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13/08/2020
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« Près du peuple, loin du gouvernement » - Entretien avec Marcin Bondarowicz, cartooniste polonais


AUTEUR:  Propos recueillis et illustrés par Benjamin Heine

Traduit par  Traduit par Marta Konikowska


Marcin Bondarowicz est un cartooniste et journaliste polonais né en 1976 à Starachowice. Il est aussi peintre, photographe et poète. Il travaille aujourd’hui à Starachowice en tant qu’indépendant. Marcin Bondarowicz utilise des techniques traditionnelles et digitales.  Il s’est spécialisé depuis peu dans l’illustration de presse. Il travaille pour de nombreux magazines et journaux polonais et internationaux.

 

Comment êtes-vous devenu dessinateur professionnel?

 

Je ne peux pas vous donner de date précise. Ca a été un long processus, c’est le résultat d’un long travail d’observation, de bonne forme d’expression et de recherche de sa propre métaphore.

 

Plus on essaie d’être sérieux dans ce qu’on fait, plus on est exposé à la critique. Dans cette situation, on est une bonne cible. Rien ne se passe dans l’abstrait.

 

Avec sa vue pénétrante, le bon dessinateur va toujours trouver des sujets intéressants et puis les représenter dans la forme la plus adéquate pour provoquer un panel d’émotions. Mon but n’est pas de faire rire le public mais de le sensibiliser.

 

Dans mon travail, l’humour n’est pas l’objectif en soi, mais c’est une façon d’attirer l’attention sur le sujet de manière agréable.

 

Un élément essentiel réside dans le fait que tous mes dessins sont autobiographiques. Je raconte donc la vie d’une personne que je connais bien.

 

 

Pour quels journaux, magazines ou site web travaillez-vous?

 

J’ai coopéré avec les publications suivantes :

 

Harvard Business Review Polska, Poland Monthly, Manager Magazin, BusinessWeek Polska, Przegląd Podatkowy, Puls Biznesu, Gazeta Bankowa, Dziennik Zachodni, Integracja, Europejska, Tygodnik NIE, Nowy Robotnik, Najwyższy CZAS, Regiony, NIE, Gazeta, Samorządu i Administracji, Le MONDE Diplomatique, INPRECOR Correspondance de presse internationale

 

Participation aux projets suivants:

 

DV DatevSymfonia, Nestle Waters DAR NATURY, Wydawnictwa INFOR S.A., Wydawnictwa MELAS

 

Collaborations avec les entreprises suivantes :

 

APOLLO, BABYONE, Only One, Hard Rock Cafe

 

Je travaille aussi avec les associations de dessin J&J [Pologne] et Okcomic.net [Chine]. Plusieurs de mes travaux se trouvent dans des collections privées en Pologne et à l’étranger.

 

 

Qu'est-ce qui, dans le discours politique, vous frappe et vous inspire ?

 

J’ai toujours été choqué par le malheur humain et l’injustice sociale. Dès que j’entends le mot « problème », je suis prêt à accourir. Le plus important pour moi est d’être un vecteur de vérité. 

 

Malgré les distances géographiques qui séparent les gens dans le monde, je veux essayer de les approcher et de leur donner le plus possible de moi-même.

 

 

Pensez-vous qu’il devrait exister des limites à la liberté d’expression ? Si oui, quelles sont les frontières à ne pas dépasser ?

 

Beaucoup dépend de l’individualité des dessinateurs, de leur caractère, de leur comportement vis-à-vis des autres et des principes qu’ils ont dans la vie.

 

Mais il y a toujours une ligne rouge, une frontière que l’on ne peut jamais dépasser.

 

La force des mots peut ébranler et donner la vie. Les mots ont le pouvoir de trancher comme des couteaux. Ils sont destructeurs et peuvent même donner la mort. Le dessin, selon moi, a puissance semblable. Il représente une véritable arme dans la main de l’artiste qui sait l’utiliser.

 

 

Selon vous, y-a-t’il une seule liberté d'expression, ou en existe-t-il plusieurs ? (En fonction des différentes cultures d’un pays à l’autre)

 

Le mot liberté est un qualificatif très abstrait. Les différences culturelles, religieuses et politiques divisent le monde. On n’a plus le temps et la force de les remettre ensemble.

