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21/09/2014
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Le coup des attentats à l'"explosif liquide" et ses implications


AUTEUR:  James Petras, 26 août

Traduit par  Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice


Les accusations formulées par les régimes britannique, usaméricain et
pakistanais, qui auraient découvert les préparatifs d'un vaste attentat
ourdi contre neuf compagnies aériennes des USA, se « fondent » sur
des « preuves » extrêmement contestables, qui seraient rejetées par tout
tribunal digne de ce nom.

Le passage au crible analytique de l'enquête, à son stade actuel, soulève un
certain nombre de questions au sujet des allégations formulées par ces
gouvernements, concernant la préparation d'un attentat ourdi conjointement
par vingt-quatre citoyens britanniques d'origine pakistanaise.

Les arrestations (de ces vingt-quatre suspects) ont été suivies par des
recherches de preuves matérielles, comme le relate le Financial Times dans
son édition du 12 août : « La police s'est attelée à une tâche herculéenne,
consistant à collecter des pièces à conviction du complot terroriste allégué
révélé hier » [FT, 12.08.2006]. Autrement dit : les arrestations ainsi que
les inculpations ont été effectuées en l'absence absolue des preuves
pourtant nécessaires : on a là, déjà, en l'occurrence, une méthode
opératoire tout à fait particulière, étant donné que les procédures normales
d'investigation commanderaient que l'on n'arrête d'éventuels suspects qu'
après avoir mené à bien « la tâche herculéenne consistant à collecter des
pièces à conviction ». On a procédé à des arrestations avant même de
disposer des pièces à conviction nécessaires : dès lors, sur quoi ces
arrestations pourraient-elles bien être fondées en droit ?

Les recherches d'enregistrements et de transferts bancaires effectuées par
le gouvernement n'ont pas permis de trouver une quelconque filière
financière, en dépit du gel des comptes courants des personnes arrêtées. L'
enquête policière a d'ailleurs révélé la modestie des épargnes concernées,
ce qui n'a rien d'étonnant, s'agissant de jeunes, ouvriers, étudiants ou
employés, appartenant à des familles immigrées aux revenus très modestes.

Le gouvernement britannique, épaulé par Washington, affirmait que l'
arrestation, par le gouvernement pakistanais, de deux Anglo-pakistanais
avait fourni des « preuves irréfutables » qui auraient permis de découvrir
le complot et d'identifier les terroristes en puissance. Aucune instance
judiciaire occidentale n'accepterait le genre de preuve fourni par les
services de renseignement pakistanais, lesquels sont tristement connus pour
leur recours à la torture afin d'extorquer des « aveux ». Les « preuves »
fournies par la dictature pakistanaise sont fondées sur une rencontre
supposée entre un parent de l'un des « suspects » et un agent d'Al Qa'ida à
la frontière afghane. D'après la police pakistanaise, cet agent d'Al Qa'ida
aurait remis à ce parent - et « donc », à l'accusé. - l'information
nécessaire à la fabrication de la bombe ainsi que des instructions. La
transmission d'informations sur la confection d'engins explosifs ne
nécessite nullement de faire la moitié du tour du monde, et certainement
encore moins pour se rendre au voisinage d'une frontière assiégée
militairement par des forces armées sous commandement usaméricain, d'un côté,
et par l'armée pakistanaise, de l'autre. De plus, il est extrêmement douteux
que des agents d'Al Qa'ida, dans les montagnes afghanes, aient la moindre
idée quelque peu détaillée des procédures de sécurité spécifiques aux lignes
aériennes britanniques, ni de leurs conditions de fonctionnement à Londres. A
défaut de preuves tangibles, les services secrets pakistanais et leur
homologue britannique ont appuyé sur absolument tous les boutons de la
machine à propagande : rencontre clandestine avec Al Qa'ida, échanges d'
informations sur la fabrication de bombes à la frontière pakistano-afghane,
Britanniques d'origine pakistanaise ayant des amis islamistes, liens
terroristes et familiaux en Grande-Bretagne.

