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15/12/2017
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Singularity...

Des amis comme ça, je préfère m’en passer -La politique des gens derrière Facebook


AUTEUR:  Tom HODGKINSON

Traduit par  Isabelle Rousselot. Édité par Fausto Giudice


Facebook a 59 millions d'utilisateurs [cet article est paru en janvier 2008; le cap des 300 millions a été passé en octobre 2009, NdE] et 2 millions de nouveaux adhérents chaque semaine. Mais vous ne risquez pas de voir Tom Hodgkinson  y inscrire ses données personnelles, surtout maintenant qu'il connait la politique des gens derrière ce  site de mise en réseau social.

NDLR : L'enthousiasme de la communauté du renseignement US pour la haute technologie après le 11 septembre et la création de In-Q-Tel, son fonds de capital investissement à but non lucratif, en 1999 étaient associés, de façon anachronique, dans l’article ci-dessous. Mais comme le 11 septembre s’est passé en 2001, il ne pouvait être à l’origine de la création d’ In-Q-Tel deux ans auparavant.

FacebookJe méprise Facebook. Ce business usaméricain extrêmement prospère se décrit lui-même comme « un outil social qui vous permet de rester en contact et d'échanger avec les personnes qui vous entourent ». Mais attendez, pourquoi diable aurais-je besoin d'un ordinateur pour échanger avec les gens qui m'entourent ? Pourquoi mes relations devraient-elles passer par l'imagination d'un groupe de cybergourous (supergeeks) en Californie ? Où le problème avec le bistrot ?

Et est-ce que Facebook connecte vraiment les gens ? Est-ce qu'il ne nous déconnecte pas plutôt, puisqu'au lieu de faire quelque chose d'agréable comme discuter et manger et danser et boire avec mes amis, je ne fais que leur envoyer des petits textes pleins de fautes et des photos amusantes dans le cyberespace, en étant enchaîné à mon bureau ? Un de mes amis m'a dit récemment qu'il avait passé un samedi soir à la maison tout seul sur Facebook, à boire à son bureau. Quelle image déprimante ! Loin de nous connecter, en fait Facebook nous isole devant nos ordinateurs.

Facebook fait appel à notre vanité et à notre suffisance. Si je mets une photo flatteuse de moi avec une liste de mes préférences, je peux construire une représentation artificielle de ce que je suis, afin d'obtenir du sexe ou de la reconnaissance. (« J'aime Facebook, » a dit un autre de mes amis. « Je prends mon pied»). Ce site encourage également une compétition inquiétante autour de l'amitié : il semble qu'avec les amis aujourd'hui, la qualité ne compte pas et que l'important soit la quantité. Plus vous avez d'amis, meilleur vous êtes. Vous êtes « populaire », dans le sens de « très apprécié » dans les lycées américains. En témoigne la couverture du nouveau magazine Facebook des éditions Dennis : « Comment doubler deux le nombre de vos amis. »

Il semble pourtant, que je sois très seul dans mon hostilité envers Facebook. Au moment où j'écris cet article, Facebook revendique 59 millions d'utilisateurs actifs dont 7 millions au Royaume-Uni, le 3ème plus gros consommateurs de Facebook après les USA et le Canada. Ça fait donc 59 millions de bonnes poires, et tous ont volontairement donné leurs informations personnelles et leurs préférences de consommateur à une entreprise usaméricaine dont ils ne connaissent rien. Et 2 millions de nouvelles personnes adhèrent chaque semaine. A ce taux de croissance, Facebook aura plus de 200 millions d'utilisateurs actifs dans un an. Et je prédis même, que son taux de croissance va s'accélérer dans les mois prochains. Comme l'a dit son porte-parole Chris Hughes : « Facebook s'est incrusté à un point tel qu'il est désormais devenu difficile de s'en débarrasser. » 

Tout ceci aurait du être suffisant pour me faire rejeter Facebook à jamais. Mais il existe encore d'autres raisons de le détester. Bien d'autres raisons.

