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21/10/2017
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Meriwether Lewis et William Clark, techniciens de surface des Pères fondateurs des USA : une affaire qu’on n’a pas fini d’enterrer


AUTEUR:  Michel PORCHERON


L’historien américain Howard Zinn (1922-2010) ne les mentionne pas dans son livre sur l’histoire de son pays. Et pour cause, il a pour titre : « A People’s History of the United States » (1980), en espagnol « La otra historia de los Estados Unidos » et en français Histoire populaire des Etats-Unis. (1). Soit une histoire vécue et vue par tous ceux qui n’ont pas jamais fait partie de l’establishment politique et économique. Zinn a écrit l’histoire « par en bas », «(…). Pour lui, les héros des Etats-Unis n’étaient ni les Pères fondateurs, ni les présidents, ni les juges à la Cour Suprême, ni les grands patrons », a écrit Le Monde Diplomatique à l’occasion de sa mort.

Howard Zinn ne mentionne donc pas dans son livre ni Meriwether Lewis ni William Clark. Ils ont fait partie de l’establishment. Leur épopée, à pied, à cheval et  est devenue un des mythes fondateurs des USA. Ils sont donc deux héros de l’histoire officielle des États-Unis. Dans quelle catégorie ? Quand le 14 janvier 2004, l’inoubliable président George W. Bush, eut l’occasion de présenter son audacieux programme d’exploration spatiale, il mentionna, dès le début de son discours, deux personnalités proches du 3e président (1801-1809) des États-Unis, Thomas Jefferson, deux explorateurs, Meriwether Lewis (1774-1809) et William Clark (1770-1838) qui, partis de la Louisiane, entreprirent un long voyage vers l’ouest, sillonnant pour la première fois le Grand Far West américain jusqu’au Pacifique, après avoir franchi les redoutables Montagnes Rocheuses. Un aller et retour légendaire. Qui laissera beaucoup de traces.  

« Il y a deux siècles, ils quittaient St. Louis pour explorer les nouvelles terres acquises par l'achat de la Louisiane(…) prendre connaissance du potentiel des nouveaux vastes territoires et pour ouvrir la voie à ceux qui les ont suivis ». « L'Amérique s'est aventurée dans l'espace pour les mêmes raisons (...). Nous avons entrepris le voyage spatial parce que le désir d'explorer et de comprendre fait partie de notre caractère », ajoutait ce jour là un peu philosophe M. Bush qui se mettait à rêver un peu, bien conscient alors qu’il est plus facile de conquérir la Lune ou Mars avec  deux hommes en éclaireurs que la Mésopotamie avec une armada d’ « explorateurs » hyper-armés.

Un dictionnaire usuel francophone dit pour explorateur : -nom. Personne qui explore un pays lointain, peu accessible ou peu connu. Les explorateurs du xvie siècle.  Par ext. Un explorateur des fonds marins. Les explorateurs de l'espace. De même un inventeur, en droit, est une personne qui trouve (un trésor, un objet perdu, un gisement archéologique).

Si l’on considère que le Grand Ouest américain, à l’ouest des Appalaches ou du Mississipi, fut un « gisement archéologique » à découvrir (par et pour les Blancs), Meriwether Lewis en fut « l’inventeur », à l’âge de 28 ans, en compagnie de son collègue William Clark. Dans tous les sens, un « inventeur »  est un homme qui jouit d’un grand prestige certain. Alors pourquoi, plus de 200 ans plus tard, un de ces deux héros des États-Unis, une grande figure officielle de son pays, n’a-t-il toujours pas ni sépulture digne, ni notice nécrologique certifiée conforme à la réalité ? Une chape de plomb pèse sur Meriwether Lewis, sur les dernières années de sa vie et les circonstances de sa mort.  

Comme quoi l’establishment ne maltraite pas que les « gens d’en bas », il sait malmener aussi, au nom de l’intérêt de la nation, un de ses pairs quand il brouille le paysage vertueux.    

Lewis et Clark seraient-ils un peu, allez-vous demander, les Christophe Colomb de cette immense partie de territoire qui couvre 23 États actuels des États-Unis, ou les Cortes, les Pizarro, les Velázquez ? Non. Mais dans tous les cas, des habitants appelés Indiens les avaient précédés et les premiers avaient réservé aux arrivants le meilleur accueil.

