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19/09/2019
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Une expérience unique de journalisme alternatif sous une dictature

Pages d’utopie : donnez-nous ajourd’hui notre Versus quotidien


AUTEUR:  Omar L. DE BARROS FILHO

Traduit par  Fausto Giudice


Versus – Pages d’utopie (anthologie de reportages, récits, interviews et articles). Édité par Omar L. de Barros Filho, 292 projet graphique de Toninho Mendes, photos de Rosa Gauditano/Studio. Co-édition Laser Press Comunicação et Azougue Editorial, Porto Alegre -Rio de Janeiro, 2007. 

Textes de Tomás Eloy Martinez, Carlos Rangel, Marcos Faerman, Luiz Egypto, Paulo Ramos, Mário Pedrosa,Vitor Vieira, José Martí, Mário Augusto Jacobskind, Toninho Mendes, Rui Veiga, Ana Maria de Cerqueira Leite, Caco Barcelos, Paulo Barros, Licínio de Azevedo, Maria da Paz Rodrigues, Wagner Carelli, Hiroito Joanides, Rodolfo Walsh, Eduardo Galeano, Gabriel Cohn, Hélio Goldsztejn, Augusto Boal, Nélida Piñon, Arnaldo Jabor, Abdias Nascimento, Júlio Tavares, Plínio Marcos, Lívio Xavier, Jorge Pinheiro, Neusa Maria Pereira, Amadeu de Almeida Rocha, Luiz Rosemberg Filho, Renan Antunes de Oliveira, Diana Belessi, Elisabeth Marie, Enio Bucchioni et Omar L. de Barros Filho. [Avec le soutien de la Banque régionale de développement de l’extrême-sudl (BRDE) et du Ministère fédéral de la Culture – Loi fédérale d’encouragement de la culture]

Le projet qui a donné naissance à cette anthologie a commencé à naître à la fin des années 1990, lorsque j’ai fait la connaissance d’un abonné du magazine Versus à la frontière du Brésil avec la Bolivie, au bord du fleuve Guaporé, dans le Rondônia, où j’ai vécu, loin du monde de l’information pendant de longues années. Il faisait partie d’un groupe de consultants de la Banque mondiale qui parcouraient la zone à la recherche de modèles de développement durable pour les activités économiques de la région.
Lorsque je me suis présenté comme journaliste et lui ai dit que j’avas été rédacteur de Versus dans les années 1970, il m’a dit: "J’ai collectionné Versus longtemps. ça été à l’époque le journal qui m’a le plus aidé à me former politiquement et qui m’a fait voir l’Amérique latine autrement”.
Après que nous nous fumes quittés, j’ai pensé qu’il serait possible de synthétiser en une nouvelle publication le résultat de l’activité frénétique et de l’agitation culturelle qui ont toujours marqué la rédaction de Versus, à São Paulo. Versus a été une expérince unique de journalisme alternatif, surgie de l’esprit inventif de Marcos Faerman – “Marcão”, pour ceux qui ont eu la chance de le connaître et d’apprendre à ses côtés -, un des reporters et rédacteurs brésiliens les plus brillants de tous les temps.

Faerman avait coutume de dire que Versus était né sous le signe de la tristesse provoquée par la mort du journaliste Vladimir Herzog entre les griffes de la dictature, un événement qui suscita l’horreur au Brésil en octobre 1975. Le drame d’Herzog coincida avec l’édition du premier numéro du journal, au format tabloïd, sur 52 pages, à 12 000 exemplaires.  Distribué de manière précaire de la main à la main, dans des kiosques de São Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre et quelques autres villes, et financé , en partie, par un salaire annuel extra de Faerman, Versus trouva un écho insoupçonné auprès des lecteurs et devait aller beaucoup plus loin que prévu.

Rédaction militante

Le groupe initital restreint de collaborateurs s’élargit, avec l’adhésion volontaire de journalistes, écrivains, poètes, enseignants, cinéastes, sociologues, illustrateurs, caricaturistes ainsi que des lecteurs eux-mêmes, qui envoyaient leurs contributions du Brésil ou de l’étranger.
Nous avions coutume de dire, à la rédaction, que le facteur était notre meilleur reporter, car il nous livrait le matériel nécessaire pour boucler chaque édition, qui complétait le sommaire au jour le jour. Versus fut un mutant qui pendant une bonne période pratiqua une autocensure sévère pour pouvoir survivre. Manquant toujours de ressources, même ainsi il résista pendant quatre ans aux pressions et aux limites imposées par le régime militaire.
Versus fut aussi un hâvre sûr pour les “chiens perdus” latino-américains et brésiliens, les réfugiés politiques et autres victimes du destin. On peut dire aujourd’hui sans exagérer que la rédaction fut une sorte de “Croix-Rouge”. Elle recevait des fugitifs étrangers en quête d’asile, de travail et de papiers tout comme elle hébergeait tout Brésilien talentueux à la recherche d’un espace de journal prêt à publier ses idées, ses credos et ses expériences. Beaucoup ont commencé à écrire, faire des reportages ou dessiner dans Versus. C’était une chose chaotique avec peu de règles, mais toujours ouverte, où l’on resprait le journalisme dans sa véritable essence quasi-artisanale.
Le projet de construction de Versus n’était pas imperméable aux influences extérieures. Au fur et à mesure que la diffusion nationale se consolidait, les ventes en kiosques augmentèrent et le tirage atteignit 30 000 exemplaires par mois; l’influence clturelle et politique de Versus devint beaucoup plus grande que ce que nous avions imaginé ou recherché au départ. Notre programme, jusque-là, se résumait dans une expression syntéhtique sur laquelle nous avions travaillé laborieusement : “La culture comme forme d’action”.

