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09/02/2010
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Polémique italienne sur le boycottage de la Foire du Livre de Turin


AUTEUR:  Auteurs divers

Traduit par  Fausto Giudice


Mal parlato, Valentino !

Le Seigneur de Bric-à-Brac* a sorti un nouveau bijou de son tiroir secret : cette phrase incroyable : « Israël doit être plus juive avec les Palestiniens. » Cette phrase figure dans un article hallucinant du fondateur du Manifesto, paru dans son journal le 24 janvier, dont nous publions la traduction ci-dessous.

Je ne connais pas personnellement Valentino Parlato, qui est pour moi une figure mythique. Nous avons quelques points communs : nous sommes de père sicilien et nous avons grandi en Afrique du Nord, lui en Libye, moi en Tunisie. Nous n’appartenons pas à la même génération (environ 25 ans nous séparent) ni à la même sensibilité politique : Parlato est communiste depuis une soixantaine d’années, tandis que moi, je n’ai été communiste (variante soixante-huitarde, maoïste) que 6 petites années. Je n’en éprouvais pas moins jusqu’ici le respect du aux anciens, qui sont restés accrochés à leurs convictions contre vents et marées, malgré toutes les vicissitudes de l’histoire. Respect que ne méritent pas les si nombreux renégats de ma génération, qui s’apprêtent à célébrer une orgie de révisionnisme en cette année où l’on  va commémorer le quarantième anniversaire du joli mois de Mai.
Parlato, expulsé de Libye en novembre 1951 par les autorités coloniales britanniques avec un groupe de militants, tous italiens, du fantomatique Parti communiste libyen (lequel ne comptait sans doute aucun « indigène »), fait partie, avec Rossana Rossanda et Luigi Pintor, du groupe dirigeant des dissidents réformisto-gauchistes du PCI regroupés dans le groupe, puis le quotidien il manifesto depuis presque 40 ans.
L’article de Parlato est consacré à la campagne de boycottage lancée par une série d’organisations italiennes et palestiniennes d’Italie contre la Foire du Livre de Turin de mai 2008, à laquelle Israël a été invité comme hôte d’honneur.

Ses arguments sont absolument abracadabrants et ils se résument à ceci : on pouvait boycotter l’Afrique du sud de l’apartheid sans problème, mais on ne peut boycotter Israël, car Israël est juif. On peut boycotter les Afrikaners, mais pas les juifs. La création de l’État d’Israël était une obligation morale et d’ailleurs – argument suprême pour ce vieux communiste – même Staline y fut favorable. Franchement, à la lecture et à la traduction de cet article, d’ailleurs très mal écrit, les bras me tombent. Pour lui répondre, nous donnons la parole à Alfredo Tradardi, un Piémontais militant fondateur de la section italienne du mouvement ISM (International Solidarity Movement), qui est à l’initiative de la campagne de boycottage de la Foire de Turin. Et enfin, nous publions la réponse du poète Aaron Shabtai à l'invitation au Salon du Livre de Paris, lui aussi consacré à Israël.

 Fausto Giudice, Tlaxcala, 27 janvier 2008

* Marina Catucci, Matteo Parlato e Roberto Salinas ont consacré en 2005 un documentaire à Parlato intitulé Vita e avventure del Signor di Bric a Brac. Breve biografia di Valentino Parlato  (Vie et aventure du Seigneur de Bric-à-Brac. Brève biographie de Valentino Parlato)

  
Boycott correct...                                                                ...boycott incorect ? (poster d'Amer Shomali)