Facebook est un projet bien établi, et les personnes derrière son financement sont un groupe de capitalistes investisseurs de capital risque de la Silicon Valley, qui ont une idéologie clairement définie qu'ils espèrent propager dans le monde entier. Facebook est une manifestation de cette idéologie. Comme PayPal avant lui, c'est une expérience sociale, une expression d'un genre particulier de libéralisme néo-conservateur. Sur Facebook, vous êtes libre d'être celui que vous voulez, tant que ça ne vous dérange pas d'être bombardé par des publicités pour les plus grandes marques internationales. Comme avec Paypal, les frontières nationales sont une chose révolue.

Mark Zuckerberg, founder of Facebook 
Le fondateur Mark Zuckerberg (Photo: Paul Sakuma/AP)

Même si le projet fut initialement conçu par la star des médias, Mark Zuckerberg, le véritable visage derrière Facebook est le philosophe futuriste Peter Thiel, capitaliste investisseur de la Silicon Valley, âgé de 40 ans. Il n'y a que trois membres au conseil de direction de Facebook : Thiel, Zuckerberg et un troisième investisseur, Jim Breyer, associé d'une société de capital investissement appelé Accel Partners (nous reparlerons de lui plus tard). Thiel a investi 500 000 $ dans Facebook quand les étudiants d'Harvard, Zuckerberg, Chris Hughes et Dustin Moskowitz sont venus le rencontrer à San Francisco en juin 2004, peu après avoir lancé le site. Thiel, d'après certaines informations, posséderait aujourd'hui 7 % de Facebook, ce qui, selon l'évaluation actuelle de Facebook à 15 milliards de dollars, représenterait plus de 1 milliard de dollars. Il y a beaucoup de discussions sur qui seraient exactement les co-fondateurs à l'origine de Facebook, mais qui que ce soit, Zuckerberg est le seul qui soit demeuré au conseil de direction, même si Hughes et Moskowitz travaillent toujours pour la société. [Courant 2008, Chris Hughes a quitté (provisoirement ?) Facebook pour diriger la campagne Internet du candidat Obama à partir du site Mybarackobama.com. Lire à ce sujet Cybergourou d'Obama, NdE]

Thiel est largement considéré dans la Silicon Valley et dans le milieu du capital risque des USA, comme un génie libertarien [partisan de la « liberté du marché et de l’individu » et de la déréglementation généralisée, à ne pas confondre avec libertaire , NdE]. Il est le cofondateur et PDG du système bancaire virtuel PayPal, qu'il a vendu à Ebay pour 1,5 milliards de dollars, empochant 55 millions de dollars pour lui. Il dirige également un fonds de couverture de 3 milliards de livres appelé Clarium Capital Management et un fonds de capital-risque appelé Founders Fund. Le magazine Bloomberg Markets l'a récemment nommé « un des managers de fonds de couverture le plus prospère du pays ». Il s'est fait de l'argent en misant sur le prix en hausse du pétrole et en prévoyant, avec justesse, que le dollar s'affaiblirait. Lui et ses copains ridiculement riches de la Silicon Valley, ont récemment été étiquetés « la Mafia PayPal » par le magazine Fortune, dont le journaliste observe également que Thiel a un majordome en uniforme et possède une McLaren à
500 000 $. Thiel est également un maître en jeu d'échecs et il a un grand esprit de compétition. Il est connu pour jeter avec rage, les pièces d'échec lorsqu'il perd une partie. Et il ne s'excuse pas pour son hyper-compétitivité, au contraire, il déclare : « Montrez-moi un bon perdant et je vous montrerai un perdant. »