Explorateurs amateurs, conquistadores professionnels, aventuriers à leur compte, Lewis and  Clark ? Non. Pas plus que bâtisseurs, fondateurs de colonies. Mais co-fondateurs d’empire ? Probablement, on verra plus loin. Plutôt donc voyageurs, missionnaires dans le sens d’officiers chargés de mission, donc dira-t-on, envoyés spéciaux, émissaires pour le compte de commanditaires, en l’occurrence le président Thomas Jefferson lui-même. 

[En 1801, Thomas Jefferson devient le 3e président des États-Unis. Il décida de réaliser un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : l'exploration du continent américain du Mississippi à la côte Pacifique, à la recherche du passage fluvial mythique du Nord-Ouest, version US. L’acquisition de la Louisiane en 1803, vendue par Bonaparte pour une bouchée de pain, quinze millions de dollars, soit sept dollars le km2, donne à l’expédition une dimension politique. Thomas Jefferson charge ses deux officiers d'explorer ce territoire immense et peu connu et de faire reconnaître la domination des États-Unis par les tribus indiennes. Dans une lettre, Jefferson demandait à Lewis and Clark de « fédérer les nouveaux territoires », « mais aussi le destin de la Nation »].

En tout cas lewisandclark sont des arpenteurs, qui ont arpenté des milliers et des milliers de kilomètres à pied, à cheval, en canoë, à dos d’homme, en pirogue, en bateau, etc…Notre dictionnaire usuel au mot défricheur, donne comme exemple, comme par hasard : « Les pionniers américains ».  Ils ont défriché un ensemble de territoires jusqu’alors réputé « terrae incognitae ». Hormis, à titre individuel, des équipes de trappeurs d’expérience, des aventuriers, des bandits de grands chemins, des marins en perdition, etc…personne n’avait encore pratiqué cette contrée sur autant de kilomètres et n’était revenu au point de départ pour en faire la relation.  

Quelques-unes des très nombreuses images d'Epinal US sur Lewis et Clark  avec leur légendaire guide et interprète, Sacagawea, du peuple Shoshone, seule femme de l’expédition, qui leur permit de trouver le passage du Nord-Ouest.

Quand l’expédition commence (14 mai 1804), aux treize États initiaux, les USA ont ajouté à leur territoire, trois nouveaux États (Kentucky, Tennessee et Ohio), outre la grande Louisiane ex-française qui double  la taille des USA.  Au sud,  les États actuels du Texas, Nouveau-Mexique, Utah, Nevada, la plus grande partie de la Californie et une partie du Colorado appartenaient aux Espagnols. Ces territoires allaient devenir possession du Mexique après sa guerre révolutionnaire contre l’occupant en 1821.

C’était le « bon temps » là-bas, deux siècles presque jour pour jour avant l’arrivée à la Maison Blanche de G.W.Bush, avant les guerres et les massacres contre les Indiens, avant Custer, « héros » de batailles (Little Big Horn, Washita River) contre Crazy Horse et Sitting Bull, avant la phrase du général Sheridan « Un bon Indien est un Indien mort », avant l’ère des gratte-ciels, des World Trade Center, de Wall Street, avant les McDo’s, avant l’impérialisme yankee, avant le chemin de fer Boston- Pacifique, etc, etc.. C’était le temps légendaire de Lewis and Clark, pionniers, explorateurs, herboristes, et météorologues de l'Ouest américain

Selon l’aimable et sympathique encyclopédie Wikipedia, le bilan de l’expédition est présenté dans cet ordre : 

  • L'expédition a considérablement fait progresser la connaissance de la géographie de l'Ouest nord-américain (établissement de cartes comportant les rivières et les montagnes les plus importantes).
  • 178 plantes et 122 espèces et sous-espèces d'animaux ont été observées et décrites.

Pour approfondir, voir : Liste des espèces découvertes et décrites par l'expédition Lewis et Clark.