Les services usaméricains ont allégué - et Londres a répété - que des sommes d
'argent auraient été transférées électroniquement depuis le Pakistan pour
permettre aux comploteurs d'acheter des billets d'avion. On ne trouva, en
tout et pour tout, des billets d'avion que dans un seul des appartements
perquisitionnés [la compagnie émettrice et la destination n'ont pas été
révélées par la police]. Aucun des autres suspects ne possédait de billet d'
avion, et certains d'entre eux n'avaient même pas de passeport ! Autrement
dit, les initiatives préliminaires du soi-disant complot terroriste n'
avaient jamais été prises par les suspects. Il ne saurait y avoir de complot
terroriste visant à faire sauter des avions de ligne dès lors que les
conspirateurs supposés n'ont ni suffisamment d'argent pour voyager, ni de
papiers d'identité, ni de billet d'avion. De plus, avancer que les
conspirateurs allégués étaient dépendants d'instructions provenant de
manipulateurs lointains ignorant tout des conditions de base régnant sur le
terrain des opérations n'est, tout simplement, pas crédible.

Dès le début, les autorités britanniques et usaméricaines ont affirmé  que l
'engin explosif était « une bombe liquide », bien qu'aucune bombe - pas plus
solide que liquide, d'ailleurs - n'ait été retrouvée dans les lieux
inspectés ni sur la personne d'aucun des suspects. Pas plus que n'a été
prouvée la capacité de l'un quelconque des suspects à fabriquer, déplacer ou
faire exploser la soi-disant « bombe liquide » - [laquelle, si elle avait
existé], aurait été composée d'un mélange extrêmement instable et impossible
à manipuler pour des personnes non-expertes. Aucune preuve n'a été présentée
quant à la nature de la bombe liquide en question, ni quant à un quelconque
échange, soit oral, soit écrit, concernant ladite bombe liquide, qui
mettrait en cause l'un quelconque des suspects. Aucune bouteille, aucun
liquide ni aucune formule chimique n'ont été retrouvés chez aucun des
suspects. De même, aucun des ingrédients indispensables à la confection d'
une « bombe liquide » n'a été découvert. Il n'y a pas non plus le début d'
une quelconque preuve de la provenance supposée du liquide explosif (la
source), ni quant à la question de savoir si ce liquide a été acheté
localement, ou ailleurs qu'en Grande-Bretagne.

Même après que l'histoire de la bombe liquide avait sombré dans le ridicule et
dans un quasi oubli, procureur généra adjoint britannique Peter
Clark a affirmé que « l'équipement nécessaire à la fabrication d'une bombe,
dont des produits chimiques et des composants électroniques,ont été
retrouvés » [BBC News, 21.08.2006].

Là encore, aucune indication sur les lieux où auraient été trouvés les
soi-disant « composants électroniques » et « produits chimiques », on ne
sait pas dans les domiciles ou dans les bureaux desquels des suspects ils
ont été soi-disant retrouvés, ni même s'ils pouvaient avoir une raison
plausible de se trouver là où ils étaient, et qui n'ait rien à voir avec la
confection de bombes. Ces soi-disant éléments indispensables à la
fabrication de bombes étaient-ils détenus par une seule personne, ou par un
groupe de personnes ? Là encore, on n'en sait rien. Dans le deuxième cas, s'
agissait-il de gens connus pour leur appartenance à un complot en vue d'un
attentat à la bombe ? De plus, il est intéressant de se pencher sur la date
à laquelle les autorités ont laissé tomber la piste des bombes liquides pour
ne plus parler que de l'identification de détonateurs électroniques
obsolètes. Et pour quelle raison ! Existe-t-il la moindre preuve -
documents, ou conversations enregistrées - associant ces détonateurs
électroniques et ces produits chimiques au complot bien déterminé faisant l'
objet de l'enquête, lequel est censé avoir eu pour objectif de « faire
sauter neuf avions de ligne des USA » ?

