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24/10/2017
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La Première Guerre mondiale des mots

Une décennie de propagande ou Comment la BBC (dés)informe sur le Venezuela


AUTEUR:  Lee SALTER

Traduit par  Fausto Giudice


Des chercheurs de l’Université de l’Ouest de l’Angleterre, ont mis en lumière une tendance systématique de la BBC à biaiser l’information sur le Venezuela. Les professeurs Lee Salter et Dave Weltman ont analysé dix ans de reportages sur le Venezuela depuis la première élection d’Hugo Chávez à la présidence. Ce projet de recherche continue. Les résultats montrent qu’à ce jour les reportages de la BBC ne répondent pas à l’engagement légal en faveur de l’impartialité, de la vérité et de l’exactitude stipulé par sa charte.

Les chercheurs ont étudié 304 reportages de la BBC diffusés entre 1998 et 2008 et ont trouvé que seuls trois de ces articles mentionnaient un aspect positif quelconque de la politique de l’administration Chávez. La BBC a échoué à informer de manière adéquate sur l’une quelconque des initiatives démocratiques, législation sur les droits de l’Homme, programmes d’alimentation, de santé ou de réduction de la pauvreté. La Mission Robinson, le plus grand programme l’alphabétisation dans l’histoire de l’humanité n’a été évoqué qu’accessoirement.

D’après cette recherche, la BBC semble n’avoir jamais accepté la légitimité du président, insinuant constamment que Chávez manque de soutien électoral, allant jusqu’à le comparer à Hitler (‘Venezuela’s Dictatorship’, 31/08/99). Cette déstabilisation  de Chávez doit être vue dans le contexte de ses scores électoraux : sa légitimité est mise en cause bien qu’il ait été élu de nombreuses fois, avec entre 56 et 60% des votes. Par contraste, au Royaume Uni, les partis vainqueurs depuis 1979 ont reçu entre 35.3% et 43.9% des votes ; le Premier ministre actuel a été nommé par son prédécesseur et de nombreux membres hauts placés du cabinet britannique n’ont jamais été élus. On ne sera pas surpris de constater que leur légitimité n’est jamais remise en cause par la BBC.

Une remarque particulière concerne la réponse de la BBC au coup d’État militaire de 2002. BBC News a publié neuf articles sur le coup d’Etat du 12 avril 2002, tous basés sur la version des putschistes, mis en valeur comme « sauveurs de la nation », aux côtés de l’ »opposition ». Bien que BBC News ait rapporté le coup d’Etat, la seule fois où elle a utilisé l’expression "coup d’État" a été pour dire que c’était une allégation de membres du gouvernement et de la fille de Chávez.

L’explication officielle de la BBC était que Chávez ‘était tombé’, ‘s’en allait’, ou ‘avait démissionné’ après sa ‘mauvaise gestion’ des ‘grèves’ (qui, comme Hardy [2007] nous le rappelle, étaient en réalité des lock-outs patronaux) et des ‘manifestations’ où ses partisans auraient tiré et tué des manifestants. Rapportant ce dernier « fait », Adam Easton, le correspondant de la BBC à Caracas écrivait : "Des prises de vue montrent des partisans armés de Chávez tirant sans discrimination sur les manifestants" (‘Venezuela’s New Dawn’). Les séquences en question avaient été diffusées par la chaîne de télévision d’un oligarque qui avait soutenu le coup d’État. Il a été prouvé plus tard qu’on avait affaire à une manipulation.

Vu qu’Hugo Chávez avait remporté deux élections et un référendum constitutionnel avant le coup d’État, il est surprenant que la BBC ait privilégié la version des putschistes. Les intentions "démocratiques" de ces derniers n’ont pas été mises en question un seul instant... Dans « Médias vénézueliens : "C’est la fin !" » la BBC laisse le rédacteur en chef du quotidien El Universal déclarer sans personne pour le contredire : « Nous voilà revenus en démocratie ! ».

Fait peut-être le plus significatif, dans ‘Venezuela’s political disarray’,  le chef du desk Amériques de la BBC a choisi comme sous-titre "Restauration de la démocratie". L’article "Oil prices fall as Chávez quits" (Les prix de pétrole en chute alors que Chávez s’en va) nous explique que Chávez quitte son poste à la suite d’un ‘soulèvement populaire’.

Enfin, tous les micros-trottoirs des neuf articles consacrés au coup d’État avaient été réalisés avec des partisans de "l’opposition", et les seules voix en faveur de Chávez étaient celles de membres du gouvernement, de sa fille ou de Cuba. Il est donc raisonnable de déduire des reportages de la BBC, que de manière générale, les Vénézuéliens ne soutenaient pas Chávez, puisque le coup d’État a été présenté de manière inexacte comme ‘populaire’, alors que le contre-coup d’État ne l’était pas.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que l’une des bases de l’inexactitude des reportages sur le Venezuela était l’adhésion de la BBC aux perspectives idéologiques l’élite vénézuélienne. Contre le poids de la recherche historique sur l’histoire du Venezuela, la BBC fonde ses rapports sur la "thèse de l’exceptionnalisme" - l’idée que le Venezuela était l’exception dans les pays d’Amérique latine, du fait que sa démocratie était assez solide pour résister à la dictature.

