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18/10/2017
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Le premier d'une série de reportages de l'envoyé spécial de La Marseillaise

CUBA : Une fidélité historique alliée à de nouvelles aspirations


AUTEUR:  Sébastien MADAU


Quatres reportages exclusifs sur la Marseillaise

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Les électeurs cubains sont appelés aux urnes aujourd’hui [25 avril] pour élire leurs assemblées municipales.
Un test alors que la Révolution subit une violente campagne médiatique venue de l’étranger.

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Les élections municipales de ce dimanche serviront notamment
à mesurer l'implication des Cubains au sein de leurs instances politiques.

Décryptage

Grande journée de mobilisation en perspective ce dimanche à Cuba. 8 millions de Cubains sont en effet appelés aux urnes aujourd’hui pour élire les membres de leur assemblées municipales.

Des élections à Cuba ? La nouvelle peut surprendre, notamment les observateurs habitués aux schémas électifs des démocraties occidentales. Il n’en demeure pas moins que les Cubains restent, dans leur grande majorité, attachés à ce moment de consultation de masse. Avec des scrutins municipaux, provinciaux et nationaux, les Cubains sont finalement appelés à se prononcer environ tous les deux ans.

Difficile de trouver des points communs entre les périodes préélectorales cubaines et celles des pays occidentaux : aucune affiche, aucun tract, ni même de meeting. Les candidatures se choisissent souvent dans l’entourage immédiat. Soit par volontariat, soit après avoir été proposée par un riverain. Avant de se présenter devant les suffrages, les candidatures devront être validées par les comités de base.

Autre fausse idée : l’omniprésence du Parti communiste de Cuba. Le PCC n’intervient pas dans la campagne et les candidats n’ont pas à en être membres pour postuler.

Au plan politique, le vote de ce dimanche ne provoquera pas de grands chamboulements quant au cadre national du processus révolutionnaire. Il s’agit juste d’élire les représentants de la ville, de son Municipio. Mais l’Etat cubain entend bien faire de ce scrutin un nouveau moment fort de mobilisation populaire et de soutien à la Révolution qui subit depuis quelques semaines une forte campagne médiatique après que plusieurs prisonniers se soient mis en grève de la faim, au nom du “pluralisme”. Le président de la République Raul Castro a annoncé dernièrement qu’il ne cèderait pas face à ce qu’il définit comme du “chantage”. Ses propos ont été soutenus par l’ancien président Fidel Castro, dans sa dernière Réflexion.L’adhésion au processus se mesurera sûrement à travers le taux de participation. Quant aux destinées nationales du pays, l’année 2010 devrait être primordiale.

Au début du mois d’avril, l’Union des Jeunes communistes (UJC) a tenu son neuvième congrès national. Les participants ont largement soutenu le processus révolutionnaire en abordant les diverses problématiques rencontrées par les jeunes dans leur quotidien (études, pouvoir d’achat, emploi…). A la fin de l’année, le Parti communiste de Cuba, dont le secrétaire général est toujours Fidel Castro, tiendra lui aussi son congrès, le cinquième, attendu depuis 13 ans. On annonce d’ores et déjà un grand renouvellement générationnel au sein du comité central qui devrait être composé d’une part jamais atteinte de militants étant nés après le triomphe de la Révolution en 1959.

S.M

Cuba a son destin entre les mains
Commentaire.
L’année 2010 fera date dans le processus révolutionnaire. Après le congrès de la Jeunesse communiste, c’est le Parti communiste qui tiendra le sien en fin d’année.

Les enjeux sont énormes. La Révolution aura une double mission : travailler à la poursuite de la construction d’une société socialiste moderne et dynamique tout en répondant aux aspirations du peuple cubain, défendant très majoritairement le processus révolutionnaire.

Développant un système social et politique original, l’île devra défendre ses acquis qui en font un modèle pour les pays du tiers-monde en termes de santé, d’éducation, d’écologie ou de solidarité.