Loin de fournir des faits pertinents élucidant les questions fondamentales
sur les noms, les dates, les armes et les dates de voyage, le Commissaire
Clark fournit à la presse une sorte de liste des commissions comportant des
objets que l'on pourrait trouver dans des millions de domiciles. Il révèle
par ailleurs le nombre très important d'immeubles perquisitionnés jusqu'à ce
jour (soixante-neuf). Si le porte-à-porte en montant les escaliers permet d'
obtenir une promotion, alors Clark devrait décrocher le pompon et être élevé
au rang de chevalier. D'après lui, la police aurait découvert plus de 400
ordinateurs, 200 téléphones mobiles, 8 000 accessoires liés aux médias
électroniques (des accessoires aussi inquiétants que des cartes mémoires
additionnelles Blue Tooth, des CD et des DVD), la police a extrait 6 000
gigabytes de données des computers saisis (soit 150 gigabytes par
ordinateur.), ainsi que quelques enregistrements vidéo. On présume, en l'
absence de la moindre donnée qualitative démontrant que les suspects
préparaient réellement des bombes en vue de détruire des avions de ligne
usamricains, que le Commissaire Clark est en train de solliciter les
applaudissements du public pour la performance de ses collaborateurs, aptes
à chouraver et à déménager de l'équipement électronique d'un site à un
autre, et ce, dans soixante-neuf immeubles différents ! Ce serait en effet
là un exploit digne d'être mentionné, si nous avions affaire à une
entreprise de déménagements. et non à l'enquête d'une police dotée de
pouvoirs étendus au sujet d'un événement aux supposées « conséquences
catastrophiques incalculables ».

Certains des suspects ont été arrêtés parce qu'ils s'étaient rendus au
Pakistan au début des vacances scolaires. Les autorités tant britanniques qu
’usaméricaines ont simplement oublié de rappeler que des dizaines de
milliers de Pakistanais expatriés rentrent dans leur pays pour rendre visite
à leur famille, en particulier à cette période de l'année !

Les experts boursiers n'ont jamais pris le complot à la bombe liquide au
sérieux, pas plus à Wall Street qu'à la City de Londres. Le marché n'a pas
bronché un seul instant : ni il n'a piqué du nez, ni il ne s'est effondré ;
il n'y a eu nulle panique. Le complot annoncé visant à faire sauter des
avions de ligne a été ignoré par tous les grands acteurs sur les marchés
financiers usaméricains et londoniens. De fait, les prix du pétrole ont même
légèrement baissé ! Contrairement aux attentats du 11 septembre 2001 et à
ceux de Madrid et de Londres (auxquels le complot en question est très
souvent comparé), les « décideurs » des marchés boursiers n'ont pas été
impressionnés par les allégations de « catastrophe majeure » formulées par
les gouvernements. Ni George Bush, ni Tony Blair - pourtant tenus informés
et briefés au sujet du « complot aux bombes liquides » depuis plusieurs
jours - n'ont jugé bon d'écourter ne fût-ce que d'une seule journée leurs
vacances, afin de s'occuper sérieusement de la catastrophe annoncée.

De plus, chacune des affirmations péremptoires et des éléments de « preuve »
mis en avant par la police et les responsables sécuritaires de Blair et de
Bush lève un lièvre : certains des suspects allégués sont relâchés, et de
nouvelles « preuves » tout aussi bidon sont présentées, au compte-goutte,
afin d'entretenir un suspense à vous couper le souffle : deux
enregistrements de « messages de martyrs » ont été retrouvés dans l'ordi d'
un des suspects, ce qui, nous a-t-on dit, laissait présager d'une attaque
terroriste déjà planifiée. L'équipe de Clark affirma avec un énorme aplomb
avoir trouvé un - et même plusieurs, tant qu'à faire - de ces
enregistrements, en oubliant de préciser que ces vidéos n'avaient pas été
réalisées par les suspects, mais seulement visionnées par eux.