Mais Thiel est plus qu'un capitaliste intelligent et rapace. C'est un philosophe futuriste et un activiste néo-conservateur. Diplômé en philosophie à l'université Stanford en 1998, il a co-écrit un livre intitulé « Le mythe de la diversité », qui est une attaque détaillée contre le libéralisme [au sens US, équivalent de progressisme de guche, NdE] et l'idéologie multiculturelle qui dominaient à Stanford. Il soutenait que le « multiculturalisme » a mené à une diminution des libertés individuelles. Quand il était étudiant à Stanford, Thiel a fondé un journal de droite, qui existe toujours, appelé The Stanford Review – devise : Fiat Lux (« Que la lumière soit »). Thiel est un membre de TheVanguard.org, un groupe de pression néo-conservateur sur Internet qui fut créé pour attaquer MoveOn.org, un groupe de pression libéral qui travaille sur le web. Thiel se qualifie lui-même de « libertarien à sa façon ».

TheVanguard est dirigé par Rod D. Martin, un capitaliste philosophe que Thiel admire considérablement. Sur le site, Thiel déclare : « Rod est un des cerveaux dominants de notre nation en ce qui concerne la création d'idées nouvelles et nécessaires pour la politique publique. Il possède une compréhension de l' Amérique plus complète que celle que la plupart des dirigeants ont de leurs propres entreprises. »

Ce petit extrait tiré de leur site Internet vous donnera une idée de leur vision du monde : « TheVanguard.org est une communauté en ligne d'Américains qui croient aux valeurs conservatrices, que le libre marché et une intervention limitée de l'État sont les meilleurs moyens d'amener de l'espoir et des opportunités nouvelles à chacun, en particulier aux plus pauvres d'entre nous. » Leur objectif est de promouvoir des mesures qui vont « remodeler l'Amérique et le monde ». TheVanguard décrit sa politique comme « reaganienne et thatchérienne ». Le message du président dit : «  Aujourd'hui, nous allons infliger à MoveOn (le site Internet libéral), à Hillary et aux médias de gauche, des leçons qu'ils n'imaginent même pas. »

Ainsi, la politique de Thiel est on ne peut plus claire. Qu'en est-il de sa philosophie ? J'écoutais un podcast recommandé par Thiel sur ses idées pour l'avenir. Sa philosophie, en bref, est la suivante : depuis le 17ème siècle, certains penseurs éclairés ont éloigné le monde de la vision démodée de la vie liée à la nature, et il cite alors Thomas Hobbes et sa célèbre caractérisation de la vie comme « mauvaise, bestiale et courte », et l'ont amené vers un nouveau monde virtuel où la nature est dominée. Désormais, la valeur existe dans les choses imaginaires. Thiel déclare que PayPal était motivé par cette croyance : que vous pouvez trouver des valeurs non pas dans les véritables objets fabriqués mais dans les relations entre les êtres humains. PayPal était un moyen d'avoir des transactions financières avec le monde entier sans aucune restriction. Bloomberg Markets le présente comme cela : « Pour Thiel, PayPal concernait la liberté : il permettrait aux gens de se libérer du contrôle sur les devises et d'avoir des transactions financières avec le monde entier. »

Il est clair que Facebook est une autre expérience de l'hyper-capitalisme : pouvez-vous faire de l'argent avec l'amitié ? Pouvez-vous créer des communautés libérées des frontières nationales et leur vendre du Coca-Cola ? Facebook est profondément stérile. Il ne fait rien du tout. Il sert juste de médiateur entre des relations humaines qui existent de toute manière, sans lui.

Le mentor philosophique de Thiel est un certain René Girard de l'université Stanford, partisan d'une théorie sur le comportement humain appelé le désir mimétique. Girard considère que les gens sont essentiellement des moutons et qu'ils se copieront les uns les autres sans beaucoup réfléchir. Sa théorie semblerait aussi fonctionner dans le cas des mondes virtuels de Thiel : l'objet désiré n'est pas important ; tout ce que vous devez savoir est que les êtres humains tendent à bouger en bandes. D'où les bulles financières. D'où l'énorme popularité de Facebook. Girard est un habitué des soirées intellectuelles de Thiel. D'ailleurs, ce qu'on n'entend pas dans la philosophie de Thiel, sont ces concepts démodés du monde réel tels que l'art, la beauté, l'amour, le plaisir et la vérité.