Un boycottage erroné
Valentino Parlato
Il Manifesto, 24 janvier 2008


La Foire internationale du livre de Turin se déroulera du 8 au 12 mai, mais elle déchaîne déjà discussions et polémiques, qui ont investi aussi notre collectif tenace et tolérant. La Foire s’ouvre au moment du 60ème anniversaire de la fondation de l’État d’Israël et donc inévitablement, la question palestinienne s’ouvre à nouveau.
Après la deuxième guerre mondial et le massacre des juifs, reconnaître aux juifs le droit d’avoir un territoire et un État était obligatoire. Même Staline fut favorable à l’édification de l’État d’Israël, à laquelle s’opposa l’Angleterre - et cela n’est pas secondaire – laquelle – c’est un souvenir personnel -, pour soutenir que le monde arabe n’aurait pas accepté un État juif, favorisa de grandes manifestations d’opposition, et à Tripoli (où j’habitais alors) un pogrom antijuif sanglant  avec l’indifférence complice des autorités militaires britanniques (la lourdeur de la phrase originale a été conservée à dessein par le traducteur).
La polémique qui s’est engagée aujourd’hui, concerne le boycottage de cette Foire du Livre, qui donne une place d’honneur à Israël avec un risque de légitimation littéraire de sa politique.
Je dis d’emblée que je n’ai aucune position d e principe contre le boycottage, contre les blancs racistes il était  plus que juste. Il y a boycottage et boycottage et donc, je suis totalement opposé au boycottage de cette foire du livre (le livre doit toujours être respecté) et contre l’État d’Israël (sic). Les Israéliens – qui sont toujours juifs (sic) – quels que soient leurs torts à l’égard du peuple palestinien, ne sont en aucun cas comparables au racistes sud-africains et puis – un « puis » que nous ne pouvons pas oublier et sur lequel nous autres Européens et ceux d’entre nous qui se déclarent chrétiens et catholiques – il y a la persécution historique du peuple juif, il y a les ghettos et els camps d’extermination. Et ici, il me semble bon de rappeler ce que m’avait dit dans une interview au Manifesto, le Rabbin en chef de Rome : dans le ghetto de Varsovie, la dernière chanson que les juifs entonnèrent fut l’Internationale. Puis ils furent massacrés par les Allemands. 
Profitons donc de cette Foire internationale du livre de Turin pour discuter, pour critiquer la politique de l’État d’Israël, pour défendre les droits des Palestiniens, qui dans ces territoires semblent être devenus les nouveaux juifs. Discutons, affrontons-nous, mais envoyons le boycottage au diable. Non seulement parce que les Israéliens sont juifs et pas afrikaner, mas aussi parce que le boycottage est muet. C’est un non sans arguments.
À Turin, il y aura des écrivains juifs de haut niveau et nous devons, avec eux, discuter, raisonner, polémiquer, défendre les droits du peuple palestinien. Je me rends compte des peurs ancestrales des gens d’Israël.
Je me rends compte de leur peur – c’est un brave ambassadeur d’Israël à Rome qui me l’a dit – d’être les nouveaux croisés. Je crois comprendre, mais Israël doit être plus juif avec les Palestiniens. Elle doit voir en eux des parents proches. Mais c’est justement pour toutes ces raisons que le boycottage ne peut que nuire aux Palestiniens et aux Israéliens.

Source : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/24-Gennaio-2008/art4.html

Contre l'occupation israélienne de la Foire du Livre de Turin

Une demande simple : que soit retirée l'invitation à l'État d'Israël

Alfredo Tradardi,  ISM Italie, 22 janvier 2008

Le répertoire de lieux banals (une version basse des lieux communs1), typique de tous ceux qui se sont inscrits, plus ou moins consciemment, dans le philosémitisme2 (ou si l’on préfère au philosionisme) européen de droite, du centre ou de gauche,  remplit les journaux les plus divers, de Liberazione au Corriere della Sera et à La Stampa, avec l'unique exception du Manifesto, où ne manquent pas quelques articles de "sionistes soft", mais où prévaut la tentative de donner un espace à une discussion un peu plus consistante.

Un appel de PACBI, la Palestinian Campaign for the Academic & de Cultural Boycott of Israel, dit :

"Il n'y a aucune raison de célébrer" les 60 ans d'Israël "! Mais il y a des myriades de raisons de réfléchir, s'engager et travailler pour la paix et la justice."

Comme l’a écrit Aharon Shabtai (le plus grand poète israélien vivant, NdT) en refusant l'invitation au Salon du Livre de Paris : "Je ne considère pas qu'un État qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d'être invité à une semaine culturelle quelle qu’elle soit. Cela est anti- culturel ; c’est un acte barbare masqué cyniquement par de la culture. Cela manifeste un soutien à Israël, et peut-être même à la France qui appuie l'occupation. Et je ne veux pas y participer."