Beaucoup de gens, dans le monde entier, rendent hommage à des martyrs s'
étant sacrifiés à tout un tas de causes politiques. Le Premier ministre
japonais, Koizumi, se rend chaque année en visite dans un mausolée dédié aux
morts de la Seconde guerre mondiale - dont des pilotes-suicides, les
kamikazes, défiant les protestations des Coréens et des Japonais. Des
millions de citoyens et d'hommes politiques américains rendent hommage aux
héros de la guerre au cimetière national d'Arlington, chaque année, certain
de ces soldats s'étant sacrifiés afin de défendre leurs camarades, leur
drapeau et la justice de leur cause. Que des Asiatiques, musulmans ou
non-musulmans, décident de collectionner des vidéos concernant les martyrs
tombés en combattant contre l'occupation ou contre Israël ne devrait
surprendre personne. Dans aucun des cas cités, dans lesquels des gens
honorent leurs martyrs, on n'assiste à des tentatives de la police visant à
établir un lien entre les participants recueillis et de futurs complots à
base d'attentats suicides. Dans aucun cas, sauf bien sûr dans le dernier
cité, celui où il s'agit de musulmans ! La célébration de héros tombés au
combat est un phénomène qui relève de la normalité de tous les jours - il ne
s'agit certainement pas d'une preuve que ceux qui y participent, fussent-ils
quelque peu exaltés, soient engagés en quoi que ce soit dans une quelconque
activité criminelle.

Un « message de martyr », ce n'est ni un complot, ni une conspiration ni une
action, c'est simplement une expression de la liberté d'expression - on
pourrait même ajouter, « à usage interne » (entre le locuteur et son
ordinateur), qui peut, ou non, devenir dans le futur un discours public.
Devons-nous faire du soliloque privé une menée terroriste ?

La durée légale de détention des suspects, en absence de qualification des
charges retenues à leur encontre, étant arrivée à expiration, les autorités
britanniques ont relâché deux suspects et mis en examen onze autres, tandis
que onze autres continuent à être retenus sans inculpation, sans doute parce
qu'il n'existe aucune base permettant de mener plus avant la procédure.
Tandis que le nombre des conspirateurs s'effiloche, en Angleterre, Clark et
Cie ont détourné l'attention vers un complot d'ampleur mondiale, avec des
ramifications en Espagne, en Italie, au Moyen-Orient et ailleurs.

Apparemment, la « logique », en cela, c'est qu'une plus grande étendue du
réseau serait censée en compenser les énormes trous.

Dans le cas d'espèce, sur les onze qui ont été renvoyés devant un tribunal,
seuls huit ont été accusés de conspiration en vue de la perpétration d'un
attentat terroriste ; les trois autres sont accusés de ne pas avoir « révélé
les informations qu'ils détenaient » (disons plutôt d'avoir été des
mouchards, qui n'auraient pas révélé. quoi, au juste ?) et d' « avoir en
leur possession des objets pouvant servir à des personnes préparant un
attentat terroriste. » [BBC News, 21.08.2006]. Dès lors qu'aucune bombe n'a
été retrouvée et qu'aucun plan d'action n'a été révélé, nous devons nous
contenter d'une vague accusation de « conspiration », ce qui peut signifier
y compris une discussion privée hostile, visant des citoyens usaméricains ou
britanniques, entre plusieurs individus susceptibles d'être dotés d'une
capacité de réflexion !

La raison pour laquelle il semble qu'on ait affaire à des idées, et non à
des actions, tient au fait que la police n'a été en mesure de ne trouver ni
une quelconque arme, ni une quelconque procédure opératoire permettant de
pénétrer de force dans le lieu supposé de l'attaque (tels que des billets
permettant d'accéder à des avions, des passeports, etc.). Comment peut-on
accuser des suspects de ne pas avoir révélé des informations, dès lors que
la police elle-même ne dispose d'aucune information quant à un complot,
totalement nébuleux, visant à faire sauter des bombes [à bord d'avions de
ligne] ? Le fait que la police continue, aujourd'hui, à édulcorer ses
soupçons à l'encontre de trois comploteurs supplémentaires donne une
indication de la base très chancelante des arrestations auxquelles elle a
procédé et de ses déclarations publiques. Accuser un jeune de dix-sept ans
de « détenir des objets indispensables à la préparation d'un attentat
terroriste », c'est tellement abusif que cela en devient risible. Cet objet
n'avait-il pas d'autres utilisations possibles, tant pour le jeune lui-même
que pour sa famille (comme un ouvre-boîte, par exemple) ? « Détenait »-il
des documents écrits susceptibles de lui livrer une information suspecte, ou
simplement parce qu'ils pouvaient être fascinants pour quelqu'un de son âge
? Dès lors qu'il possédait ces documents, c'est qu'il ne les avait transmis
à nulle autre personne susceptible de confectionner des bombes. Avait-il
connaissance de projets spécifiques visant à fabriquer des bombes,
connaissait-il un artificier quelconque ? Les charges retenues pourraient
impliquer quiconque détient, et lit, un bon roman d'espionnage ou de
science-fiction, dans lequel est évoquée la fabrication d'explosifs. Les
onze ont décidé de plaider non-coupable ; le procès aura lieu. Le
gouvernement et les mass médias ont d'ores et déjà condamné les accusés,
dans les médias tant électroniques que sur papier. La panique a été semée.
La peur et la colère hystérique sont bien présentes dans les interminables
queues de passagers, dans les aéroports et les gares. On expulse de certains
avions de paisibles Asiatiques en train de prier ; on détourne parfois des
vols et on évacue même des aéroports.