  • Une cinquantaine de tribus amérindiennes ont été rencontrées et identifiées.
  • L'expédition a favorisé le commerce euro-américain de peaux dans l'Ouest, elle a ouvert des relations diplomatiques avec les Indiens et établi un précédent pour l'exploration de l'armée dans l'Ouest
  • L'expédition a renforcé la revendication fédérale sur le territoire de l'Oregon, elle a attiré l'attention des médias sur l'Ouest.

 L. and C. furent donc des pionniers bien spéciaux. «Les fondateurs viennent d'abord. Les profiteurs viennent ensuite », écrivait le Français Charles Péguy. Ce qui fut le cas pour Lewis and Clark. Le savaient-ils pertinemment en se lançant dans leur voyage ? Pas forcément. A peine plus au lendemain du retour, après un voyage de plus de deux ans.  

Officiellement, dira-t-on, Lewis et Clark qui tinrent chacun de leur côté un journal précis de voyage de 13.000 km, objet plus tard d’un livre assez volumineux, ont ouvert la voie à tous ceux qui allaient s’engouffrer dans le Middle West et jusqu’au Very Far West, entre les Rocheuses et le Pacifique. Même si l’historique « Ruée vers l‘Ouest » ne commença véritablement qu’en 1850, trois millions de personnes se déplaçant en 50 ans de l’Est vers l’Ouest.


Monument à Lewis, Clark et  Sacagawea, érigé en 1919, à Charlottesville, Virginie

Dans l’histoire officielle des États-Unis, Lewis et Clark ont depuis longtemps leurs statues, ils ont été mis sur piédestal, portés au pinacle. Meriwether Lewis fut appelé "undoubtedly the greatest pathfinder this country has ever known." .Et le Time Magazine de souligner: “When they launched their wooden boats up the Missouri and into the wilderness, Lewis and Clark were charting the future of America”…Mais ils ne sont pas des “Pères Fondateurs”. Les Pères Fondateurs sont plutôt les 53 qui rédigèrent à Philadelphie la Constitution (1787), en majorité avocats et riches. Le tout en leur faveur et celle des groupes sociaux, politiques et économiques qu’ils représentaient. L et C face à ces Pères rapaces et leurs amis du moment et de plus tard, ne furent que des techniciens de surface. Ils n’ont fait que préparer le terrain. Leur mission s’arrêtait là.   

 [Coïncidence, le scientifique Alexandre de Humboldt et Aimée Bonpland arrivent début mai  1804 aux États-Unis (Philadelphie) venant de La Havane. Le Cubain Fernando Ortiz a écrit en1929 que de Humboldt  reçut « de grands honneurs » de la part des « plus remarquables intellectuels nord-américains». Il fut « l’hôte, du président Jefferson durant quelques semaines, à Monticello ». Le 9 juillet suivant, de Humboldt prenait un bateau à Delaware pour Bordeaux, France, « après un voyage d’environ cinq ans redécouvrant l’Amérique ». Peu avant son arrivée en France, il rédige une lettre pour à son ami Freiesleben, dans laquelle il dit : « Le Président Jefferson m’a comblé de témoignages d’honneur ».]   


L’itinéraire de Lewis et Clark   

Dès 1776, dès avant « la Déclaration de l’Indépendance » (4 juillet) , que rédigea le futur président Thomas Jefferson, dès avant la ratification de  la Constitution en 1787 (par les 13 États existant alors) et la première présidence (1789) celle de George Washington, une idée circula parmi « quelques personnes importantes vivant dans les colonies anglaises », (Howard Zinn) commençant à faire son chemin, qui « allait être énormément utile durant les deux cents ans qui suivront : celle de créer « Les États-Unis d’Amérique ». 

Howard Zinn: ( in “A People’s History of the United States : 1942 to present »): « L‘idée intéressante était de penser que s’ils créaient une nation, un symbole, une entité légale appelée États-Unis, ils pourraient arracher aux favoris de l’Empire britannique les terres, les profits et le pouvoir politique. De plus, dans ce processus, ils pourraient désactiver une série de rébellions potentielles et créer un consensus d’appui populaire en faveur  d’un leadership nouveau et privilégié ». « Vue de cette manière, ironise Zinn, la Révolution Américaine fut une opération de génie, et les Pères de la Patrie méritent le respectueux tribut recueilli au long des siècles. Ils ont créé le système le plus concret de contrôle national mis en place dans l’ère moderne et ont démontré aux futures générations de leaders les avantages que procure la combinaison du paternalisme et de l’autoritarisme ».

