compte… quelques mois à peine. Six mois pour enquêter, pour ouvrir son procès, pour entendre l’accusation et la défense, pour fermer le procès de Bernie qui a plaidé coupable, et de la  « plus grande escroquerie de tous les temps », avec une condamnation rondement menée, le chiffre est lui aussi bien rond, 150 ans, peine habituellement réservée, par leurs  accumulations, aux « criminels avec du sang sur les mains » que sont, pour donner un exemple, des militants présumés de l’ETA.
La chaîne ABC a également précisé, non sans humour, que la peine de l'ancien financier avait été réduite de 20 ans, citant des documents de l'administration pénitentiaire indiquant que sa libération était fixée... au 12 novembre 2139.

Justice expéditive, sommaire, Saint-Louis (1214-1270) sous son arbre, lui, prenait le temps qu’il fallait, à l’époque, Monsieur, on avait des manières, un Madoff du XIIIème siècle français aurait eu un procès équitable, pas comme aux US aujourd’hui quand on fixe une condamnation à 150 ans, en, disons, 150 jours.  

Nous nous connaissons des affaires, en France, c’est juste pour prendre un exemple, qui ont besoin de plusieurs quinquennats d’instruction, d’appels, de renvois en cassation, de pyramides de dossiers, de « révélations » dans la presse, de démentis, de diffamations,  pour qu’on puisse envisager dans dix ans ou plus, l’annonce de « la vérité » : non-lieu général. Darkstream, ou quelque chose comme ça,  ça vous dit ? . Le compte de Madoff à Clearstream est le n°UO646 intitulé Bernard L. Madoff O N DTC646 2/11/99 New York USA.

Aux USA, où d’accord il y a des guys plutôt noirs qui passent 20 ans et plus dans le couloir de la mort, comme quoi les affaires judiciaires peuvent là aussi traîner en longueur, il y avait donc le feu pour interner Madoff, en pleine crise, faire un exemple, montrer la détermination US, etc…
Un homme d’affaires à bout de souffle, le dos au mur, se livre, plaide coupable, et vous, la Justice US, vous ne sauteriez pas sur l’occasion ?
Ca ne règlera rien, ça n’a rien réglé, rien changé, mais le coup médiatique fut énorme. Un rideau de fumée pour la galerie qui avait besoin d’être rassurée.


Bernie en joker

Et puis, il y a le  fond.
Car, Mesdames et Messieurs, de quoi donc Bernie Madoff est-il accusé ? Ou plutôt de quoi s’est-il accusé, totalement bourré de remords ?
D’avoir dépouillé avec génie des déposants sacrément fortunés, innocentes victimes (très gentilles, qui plus est !), « qui ont perdu toutes leurs économies patiemment constituées et n’ont plus que les yeux pour pleurer ».  Il a délesté de leurs « économies »  des clients qui n’avaient qu’une idée : faire travailler leur argent, avec les meilleurs résultats possibles. Que des crédules, des gogos, tous sacrément fortunés, aient perdu leurs fortunes…il en faut plus pour vous, nous, émouvoir n’est-ce pas. On ne peut qu’être d’accord avec cet internaute (Philippe Barraud) qui a commenté  : « Il y a surtout de vrais imbéciles, de bons gros pigeons cupides, prêts à risquer n’importe quoi dès lors qu’on leur fait miroiter des possibilités de gains élevés et rapides (…) L’exemple de Bernard Madoff, cloué au pilori planétaire par une justice vengeresse, n’aura aucun effet. Il y aura toujours des affaires Madoff, même si l’on régule les marchés: l’appât du gain est tel qu’il suscite inévitablement des solutions pour contourner les règles ».