Depuis de nombreuses années, Cuba a fait le pari de miser sur le capital humain à un moment où la planète ne pense qu’à la rentabilité financière. Le succès a été au rendez-vous puisque l’investissement intellectuel a permis de créer des remparts et une protection publique au sein de la société face à la crise  mondiale. Mais rien n’est définitivement acquis. Car les “cerveaux” cubains font l’objet de nombreuses sollicitations basées sur la valeur marchande, notamment de la part du voisin américain qui a décidé d’octroyer des bourses à des étudiants cubains dans ses plus grandes universités alors que l’Oncle Sam exclut socialement de son système universitaire les couches populaires de son propre pays. Pour faire face, Cuba devra être à l’initiative de nouvelles conquêtes politiques, économiques, sociales et démocratiques. Bref, être une société révolutionnaire en perpétuel mouvement.

SEBASTIEN MADAU

Santa Felicia. En plein coeur de La Havane, le conseil populaire accompagne le quotidien des habitants. Le soir venu, les réunions publiques se tiennent au coin de la rue.

"On peut faire avancer les choses"

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Cristina, la présidente du conseil populaire de Santa Felicia,
épuise une à une les questions de cette “rendicion de cuenta”.

Un claquement de mains et un "¡compañeros!" lancé à voix haute viennent faire cesser les conversations nocturnes. La réunion du conseil populaire peut commencer. Nous sommes à Santa Felicia, une circonscription de La Havane de 2.300 électeurs. Pas de salle, ni de chaise pour s’asseoir. La réunion publique se déroule à l’extérieur, sur le parvis d’une maison.

Le conseil populaire est là pour "recevoir les demandes et les défendre auprès des organes d’Etat" comme le lui permet la Loi 91 afin d’"interpeller les autorités pour régler des problèmes et qu’elles viennent éventuellement nous expliquer pourquoi certains ne peuvent pas être réglés tout de suite".

Une instance politique dans le quotidien des Cubains

Le conseil populaire se trouve donc au coeur de la vie des Cubains. "Nous sommes chargés de prêter attention aux problèmes des gens, dans leur quotidien" explique Cristina, médecin orthopédiste et présidente du conseil de Santa Felicia.

Le champ d’activité est large. Logement, nourriture, délinquance, santé, éducation, travaux, transports, déchets… Les réunions et les permanences peuvent aborder toute sorte de sujets. En revanche, "nous n’avons pas de pouvoir en tant que tel, nous ne gérons pas de budgets pour régler ces problèmes. Notre rôle est de servir d’intermédiaire entre les requêtes du peuple et les instances d’Etat".

Ce soir-là, il s’agit d’une réunion particulière : la rendicion de cuenta, c’est-à-dire l’analyse d’un ordre du jour et le point sur des problématiques précédemment abordées. Cette fois, il n’y aura pas de planteamento, cet acte qui permet à un citoyen de demander à ce qu’une question bien précise soit débattue en public. Au cours de cette réunion, réalisée durant l’automne, l’obtention du Prix Nobel de la Paix par Barack Obama fait débat. "Qu’est-ce qui le justifie ? Il a échoué en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo" s’interroge un jeune homme. Ce qui permet  d'enchaîner rapidement  sur le dossier brûlant du blocus américain qui dure depuis près de 50 ans ou celui des 5 Cubains condamnés aux Etats-Unis après avoir voulu empêcher des attentats sur l’île fomentés depuis Miami. Destiné à activer les débats de société, le conseil populaire a pour but de relayer les grandes campagnes nationales, comme celle sur l’économie d’énergie.