Le point fondamental est que l'invitation de l'État d'Israël comme hôte d'honneur de la Foire du Livre n'a rien à que voir avec la culture.

C’ est une manifeste violation du principe de l'autonomie de la culture.

C’est n’est qu’un acte de servilité politique pour permettre à Israël la propagande la plus instrumentale.

Elle marque, en outre, un pas emblématique en direction de la militarisation de la culture.

Mais comment, dira-t-on, enfin, on invité le trio littéraire, Oz avec Grossman et Yehoshua ?

Que voulez-vous de plus  ? Les trois écrivains pacifistes par antonomase ?

Mais en Israël, par exemple, Tom Segev ou Yitzhak Laor ne voient pas les choses ainsi (nous reviendrons sur ce point sur craint).

Et même en Italie quelque doute serpente même dans des milieux au-dessus de tout soupçon.

Elena Loewenthal, par exemple, a écrit le 28 décembre sur Shalom : « En Italie il y a plus la tendance à ne pas bien écouter ces écrivains, ou à écouter seulement ce qu'on veut entendre. D'Amos Oz, par exemple, on fait vite de le cataloguer comme pacifiste, en négligeant par contre son examen intéressant, et la déconstruction afférente, du concept de pacifiste. Il est confortable de les applaudir quand on pense qu’ils sont en train de dire du mal du gouvernement, mais on les applaudit avant  qu'ils finissent de parler et expliquent comme se présentent les choses jusqu'au bout. Si on attendait pour les applaudir qu'ils aient fini leu discours, peut-être on découvrirait qu'ils n'ont pas vraiment dit tant de mal du gouvernement, ou qu'en fait de paix, de compromis et de question palestinienne, ils ne pensent pas exactement comme le voudraient ceux qui les écoutent. ».

Pour ensuite céder sur La Stampa du 10 janvier à un lieu banal : "En mai à Turin nous aurons l’occasion d'écouter des auteurs comme Oz, Yehoshua, Grossman, qui ont fait de la confrontation avec l' " autre "- en l’occurrence « l’ennemi » palestinien – le pivot de leur écriture. J'écris pour me mettre dans la peau des autres, explique Grossman dans Avec les yeux de l'ennemi. Pratiquement toute la littérature israélienne contemporaine est guidée par l'exigence profonde de comprendre son propre  monde à travers  et malgré le conflit, traversant, au moins sur le papier, la frontière que  la guerre établit."

Yehoshua, il est utile de le rappeler, se définit comme le prophète du Mur et d'autres saloperies comme la destruction de la centrale électrique dans la bande de Gaza.

Quant à l'exorcisme plus qu’abusif pratiqué par Stefania Podda sur Liberazione,  c’est évidemment le lieu banal pour excellence.

L'accusation d'"antisémitisme"3 est l’exorcisme suprême

Et tout aussi abusif est le lieu banal, banalissime même, sur la culture comme une chose singulière vivant en toute virginité dans des limbes étrangères à tout événement humain.

On dirait que tout le monde oublie la propension des clercs à trahir, comme le démontre siffisamment, dans le cas italien, le fait qu’ils ne furent que douze 12 à refuser de prêter le serment de fidélité au fascisme, imposé aux professeurs universitaires en 1931 sous la houlettede Giovanni Gentile.

C’est un devoir de rappeler leurs noms. "Dans cette troupe  minuscule figurent trois juristes (Francesco et Edoardo Ruffini, Fabio Luzzatto), un orientaliste (Giorgio Levi Della Vida), un historien de l’Antiquité (Gaetano De Sanctis), un théologien (Ernesto Buonaiuti), un mathématicien (Vito Volterra), un chirurgien (Bartolo Nigrisoli), un anthropologue (Marco Carrara), un historien de l’art (Lionello Venturi), un chimiste (Giorgio Errera) et un philosophe (Piero Martinetti). "Aucun professeur d'histoire contemporaine, aucun professeur d'italien, aucun de ceux qui  dans passé s’étaient vantés d'être socialisese n’ avait sacrifié son traitement aux convictions ainsi hardiment exhibées en temps de calme plat", déplora l’exilé Salvemini. (Les professeurs qui dirent non à Mussolini, de Simonetta des Fleurs).