Dans son blog, un dénommé David Laufer écrit : « L’une des pierres angulaires du dispositif Madoff était cette vieille vérité que, parmi ses victimes potentielles, les plus gogos de tous les gogos sont ceux qui sont déjà riches et qui, par définition, n’auraient jamais eu besoin de lui. Le type qui a déjà un ou deux millions, celui-là a acquis le goût du luxe, le pouvoir qu’il confère sur son entourage, et les joujoux qui y sont attachés. Il en voudra plus, toujours plus. Mais sans patienter pendant des années. Madoff est la réponse idéale, à la fois parce qu’il promettait des retours faramineux, mais aussi parce qu’il conférait un statut social. On était client Madoff comme on était membre du Yacht Club.».
http://dlaufer.blog.24heures.ch/archive/2009/06/29/financial-times-et-bernard-madoff.html
Pour Jean Pierre Falies (http://www.mediapart.fr/club/blog/jean-pierre-falies/290609/madoff-le-mandrin-de-la-globalisation-financiere)  « à aucun moment il n'a pris un "cent" aux ouvriers licenciés de General Motors ou de Chrysler à Detroit, aux fermiers modestes des plaines de l'Oklahoma, aux "petits blancs" des cités minières du Tennessee ou aux pauvres familles noires du Mississipi ou de l'Alabama. Il n'a pas non plus à ma connaissance spéculé sur les propriétés des sinistrés de la Nouvelle-Orléans (…) Alors Madoff super-héros et bienfaiteur de l'humanité? En comparaison avec certains voyous banquiers, industriels casseurs d'emplois et d'outils de travail qui eux ne s'en prennent qu'aux plus faibles, on peut effectivement penser que Madoff fut un  bienfaiteur ».

Bernard Madoff Drawing

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





Bernard Madoff, par Pontet 


Car il s’agit de quoi ? Si on doit résumer l’affaire Madoff : c’est en plein cœur de la capitale mondiale de la finance qu’une figure respecté de l’establishment a réussi pendant une vingtaine d’années à rouler dans une pyramide de farine un nombre incalculable de « victimes » dont « le gratin de l’économie globale » ( Ibrahim Warde, Le Monde diplomatique, août 2009). Où est le mal ? Que le gratin mondial, grandes banques internationales, investisseurs institutionnels, célébrités, fonds spéculatifs, milliardaires connus, têtes couronnées, capitaines d’industries aient perdu autant la face qu’une (petite) partie de leurs fortunes,  vous n’allez tout de même pas vous en offusquer ? Restons calmes. 
 
Bon d’accord, Bernie, petit homme sans histoire, une sorte de gros notaire de province, qui incarnait tout de même le rêve américain, le jeune du Queens parti de rien, président du Nasdaq (1990-1993), la Bourse des valeurs technologiques, homme au-dessus de tout soupçon, considéré comme un philanthrope, acteur de grandes causes humanitaires, a joué avec le feu, il a perdu. Nous disons dommage.
Personne n’a découvert ses exploits et personne n’avait intérêt à découvrir ses exploits.  Pourquoi voulez -ous que nos amis les capitalisteux  (on dit bien journaleux, théâtreux, etc…) se tirent une balle dans le pied ou scient la branche sur laquelle ils se pavanent ... C’est le jour où, effondré, avant que ses  pyramides s’effondrent comme de vulgaires châteaux de cartes, qu’un Bernie hyper-stressé se confesse  à sa famille (épouse, fils et frères). Il accepte que ses avocats le « balancent » au FBI et 24 heures plus tard il était interpellé.

« La crise » m’a tuer », pourrait-on faire dire à Bernie dans sa cellule. Car sans la « crise », pas d’affaire Madoff. Autre chose : Bernie, bouc émissaire, celui qui a payé pour les autres, est jugé par la justice de sa classe, ce sont ceux qui ont lui permis d’exister qui le condamnent et à perpète et plus. Bernie, le dindon de la farce, le pigeon, de La Fontaine aurait écrit sur lui une se ses plus belles fables animalières. 
« Bernard Madoff n’est pas vraiment un « escroc ». En tous cas, pas dans cette société mondialisée où nous vivons. Il est le cœur, le symbole, l’excellence du système, il était décrit comme un génie, un dieu du marché en quelque sorte. Il a réussi pendant plus de 20 ans à faire de l’argent avec de l’argent, sans argent, avec l’approbation de tous les rouages essentiels officiels du capitalisme mondial tel qu’il fonctionne » (Gerard  Filoche).
Sur le vrai Madoff, la somme est sur : http://contreinfo.info/recherche.php3?recherche=madoff

Bernie, qui soi-disant arrosait sec, d’arroseur  de luxe est devenu un minable arrosé. Mais l’arrosé en chef.  A l’heure qu’il est, connaissez vous un vautour de la finance, de la banque, du monde des grands boss de l’économie planétaire, incarcéré, condamné ou en attente d’un procès ?
Bernie Madoff, capitalisteux ancienne formule est en réalité une victime des  manières de toujours du capitalisme, vieux ou néo. Pour vivre, survivre, il faut savoir être killer. Bernie n’a tué personne, mais lui est déjà mort, descendu, lynché  par un certain nombre de killers, qui n’est autre que le nombre de jurés d’un jury chargé de l’exécuter. En d’autres temps pas si anciens aux US, Bernie –bien que Blanc- aurait fini pendu au plus solide arbre de la contrée.  Au temps du Far Ouest et plus tard. 

