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11/12/2018
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Mesures imminentes contre l'esclavage

Les caporaux vont être mis hors la loi en Italie


AUTEUR:  Fabrizio Gatti, 15 octobre 2006

Traduit par  Traduit par Fausto Giudice


La traite des travailleurs au noir doit devenir un délit. C’est que ce phénomène est très grave. Et il implique un haut risque de criminalité organisée. Le vice-chef de la police parle : entretien avec Alessandro Pansa.

Le caporalat (1) doit devenir un délit, un crime à punir par de lourdes sanctions pour les caporaux et les entrepreneurs qui les utilisent : de l’arrestation à la perte des exonérations fiscales, subventions communautaires et adjucations publiques pour les entreprises complices. C’est une des suggestions du groupe interministériel mis en place à l’initiative du ministre de l’Intérieur Giuliano Amato, suite à l’enquête publiée par L’Espresso (n°35, "Moi, eslcave dans les Pouilles", par Fabrizio Gatti) sur les esclaves dans l’agriculture dans les Pouilles.
L’enquête, confiée par le ministre au préfet Alessandro Pansa, vice-chef de la police et l’un des plus grands experts de l’immigration en Europe, a duré un mois. Les résultats, qui doivent être maintenant évalués par le gouvernement, révèlent les dimensions de l’Italie immergée, celle qui fait des affaires avec l’exploitation des immigrés et l’évasion fiscale.


Préfet Pansa, où est-ce que l’exploitation du travail au noir est la plus répandue ?
Cela dépend des secteurs. Pour l’agriculture, c’est surtout en Campanie, dans les Pouilles, des parties de la Basilicate, de la Calabre, de la Sicile et le sud du Pontin. Un peu moins en Toscane. Pour le bâtiment, dans les grandes zones métropolitaines, surtout Piémont et Lombardie, Campanie et Latium. Nous avons aussi repéré des zones plus petites où existe une forte exploitation dans le secteur du travail domestique : Frioul Vénétie Giulienne, Vénétie, Ombrie et Sicile. Dans le secteur de l’élevage, surtout en Sardaigne et en Sicile. Et pour les manufactures, le phénomène est surtout localisé en Campanie, dans les Pouilles, en Toscane et en Lombardie et un peu en Émilie-Romagne et Piémont.

Il n’y a rien de positif à signaler dans cette Italie sans scrupules ?
Si, le Trentin, un modèle que nous devrions mieux étudier. En effet, le pourcentage de travailleurs au noir pour la récolte des pommes y est très bas. Et les étrangers y ont aussi des permis de séjour.

Combien y a-t-il d’immigrés victimes de l’exploitation en Italie ?
C’est un chiffre obscur. Mais ce sont principalement des étrangers qui viennent d’Europe de l’Est, et, dans une proportion beaucoup moindre, des Nord-Africains, des  Africains et des orientaux. Dans les contrôles que nous avons effectués, nous avons cependant constaté que entre 60 et 70% des étrangers travaillant au noir ont des permis de séjour. Les 30 à 40% restants sont totalement clandestins, ce sont les plus vulnérables dans l’absolu.

Mais cela ne veut pas dire que le travail au noir soit accepté par les étrangers : il y a des milliers d’immigrés qui sont obligés de se faire formellement licencier une fois qu’ils ont obtenu leur permis de séjour, de manière à ce que l’entreprise n’ait pas à payer leurs cotisations sociales.
Ce phénomène est généralisé à tout le monde du travail. Oublions un instant les immigrés et voyons ce qui est en train d’arriver aux Italiens. Il est évident que là où le travailleur est en position encore plus faible, par ce qu’il est étranger ou clandestin, le système d’exploitation est pire.

C’est un système qui fonctionne grâce à la médiation des caporaux
Le phénomène du caporalat est un phénomène à haut risque. Nous avons trouvé déjà, noos enquêtes l’ont montré, des formes structurées de caporalat dans certains secteurs. Elles sont surtout dirigées par des étrangers. Des gens qui s’organisent et qui gèrent cette masse de travail d’une manière telle qu’elle peut poser ses conditions aux entrepreneurs. Les employeurs qui recourent au travail au noir doivent comprendre que bientôt, ils n’auront plus en face d’eux un caporal, qui est lui-même un esclave puisqu’il dépend entièrement de l’employeur. Bientôt, ils auront en face d’eux, comme interlocuteur, un petit boss. N’oublions pas nos expériences des années 60 avec les assignés à résidence dans le Nord (criminels éloignés de leurs localités d’origine dans le Sud et assignés à résidence dans le Nord de l’Italie, NdT). Beaucoup de ces mafieux géraient les postes de travail des immigrés méridionaux dans les grandes concentrations industrielles. Nous avons recueilli récemment des éléments allant dans ce sens.

Où ça ?
En Campanie dans la plaine du Sele. Les caporaux ont bloqué la récolte de stomates et ont imposé aux agriculteurs des salaires plus élevés. Le monde du travail qui exploite les étrangers au noir doit faire attention car il risque lui-même d’être victime de ce système.