Mais la palme des titres parus à ce jour revient certainement à La Stampa : “La Fiera è fiera di Israele”.(La Foire est fière d’Israël)

Quelel absence d’un seul millième de moralité et, au-delà, du moindre sens du ridicule !

Mais peut-être elle est-ce seulement une erreur du correcteur et le titre était-il : “La Fiera è fiera di Israele perché Israele è una fiera più fiera di ogni altra fiera!” ("La Foire est fière d'Israël parce qu'Israël est une bête plus fière que toute autre bête!" jeu de mots intraduisible : fiera peut signifier : 1 – foire ; 2- fière; 3 – bête sauvage)

Personne ne veut boycotter "la Foire du Livre", dite Librolandia, même si l’événementocratie dominante à Turin et environs ne nous exalte pas, le problème n’est pas là.

Personne ne veut boycotter les livres comme quelqu'un nous veut nous le faire dire en évoquant des comparaisons plutôt inopportunes, « je comprends qu'il n’y a pas de limites au fondamentalisme bien de chez nous, mais seuls les nazis avaient montré un tel respect (et une telle peur) pour les livres » Ernesto Ferrero, directeur de la Foire du Livre, sur le Corriere della Sera du 13.01.2008 (un autre lieu banal classique). "Esageruma nen!", monsieur M. Ferrero (« Faut pas exagérer ! » expression piémontaise, NdT)

Comparaisons plutôt inopportunes pas seulement à cause de ce que l'État d'Israël commet à Gaza et en Cisjordanie, après ce qu’il est arrivé à commettre au Liban il y a longtemps (Sabra et Chatila) et en 2006, mais aussi si l’on se rappelle ce qui s’est passé chez nous, dans très policée ville de Turin où un maire et un adjoint sont réussis à faire disparaître (à la décharge ?) un manuel scolaire pour l’école primaire pour les écoles sur demande de la communauté juive et de l'ambassadeur israélien à Rome (mais nous reviendrons sur cette affaire avec des détails de nature à mettre en lumière la moralité de ces messieurs).

Comparaisons assez inopportunes de la part de quelqu’un, toujours monsieur Ernesto Ferrero, qui le 18 janvier 2007 empêcha que l’on pose des questions politiques au pacifiste (?) Yehoshua, car selon notre Jdanov au petit pied, seules étaient permises seulement les questions littéraires (sic !).

Il s’en suit une demande simple : que soit retirée l'invitation à l'État d'Israël.

Notre objectif est montrer, aussi avec le soutien  de poids de Dan Orian4, qui a travaillé comme chef du Département pour la littérature près de la Division pour les affaires culturelles et scientifiques (Dcsa) du ministère des Affaires étrangères israélien, et qui a déclaré que la guerre israélienne de l'information se mène en utilisant soit les intellectuels ou les clercs de régime, soit en tentant d'impliquer ceux qui ne sont pas organiques (au régime, NdT) comme le montre le cas d'Aharon Shabtai.

À l'occupation israélienne de la Foire du Livre de Tourin nous opposerons toutes les initiatives nécessaires pour montrer qu’elle n’a rien à voir avec la culture et pour réfléchir sur la dégradation morale culturelle et politique de l'Italie et de l'Europe que cette invitation confirme de manière éclatante.

Mais aussi parce que c’est l’unique moyen pour que " vienne enfin le temps où les responsables des crimes contre l'humanité qui ont accompagné le conflit israélo-palestinien et d’autres conflits dans cette époque, soient appelés à répondre devant les tribunaux des hommes ou de l'histoire, en compagnie de leurs complices et de ceux qui en Occident ont choisi le silence, la vilenie et l'opportunisme". 

