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22/04/2019
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Être à la fois David et Goliath : Anatomie d'une schizophrénie


AUTEUR:  Gilad ATZMON جيلاد أتزمون

Traduit par  Fausto Giudice


Selon Hegel, la réalisation de "conscience de soi» est un processus qui implique nécessairement l'autre. Comment dois-je prendre conscience de moi-même en général? Tout simplement par le désir ou la colère, par exemple. À la différence des animaux qui satisfont leurs besoins biologiques en détruisant une autre entité organique, le désir humain est un désir de reconnaissance.
En termes hégéliens, la reconnaissance s’accomplit en se dirigeant soi-même vers un non-être, c'est-à-dire vers un autre désir, un autre vide, un autre «je». C'est quelque chose qui ne peut jamais être pleinement réalisé. "L'homme qui désire humainement une chose n’agit pas tant pour posséder la chose que pour amener un autre à reconnaître son droit (à la posséder). C’est seulement le désir de cette reconnaissance, c’est seulement l'action qui découle de ce désir, qui crée et réalise un ‘je’ non biologique. "(A. Kojève, Introduction to the Reading of Hegel, 1947, 1947, Cornell Univ. Press, 1993, p. 40). Dans la foulée de cette ligne de pensée hégélienne, nous pouvons en déduire que, pour développer une conscience de soi, il faut faire face à l’ autre. Alors que l’ entité biologique lutte pour sa continuité biologique, un être humain lutte pour la reconnaissance.
Afin de comprendre les implications pratiques de cette idée, examinons la «dialectique maître-esclave». Le maître est appelé le maître parce qu'il s'efforce de prouver sa supériorité sur la nature et sur l'esclave qui est forcé de le reconnaître comme maître.
À première vue, il semble que le maître a atteint le sommet de l'existence humaine, mais comme nous allons le voir, ce n'est pas le cas. Comme cela vient d’être dit, c’est pour la reconnaissance que les humains se battent. Le maître est reconnu par l'esclave comme un maître mais la reconnaissance de l'esclave a peu de valeur. Le maître veut être reconnu par un autre homme, mais un esclave n'est pas un homme. Le maître veut la reconnaissance par un maître, mais un autre maître ne peut permettre à un autre être humain supérieur d’être dans son monde. "En résumé, le maître n'a jamais réussi à atteindre son but, le but pour lequel il risque sa vie même." Ainsi, le maître fait face à une impasse. Mais qu'en est-il de l'esclave? L'esclave est en train de se transformer lui-même puisque, contrairement au maître qui ne peut pas aller plus loin, l'esclave a tout à gagner par ses apirations. L'esclave est à l'avant-garde de la transformation des conditions sociales dans lesquelles il vit. L'esclave est l'incarnation de l'histoire. Il est l'essence du progrès.