À Bernie, il faudra lui tresser une couronne, des lauriers,  car non seulement il a brillamment volé aux riches, mais il nous a appris, bien sûr sans le vouloir, qu’une simple martingale, relevant d’un cours de calcul d’école primaire, a provoqué un séisme, une tempête, une tornade  de magnitude maximum sur les échelles de Richter, de Beaufort et de Fujita réunies. Certes « la crise » de 2008 a sonné le glas de la martingale Madoff. Mais d’autres Madoff  inventeront d’autres martingales. Certains y sont déjà parvenus. La martingale  de Bernie était son péché mignon, pas un péché mortel.

Par ailleurs, nous aurions accepté, à la rigueur, un court passage par la case prison de l’ami Bernie si un jour on apprenait par hasard que les gouvernements d’un G-pas si Vain trouvaient enfin les moyens de sortir de la dette publique mondiale (DPM) de, lisez bien, 35.118 milliards de dollars (chiffre au 26/0909, car il change à la hausse à chaque minute que Dieu fait), exactement  35117,897 milliards. Pas un mot à Pittsburgh là-dessus. http://buttonwood.economist.com/content/gdc

 C’est quoi la DPM ? L’addition dans les finances publiques, des plans de sauvetage (sic) des banques, des programmes de relance (sic) économique, les mesures sociales d’urgence (et sic encore) etc, etc..  
Reprenons : on s’y perd dans les milliards « perdus », « volés » dans « l’affaire Madoff ». 50, 60, 70 milliards ? Sortez votre calculette.


"Ce que vous voyez pourrait ne pas être réel": dans cette oeuvre exposée à Pékin, l'artiste chinois Chen Winling a représenté Wall Street en taureau encornant Madoff représenté en diable. Si le taureau pète, c'est parce que péter se dit en chinois fang pi, qui veut aussi dire en argot bluffer, mentir.



Les enquêteurs (automne 2009) n’ont pu retrouver que 1,2 milliards de dollars. Toutes les victimes ou « victimes » n’ont pas pris l’initiative ou eu l’audace de se faire  connaitre. On comprend, ou on croit comprendre. La fraude servait-elle de relais, de couverture à des évasions fiscales et de capitaux ? Quels chemins ont pris les flux ? Mystères, à jamais, puisque Bernie, grand seigneur, a le droit de ne plus rien dire (ayant plaidé coupable). 

Combien vraiment de « victimes » ? (162 pages de noms d’'entreprises, de banques, de trusts, de particuliers, etc. http://projects.nytimes.com/madoff/search)  13.000 environ ? On ne saura jamais exactement. Les « victimes » font croire qu’elles ont été méchamment atteintes en plein cœur, en l’occurrence leurs portefeuilles pyramidaux à tiroirs. Théâtre. Elles sont surtout soulagées de voir l’affaire étouffée.

Et pendant ce temps, chaque jour, le bon Samaritain Bernie marque d’une croix maladroite sur les murs de sa cellule chaque jour qui  passe. 150 ans = 54.750 jours. 
Les « spoliés », leurs descendants et les descendants des descendants ont de beaux jours devant eux. Pour eux, les affaires continuent, ont repris même, ça fait une paye qu’ils ont retrouvé (pas tous) ce qu’ils avaient « perdu » dans le système Madoff.


"Smash-me Bernie": une poupée Bernie à écraser (le marteau est fourni) est proposée pour 100 $ (80 €) aux consommateurs frustrés par la crise qui voudraient se défouler. Ceux qui n'ont pas les moyens pourront se rabattre sur les balles de golf avec la tronche de Bernie (17 $ 95 le set de 3)



Pris de compassion pour l’arroseur arrosé – alors qu’on voudrait nous faire croire que les solutions pour demain et les générations futures viendront de tous les G20 à venir, qu’il suffira de faire disparaitre les paradis fiscaux et les bonus des traders, pendant qu’une minorité parasite mondialisée et indéboulonnable garde, sans faire semblant, les clés de toutes les affaires de ce bas monde, dont les nôtres – nous nous sommes mis à sursauter de curiosité chaque fois que le nom de Bernie Madoff revient dans l’actualité. 
    