Entretemps, les turbulences sur la scène internationale, avec le retrait par les USA de leur appui aux dictatures, et, sur le plan national, avec l’entrée en scène du mouvement étudiant, provoquaient des changements dans notre ligne éditoriale. On vit aussi se manifester les diverses positions politiques existant au sein de la rédaction, ce qui était naturel pour un journal alternatif, dans lequel de nombreux rédacteurs et collaborateurs militaient dans des organisations clandestines, dans l’opposition institutionnelle ou sympathisaient avec des courants étudiants à l’Université. L’irruption du movement ouvrier dans le triangle de l’ABC pauliste*, les grèves de métallos puis des suyndicats de classes moyennes, ont modifié défintivement le cap de Versus.

Mobilisations polítiques

Le lecteur de cet ouvrage percevra les transformations déoculant de la politisation de la rédaction, qui, pas à pas, abandonna le discours originel – littéraire, poétique et épique, sur l’histoire de l’Amérique latine – au profit d’une vision plus crue, sociologique et immédiate de notre réalité, qu’elle fût brésilienne ou continentale. La métaphore littéraire céda la place au politique, et cela s’exprimait non seulement dans les reportages, essais et interviews, mais aussi dans le graphisme même de Versus, dans les caricatures, dans les illustrations et enfin, dans l’organisation de la rédaction dans son ensemble.

Dans ce processus, des amitiés se sont perdues et des alliances ont été rompues.Le temps, comme toujours, a guéri les ressentiments. Il ne pouvait en être autrement, plus de trente ans plus tard. Indépendamment des divergences du passé, qui aujourd’hui paraissent puériles, la fin de l’aventure de Versus fut, en fin de compte, celle de toute entreprise de presse alternative. Les “nabots”, comme on nous appelait de manière péjorative, disparurent l’un après l’autre, au fil de la reconquête démocratique, de la liberté d’expression, des crises économiques et du processus de monopolisation de l’infomration par les grands médias traditionnels. Nous étions plus de cent journaux, mais nous faisions de bruit comme mille. Mais à un certain point du chemin, nous avons cessé d’être nécessaires.

Quant à moi, j’ai constaté que, de tous les rédacteurs et assistants qui sont passés par Versus durant ses quatre années d’existence, j’ai été celui qui a vécu cette aventure le plus longtemps, de novembre 1975 à octobre 1979, après que j’avais déménagé de Porto Alegre à São Paulo pour consacrer mon existence au journal. Plus récemment, le fait de détenir la mémoire de cette période m’ amené à répondre aux questions de chercheurs, d’enseignants et d”étudiants qui m’ont contacté sur le web pour m’interroger sur l’histoire de Versus : cela a renforcé l’idée que l’heure était venue d’éditer cette anthologie.
Nous avons imprimé 33 éditions normales de Versus, 3 éditions spéciales de BD et d’autres qui échappaient au calendrier mais étaient liées à des mobilisations politiques, comme les éditions spéciales consacrées à l’anniversaire du coup d’État au Chili et au Premier Mai dans l’ABC pauliste. Nous avons en outre édité avec succès neuf autres livres et cahiers.

Versus – Páginas da Utopia recueille cette histoire et celle du journalisme que nous avons pratiqué. Deux autres anthologies suivront. [Novembre 2007]

 * L’ABC pauliste, aussi appelé Région du Grand ABC ou ABCD est une région industrielle formée par sept muncipalités de la région métropolitaine de São Paulo: Santo André (A), São Bernardo do Campo (B), São Caetano do Sul (C); Diadema (D); Mauá ; Ribeirão Pires et Rio Grande da Serra. (NdT)


Source : Versus – Páginas da Utopia

Article original publié en Novembre 2007

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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REMUE-MÉNINGES: 28/11/2007

 
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