Dans le cadre de la révolution énergétique, les Cubains qui le souhaitent peuvent recevoir des électroménagers neufs en s’acquittant d’une petite somme et en restituant leur vieil appareil. "Je rappelle que ce n’est pas obligatoire, mais ceux qui se sont engagés doivent assumer. Trois d’entre vous sont venus chercher leurs appareils neufs mais n'ont pas encore payé" lance Cristina. Les noms ne sont pas cités mais le message est passé. "La bataille énergétique doit commencer chez-vous. Nous devons aider le pays, comme le font les entreprises. Sans ça, nous continuerons à avoir des coupures de courant. C’est un vrai problème politique !"

"Toujours disponible même si on ne peut pas tout"

Egalement à l’ordre du jour : la lutte contre les épidémies de grippe H1N1, de dengue et de conjonctivite. Des cas ont été recensés dans la circonscription. Tous les conseils pratiques sont donc les bienvenus.

Sur les coups de 21h30, la réunion se termine, chacun retourne chez soi. Cristina salue les habitants. Il faut dire qu’elle est une figure dans le quartier. Tout le monde sait où la trouver.

Quand on lui demande pourquoi elle a souhaité s’investir à ce poste, elle coupe tout de suite. "Je n’étais pas volontaire. Ce sont les gens de mon quartier qui m’ont désignée. J’ai accepté. Je devais être perçue comme un leader naturel parce que je parlais un peu plus que les autres en public" sourit-elle.

"Le président du conseil doit être disponible à toute heure", ajoute Cristina. "Je dis souvent qu’on est meilleur quand on quitte la présidence que quand on y accède, même si parfois on doit faire beaucoup de sacrifices, notamment avec la famille".

Pour mener à bien sa mission, elle a pu interrompre son activité professionnelle. Car si le délégué est bénévole, le président, a lui la possibilité de quitter son travail en conservant son salaire. La présidente est consciente des difficultés du quotidien mais reste persuadée que "c’est la Révolution qui nous permettra de nous en sortir".

Dans un contexte de crise mondiale, des habitants utilisent cet outil politique pour faire avancer leurs aspirations, d’autres préfèrent user de méthodes plus individualistes. "Certains habitants n’ont pas confiance car ils disent que nous n’avons pas d’argent pour agir. Je ne suis pas d’accord. On peut faire avancer les choses rien qu’en interpellant les autorités". Les électeurs décideront aujourd'hui s’ils souhaitent la voir poursuivre dans sa tâche.

Mode d’emploi

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Les candidats
Les candidatures peuvent être volontaires ou faire suite à une désignation par les habitants de la circonscription. Un candidat proposé par une autre personne doit donner son accord. Les candidatures sont discutées et validées en public. Est élu le candidat obtenant plus de 50% des voix au premier tour. Un second tour aura lieu si ce score n’est pas atteint.

La campagne
Les candidats ne peuvent pas faire de propagande pour se faire élire. Une fois les candidatures retenues, les candidats voient leur curriculum (photo, biographie, âge, profession, éventuel parcours militant…) affiché aux abords des lieux publics de la circonscription. L’ensemble des frais inhérents à la campagne est assuré par l’Etat.

Les électeurs
Comme le stipule la Constitution, le droit de vote est fixé à 16 ans pour les hommes et les femmes. Peuvent donc voter tous les Cubains de plus de 16 ans possédant leurs droits civiques et politiques. Il faut également être résident permanent dans le pays depuis plus de deux ans. Au moment du scrutin, l’électeur ne peut voter que pour un candidat.

Le PCC
Le Parti communiste de Cuba (parti unique) est "la force dirigeante de la société et de l’Etat" mais n’entre pas en jeu dans la période préélectorale. Il ne présente pas de candidat et ne se prononce en faveur d’aucun d’entre eux durant la campagne. Il n’est pas non plus nécessaire d’être membre du PCC pour être candidat ou élu.

Suite du reportage


Source : la Marseillaise sud-est et http://letacle.canalblog.com/archives/2010/04/27/17709572.html

Article original publié le 25/4/2010

Sur l’auteur

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AU SUD DE LA FRONTIÈRE: 30/04/2010

 
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