Une leçon de domination
Nous allons maintenant essayer d'appliquer la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave à la notion juive de "peuple élu" et d'exclusivité. Tandis que le maître hégélien risque son existence biologique à devenir un maître, le nouveau-né juif risque son prépuce. Le nourrisson élu est né dans le royaume de la domination et de l'excellence sans (encore) exceller en quoi que ce soit. Les autres décernent au bébé élu son statut prestigieux sans qu'il soit nécessaire à celui-ci de faire face à un quelconque processus de reconnaissance. Et de fait, le titre d’«élu» est le titre donné par les juifs eux-mêmes (prétendument Dieu) plutôt que par d'autres.
Si, par exemple, nous essayons d'analyser le conflit israélo-palestinien à travers le mécanisme hégélien de la reconnaissance, nous nous rendons compte de l'impossibilité de tout dialogue entre les deux parties. S'il est plus que clair que le peuple palestinien lutte pour la reconnaissance, ce qu’ils déclarent à chaque occasion possible, les Israéliens évitent complètement la question de la reconnaissance. Ils sont convaincus qu'ils sont déjà pleinement reconnus en premier lieu. Ils savent qui ils sont - ils sont nés maîtres et se trouvent vivre sur leur «terre promise». Les Israéliens refusent de participer au jeu dialectique de la « transformation du sens » et au lieu de cela consacrent l'ensemble de leurs efforts intellectuels, politiques et militaires à démolir tout sentiment de reconnaissance palestinien. La société israélienne bataille pour supprimer tout symbole ou désir palestinien, qu’il soit matériel, spirituel ou culturel.
Curieusement, les Palestiniens gèrent assez bien leur lutte pour la reconnaissance. De plus en plus de gens commencent maintenant à comprendre la justesse de la cause palestinienne et l'inhumanité impliquée par le sionisme et la politique juive en général. De plus en plus de gens s’identifient facilement avec le peuple palestinien et ses porte-parole. Même le Hamas qui a été méprisé par la plupart des institutions politiques occidentales arrive maintenant à faire passer son message. Les Israéliens, d'autre part, sont à la traîne dans ces manoeuvres. Le citoyen lambda occidental trouve presque impossible de sympathiser avec eux. Alors qu’un Palestinien vous appellera à partager sa douleur et la misère, en parlant directement à votre cœur, le porte-parole israélien va exiger que vous acceptiez son point de vue. Il insistera pour vous vendre un récit historique fantastique prêt à l’emploi, une histoire répétitive qui commence quelque part du côté de l’Abraham biblique, se poursuit avec une série d'holocaustes et conduit finalement à l’effusion de sang actuelle. Il semble que les Israéliens, les maîtres, présentent toujours la même histoire sans visage. Abraham et l'Holocauste peuvent-ils justifier le comportement inhumain d'Israël à Gaza? Pas vraiment, et la raison en est simple. Abraham et l'Holocauste et les récits historiques en général ne suscitent pas d’authentiques émotions. Et de fait, le monde politique juif est tellement désespéré de maintenir son texte explicatif que le dernier Holocauste a maintenant été transformé en un récit juridique. Le message est le suivant: "Attention, si vous en doutez de mon récit, vous allez vous retrouver derrière les barreaux." C'est évidemment un acte de désespoir.
D’après Hegel, nous apprenons que la reconnaissance est un processus dynamique, c'est un type de compréhension qui se développe en vous. Alors que les Palestiniens utiliseront toutes leurs ressources disponible, quoique limitées, afin que vous les regardiez en face, dans les yeux, pour vous entraîner dans un processus dynamique de reconnaissance mutuelle, les Israéliens attendront de vous que vous acceptiez aveuglément leur récit. Ils s’attendent à ce que vous fermiez les yeux sur le fait clair que, en ce qui concerne le Moyen-Orient, Israël est un agresseur à nul autre pareil. Israël est une super-puissance régionale occupante, un minuscule État doté d’arsenaux nucléaires, biologiques et chimiques. C’est un État d’apartheid à orientation raciale qui maltraite et violente ses minorités chaque jour. Oui, les Israéliens et les lobbys juifs qui les soutiennent de par le monde veulent vous amener à ignorer ces faits. Ils insistent pour être les victimes, ils veulent que vous approuviez leur politique inhumaine se référant aux souffrances interminables des Juifs.
Comment se fait-il que la politique juive soit devenue d’une agressivité sans pareille ? C’est tout simplement du au fait que, d'un point de vue politique juif, « l'autre» n’existe pas. Le soi-disant autre n'est rien d’autre pour eux qu’un véhicule plutôt qu’un sujet humain égal. Les affaires étrangères israéliennes et l'activité politique juive devraient être comprises à la lumière d'une grave absence d'un «mécanisme de reconnaissance». La politique israélienne et juive, de gauche, de droite et du centre, est fondée sur un verrouillage et une fixation de sens. Ils refusent de considérer l'histoire comme un flux, un processus dynamique, comme un voyage vers «soi-même» ou la réalisation de soi. Israël et les Israéliens se considèrent eux-mêmes comme extérieurs à l'histoire. Ils ne progressent pas vers la réalisation de soi, car ils ont une identité donnée, fixe à maintenir. Une fois qu'ils rencontrent une situation complexe dans le monde qui les entoure, ils créent un modèle qui adapte le monde extérieur à leur système de valeurs chauvin et narcissique. C'est l’essence du néo-conservatisme; c'est l’essence du discours judéo-chrétien qui a récemment émergé, fait de fantasmes répugnants.
Aussi triste que cela puisse paraître, des gens qui ne sont pas formés pour reconnaître l'autre sont incapables de se faire reconnaître par lui. La mentalité tribale juive - de gauche, du centre et de droite -, met les Juifs à part de l'humanité. Elle n'équipe pas ses adeptes du mécanisme mental nécessaire pour reconnaître l'autre. Pourquoi devraient-ils le faire? Ils s’en sont si bien sortis depuis de nombreuses années sans avoir à le faire. L’absence de notion de l’ autre va en effet bien au-delà de toute forme reconnue de véritable pensée humaniste. Elle entraîne bien au-delà de la réflexion éthique ou la conscience morale.
Au lieu de morale, tout débat est réduit à une simple lutte politique pour des objectifs matériels et des réalisations concrètes.
Hegel peut nous aider à éclairer encore mieux toute cette saga. Si en effet on devient conscient de soi par l'autre, le «sujet élu» est auto-conscient pour commencer. Il est né maître. En conséquence, les Israéliens ne pratiquent aucune forme de dialogue avec leur environnement humain puisqu'ils sont nés maîtres. Afin d'être équitable avec les Israéliens, je dois admettre que leur manque d'un mécanisme de reconnaissance n'a rien à voir avec leurs sentiments anti-palestiniens. En fait, ils ne peuvent même pas se reconnaître les uns les autres - Israël et les Israéliens ont une longue histoire de discrimination contre leur propre peuple (les Juifs d’origine non-européenne comme les sépharades font l'objet de discriminations par les élites juives originaires d’Occident). Mais les Juifs progressistes sont-ils différents ? Pas vraiment. Comme les Israéliens et comme toute autre forme d'idéologie chauvine tribale, ils ne cessent de se replier sur un discours auto-centré et ségrégué qui a très peu d’intérêt pour d’autres que pour eux-mêmes. En conséquence, comme les Israéliens eux-mêmes qui s'entourent de murs, les cellules progressistes juives se sont déjà enfermées elles-mêmes dans des cyber-ghettos qui sont en train de devenir de plus en plus hostiles au reste de l'humanité et à ceux qui sont censés être leurs camarades.