Cependant, la recherche historique suggère que cette idée est fausse. Comme l’expliquent les professeurs Ellner et Salas, ceux qui se réfèrent à cet exceptionnalisme du Venezuela ont échoué... à établir un lien entre l’exclusion politique et le phénomène de clientélisme qui va avec d’un côté, et la violation des droits de l’homme, la manipulation électorale et la corruption de l’autre. Ils ont pris la légitimité de mécanismes institutionnels qui garantissaient la stabilité pour acquise. Les même carences -  fraude électorale, corruption, répression – mentionnées par les chercheurs comme facteurs ayant contribué à la crise des années 90, étaient déjà présentes dans  les décennies précédentes.

Sûrement que La BBC n’arrive certainement pas à l’admettre et son ignorance de l’extrême pauvreté affectant  tant de Vénézuéliens la rend imperméable à une compréhension adéquate de la politique vénézuélienne. Comme  la BBC ne peut pas "voir" ces facteurs, elle n’est pas en mesure de comprendre que la Révolution Bolivarienne est une réponse à des décennies de pauvreté et d’oppression.

Au lieu de cela, la BBC personnalise le mouvement bolivarien, réduit à un Hugo Chavez sortant de nulle part et s’imposant au Venezuela, comme s’il n’y avait pas eu de mouvement, et comme s’il n’y avait pas eu d’élections.

Par exemple, la victoire référendaire de 2004 est décrite comme ‘un retournement extraordinaire, qui défie toute explication facile’ (‘Analysis : Venezuela at the Crossroads’, 17/8/04). Évidemment, cette victoire ne pouvait sembler "extraordinaire" qu’ aux personnes ignorant les réalités sous-jacentes à la politique vénézuélienne.

C’est donc en conséquence Chávez en personne qui devient la cause du conflit politique. Dans le monde selon la BBC il est impossible que les classes, la pauvreté, le non-respect des droits humains ou la corruption puissent être la cause d’un conflit politique - la BBC ne peut comprendre l’impact d’un taux de pauvreté de 70% en 1995, ou le fait qu’un an avant la première victoire électorale de Chávez, 67% des Vénézuéliens gagnaient moins de 2$ par jour.

Au contraire, les Vénézuéliens sont montrés comme des moutons abrutis conduits  par un joueur de flûte, ne faisant que répondre à ses appels d’agit-prop. Dans le monde selon la BBC, les "divisions" sociales et politiques n’existent qu’à cause de Chavez.

Pour la BBC, les seuls représentants légitimes des Vénézuéliens sont les oligarques non-élus derrière "l’opposition". C’est cette "opposition" qui est le Venezuela. « Les leaders de l’opposition au Venezuela », selon la BBC, appellent « la communauté internationale à intervenir pour protéger les règles démocratiques».

Quand la démocratie fut "restaurée" par un coup d’État militaire et l’imposition d’un dictateur, la BBC rapportait que « le Venezuela s’est tourné non pas vers un politicien existant, mais vers le chef de l’association patronale ». Quand une majorité de Vénézuéliens élit Chávez ce n’est pas un acte du "Venezuela", mais quand un coup d’État militaire concocté avec la CIA impose une oligarchie corrompue, cela reflète la volonté de tout le Venezuela, pas seulement d’une classe élitaire, mais du Venezuela lui-même.

Un point est à souligner par rapport à l’inexactitude et la déformation de la BBC : ses journalistes font partie d’une classe sociale résidant dans les beaux quartiers de Caracas. De ce point de vue, ils ne voient simplement pas la réalité de la situation. Cela confirmerait ce que Charles Hardy (de la BBC) avait dit : nous tendons à recevoir « la perspective d’un correspondant international... qui travaille dans un immeuble de bureau d’un journal d’opposition et vit dans un appartement d’ un quartier aisé ».

Quoi qu’il en soit, la grande question est : peut-on faire confiance à la BBC pour ce qui est d’informer sur l’Amérique Latine ? Certainement pas, Vu ses derniers comptes-rendus de la récente victoire d’Evo Morales en Bolivie, cela semble peu probable. Le public de la BBC reste cruellement mal informé.

Le programme de recherche continue et les chercheurs arrivent à Caracas fin décembre pour la prochaine étape du projet. Pour plus d’information, contacter l’auteur.



Pour lire d'autres articles de cette Première guerre mondiale des mots, cliquez ici 

La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.

Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.



Source : Venezuelanalysis.com- A Decade of Propaganda? The BBC’s Reporting of Venezuela 

Article original publié le 14/12/2010

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9993&lg=fr

 


LES FICHES DE TLAXCALA: 11/02/2010

 
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