Internet est infiniment séduisant pour les néo-conservateurs tels que Thiel car il assure une certaine liberté dans les relations humaines et dans les affaires, et une liberté face à des lois et des frontières nationales agaçantes et autres restrictions de la sorte. Internet offre un monde de libre-échange et de développement du laissez-faire. Thiel semble également approuver les paradis fiscaux offshore et affirme que 40 % de la richesse mondiale se trouve dans des endroits comme le Vanuatu, les Iles Caïman, Monaco et la Barbade. Je pense qu'il est juste de dire que Thiel, comme Rupert Murdoch, est contre les impôts. Il aime également la mondialisation de la culture numérique car elle rend difficile la lutte contre les seigneurs de la banque : « Il ne peut pas y avoir de révolution des travailleurs pour s'emparer d'une banque si cette banque est domiciliée au Vanuatu », déclare t'-il.

Si la vie dans le passé était affreuse, bestiale et courte, alors Thiel veut que l'avenir soit bien plus long, et dans ce but, il a également investi dans une société qui étudie les technologies de prolongation de la vie. Il a promis 3.5 millions £ à un gérontologue dénommé Aubrey de Grey, qui recherche la clef de l'immortalité. Thiel appartient également au bureau de direction  de l'Institut de la particularité pour l'Intelligence Artificielle [sic : Singularity Institute for Artificial Intelligence]. Sur son fantastique site Internet, on peut lire ceci : « La Particularité est la création technologique d'une intelligence plus élevée que l'intelligence humaine. Il y a différentes technologies... qui vont dans cette direction... l'Intelligence artificielle... des interfaces directes du cerveau à l'ordinateur...L'ingénierie génétique... Différentes technologies qui, si elles atteignent un certain niveau de sophistication, permettraient la création d'une intelligence surhumaine. »

 

Chaque année, Thiel et ses potes organisent le" Singulariy Summit", qui ressemble à s'y méprendre à un épisode des Envahisseurs

Ainsi, de son propre aveu, Thiel est en train de détruire le monde réel, qu'il appelle également « nature » et le remplacer par un monde virtuel, et c'est dans ce contexte, que nous devons voir l'ascension de Facebook. Facebook est une expérience délibérée de manipulation globale et Thiel est une brillante promesse dans le panthéon du néo-conservatisme avec un penchant pour les obscurs fantasmes techno-utopiques. Pas vraiment quelqu'un que j'ai envie d'aider à devenir riche.

Le troisième membre du conseil de direction de Facebook est Jim Breyer. Il est associé dans l'entreprise de capital-risque Accel Partners, qui a investi 12,7 millions de dollars dans Facebook en avril 2005. Membre des directions de géants US comme Wal-Mart et Marvel Entertainment, il est également l'ex-président de National Venture Capital Association (NVCA). De nos jours, ce sont ces gens qui font que les choses bougent vraiment aux USA car ils investissent dans les nouveaux jeunes talents, comme Zuckerberg et ses semblables.

Le plus récent tour de table financer de Facebook fut conduit par une compagnie financière appelée Greylock Venture Capital, qui a investi la somme de 27,5 millions de dollars. Un des associés principaux de Greylock s'appelle Howard Cox, qui est un autre ex-président de NVCA qui est aussi dans le conseil de direction de In-Q-Tel. Et In-Q-Tel, c'est quoi ? Eh bien, croyez-le ou pas (et vérifiez sur son site Internet), In-Q-Tel est un fond de capital à risque de la CIA. Après le 11 septembre, la communauté du renseignement US a été tellement enthousiaste au sujet des possibilités des nouvelles technologies et des innovations réalisées dans le secteur privé, qu'en 1999, ils ont formé leur propre fonds de capital-investissement, In-Q-Tel, dont la mission est d'identifier et de s'associer à des sociétés qui sont en train de développer de nouvelles technologies pour aider à apporter des solutions à l'Agence Centrale de renseignement (CIA) et plus largement, à la communauté du renseignement US pour faire avancer leurs missions. »