« Achetez du Madoff », « Liquidation totale » a ironisé un quotidien français réjoui des nouveaux malheurs du détenu pour 150 ans. Avis aux amateurs, les biens de Madoff sont à vendre ! Après avoir plumé des milliers de riches en tout genre, c’est au tour de Bernie de se voir dépouiller de ses biens, en l’occurrence de luxueuses propriétés, un appart’ à Manhattan (I33 East 64 th Street), 371 m2,  une villa à Long Island, 280 m2, 5,9 millions d’euros, un yacht de 27 mètres, le « Bull », battant pavillon des Iles Caïman, sa résidence du cap d’Antibes, etc…Les fruits de son travail en réalité. 
 
Bernie aimait la belle vie. Pas vous ? Où est le péché ? Il aimait la belle vie sur le dos de ses amis les opulents, plus opulents que lui. Où est le mal ? Il a un temps joui d’une fortune bâtie sur le sable. Pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui il n’a plus que de beaux souvenirs de la grande vie qu’il a vécue. Pendant qu’il revoit le film de sa vie, depuis le jour où son incroyable supercherie a explosé  à la face de la planète finance humiliée, la liste des victimes de la « crise » n’a cessé de s’allonger, dit-on. Encore aujourd’hui. Affirme-t-on. Jusqu’au Sénat français, c’est vous dire. 


- Bernie, pas belle la vie ? ...C'était autrefois 

Nous disons : l’acharnement contre Bernie doit cesser

Comme s’il n’avait pas assez travaillé en  dépouillant les riches, Bernard doit travailler de ses mains plus de sept heures par jour dans le pénitencier. Selon le quotidien New York Post, les autorités l'ont affecté à l'atelier de gravure où il fabrique « des plaques nominatives pour les portes et les bureaux de 07H00 à 14H30 ». Madoff s'est bien adapté aux conditions de la vie carcérale, il porte les mêmes vêtements que les autres prisonniers et mange sans se plaindre la nourriture de la cantine, selon une source à l'intérieur de l'atelier citée par le quotidien. On vous l’a dit, un mec bien Bernie. Qui fait pas d’embrouille.
« Il n'a de problème avec personne », « tout le monde sait qui il est », assure cette même source. Comme les autres détenus, il peut utiliser les gains de son travail pour améliorer son ordinaire et cuisiner dans sa propre cellule. Là-dessus on attend avec impatience un YouTube.
Cela étant, l’histoire n’est pas terminée (pour Bernie oui) le Financial Times ayant  rappelé (juin 2009), premier chiffre connu, que seuls 1.341 comptes Madoff ont été identifiés pour ce total de près de 13 milliards de dollars. On est encore très loin des 60 milliards et plus de fraude déclarés.
Nous en étions là dans notre pesante défense d’un dénommé Bernie, « le plus grand escroc de tous les temps », au point même que nous nous interrogions nous-mêmes sur le bien fondé de notre propre martingale, un rien auto-sceptique. Nous en étions là …quand un titre clair, limpide attira notre attention, pour un peu nous allions le manquer : 

La moitié des clients de Madoff n’ont rien perdu

Arnaque du siècle | Un client sur deux a retiré de l’affaire plus qu’il n’y avait mis au départ, estime la justice américaine, après avoir étudié les comptes en détail. AP | 23.09.2009 | 06:35

Ainsi,  la moitié des comptes des clients de Bernard Madoff, n'ont pas essuyé de pertes, ont indiqué mardi 22 septembre, les procureurs fédéraux chargés du dossier.  Les documents collectés, incluant un microfilm rapportant des données de 1979, démontrent que sur un total de  4902  comptes actifs au moment de la découverte de la fraude (sur un total de  8094 clients investisseurs privés)  «seulement» 2336 seraient en perte de l'ordre de 13 milliards de dollars au total.  15.870 plaintes ont été déposées auprès du liquidateur pour réparation. Celle-ci est « irréalisable » pour l'instant, ont indiqué les procureurs,  vu l'absence d'évaluation exacte des pertes enregistrées par les victimes potentielles.
Le chiffre de 8.094 clients concerne la période de 2000 à décembre 2008. Parmi les plaignants, seule une moitié d’entre eux  aurait perdu de l’argent.

« La plupart des clients de M. Madoff, qui promettait un rende¬ment supérieur à 10 % l'an, ont perçu plus d'argent qu'ils n'en ont versé » (AP).  En réalité, le rendement, les intérêts versés n’étaient pas des intérêts mais simplement une partie du capital confié au fond s(le capital diminuait et devait être approvisionné sans arrêt par l’apport de nouveaux entrants).
Nous nous sommes mis à lire et à plusieurs reprises la dépêche AP : « Sur les 65 milliards de dollars (43,8 milliards d’euros) de placements qu’avait prétendu détenir le financier en novembre dernier, il ne reste que quelques centaines de millions. Les sommes détournées et englouties sont estimées à 171 milliards de dollars (115,4 milliards d’euros) ».
« Détournées et englouties ». Par qui ? Comment ? 