Les « quelques personnes importantes », de futurs « Américains » bon teint, Yankees ou déjà impérialistes, avaient été rendus furieux par  l’accord de paix qu’avaient signé Britanniques et Indiens (1763) et qui stipulait qu’à l’ouest de la « frontière » des Appalaches les premiers n’établiraient pas de colonies en territoire indien.

Une fois renvoyées chez elles, les troupes britanniques (la Grande-Bretagne déclara en définitive la fin des hostilités en 1783, après  la victoire militaire des « Américains » (16.000 hommes dont 7 000 Français) - appelée victoire de la Révolution américaine, celle de La Fayette --  à Yorktown, Virginie en 1781 et la reconnaissance de l’indépendance des États-Unis en 1782 lors du Traité de Versailles),  « les Américains pouvaient entreprendre le processus inexorable de déplacement des Indiens de leurs terres,  les tuant s’ils manifestaient de la résistance. En bref, comme l’a exprimait l’historien Francis Jennings, les blancs américains combattaient contre le contrôle impérial britannique de l’Est et pour leur propre impérialisme dans l’Ouest » (H.Z)

Et Meriwether dans tout ça ? Toujours est-il qu’il a de plus en plus une petite mine une fois l’expédition derrière lui. Descendu sur terre, après plus de deux  ans passés sur des terres vierges, à respirer un air frais et pur, à vivre de peu, confronté aux seuls obstacles de la nature, Meriwether Lewis qui eut une vie hors du commun, connaitra quelques années difficiles et, à 35 ans, une mort mystérieuse, toujours aussi mystérieuse plus de 200 ans plus tard.

Au point que ses descendants, aujourd’hui, veulent savoir comment et pourquoi leur célébrissime aïeul est passé de vie à trépas dans une minable auberge-pension sur une route perdue. Ils sont créé un site web, ce qui signifie qu’ils n’ont placé leurs espoirs dans rien d’autre.    

A son retour, le président Jefferson nomma M. Lewis gouverneur du Territoire de la Louisiane, en 1808. Son mandat, marqué par « diverses péripéties » fut très court. Quant à son collègue Clark, William, il décéda lui de mort naturelle, dans son lit, le 1er septembre 1838, après une carrière très honorable de père tranquille, et avec la considération de ses supérieurs, de sa famille et de ses amis. Comme s’il était le vrai héros présentable de cette histoire, il est inhumé au cimetière de Bellefontaine, à Saint-Louis, sous un monument « élégant », comme le décrivent ceux qui y passent devant. 

On consultera avec intérêt (parmi nos sources) d’Esperluette : http://historizo.cafeduweb.com/lire/11425-affaire-meriwether-lewis-200-ans-apres-sa-mort.html

http://historizo.cafeduweb.com/lire/11335-lewis-clark-pionniers-meteorologues-ouest-americain.html

Le 11 octobre 1809, Meriwether Lewis, en route vers Washington, meurt brutalement dans une auberge à Gringers Stand, au sud de Nashville, où il fit halte pour la nuit. Il ne décéda pas dans un combat militaire, il ne fut pas tué par un Indien, il ne succomba pas à une maladie, il ne fut pas victime d’un acte crapuleux, d’une rixe. Il perdit la vie dans une auberge qui louait quelques chambres au premier étage.

On n'a jamais, soi-disant, élucidé la cause de cette mort, qui fut attribuée à …une balle perdue, à moins que des médecins 200 plus tard puissent apporter une explication crédible, viable et à la hauteur des intérêts bien compris de la Nation. Mais la médecine n’a jamais été une science exacte, encore moins dans ce contexte.

Commence alors, après l’expédition, les livres, la belle histoire et les légendes, « l’affaire Meriwether Lewis ». Tom McSwain, l'un des descendants de Lewis, a créé récemment le  site, Solve the Mystery, (http://solvethemystery.org/help.phpt) afin de réclamer une nouvelle enquête sur les circonstances de la mort. Une telle insistance souligne à elle seule l’importance de ce que l’on veut cacher.  