Dans un atelier de peausserie en Toscane

Ce monde du travail immergé (au noir, NdT) est un appel pour une bonne partie de l’immigration clandestine.
Cela, nous le savons. Le trafic des clandestins est un business dérivé. Il y a un tas de gens quid mandent à être transportés et els trafiquants se sont organisés pour les transporter. Certaines organisations, surtout chinoises, bengalies et pakistanaises ont des modèles criminels de référence divers qu’elles ont importés en Europe. C’est l’esclavage perdant. Ils disent à leurs passagers : tu ne peux pas payer le voyage, viens en Europe, travaille et tu produiras l’équivalent de ce que tu dois me payer (pour le voyage). Tant qu’ils n’ont pas payé, ils les font travailler comme esclaves.

Est-ce que ce phénomène est appelé à se répandre aussi en Italie ?
Nous le déduisons du fait que ces derniers temps, on a noté une augmentation sensible des prix que les clandestins paient. Depuis la Libye mais surtout depuis les pays d’origine. Nous avons déjà quelques exemples soudanais : pour arriver jusqu’à la Méditerranée, le sprix sont montés de 1000 à 3000 dollars. Mais vous pouvez imaginer ces pauvres Soudanais avec 3,4, 5 000 dollars ? Le risque est qu’une grande partie de ces frais soit une dette. Et c’est une dette qui implique l’esclavage. Face à ce phénomène, il faut intervenir.

Comme on l’a vu à Foggia, la loi ne protège pas les victimes des caporaux et des entrepreneurs.
Sur le plan des sanctions, nous avons constaté quelques carences. Il a la loi Biagi qui sanctionne l’intermédiation de travail non autorisée et l’employeur qui emploie du personnel au noir. Mais ce sont sanctions administratives pas excessives. Puis, pour obtenir d’autres sanctions, nous devons nous référer aux articles 600, 601, 602  du Code pénal, qui sanctionnent la réduction en esclavage et la traite d’êtres humains. Le phénomène du caporalat doit justement être traité entre ces deux extrêmes. Ce vide doit être comblé en faisant du caporalat une activité sanctionnée par la loi. L’employeur aussi doit être sanctionné. Mais à ce stade, il faut se poser le problème des victimes.


Certains au gouvernement voudraient étendre le droit au permis de séjour à tous les étrangers exploités par le travail au noir.
L’immigré exploité par le caporal doit obtenir un permis de séjour temporaire. Mais nous devons faire attention, en protégeant la position du travailleur au noir, à ne pas donner aux trafiquants la possibilité d’exploiter cette règle. Le ministre Amato l’a dit clairement : faisons ce que nous devons faire, mais cherchons à ne pas donner un avantage aux criminels. Et c’est justement là le danger : nous devons veiller à ce que les organisations qui gèrent les transports et peuvent gérer le travailleur au noir, n’en viennent pas à gérer aussi sa régularisation. Car sinon, les trafiquants vont se mettre à vendre le paquet transport+travail au noir+sortie du travail au noir, tout compris. Donc à vendre dès le départ un permis de séjour au clandestin. Il faut faire attention à ne pas créer un nouveau business.

Comment ferez-vous ?
L’hypothèse que nous avons affrontée dans le groupe de travail est la suivante : admettons que le travailleur au noir puisse bénéficier de l’article 18 de la loi Bossi-Fini, qui prévoit la protection des victimes de la prostitution et du trafic d’êtres humains. Si nous définissons le caporalat comme un délit en soi, toutes les personnes exploitées par un caporal sont victimes d’un délit spécifique et peuvent donc obtenir un permis de séjour temporaire. Mais le permis doit être lié à une condition objective d’exploitation définie comme délit. C’est seulement ainsi que nous pourrons enquêter et déjouer d’éventuelles manœuvres organisationnelles décidées en amont par les trafiquants. L’autre volet, ce sont les employeurs.

C'est-à-dire ?
Qui recourt à des caporaux et à des travailleurs au noir doit perdre tous les avantages fiscaux, les prébendes, tous les avantages et financements auxquels il a accès, au niveau communautaire, national ou local. Celui qui a remporté une adjudication publique doit perdre le chantier. Pour ces règles, il n’y a même pas besoin de faire une loi. Elle pourrait être incorporée immédiatement dans les contrats.

Note du traducteur
(1) Caporalato : ce terme désigne une forme traditionnelle de gestion de la main d’œuvre agricole par les organisations de type mafieux de tout le sud de l’Italie, auxquelles les grands propriétaires fonciers confiaient le recrutement et la surveillance de travailleurs agricoles saisonners, en particulier dans la province de Brindisi, dans les Pouilles. Ce monument aux victimes du caporalat , unique en son genre, a été réalisé par le sculpteur Carmelo Conte et se dresse dans la ville d’Oria. Il représente quatre femmes victimes de cette forme particulière d’exploitation, encore très présente dans la mémoire locale. Désormais, le caporalat a pour victimes non plus des familles de petits paysans italiens ruinés et sans terre mais des étrangers, en partie sans papiers, et eux-mêmes petits paysans chassés de leurs terres par la globalisation capitaliste qui détruit leur agriculture, et aussi des jeunes Italiens précaires.


L’Espresso, numéro 42, 2006

Traduit  de l’italien par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1380&lg=fr


DANS LE VENTRE DE LA BALEINE: 23/10/2006

 
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