Résumé : Les clients de Bernard Madoff n'ont pas tous été logés à la même enseigne. 50% d’entre eux se sont retirés de ses affaires en empochant des bénéfices. La raison est simple : au fil des années, ces heureux investisseurs ont perçu plus d'argent qu'ils n'en ont investi dans la structure de l'ex-financier. Seule l’autre moitié aurait perdu  ses sommes initiales, soit 13 milliards de dollars. 

La saisie des biens de l'ancien milliardaire sera loin de suffire pour payer ce « qu’il doit ». Les autorités américaines, on l’a vu, ont évalué à 1 milliard de dollars les actifs qui pourraient être redistribués.
La route est donc encore longue avant tout d’abord que soient faites les deux listes : celle des véritables « victimes » et celle des fausses « victimes » et complices. 

Avouez que dans ce bas monde il existe d’autres priorités, d’autres listes de millions de victimes un peu partout sur la planète. En France, une liste circule, c’est vrai avec seulement 24 noms et prénoms (au 1er octobre). Les milliers de « victimes » du système Madoff ne pèsent rien à côté. Aux premiers on n’a enlevé qu’un peu d’argent de poche. Aux seconds la vie. En 18 mois, 24 salariés de l’entreprise France-Télécom se sont donné la mort. Aux dernières nouvelles, le PDG Didier Lombard veut arrêter « la spirale infernale » et pour cela augmente de 10  % le nombre de médecins du travail et met en place un numéro vert, « vert » veut dire appel gratuit. Il y a quelques semaines, la ministre de la Justice, peu importe son nom, pour faire face aux nombreux suicides dans les prisons, avait lancé l’idée de pyjamas en papier. 

      

Acharnement, on vous l’a dit

Michael Moore voudrait faire projeter son film (Capitalism : A love story) dans la prison de Madoff. Il a fait savoir qu’il souhaitait que ce financier si particulier qu’est Madoff voie son film. MM a déclaré, un peu vite, au New York Daily News  que Bernie est le « représentant du capitalisme à lui tout seul. Nous essayons de voir si nous pouvons organiser une projection dans la prison où il est incarcéré. Si nous ne le pouvons pas, nous discuterons de la possibilité de faire la projection en plein air dans un champ, donc au moins, il pourra le suivre de la fenêtre de sa cellule. ».

Moore est à l’occasion mieux inspiré. http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2706   (traduit de l’anglais : http://www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1894410_1893837_1894189,00.html

Et maintenant le film
Le tournage d'un film sur Madoff  va commencer dans quelques semaines, selon cet été le site de la société de production. Le titre prévu, « Madoff made off with America » est un jeu de mots qui signifie "Madoff a volé l'Amérique".  Dans une interview diffusée sur le site www.madoffwithamerica.com, le producteur et réalisateur Edmund Druilhet explique qu'il a terminé le scénario, qu'il compte commencer à tourner "dans trois semaines" et que "Dustin Hoffman serait idéal pour le rôle de Madoff » et verrait bien Barbra Streisand dans le rôle de Ruth Madoff.

S’il n’est pas nécessaire d’être diplômé en économie pour monter une telle affaire, être ancien champion de musculation et producteur de séries télévisées, comme l’est Edmund Druilhet, 44 ans, n’est pas une garantie . Mais l’affaire est juteuse. « J'ai interviewé beaucoup d'initiés qui connaissent parfaitement Wall Street, parce que Bernard Madoff est le Satan de Wall Street, et des dizaines de victimes m'ont envoyé le récit de leur histoire », a assuré Monsieur Muscu. « "J'ai moi même étudié la banque et suis fasciné par le système bancaire », ajoutait-il.

