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09/02/2010
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Le Filtre sur le Toit (d’après Léonard Bernstein)


AUTEUR:  Gilad Atzmon

Traduit par  Marcel Charbonnier


 


Des ouvriers immigrés installant la dernière phase du dernier projet sécuritaire israélien en date

A la suite des difficultés rencontrées par l’armée israélienne à vaincre les armes balistiques du Hizbullah et du Hamas, le Gouvernement israélien est à la recherche de sous-traitants jouissant d’une expérience avancée en matière de constructions en béton armé de grandes dimensions. La mission envisagée consiste en l’édification d’un robuste toit de béton au-dessus de la totalité de l’Etat juif (connu sous le sobriquet de « Grand Israël »). Le Premier ministre Olmert est catégorique : le seul moyen de défendre les zones peuplées d’Israël consiste à couvrir l’Etat juif d’une épaisse couche de ciment et de fer à béton.

La décision de construire un toit en béton, approuvée et adoptée par le Gouvernement, fait suite à un débat considérable au sein du cabinet. Le ministre de la Défense, Amir Péretz, insistait sur le fait qu’une extension massive de l’actuel Mur de Sécurité ferait bien l’affaire. Péretz maintenait qu’une surélévation substantielle du mur, le portant à une hauteur de 27 kilomètres, suffirait largement à empêcher les missiles ennemis de pénétrer sur le territoire israélien. Péretz faisait valoir, avec raison, que les jeunes Israéliens bénéficieraient néanmoins du spectacle du ciel bleu, lorsqu’ils lèveraient les yeux à la verticale.

Le Premier ministre Olmert et le chef d’état-major, le Major Général Dan Halutz, étaient tout à fait opposés à cette idée. Pleinement conscients de la nature de la guerre des missiles, tant Halutz qu’Olmert convenaient que le seul moyen d’assurer à l’Etat juif une sécurité maximale consiste à le recouvrir d’un bouclier en béton armé.

Shimon Peres, le légendaire apôtre de la paix, proposa quant à lui un compromis, inspiré de l’idée de la trampoline. Peres suggéra qu’une surélévation du Mur de Sécurité d’une hauteur de 27 kilomètres, constituée d’un filet élastique, serait la solution idéale. Le vieil homme d’Etat invoqua l’argument qu’un filet élastique garantirait que tout missile arabe tiré contre Israël rebondirait en direction du territoire arabe dès qu’il l’aurait touché. Olmert et Halutz ont écarté la proposition de Peres, expliquant qu’en raison du recours excessif par Israël à l’artillerie et aux missiles contre ses ennemis arabes, l’Etat juif souffrirait bien plus que ses ennemis de l’érection d’un tel « filet-tremplin ». « Israël », a déclaré Halutz, « ne survivrait en aucun cas à ses féroces barrages d’artillerie lui rebondissant sur la tronche. »

Au cours d’une conférence de presse faisant suite au débat acharné du conseil des ministres, le porte-parole du Gouvernement, M. Sion Sionard, a souligné qu’ « en raison du succès total du Mur de Sécurité dans l’arrêt de la terreur kamikaze palestinienne, le « Toit de Sécurité » est, de toute évidence, la construction qui s’impose aujourd’hui. » M. Sionard a affirmé également que ce nouveau projet israélien aurait la vertu de transformer l’Etat juif en « Bunker juif hermétique ». De fait, a souligné M. Sionard, « l’Opération Toit de Sécurité » parachèvera l’aventure sioniste. Nous passons aujourd’hui de la phase « Mur de Fer » à notre avenir : la phase « Toit de Béton ». Avec un toit en béton armé au-dessus de lui, un Mur de Sécurité à l’Est et la Mer Méditerranée à l’Ouest, l’Etat juif sera enfin le havre de paix le plus sûr qui soit pour les juifs du monde entier. Le rêve de Herzl devient réalité. Longue vie à Israël ! »

Toutefois, quelques difficultés d’ordre technique demeurent. Le problème sans doute le plus épineux concerne la respiration. A l’instar du reste de l’humanité, le peuple israélien consomme de l’oxygène et rejette du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Il semble que le conseil des ministres ait son attention attirée sur cette question absolument cruciale par le ministre de la Santé. Olmert, homme d’action s’il en est, a immédiatement trouvé la réponse : avant même la fin du conseil des ministres, il a autorisé le ministère de la Défense à explorer les différentes solutions à apporter à ce problème préoccupant.

Nous savons d’ores et déjà, de la part du porte-parole du ministère de la Défense, le Lieutenant Galileo Galilei, que « Filtre sur le Toit », le géant israélo-américain des hautes technologies en matière de chimie (coté à Wall Street, et dirigé depuis la colonie illégale de Gush Katif) a été soumissionné pour résoudre ce problème.

Nous avons appris, toujours du Lieutenant Galilei, que Filtre sur le Toit a déjà proposé un certain nombre de solutions. Bien que certaines de ces solutions soient plutôt radicales, il est crucial de mentionner qu’elles sont toutes extrêmement innovatrices, conformément à l’attente, venant d’une joint venture israélo-américaine dans la high-tech.

La solution sans doute la plus conventionnelle et pratique à avoir été proposée par le géant de la chimie consiste à forer pas moins de six millions de trous de ventilation dans la toiture. Peres, Péretz et Sh-Meretz ont rejeté cette possibilité, sans même avoir eu besoin d’y réfléchir à deux fois. « Etant donné notre mémoire collective traumatique de l’holocauste », dirent-ils, « la perspective de transformer l’Etat juif en une immense pièce avec des trous au plafond est tout simplement impensable. »

La suggestion probablement le plus radicale a avoir été formulée par la firme israélo-américaine consiste à entraîner la population juive d’Israël à respirer à la manière des poissons. Une fois le peuple israélien bien entraîné, il ne resterait plus qu’à remplir le bunker juif avec de l’eau de mer. Autrement dit : Filtre sur le Toit suggérait de transformer l’Etat juif en un « aquarium tropical juif géant ». Bien que cette option semble particulièrement radicale, voire même inconcevable, la plupart des ministres y ont réagi avec enthousiasme. Ils ont tous convenu que cette solution s’harmoniserait à merveille avec le concept de vie juive moderne, de manière générale, et avec le sionisme, en particulier. Les Israéliens aiment la mer. Les Israéliens n’ont pas peur de l’eau. Une fois la société israélienne entièrement sous l’eau, il ne viendrait plus à l’idée de quiconque de la jeter à la mer.

Nous suivrons bien entendu pour vous les développement de cette histoire, et nous vous en tiendrons informés.

[Certaines personnes étant incapables de comprendre une plaisanterie, et étant donné qu’enlever tout obstacle qui pourrait se dresser sur la route est un devoir ; s’il vous plaît, relax ! Ce texte est une satire !]


Source: PeacePalestine

Gilad Atzmon est écrivain et musicien.

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.


TERRE DE CANAAN: 17/08/2006

 
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