Le bobard du complot aux bombes liquides a d'ores et déjà provoqué des
pertes énormes (qui se comptent en centaines de millions de dollars) aux
compagnies aériennes, aux hommes d'affaires, aux compagnies pétrolières, aux
commerces hors taxes (duty free), aux agences de voyage, aux lieux de
villégiatures et à l'hôtellerie, sans parler des inconvénients et des
problèmes de santé subis par des millions de passagers coincés dans les
aéroports et en proie à une angoisse bien compréhensible. Les restrictions
imposées aux voyageurs munis d'ordinateurs portables, de sacs de voyage, de
certains nécessaires de toilette, de certains aliments et médicaments
liquides viennent se surajouter aux « coûts » inhérents aux voyages
eux-mêmes.

Il est donc évident que la décision de mijoter ce complot aux bombes bidon n
'a pas été motivée par l'intérêt économique, mais par des raisons de pure
politique intérieure. Le gouvernement Blair, déjà extrêmement impopulaire à
cause de son soutien aux guerres de Bush en Irak et en Afghanistan, était
soumis à des tirs à boulets rouges en raison de son soutien inconditionnel à
l'agression israélienne contre le Liban, et de son refus obstiné à en
appeler à un cessez-le-feu immédiat, ainsi que de son soutien indéfectible à
la servilité de Bush vis-à-vis des lobbies sionistes usaméricains. Au sein
même du parti travailliste, près d'une centaine de députés s'exprimaient
ouvertement contre sa politique, tandis qu'y compris certaines ministres
nommés récemment, comme Prescott, déclaraient que la politique étrangère du
Big Boss Bush sentait la basse-cour. Bush n'était pas encore rejeté par ses
collègues au même point que Blair, mais son impopularité menaçait d'
entraîner la défaite de son parti républicain au Congrès.

D'après de très hauts responsables de la sécurité en Angleterre, Bush et
Blair étaient « au courant » de l'enquête sur un possible complot « à la
bombe liquide ». Nous savons que Blair a donné le feu vert aux arrestations,
alors même que les autorités lui avaient dit qu'elles manquaient de preuves
et que ces arrestations étaient prématurées. Certains rapports émanant de l'
intérieur de la police britannique affirment que c'est l'Administration Bush
qui a poussé Blair à faire procéder à des arrestations précoces et à
annoncer la découverte du complot « aux explosifs liquides ». Après quoi,
des responsables de la sécurité ont lancé une campagne massive et tous
azimuts de « propagande au terrorisme », afin de capturer l'attention et le
soutien du public, avec la collaboration totale des mass médias. Un temps,
la campagne médiatico-sécuritaire a rempli sa mission : la popularité de
Bush est quelque peu remontée, Blair a échappé à une motion de censure, et
tous les deux ont pu poursuivre, tranquilles comme Baptiste, leurs vacances
pépères.

Le complot politique à l'attentat correspond à un modèle déjà éprouvé
consistant à sacrifier certains intérêts économiques capitalistes afin de
servir des objectifs de politique intérieure et certaines prises de position
idéologiques. Les échecs en politique étrangère conduisent à des crimes
politiques intérieurs, exactement de la même manière que des crises en
matière de politique intérieure finissent parfois par se traduire en
expansion militaire agressive.