Trop c’est trop.  Tenez autre chose : un livre, signé Sheryl Weinstein et qui s’appelle  "L’autre secret de Madoff: amour, argent, Bernie et moi » a été publié par St-Martin’s, a indiqué le porte-parole de l’éditeur, John Murphy. Shery Weinstein, affirmative , a souligné qu’elle  « a entretenu une relation avec Madoff pendant plus de 20 ans et le révèle dans ce livre », selon l’éditeur, qui indique qu’elle est l’ancienne comptable de l’organisation sioniste féminine Hadassah et du Lincoln Center, un centre culturel de New York. « Personne ne connaît Bernie comme moi », affirme l’auteur, 60 ans, l’une des nombreuses victimes supposées.
Le livre « est truffé de détails personnels, de documents exclusifs et de photos » et il devrait « révéler un Madoff inconnu, scandaliser et surprendre les lecteurs », ajoute John Murphy. « C’est une bête qui s’est nourrie de nous pour satisfaire ses propres besoins », avait-elle alors déclaré au tribunal. Bernie nourri de Sheryl Weinstein, entre autres, où est le mal ? 


Plus « escroc », tumeur ?
Une autre rumeur se répand : une tumeur médiatisée. Les spéculations qui couraient sur l'état de santé dégradé du financier soi-disant véreux avant son incarcération mi-juillet, ont repris bon train. Selon la presse américaine, Bernard Madoff souffrirait d'un cancer du pancréas, ultime phase.  L'administration pénitentiaire a démenti, fermement et formellement. Mais ne dit-on pas que Butner est surtout réputé pour son personnel et ses installations médicales ?

D’où vient la rumeur ? Du détenu lui-même. Il a confié à ses compagnons d’infortune qu'il souffrait d'un cancer en phase terminale, a révélé le New York Post. Selon le tabloïd, qui cite un criminel en col blanc: «Bernie, prend une vingtaine de cachets par jour pour son cancer. Il en parle tout le temps. Il ne va pas très bien». Idem de la part du Wall Street Journal qui affirme pour sa part dans sa section «blog» que «des sources proches» confirment que Madoff est au plus mal. Le détenu modèle, travailleur modèle, n’a que peu de temps à vivre, écrit le journal. L’avocate de la défense, Ira Sorkin, s’est refusée à tout commentaire.
Se savait-il condamné? Durant son procès, le septuagénaire impassible n’a jamais évoqué la maladie qui le rongeait, s'étonne quand même le Wall Street Journal. Le caïd des marchés boursiers souhaitait-il endosser toute la responsabilité? Protéger d’éventuels complices ? Bernie serait plus qu’un héros, mais un grand seigneur, un grand monsieur.

 


Si le mal est confirmé, Bernard Madoff pourrait demander une libération anticipée pour raison de santé. Pour passer le temps, il s'adonne chaque semaine à des «cérémonies de purification» indiennes et «plusieurs gangs de truands essayent de le recruter», a rapporté encore le New York Post. Un homme qui pratique « une purification »  indienne ou pas indienne n’est pas fondamentalement mauvais. Comme ne l’est pas un « consultant » de sa taille de « gangs de truands » si à leur sortie ils consacrent leurs activités à plumer les riches.  

On lui avait promis une détention pour septuagénaire. Nous on sait pas tout, mais nous disons que l’homme est entré en  prison le 14 juillet dernier. En bonne santé, visite médicale à l’appui. Six semaines plus tard, il est en phase terminale : il a attrapé donc un cancer du pancréas. Selon les premières expertises, le virus, le rétrovirus ou le germe  qui aurait détruit l‘organisme de notre détenu, provoqué sa cancérisation, seraient de type nosocomial, cancéral, si l’on voulait jouer sur les mots alors que Bernie vit un drame, peut être ne passera-t-il l’hiver. Des médecins experts se sont réunis en cellule de crise.
Le site MediaPart nous fournit une conclusion (provisoire) : 

Madoff a inauguré une nouvelle figure de la criminalité en col blanc : le serial-escroc. Bernard Madoff est devenu le Hannibal Lecter de la finance. Respect.
Merci Bernard.
Détails:http://www.mediapart.fr/club/blog/camilleguillaume/160909/le-supplice-de-madoff     (16 septembre 2009)


Et nous, qui … que pouvons nous faire pour Bernie le supplicié ? Outre l’encenser, prendre sa défense et lui dresser une statue. Sur le site français MediaPart, le blog Tchen nous fournira le mot de la fin :
« Nous avons besoin de beaucoup de Madoff pour redistribuer l’argent des riches ! Je propose qu’une pétition soit lancée pour le soutenir dans ses déboires judiciaires, voire même lui obtenir la Légion d’Honneur. Créons un fonds de soutien : envoyez vos dons ! »


Humour suisse

 

 

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Source : l'auteur

Article original publié le 2/10/2009. Édité par Fausto Giudice

Sur l’auteur

Michel Porcheron est un auteur associé à Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudie est membre. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

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LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES: 02/10/2009

 
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