 

La croyance qu’on a la capacité de créer de nouvelles règles du jeu dans ce monde est une utopie. La seule chose qu’on peut faire, c’est essayer de mieux le comprendre et d’être plus tolérant avec autrui. Il faut marcher en avant sans faire mal aux autres.

 
Marcin Bondarowicz, par Ben Heine

Que pensez-vous du concours de dessin sur l’holocauste organisé par le quotidien iranien Hamshari en réponse aux caricatures du prophète Mohamed  publiées dans divers quotidiens européens ?

 

Je ressens beaucoup de tristesse et d’amertume par rapport à ce concours. Je pense que les dessins parlent d’eux-mêmes.

 

Si ils doivent être condamnés, alors ils le seront. Le public sait faire la part des choses. J’ai dessiné à propos de l’holocauste, mais mes dessins sont immunisés car ils n’agressent personne. 

 

 

Certains de vos dessins ont-ils été censurés? Si oui, pourquoi et dans quelles circonstances?

 

Oui, j’ai subi quelques situations comme cela. C’était toujours en rapport avec les dessins qui présentent les politiciens de mon pays. Je ne peux pas révéler les noms de ces personnes, car en parlant d’eux, ça leur ferait de la publicité et ils ne méritent pas d’être glorifiés.

 

 

Pratiquez-vous l'autocensure? Quels sont les sujets les plus difficiles à représenter ?

 

Ma seule autocensure est créée consciemment. Quand ça fait mal avec les contacts de certains de mes sujets, je les abandonne, je ne vais pas plus loin. J’aime bien expérimenter, mais j’essaie de ne pas répéter les mêmes erreurs.

 

 

Pensez-vous que le dessin est  une force politique qui peut faire changer le comportement des gens ?

 

Oui, le dessin satirique possède une grande force. Il ne faut pas oublier qu’il a le potentiel d’une arme. Dans la main d’un fou, il peut causer beaucoup de dommages. De temps en temps, je me demande si le diplôme de dessinateur n’est pas à comparer avec le permis de port d’arme.

 

Pour répondre à la deuxième partie de la question : le dessin peut-il changer le comportement des gens ? Je pense qu’un dessin peut faire peur.

 

Si le dessin est assez suggestif pour laisser des traces dans l’inconscient des gens, cela est un premier pas important dans le processus de changement de l’attitude des gens, ceux-ci devront encore l’intégrer). C’est juste une question de temps, mais selon moi, l’homme n’est pas parfait, il choisira toujours la facilité.

 

 

Pensez-vous que le cartooniste est un artiste ou plutôt un journaliste, ou même les deux ?

 

Cette question a beaucoup de valeur pour moi, car à la base,  je suis journaliste dans le média  télévisuel. Actuellement, je réalise des dessins satiriques, en collaborant avec la rédaction de mon journal.

 

Si on fait ce métier, je veux dire le métier de dessinateur, il faut être en accord avec notre propre conscience et vouloir dire la vérité en ne traduisant pas l’orientation politique des rédacteurs et des directeurs artistiques.

 

Il faut toujours garder à l’esprit la mission bien déterminée que l’on doit entreprendre. Près du peuple, loin du gouvernement. Le métier de dessinateur a alors beaucoup en commun avec le journalisme.

 

Mais pour avoir du plaisir, il faut bien visualiser les sujets que l’on traite et émouvoir les spectateurs. Pour cela il faut être un artiste. C’est ce qui fait le lien avec l’imagination commune des lecteurs.

 

 

Selon vous, son rôle est-il de faire rire ou de faire penser ?

 

La pensée importe le plus, car la raison est éternelle. Le rire lui est éphémère.

 

 

Quel est pour vous la situation ou le personnage le plus difficile à dessiner?

 

Je n’arrive pas à dessiner de formule magique pour améliorer ce monde car  je fais moi-même partie de ce monde.

 

 

« J’aime la guerre », par Marcin Bondarowicz

 


Ben Heine est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cet article est en Copyleft pour tout usage non-commercial : il est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources, auteur et traductrice.
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REMUE-MÉNINGES: 29/03/2007

 
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