Le ministère de la défense US et la CIA adorent la technologie car elle facilite l'espionnage. « Nous avons besoin de trouver de nouveaux moyens pour dissuader de nouveaux adversaires, » a indiqué  le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, en 2003. « Nous devons faire un saut dans l'ère de l'information, qui est la base primordiale de nos efforts de transformation. » Le premier président de In-Q-Tel était Gilman Louie, qui a été membre du comité de direction de NVCA avec Breyer. Une autre personnalité de l'équipe d'In-Q-Tel est Anita k. Jones, l'ancienne directrice  de la recherche et de l'ingénierie de la défense au sein du ministère de la Défense US et, avec Breyer, membre du conseil de direction de BBN Technologies. Quand elle a quitté le ministère de la Défense US, le Sénateur Chuck Robb lui a rendu hommage : « Elle a réuni la technologie et la recherche opérationnelle militaire pour concevoir des plans détaillés pour consolider la domination des USA sur le champs de bataille du prochain siècle. »

Maintenant, même si l’on ne veut pas croire  pas que Facebook soit une sorte de prolongation du programme impérialiste usaméricain, couplée à un outil massif de collecte d'informations, on ne peut pas nier qu'au niveau commercial, c'est du génie pur. Certains mordus du net ont insinué que son estimation à 15 milliards de dollars était exagérée mais je dirais qu'au contraire, cette estimation me paraît trop modeste. Son ampleur donne vraiment le vertige et son potentiel de croissance est quasiment sans limite. « Nous voulons que tout le monde puisse d'utiliser Facebook, » déclare la voix neutre de Big Brother sur leur site Internet. Pour sûr qu'ils le veulent. C'est l'énorme potentiel de Facebook qui a conduit Microsoft à en acheter 1,6 % pour
240 millions de dollars. Une rumeur récente indique qu'un investisseur asiatique, Lee Ka-Shing, qui serait le neuvième  homme le plus riche du monde, a acheté 0,4 % de Facebook pour 60 millions de dollars.

Les créateurs du site n'ont pas grand chose à faire au sujet du programme. Dans l'ensemble, ils n'ont qu'à être assis dans leurs fauteuils et regarder des millions d'accros à Facebook donner leurs informations personnelles, des photographies et les listes de leurs objets de consommation préférés. Une fois cette vaste base de donnée d'êtres humains collectée, Facebook n'a plus qu'à vendre l'information à des publicitaires, ou, comme Zuckerberg l'indique dans un récent message sur son blog, « essayer d'aider les gens à partager des informations avec leurs amis sur ce qu'ils font sur le web ». Et, en effet, c'est exactement ce qui se produit. Le 6 novembre 2007, Facebook a annoncé que 12 marques internationales l’ ont rejoint : Coca-Cola, Blockbuster, Verizon, Sony Pictures et Condé Nast. Tous formés aux conneries du marketing des plus hautes sphères, leurs représentants ont fait des commentaires enthousiastes : « Avec des publicités sur Facebook, nos marques peuvent faire partie intégrante de la manière dont les utilisateurs communiquent et interagissent sur Facebook », a indiqué Carol Kruse, vice-président et responsable du marketing de la société Coca Cola.

« Nous regardons cela comme un moyen innovant de cultiver des relations avec des millions d'utilisateurs de Facebook en leur permettant d'interagir avec Blockbuster de manière commode, utile et amusante, » a déclaré Jim Keyes, le président et PDG de Blockbuster. « C'est au-delà de la création d'impressions publicitaires. Il y va de la participation de Blockbuster à la communauté des consommateurs afin que, en retour, les consommateurs se sentent motivés pour faire connaître notre marque à leurs amis. »
« Partager » est le mot qu'utilise Facebook pour dire « faire la publicité ». Inscrivez-vous sur Facebook et vous deviendrez une publicité ambulante pour Blockbuster ou Coca-Cola, louant les vertus de ces marques à vos amis. Nous assistons là la marchandisation des relations humaines avec l'extraction de plus-value capitaliste des amitiés.