A la rubrique News, on lit entre autre (solvethemystery.org) : Family of Meriwether Lewis Willing to Accept Suicide or Murder Conclusion (06-16-2009)

Chacun à leur manière, les descendants successifs ont cherché à savoir le comment et le pourquoi. Chacun à leur manière ils ont échoué et voilà plus de 200 ans qu’ils échouent.

Suicide ou meurtre politique, ce genre de mort ne convient pas à la nécrologie officielle.

Pour l’historien Clay Jenkinson, « les Américains aiment deux choses : les happy ending. Ou les théories de la conspiration. Avec Lewis, il est difficile d'accepter une vérité qui jette une ombre sur une histoire fondamentale de l'Amérique. Lewis et Clark étaient la projection du dessin impérial des États-Unis dans l'Ouest ». 

La modeste sépulture de Meriwether Lewis est située le long de la Natchez Trace Parkway, dans l’actuel Tennessee, une piste longue de 444 miles soit plus de 700 km et gérée par le National Park Service. Cette institution est seule habilitée à donner l'autorisation d'exhumer le corps pour une autopsie. Une entreprise privée a entre ses mains un pan de l’histoire officielle des États-Unis …

Ce mystère officiel a fait l‘objet d’études, de livres, de publications d’auteurs et de chercheurs de tous horizons (y compris des médecins légistes et des profileurs). Des « privés », des détectives amateurs ont testé différentes armes à feu, réalisé des tests ADN et démonté quelques théories fallacieuses ou fantaisistes. Jusqu’à des astrologues ont donné leur avis.

Cette nuit là, celle du 10 au 11 octobre 1809, Meriwether Lewis a avec lui (pourquoi ?) plusieurs pistolets, une carabine et un tomahawk, selon Esperluette. Selon certains témoignages, il serait arrivé seul à l’auberge, selon d'autres, il aurait été accompagné de domestiques. Mme Priscilla Grinder, l'aubergiste, prétend que cette nuit là, elle entendit plusieurs coups de feu. Plus tard, elle a certifié qu'elle a vu Meriwether Lewis blessé à la tête et à l’abdomen, et rampant, la suppliant de lui donner de l'eau. Pour elle le suicide ne fait aucun doute. Comme pour son ami le président Jefferson. Meriwether avait 35 ans.

« Il était allé trop loin pour ne jamais réussir à rentrer » (Corine Lesnes, octobre 2009, le quotidien Le Monde)  Lewis meurt, avant le lever du soleil. L'un des ses compagnons, arrivé un peu plus tard, se serait chargé de l'enterrer à proximité du lieu du drame. Selon lui, Lewis aurait rédigé un testament avant de quitter Saint-Louis et désigné ses associés comme exécuteurs en cas de mort prématurée. Le président Jefferson en fut informé.

On dit aussi que l'explorateur avait déjà tenté de se suicider. Mélancolie, difficultés dans sa vie professionnelle et politique, découvertes « pénibles » dans la vie publique, c’est selon les versions. De telles hypothèses dramatiques ne sont  pas du goût du professeur John Guice pour qui au contraire M. Lewis avait toutes les raisons d'être heureux ou satisfait de lui-même. 

Alors Meriwether L. victimes de bandits à la solde de ? Complot militaire ? Assassinat commandité par un certain général James Wilkinson ? La mère de Meriwether Lewis, comme toute bonne mère,  a toujours prétendu que son fils fut assassiné. Elle lutta toute sa vie pour le démontrer, en vain.

Pendant plus de 30 ans, les autorités y compris les autorités locales n’ont pas enquêté. En 1840, une commission officielle d'habitants du Tennessee décide d'ériger un monument à la mémoire du héros américain. Après avoir examiné le squelette, la commission apporte sa   conclusion : M. Lewis a bien été victime d'un meurtre…mais elle oublie de donner  les détails de ses recherches et comment elle en est arrivée à cette conclusion, tellement catégorique qu’à   partir de cette date là, les descendants ont sérieusement penché pour la thèse …du suicide.   