Les rafles criminelles organisées par les responsables britanniques de la
sécurité et dont ont été victimes de jeunes citoyens britanniques musulmans
originaires de l'Asie du Sud avaient été spécifiquement conçues afin d'
occulter l'échec de l'invasion anglo-usaméricaine de l'Irak ainsi que le
soutien anglo-usaméricain à l'invasion destructrice - même si elle a été «
couronnée d'échec » - du Liban par Israël. Le complot blairien des «
kamikazes aux explosifs liquides » a sacrifié de multiples intérêts
capitalistes à seule fin de conserver des fauteuils politiques menacés et d'
éviter une sortie du pouvoir prématurée, qui aurait singulièrement manqué de
panache. Ce sont les citoyens et les entreprises britanniques qui paieront
la note de ce pitoyable militarisme.

De manière similaire, Bush, ses sio-néocons et autres militaristes ont
exploité les attentats du 11 septembre 2001 afin de déployer une stratégie
militariste prenant la forme de différents conflits en Asie du Sud-Ouest et
au Moyen-Orient. Avec le temps et les recherches scientifiques effectuées,
la version officielle des événements du 11 septembre est désormais
sérieusement mise en cause - tant en ce qui concerne l'effondrement d'un des
gratte-ciel de New York que l'origine des explosions dans le bâtiment du
Pentagone, à Washington. Les événements du 11 septembre ['événements', car
peut-on, à proprement parler, employer le terme d' « attentats » ? NDT]
ainsi que les guerres en Afghanistan et en Irak ont entraîné le sacrifice d'
intérêts économiques usaméricains d'une importance majeure : pertes en vies
humaines et économiques à New York, pertes enregistrées par le tourisme, les
compagnies aériennes, destructions physiques massives ; pertes en termes d'
augmentation très importante des prix du pétrole et en termes d'instabilité,
augmentant les coûts supportés par les consommateurs et les industries,
principalement aux USA, en Europe et en Asie.

De la même manière, l'invasion israélienne de la bande de Gaza et du Liban,
soutenue par les USA et la Grande-Bretagne, a été extrêmement
coûteuse sur le plan économique, en raison des biens détruits, des marchés
et des investissements suspendus ou ajournés, tout en suscitant une montée
asymptotique de l'opposition des masses aux menées impérialistes.

Autrement dit : les politiques militaristes, en tous points similaires, des
USA, de la Grande-Bretagne et d'Israël (et donc, par extension, du
sionisme mondial) sont mises en oeuvre au détriment de secteurs stratégiques
entiers de l'économie civile. Les pertes enregistrées par des secteurs
économiques clés requièrent de militaristes qui sont essentiellement des
civils qu'ils recourent à des crimes politiques intérieurs inventés de
toutes pièces (faux complots visant soi-disant à préparer des attentats, et
procès de gens raflés au hasard) afin de détourner l'attention du public de
leurs politiques coûteuses et désastreuses, et de renforcer leur contrôle
politique sur la population. Dans ces deux champs d'action, les militaristes
civils et les sio-néocons sont en train de perdre du terrain : le complot
des « explosifs liquides » est en train de tourner au vaudeville ; Israël
doit se livrer à l'introspection ; les sio-néocons ne prêchent plus qu'à
leurs convertis convaincus. Quant aux USA, ils demeurent ce qu'ils
ont toujours été, depuis leur fondation : un pays où des militaristes civils
démocrates passent leur temps à capitaliser sur les échecs de leurs
collègues militaristes civils républicains aux manettes.


James Petras

Information Clearing House, 26 août 2006

James Petras  a été professeur de sociologie à l'Université
Binghamton de New York.  Il conseille les sans-terre et les chômeurs au Brésil
et en Argentine, et il est un des coauteurs de l'ouvrage Globalization
Unmasked [éditions Zed Books] [La mondialisation sans fard]. Son dernier
livre paru est The Power of Israel in the United States [Le pouvoir d'
Israël aux USA] [éditions Clarity Press, 2006].

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette
traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.





EMPIRE: 30/08/2006

 
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HEURE DE PARIS  8:6