Maintenant, en comparaison avec Facebook, les journaux, par exemple, commencent à paraître désespérément dépassés comme modèle commercial. Un journal vend un espace publicitaire à des entreprises qui cherchent à vendre des produits à leurs lecteurs. Mais le système est bien moins sophistiqué que Facebook, pour deux raisons. La première est que les journaux doivent compter avec des dépenses fastidieuses pour payer des journalistes afin qu'ils fournissent le contenu. Sur Facebook, le contenu est fourni gratuitement par les utilisateurs. La deuxième raison est que Facebook peut cibler les publicités de façon beaucoup plus précise qu'un journal. Si vous déclarez sur Facebook que votre film préféré est « Spinal Tap », vous recevrez en priorité des publicités sur la sortie d'un film du même style que votre film préféré.

Il est vrai que Facebook s'est fait un peu bousculer récemment avec le programme publicitaire Beacon : les utilisateurs furent informés qu'un de leurs amis avait fait un achat dans certains magasins en ligne. 46000 utilisateurs estimèrent que ce niveau de publicité était trop intrusif et ont signé une pétition pour dire : « Facebook ! Arrêtez de vous immiscer dans ma vie privée ! » Zuckerberg a fait des excuses sur le blog de sa société. Il a écrit qu'ils ont désormais changé de système et que les utilisateurs décideront s'ils veulent ou non participer. Mais je parie que cette petite révolution sur l'intrusion de Facebook dans la vie privée, sera bien vite oubliée : après tout, il y eut un tollé national du mouvement des libertés civiquees quand l'idée d'une force de police a été soulevée au Royaume-Uni au milieu du 19ème siècle...

De plus, avez-vous, en tant qu'utilisateurs de Facebook, réellement lu leur charte de  respect de la vie privée ? Elle vous indique que vous n'avez pas beaucoup d'intimité. Facebook prétend défendre la liberté mais est-ce que ce ne serait pas plutôt un régime totalitaire virtuel, motivé par une idéologie, avec une population qui va bientôt dépasser celle du Royaume Uni ? Thiel et les autres ont créé leur propre pays, un pays de consommateurs. Maintenant, vous pouvez, comme Thiel et les autres nouveaux maîtres du cyberespace, trouver cette expérience sociale formidablement excitante. Voici enfin l'État des Lumières que l'on attend depuis que les Puritains du 17ème siècle ont appareillé pour l’ Amérique du Nord, un monde où chacun est libre de s'exprimer comme il le souhaite, à en croire ceux qui surveillent tout ça. Les frontières nationales sont une chose révolue et tout le monde gambade  avec tout le monde dans un espace virtuel en roue libre. La nature a été conquise grâce à l'ingéniosité débordante de l'homme. Oui et vous pouvez décider d'envoyer à  Thiel, cet investisseur de génie, tout votre argent, et vous attendrez certainement, avec impatience, le lancement public imparable de Facebook.

Ou alors vous pouvez réfléchir et décider que vous ne souhaitez pas vraiment faire partie de ce programme fortement financé pour créer une république virtuelle globale vide où vous-même et vos relations avec vos amis sont transformés en marchandises à vendre à des marques mondiales géantes. Vous pouvez décider que vous ne voulez pas faire partie de cette offre d'achat du monde par les multinationales.

Pour ma part, je vais me retirer de tout cela, rester aussi déconnecté que possible et passer le temps que je gagne en n'allant pas sur Facebook, à faire quelque chose d'utile comme lire des livres. Pourquoi voudrais-je perdre mon temps sur Facebook alors que je n'ai toujours pas lu "Endymion" de Keats ? Et alors qu'il y a des graines à semer dans mon propre jardin ? Je ne veux pas me retirer de la nature, je veux me reconnecter avec elle. Maudit soit l'air conditionné ! Et si je veux me relier aux gens qui m'entourent, je retournerai à une vieille technologie. C'est libre, c'est facile et ça offre une expérience individuelle unique de partage d'information : ça s'appelle parler.