Pour faire dans la bonne conscience, en 2004, pour le bicentenaire du départ de l’expédition, il y eut des festivités nationales, la publication d’ouvrages emphatiques et la mise sur le marché de toute la pacotille – produits dérivés- correspondante. Et  la solution de prélèvements d’ADN ? James Starrs, professeur de droit à l'Université George Washington et expert en médecine légale pense que les techniques d'investigation contemporaines devraient permettre d'en savoir davantage sur l'affaire Lewis. Des prélèvements d'ADN ont déjà été faits sur plusieurs descendants de la branche féminine de la famille Lewis.

En ouvrant la tombe de Meriwether on pourrait ouvrir une boîte de Pandore : contient –elle encore des ossements, s’agit-il de la sépulture du héros, le squelette est-il entier, trouvera –t-on des résidus de poudre, etc…James Holmberg, le directeur de la Filson Historical Society à Louisville pense quant-à lui que ce type de recherche est inutile. Comment démêler aujourd’hui le vrai du faux ?  Il y a des questions auxquelles, même la science ne peut pas répondre. Ou ne veut pas répondre.

A peine, un buste a-t-il orné récemment la colonne- jusqu’ici brisée- qui fait office de monument à Grinder’s Inn.  Dans un article d’octobre 2009, intitulé « L’impossible suicide du capitaine Lewis », la correspondante du quotidien français Le Monde, Corine Lesnes commente notamment : « Longtemps le suicide du héros a été passé sous silence. Non américain. Impossible ». Elle pose la question : «  Les Américains sont-ils prêts à affronter la part d’ombre dont parle l’historien Clay Jenkinson ?  ». Pas sûr du tout. Dans la conclusion de son article, elle fait état  d’une « troisième thèse » (ni suicide, ni meurtre) qu’elle définit comme « une stratégie de sortie dans un débat qui s’enlisait ». En effet dans un récent ouvrage, un chercheur de Saint-Louis, Thomas Danisi, évoque « une nouvelle perspective », « une tentative pour lui faire justice ».

De quoi s’agit-il ? Corine Lesnes : « D'après lui, le capitaine souffrait d'une malaria atroce qui lui donnait de terribles maux de tête et des douleurs sous l’œsophage. Textes médicaux à l'appui, l’auteur a expliqué que la malaria entraîne chez les malades le désir irrationnel d'arracher les parties où la douleur s'exerce. La nuit du 11 octobre, Meriwether Lewis avait simplement tenté d'extirper la douleur en se tirant deux balles de pistolet, dans la tête et le ventre. Le public n'avait plus besoin de se déchi­rer sur la mort du héros. Meriwether Lewis s'était tué lui-même, mais sans se suicider. L'audience a vivement applaudi à ce coup de génie ».

Le public, l’audience, étaient ceux  de la réunion annuelle de la Fondation Lewis and Clark, « à la veille du premier pèlerinage en 200 ans sur la tombe de l’officier ». Plusieurs centaines de « spécialistes de la saga », « venus de tout le pays », étaient présents. Thomas Danisi l’emporta à l’applaudimètre. Pas la vérité.  

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(1)- Le 1er décembre 2003, le Prix des Amis du « Monde diplomatique » avait été remis à Howard Zinn pour « Une histoire populaire des États-Unis » (Editions Agone, avec la participation du Monde diplomatique, 2002). En 2009, le dessinateur Mike Konopacki et le scénariste Paul Buhle ont restitué la richesse du travail d’Howard Zinn dans une bande dessinée (Une histoire populaire de l’Empire américain, Vertige Graphic, Paris, 2009, 287 pages, 22 euros). « Pari impossible ? Non. Le tour de force est au rendez-vous. Malgré l’importance des textes, la narration est très fluide et jamais on ne perd le fil de… l’histoire », a écrit Maurice Lemoine, rédacteur en chef du Monde diplomatique.
L’impossible neutralité. Autobiographie d’un historien et militant a été publié également par les Editions Agone (collection « Mémoires sociales », 2006, 374 pages, 22 euros, traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Cotton).


Source : l'auteur

Article original publié le 29/4/2010

Sur l’auteur

Michel Porcheron est un auteur associé à Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur et la source.

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EMPIRE: 29/04/2010

 
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