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17/12/2017
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Grande zone arabe de libre-échange : L’Algérie devient le réceptacle des produits arabes


AUTEUR:  Nora BOUDEDJA


’adhésion de l’Algérie à la Grande zone arabe de libre-échange devait offrir de nouveaux débouchés aux exportateurs algériens. Ces derniers ont dû déchanter moins d’une année après l’entrée en vigueur de cet accord en constatant que la circulation des biens n’est valable que dans un seul sens.

« Les pays arabes mettent en place des barrières non tarifaires, quand bien même on dit qu’il y a une zone de libre-échange, que les produits peuvent circuler plus librement », a ainsi indiqué un responsable au sein du secrétariat de la commission technique de suivi et d’évaluation des zones de libres-échange qui a requis l’anonymat. Cet organisme se fait l’écho des inquiétudes des opérateurs algériens. Au vu des nombreuses doléances qui lui sont adressées par les exportateurs, il apparaît que la fraternité arabe s’arrête aux discours et s’apparente à un vœu pieux. Afin d’amortir l’impact des avantages tarifaires induits par l’accord, certains pays ont imposé en parallèle aux exportateurs algériens de lourdes procédures administratives qui décourageraient les plus téméraires d’entre eux. Un exportateur qui voudrait placer ses produits en Egypte sera confronté à toutes sortes d’obstacles bureaucratiques. « Avant, la facture et le certificat d’origine étaient envoyés directement, mais maintenant il faut qu’ils passent par l’ambassade d’Egypte en Algérie pour les faire viser. Il s’agit d’une perte de temps et d’argent qui créent des frais supplémentaires », raconte ce responsable.

Le parcours du producteur algérien, qui souhaite exporter vers la Libye, est tout aussi semé d’embûches. « Nos amis libyens exigent une tonne de papiers. Dès qu’il y a quelque chose qui n’est pas claire, ils renvoient et la marchandise et les documents. Il faut aussi viser les documents commerciaux au consulat de Libye en Algérie et au niveau du ministère algérien des affaires étrangères. Ce n’est qu’après une longue procédure qu’il peut atteindre les frontières libyennes », souligne notre source qui signale que les tunisiens ne manquent pas, eux aussi, d’imagination lorsqu’il s’agit d’entraver l’entrée de produits algériens dans leur marché. « Ils demandent parfois des papiers qui sont difficiles à obtenir », note-t-il. Une entreprise de production de jus, qui a pignon sur rue en Algérie et qui devait exporter en Tunisie, en a fait l’amère expérience en se voyant exiger un certificat de dioxine. « C’est le genre de papiers qui n’existent pas. Ce sont des obstacles qu’on met en place pour bloquer l’entrée du produit algérien sur ce marché », soutient notre interlocuteur.

La même mésaventure est arrivée à un fabricant de tapis qui avait conclu un marché avec un partenaire pour exporter, cette fois-ci, vers le royaume chérifien. Son partenaire marocain devait, cependant, avoir une demande d’autorisation d’importation pour bénéficier d’exonérations de droits de douane. Ce sésame, qui devait lui ouvrir les portes du marché marocain, ne lui sera jamais accordé. Des industriels locaux, craignant la concurrence, ont exercé des pressions sur le gouvernement marocain afin que les tapis algériens ne soient pas exonérés des tarifs douaniers. L’entreprise algérienne a perdu ce marché à cause de ce document. Un autre opérateur voulait exporter des dattes vers ce même pays. Il s’est vu refuser l’accès au marché marocain.

Dumping

Au nom de la sacro-sainte unité économique arabe, l’Algérie s’est jusqu’à présent montrée beaucoup plus indulgente envers les pays « frères », membres de la grande zone de libre-échange. Sauf que la réciprocité n’était pas au rendez-vous dans les échanges commerciaux entre elle et ses partenaires arabes. Outre les obstacles dressés devant les exportateurs algériens, certains de ces pays s’adonnent à des pratiques déloyales qui faussent la concurrence. « Ces pays font du dumping pour exporter leurs produits », révèle ce membre du secrétariat de la commission technique de suivi et d’évaluation des zones de libre-échange, qui dépend de la chambre algérienne du commerce et de l’industrie. « Il y a les jus de fruits par exemple qui sont supposés être d’origine tunisienne, alors que ce n’est pas le cas. L’emballage Tetrapack n’est pas produit en Tunisie, le sucre non plus, même la matière pour les jus est importée. Il n’y a que l’eau et la main-d’œuvre qui soient tunisiennes et on les présente comme étant des jus tunisiens », souligne-t-il. Avant d’enchaîner : « L’origine a des règles précises. Il faut qu’elle remplisse un certain nombre de critères. » Le même problème s’est posé avec le sucre importé d’Egypte et dont l’origine est, selon notre source, douteuse.