 

La politique de confidentialité de Facebook

Juste pour vous amuser, essayez , à chaque occurrence du mot Facebook, de le remplacer par le mot « Big Brother » .

1. Nous vous proposerons des publicités personnalisées

   "Lorsque vous utilisez Facebook, vous pouvez actualiser votre profil personnel, vos relations, envoyer des messages, effectuer des recherches et envoyer des invitations, créer des groupes, mettre à jour des événements, ajouter des applications, ainsi que transmettre des informations de diverses manières. Nous conservons ces informations afin de vous offrir un service et des fonctions personnalisés."

2. Vous ne pouvez rien effacer
"Lorsque vous mettez à jour des informations, nous conservons généralement une copie de sauvegarde des versions antérieures pendant un certain temps, afin de pouvoir récupérer ces informations si nécessaire."

3. N'importe qui peut lire vos confessions intimes

"… Nous ne pouvons en aucun cas garantir que le contenu que vous publiez sur ce site ne sera pas vu par des personnes non autorisées. Nous ne sommes en aucun cas responsables du non-respect des paramètres de confidentialité ou des mesures de sécurité en vigueur sur ce site. Vous comprenez et reconnaissez que, même après suppression, des copies du contenu utilisateur peuvent rester visibles dans les pages d'archives et les pages en cache ou bien si d'autres utilisateurs ont enregistré ou copié votre contenu."

4.   Le profil marketing que nous avons sur vous est imbattable

   "Facebook peut également collecter des informations sur vous à partir d'autres sources, comme les journaux, les blogs, les services de messagerie instantanée ou par l'intermédiaire des autres utilisateurs Facebook, via l'utilisation de ce service (par ex. un marquage sur une photo) afin de vous proposer des informations plus utiles et une expérience Facebook personnalisée."

5.   Décider de ne pas participer ne signifie pas décider de ne pas participer

   "Facebook se réserve toutefois le droit de vous adresser des messages à propos de votre compte, même si vous avez demandé à ne plus recevoir de notification électronique facultative." 

6.            La CIA peut lire vos informations quand elle en a envie

"En utilisant Facebook, vous acceptez que vos données personnelles soient transférées et traitées aux USA… Nous pouvons être amenés à fournir des informations sur un utilisateur sur requête judiciaire, telle qu'une assignation en justice ou une injonction de  tribunal, ou toute autre demande conforme aux lois en vigueur. Nous ne fournissons aucune information tant que nous n'avons pas la certitude que l'information demandée par la justice ou le plaignant est conforme à la loi applicable. De plus, nous pouvons être amenés à partager un compte ou toute autre information que nous estimons nécessaire pour être conformes à la loi, protéger nos intérêts ou nos biens, prévenir des fraudes ou toute autre activité illicite perpétrée sur Facebook ou au nom de Facebook ou pour prévenir tout préjudice corporel imminent. Ceci peut inclure le partage d'informations avec des entreprises, des juristes, ds agents ou des instances gouvernementales. »

 

 Mark Zuckerberg et Dustin Moskovitz encadrant Dave Morin, le "prédicateur évangéliste" de Facebook lors d'une fête en toges impromptue pour célèbrer le 100 millionième inscrit sur Facebook, en août 2008, dans les bureaux de l'entreprise à Waverly , au centre de Palo Alto en Californie. Les fêtes en toge sont une tradition étudiante US consistant à se déguiser en Romains en s'habillant de draps. On s'amuse comme on peut...

  


Source : The Guardian-With friends like these ...

Article original publié le 14/1/2008

Sur l’auteur

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9206&lg=fr


 


REMUE-MÉNINGES: 07/11/2009

 
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