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24/10/2017
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"Le chemin sera long"

Charles Murigande : “Paris doit reconnaître sa participation au génocide” - Timide esquisse de rapprochement entre la France et le Rwanda


AUTEUR:  Joshua MASSARENTI

Traduit par  Fausto Giudice


Génocide au Rwanda: Paris fait son premier mea culpa


Parfois quelques paroles suffisent, même banales, pour aplanir des divergences politiques modelées pendant des années par des secrets d’État, des offensives juridiques retentissantes et des controverses historiques jamais bien éclaircies. France contre Rwanda. Paris contre Kigali. Un cas digne d’un manuel de diplomatie, dont le dernier chapitre en date met en scène Bernard Kouchner.
Hier, le ministre français des Affaires étrangères a de nouveau montré sa capacité à étonner la presse d’outre-Alpes (et internationale) en déclarant que Paris a commis des « erreurs politiques » au Rwanda.

La déclaration de Kouchner est importante dans la mesure où jamais un ministre ne s’était « hasardé » à reconnaître la culpabilité française dans le le génocide rwandais. C’est un casus belli qui voit l’actuel régime de Kigali accuser Paris d’avoir soutenu par de l’argent et des armes les forces extrémistes de l’ethnie hutu qui ont exterminé en 1994 un million de personnes appartenant à l’ethnie tutsie et aux Hutus modérés. Et pas seulement ça : l’Opération humanitaire « Turquoise » menée par les soldats français durant l’extermination est aussi en accusation. Paris se refuse à définir comme « ambiguë » une mission qui, sous mandat des Nations Unies, avait pour objectif d’ouvrir un corridor humanitaire dans l’ouest du pays pour permettre le repli au Congo voisin de centaines de milliers de civils hutus fuyant devant l’avancée de la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR).

Malgré les accusations selon lesquelles l’Opération Turquoise aurait été utilisée pour évacuer du Rwanda les extrémistes hutus responsables du génocide, Kouchner a réaffirmé hier le bien-fondé de la mission humanitaire, déclarant que les soldats français étaient étrangers à un « quelconque homicide ».

Il est encore trop tôt pour dire si le régime de Kigali sera disposé à rétablir officiellement les relations diplomatiques interrompues en novembre 2006 après la délivrance par le juge antiterroriste français Bruguière de mandats de capture internationaux contre 9 personnalités de l’entourage de l’actuel président rwandais, et leader du FPR, Paul Kagame.

Accusés d’avoir organisé l’attentat qui frappa le 6 avril 1994 l’avion de l’alors président rwandais, Juvénal Habyarimana, qui donna le signal du déclenchement du génocide le 7 avril, les politiciens et militaires mis en examen profitent de bruyante contre-offensive diplomatique et médiatique lancée par Kigali contre la France pour conjurer toute hypothèse d’arrestation.
Après des mois de tiraillements, l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée sembre avor marqué un changement de cap de la diplomatie française dans le cas du Rwanda.

Les déclarations de Kouchner, veille connaissance de l’actuel régime rwandais, ne sont que le dernier pas en date dans une processus de rapprochement qui voit Kigali être désormais disposée au dialogue.

Contacté par Panorama.it (lire son interview ci-dessous), le ministre des Affaires étrangères Charles Murigande a qualifié les mots de son homologue d’ « importants », précisant cependant que « le chemin vers la normalisation des relations diplomatiques est encore long ».
Et à en croire l’association Survie-France, il est carrément impraticable..

Connue des experts et du public d’outre-Alpes pour sa grande enquête sur l’Opération Turquoise, cette association indépendante française fait savoir par la voix de sa vice-présidente Sharon Courtoux, que  « Kigali peut difficilement accepter de telles déclarations. » « Nos enquêtes”, explique Courtoux à Panorama.it, “ ont démontré que Paris est impliquée jusqu’au cou dans le génocide rwandais. Il est utile de rappeler qu’avant l’extermination, les soldats français avaient formé des milices extrémistes hutus, tandis qu’avec l’Opération Turquoise, Paris a organisé directement la fuite des génocidaires. Mais tout ça, Kouchner n’a pas l’intention de le reconnaître. »

De fait le ministre des Affaires étrangères a réaffirmé qu’ »il n’avait jamais été question » que Paris se repente publiquement.  Ayant l’intention de se « rendre en temps utile à Kigali » pour clore une affaire compliquée par les péripéties judiciaires, Kouchner a préféré insister sur la nécessité de « commencer à se parler » et de « ne pas ranger ceux qui ont été tués (les Tutsis, NDLR) dans les rangs des responsables du massacre. » Une manière de faire comprendre au président rwandais Kagame que les ex-rebelles tutsis du FPR (aujourd’hui au pouvoir) ne sont plus considérés comme des ennemis par la France.

