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20/08/2017
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Qui doit quoi à qui ? 

L’Allemagne et la Grèce : une injustice à réparer 


AUTEUR:  Manolis GLEZOS Ìáíþëçò Ã˸ÆÏÓ

Traduit par  Michèle Mialane. Révisé par Chloé Meier et édité par Fausto Giudice


Cet article du héros de la résistance antinazie et antifasciste grecque Manolis Glézos date d'octobre 1995. Il est plus actuel que jamais. L'Allemagne contionue à refuser de payer des réparations aux victimes grecques de l'Occupation.

NAXOS - Depuis la fin du mois dernier, des milliers de  Grecs ont porté plainte devant des tribunaux grecs de leur pays contre la République fédérale d’Allemagne. Ils exigent des dédommagements réparations pour la perte de leurs proches et d’autres dommages qu’ils ont subis durant les trois ans et demi où l’Allemagne a occupé la Grèce au cours de la Deuxième guerre mondiale.  Les plaintes émanent de personnes privées qui ont été incitées à agir par les préfets de deux des provinces qui ont le plus souffert de l’occupation.

Il y des dizaines d’années que je demande moi aussi à l’Allemagne d’honorer envers la Grèce ses obligations au titre des deux guerres mondiales, si elle est vraiment décidée à tirer un trait sur ce triste chapitre de l’histoire germano-grecque.

Du côté allemand, on a jusqu’ici refusé de payer des réparations au motif que lors la Conférence de Londres en 1953, cette question avait  jusqu’à la conclusion d’un traité de paix encore à venir entre l’Allemagne et les Alliés. Or, ce traité ne pouvait être signé qu’après la réunification de l’Allemagne.

Selon le droit en vigueur, ce traité correspond à l’accord signé le 12 septembre 1990 à Moscou entre les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses de la Deuxième guerre mondiale ( (il est connu sous le non de Traité Deux plus Quatre. L’Allemagne réunifiée est donc tenue depuis 1990 d’honorer lses obligations de réparations qui lui incombent au titre de la Deuxième guerre mondiale.

 Les réparations dues à la Grèce sont les suivantes:

        1.   Solde des réparations dues au titre depour la Première guerre mondiale, soit 80 millions de marks, au  taux de change de 1938.

        2.   Dettes allemandes accumulées entre les deux guerres au titre dudans le domaine du commerce bilatéral entre les deux guerres, soit 523 873 000 dollars, au taux de change  de 1938

        3.   Réparations établies lors de la Conférence de Paris en 1946, soit 7,1 milliards de dollars US, au taux de change de 1938 (dédommagements pour la réquisition de biens publics et privés, pillage et destructions)

        4.   Droits relatifs à un emprunt forcé de 3,5 milliards de dollars que la Banque de Grèce avait dû contracter pour couvrir les frais liés au stationnement des troupes d’occupation en Grèce et à l'approvisionnement en nourriture de l’Afrika-Korps du général Rommel.

En appliquant un intérêt minimal de 3%, les experts chiffrent aujourd’hui les exigences légitimes de la Grèce, si l’on applique un intérêt minimal de 3%,  à 13 milliards de dollars US.

Ces estimations n’incluent pas les énormes pertes humaines subies par notre pays. Sur une population de 7 millions d’habitants, la Grèce a perdu, du fait d’opérations militaires, 70 000 personnes directement et 12 000 civils indirectement ; en outre, 38 960 personnes ont été exécutées, 100  000 (essentiellement des Grecs juifs) assassinées dans des camps de concentration  et 600 000 sont mortes de faim.

 La question des réparations n’est pas une simple affaire d’argent. Elle revêt aussi une dimension politique et morale. L’Italie, par exemple, s’est acquittée de toutes ses obligations de réparations envers la Grèce. Il en va de même pour la Bulgarie, qui a occupé la Grèce conjointement avec l’Allemagne et l’Italie de 1941 à 1944, et qui a tenu à réparer le tort causé par ses troupes au peuple grec. Pourquoi l’Allemagne serait-elle exonérée libérée de ses obligations ?

Au cours de la Deuxième guerre mondiale, les occupants nazis ont infligé à la nation grecque l‘esclavage le plus sanglant et le plus étouffant qu’elle ait jamais connu en trois mille ans d’une histoire agitée. Tout en étant convaincu que le peuple allemand n’a aujourd’hui plus rien de commun avec le national-socialisme, je crois cependant qu’il doit enfin affronter le problème de l’occupation allemande en de la Grèce et assumer les réparations qui en découlent. La Grèce ne fait qu'exiger ce qui lui est dû. Notre peuple ne cherche pas à se venger. Il  ne demandera pas non plus à l’Allemagne de s’acquitter de ses obligations en une seule fois.

Il existe des moyens de payer les réparations sans porter préjudice à l’économie allemande : bourses accordées à des étudiants et à de jeunes chercheurs grecs (en priorité à des descendants de victimes du nazisme) pour des études en République fédérale ; transfert de savoir-faire allemands ; prise en charge financière par l’État allemand de projets d’infrastructures réalisées en Grèce par des firmes allemandes ; aide financière directe. Une commission économique commune pourrait élaborer les modalités exactes et un agenda concret.

La Grèce et l’Allemagne sont toutes deux membres de l’UE et travaillent pour une Europe communautaire. Une Europe unifiée unie ne peut se construire que sur l’amitié et la confiance entre ces deux pays, et exige qu’on triomphe résolve enfin les problèmes hérités de notre histoire commune.


 


Source : Die Zeit 40/1995Deutschland und Griechenland: Ein Unrecht muß gesühnt werden

Article original publié le 2/10/1995

Sur l’auteur

Michèle Mialane, Chloé Meier  et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, la réviseuse, l'éditeur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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PAIX ET GUERRE: 31/12/2013

 
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