PS :  sur la dimension des lieux banals, nous voudrions en dire plus, mais il vaut mieux être avare d’adjectifs, comme le suggérait Gadda en continuant à ajouter des adjectifs, appartient aussi la proposition d'un conseiller régional piémontais de gauche  (?), auquel va l'invitation à Israël convient, pourvu qu’on invite aussi l’ Autorité Nationale Palestinienne (sic !).
Omar Barghouti a pris soin de répondre à ce candide dans Il Manifesto du 22 janvier  :
"Un conseiller régional du PDCI a demandé qu'à la Foire soit «  ajoutée » la présence des Palestiniens. Même ça  ne vous suffit pas « ?, demande Michelangelo Cocco.
« Il n’ y a pas de compromis possible entre oppresseur et opprimé. En rechercher signifie appuyer l’oppresseur .Entre l’un et l’autre il n’ya pas d’équivalence morale et de l'opprimé. Dans les années 70 on n'aurait jamais accepté la proposition d'inviter les racistes afrikaner ensemble avec l'African national congress. Jamais. Des égalisations morales de ce type sont inacceptables », a été la réponse d'Omar Barghouti.

Notes

(1) lieu banal = slogan de propagande destiné à un public non informé, répété à outrance

(2) Yitzhak Laor, Le nouveau philosémitisme européen et le « camp de paix » en Israël, Éditions La fabrique 2007  

(3) Edgar Morin, Il mondo moderno e la questione ebraica, Raffaello Cortina editore 2007

(4) "L'imagination littéraire aide aux publiques relations", Shiri Lev-Ari, Ha’aretz 06/08/2007

Source : envoyé par l'auteur

Un acte barbare cyniquement camouflé en culture

Aaron Shabtaï est le plus grand poète israélien vivant. Il a aussi traduit des tragédies grecques en hébreu. Il a décliné deux invitations reçues à participer à la Foire du Livre de Turin et au salon du Livre de Paris, lui aussi dédié à Israël.

Edna Degon, chargée de mission Salon du Livre 2008, responsable de l’organisation de la présence israélienne au Salon du livre de Paris, avait invité Aaron Shabtai à y participer, avec la lettre suivante, du 7 décembre aussi :

Cher Aaron Shabtai,
le 13 mars 2008 sera inauguré le Salon du livre de Paris dans lequel Israël sera présent en qualité de « Pays hôte ». Quarante écrivains et poètes israéliens sont invités à prendre part à la semaine culturelle française. Vos œuvres ayant été traduites en français, il va de soi que vous êtes parmi les invités. Aimeriez-vous participer ? L’invitation officielle sera émise par l’ambassade de France en Israël, quand tous les autres écrivains auront donné leur disponibilité.
J’espère de tout cœur que vous voudrez bien accepter l’invitation, Paris vous attend.
Merci et bonnes fêtes,
Edna

Voici la réponse du poète

Chère Edna,
Je vous remercie pour votre lettre.
Je ne pense pas qu’un État qui maintient une occupation, en commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel ; c’est un acte barbare cyniquement camouflé en culture. Cela manifeste un soutien à Israël, et peut-être aussi à la France, qui appuie l’occupation. Et je ne veux pas, moi, y participer.
Salutations cordiales
Aaron Shabtai

7 décembre 2007

Ci dessous un de ses poèmes :

CULTURE
Le signe de Caïn n’apparaîtra pas
sur le soldat qui tire
sur la tête d’un enfant
depuis une colline au dessus de l’enceinte
autour du camp de réfugiés
parce que sous le casque
pour parler en termes conceptuels
sa tête est en carton.
D’autre part,
l’officier a lu L’Homme révolté [1],
sa tête est illuminée,
à cause de cela il ne croit pas
au signe de Caïn.
Il a passé son temps dans les musées
Et quand il pointe
le fusil vers l’enfant
comme un ambassadeur de Culture,
il met à jour et recycle
les eaux-fortes de Goya
et Guernica

 Aaron Shabtai

[1] : livre d’Albert Camus

 

Source : newsletter@ism-italia.it
Traduit par Marie-Ange Patrizio


Articles originaux publiés les 22, 24 et 28 janvier 2008 

Fausto Giudice est membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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TERRE DE CANAAN: 28/01/2008

 
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