Le ministre rwandais: “Paris doit reconnaître sa participation au génocide.”


Dans un pays comme le Rwanda où les militaires contrôlent le pouvoir, le ministre des Affaires étrangères Charles Murigande est considéré comme le bras politique du général Paul Kagame. Il est une pièce maîtresse de la machine diplomatique rwandaise, capable d’exploiter les sentiments de culpabilité de la communauté internationale pour permettre à son pays de défier une puissance occidentale de premier rang comme la France. L’incapacité démontrée par l’ONU et les USA à arrêter le génocide de 1994 a fait que Kigali peut compter aujourd’hui sur l’appui d’alliés très précieux comme Washington : une arme fondamentale utilisée chaque fois que la légitimité du régime de Kigali est menacée.
Le Rwanda en est venu à rompre de manière fracssante avec la France, qui, selon Murigande, a assisté de manière inerte au massacre de l’ethnie tutsie et des Hutus modérés. Une rupture aggravée par des offensives diplomatiques à répétition qui ont contraint Paris à faire deux pas en arrière et à engager de nouveau le dialogue avec un régime dominateur en Afrique centrale, une région stratégique pour la diplomatie d’outre-Alpes dans le continent africain.

Monsieur Murigande, quelle est votre réaction aux déclarations du ministre des Affaires étrangères français?
La France a mis du temps à reconnaître des erreurs politiques qui, à dire la vérité, étaient de notoriété publique. Quoiqu’il en soit, les paroles de Monsieur Kouchner sont importantes. Depuis 1994, jamais un ministre français n’avait tenu de tels propos

Est-ce suffisant pour renouer des relations diplomatiques ?
Non, les déclarations de Kouchner ne répondent pas encore à nos attentes Je dirais même que le chemin vers une normalisation des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda est encore long.

Cela signifie-t-il que Kigali attend de Paris une reconnaissance de participation au génocide ?
Je ne peux pas vous le dire. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des livres d’histoire qui démontrent clairement le rôle des soldats français dans le génocide  Je pense aux programmes de formation des milices extrémistes hutues, aux armes reçues de la France par les miliciens et à la manière dont Paris a rendu possible la fuite des responsables du génocides au Congo, à leur réarmement pour attaquer de nouveau notre pays à partir des frontières congolaises. Je ne sais pas comment les Français définissent leur participation, mais pour ma part, je ne saurais définir autrement l’implication de la France au Rwanda en 1994.

Mais Kouchner insiste pour dire la France n’est pas  responsable du génocide …
Personne n’a jamais dit que la France était responsable du génocide. Du moins pas le Rwanda. Les premiers responsables sont avant tout les Rwandais. Ceci dit, on ne peut ignorer le soutien militaire et financier de Paris à ceux qui ont perpétré l’extermination. Quand Kouchner parle d’ “erreurs politiques”, il devrait peut-être méditer sur le fait que ces erreurs ont été la conséquence d’un choix politique clair de Paris sur le Rwanda.

Et maintenant, qu’attendez-vous ?
La position de Monsieur Kouchner marque un premier, petit tournant. Il reste à  savoir ce que pensent ses collègues. Je ne crois pas que le ministre français des Affaires étrangères soit tout seul à prendre des décisions dans cette affaire. Au-delà de questions internes à la France, le prochain pas sera de nous asseoir autour d’une table et de nous mettre d’accord sur des déclarations qui conviennent aux deux parties. Ce ne sera pas facile, je le répète, cette affaire est très complexe.


Source : Panoranam.it

Article original publié le 3 octobre 2007

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

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ZONE DE TYPHONS: 04/10/2007

 
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