« C’est vrai que l’Egypte produit du sucre à partir de la betterave, mais sa production ne suffit pas à son marché intérieur. Donc, les Egyptiens en importent. Ils exportent du sucre vers l’Algérie, mais on ne comprend pas comment ils ne sont pas autosuffisants en la matière, alors qu’ils exportent vers notre pays. On a donc des doutes sur l’origine du sucre exporté vers l’Algérie », fait valoir ce responsable. Le lourd déficit de la balance commerciale illustre les difficultés des entreprises algériennes à investir les marchés arabes. Durant le premier semestre de l’année en cours, le montant des échanges hors-hydrocarbures entre les pays de la GZALE et l’Algérie a atteint 742,7 millions de dollars, dont 693 millions de dollars d’importations, en hausse de 28% et seulement 49,76 millions de dollars d’exportations qui accusent une baisse substantielle de 63%. Ces chiffres édifiants dénotent un grand déséquilibre dans les échanges entre l’Algérie et les pays arabes. Dans ce contexte, la convention pour l’adhésion à la GZALE est loin d’être ce qu’on appelle un partenariat gagnant-gagnant.

Problèmes algéro-algériens

S’il y a péril en la demeure, c’est parce que l’Algérie a fait entrer elle-même le loup dans la bergerie. Pour les professionnels, il serait de mauvaise foi d’attribuer ces contre-performances uniquement aux réactions somme toute compréhensibles de ces pays qui œuvrent pour la protection de leur production nationale. Selon eux, la machine était grippée d’avance et les sociétés algériennes ont été livrées pieds et poings liés à la concurrence internationale, sans pour autant qu’il y ait un accompagnement de l’Etat pour leur permettre de s’intégrer en douceur dans les zones de libre-échange. Le problème serait beaucoup plus profond. Il renvoie à la problématique générale de la promotion des exportations algériennes hors-hydrocarbures qui fait défaut. Dans ce domaine, l’Algérie fait dans l’auto-flagellation. « Nous avons 500 à 600 exportateurs, mais nombre d’entre eux ne sont pas des exportateurs réguliers. Il n’y a que 200 exportateurs réguliers. Ce n’est pas énorme. En Tunisie, une seule ville a plus de 200 d’exportateurs, alors que chez nous, c’est pour tout un pays », indique-t-on au niveau de la CACI.

Le chemin est long et sinueux pour les exportateurs algériens qui doivent dépasser l’écueil des différentes administrations algériennes dont la réputation d’être des monstres bureaucratiques est loin d’être volée. « Lorsque des entreprises veulent exporter de là-bas vers l’Algérie, ils bénéficient d’exonérations de droits de douane. Nos industriels, eux, doivent payer entre 5 à 30% de droits de douane. Les matières premières sont parfois taxées à 15%, alors que le produit lui-même est taxé à 5%. Il y a des incohérences dans la tarification douanière. Ils ne peuvent pas être compétitifs dans ces conditions. C’est tellement compliqué que les producteurs algériens évitent de se lancer dans l’exportation », souligne la même source. « Les industriels algériens sont plus orientés vers le marché local qu’étranger. Pourquoi un industriel irait se casser la tête pour chercher un client, alors que des clients viennent frapper à sa porte pour acheter ses produits ?

Par contre, s’il y a avait un incitatif plus fort, c’est-à-dire si l’Etat algérien d’une manière directe ou indirecte l’encourageait à aller à l’extérieur parce qu’il gagnerait plus à l’étranger, il va aller à l’étranger. Le potentiel existe, mais il n’est pas orienté vers l’exportation. Il y a des centaines de jeunes qui investissent dans le commerce informel ; s’il y a avait un cadre incitatif, ils pourraient se tourner vers l’exportation. On n’a jamais pu établir et afficher une stratégie cohérente de développement des exportations hors-hydrocarbures », ajoute-t-on. Pourtant, de nombreux instruments censés faciliter la tâche aux exportateurs ont été mis en place ces dernières années.

Il en est ainsi du Fonds spécial pour la promotion des exportations (FSPE) et d’une compagnie d’assurances export qui devaient booster ce segment du commerce extérieur. A cela s’ajoute une série de mesures de facilitation. Ces actions s’avèrent insuffisantes, au vu du bilan peu reluisant qu’affiche l’Algérie en matière d’exportations hors-hydrocarbures. La stratégie pour la promotion des exportations devrait être définie par le Conseil national de promotion des exportations, qui a été créé en 2004. Mais à ce jour, cet organe, qui est un conseil consultatif présidé par le chef du gouvernement, n’a pas été installé. Les rapports du Centre national de l’information et des statistiques (CNIS), qui relève des services des douanes algériennes, se suivent et se ressemblent.

La seule donne qui varie dans les statistiques fournies par cet organisme est celle inhérente aux exportations d’hydrocarbures. Autrement, la balance commerciale algérienne serait largement déficitaire. Les exportations hors-hydrocarbures sont toujours insignifiantes. L’Algérie qui s’apprête à rejoindre deux autres zones de libre-échange, à savoir l’union économique et monétaire de l’Ouest africain et l’Association européenne de libre-échange qui est déjà dans le bain de la GZALE, et de l’accord d’association avec l’Union européenne, gagnerait donc à se doter d’une stratégie coordonnée et cohérente pour imposer ses produits.


 


Source : El Watan

Article original publié le 6/12/2009

Sur l’auteure

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OUMMA: 17/01/2010

 
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