Matérialisme historique
Si l'on ne peut pas établir de relations avec son voisin sur la base de la reconnaissance de l'autre, il doit y avoir un autre moyen d'établir un dialogue. Si on ne peut pas établir un dialogue fondé sur l'empathie avec l’autre et ses droits, il faut rechercher un autre mode de communication. Il semble que la méthode de dialogue alternative du peuple «élu » réduise toute forme de communication à un langage matérialiste. Quasiment toute forme d'activité humaine, y compris l'amour et le plaisir esthétique, peut ainsi être réduite à une valeur matérielle. Les militants politiques 'élus' sont experts dans l’usage de cette méthode de communication.
Récemment, l’auteur israélien ultra-sioniste AB Yehoshua a réussi à mettre en colère de nombreux dirigeants ethniques juifs à la conférence de l'American Jewish Committee en déclarant: "Vous [les Juifs de la diaspora] êtes en train de changer de veste… vous changez de pays comme on change de vestes." Et de fait, Yehoshua a subi force pressions suite à sa remarque et il a vite fait de regretter sa déclaration. Toutefois, l’intuition de Yehoshua, loin d'être originale, reflète plutôt douloureusement la réalité.
Il est tout à fait évident que certains juifs de diaspora politiquement orientés sont engagés dans un dialogue très fructueux avec tout centre d'hégémonie possible. la critique de Yehoshoua visait juste. Selon Yehoshua, il est clair qu'une fois qu'un nouveau pays est en train de devenir une super-puissance mondiale, on verra une vague de Juifs libérés et assimilés essayer de s'infiltrer dans son élite dirigeante. "Si la Chine devenait la première super-puissance mondiale», a-t-il averti, "des Juifs usaméricains y émigreraient pour s’y assimiler plutôt qu'aux USA." (http://www.amin.org/eng/uncat/2006/june/june30-1.html).
Il y a une décennie, au plus fort de la bataille juridique entre les principales institutions juives et la Swiss Bank, Norman Finkelstein a dit qu’il restait très peu de l'Holocauste juif en dehors de diverses formes industrielles de négociation d'indemnisations financières. Selon Finkelstein, il ne s'agissait que de réaliser des profits. Sans vouloir aucunement critiquer les compensations financières, je dois toutefois remarquer que certains sont prompts à convertir leur douleur en or. (Il est important de mentionner que la douleur peut, aussi bien qu’être transformée en or, se transformer en d'autres valeurs, morales ou esthétiques). Toutefois, la possibilité de transformer la douleur et le sang en espèces sonnantes et trébuchantes est au coeur du faux rêve israélien : que le conflit israélo-palestinien, en particulier le problème des réfugiés, peut être résolu. Maintenant, nous savons d’où vient cette supposition. Les Israéliens, ainsi que les principales institutions juives, sont totalement convaincus que, s'ils avaient le bonheur de parvenir à un règlement financier avec les Allemands (ou les Suisses en l’occurrence), les Palestiniens seraient tout aussi heureux de vendre leurs terres et de la dignité. Comment les Israéliens en arrivent-ils à une conviction aussi étrange? Parce qu'ils doivent savoir mieux que les Palestiniens ce que les Palestiniens veulent vraiment. Comment? Parce que les Israéliens sont brillants, ils sont le Peuple Élu. En outre, le sujet élu n’essaye même pas de dialoguer avec l'homme qui est dans l'autre. Soixante ans après la Nakba, l'expulsion de masse des Palestiniens autochtones, la grande majorité des Israéliens et des Juifs du monde n’a même pas commencé à reconnaître la cause palestinienne, et encore moins à montrer une quelconque forme d'empathie.
Lorsque vous parlez à des Israéliens du conflit, un de leurs principaux arguments fréquemment utilisés est le suivant: "Lorsque nous (les Juifs) sommes venus ici (en Palestine), ils (les Arabes) n'avaient rien. Maintenant, ils ont l'électricité, le travail, les voitures, les services de santé, etc." C'est de toute évidence un échec à reconnaître l'autre. Il est typique du colonialiste chauvin d'imposer son propre système de valeurs à l’autre. En d'autres termes, les Israéliens attendent des Palestiniens qu’ils partagent l'importance accordée à l'acquisition de richesses matérielles. "Pourquoi les autres doivent-ils partagent mes valeurs? Parce que je sais ce qui est bon. Pourquoi dois-je savoir ce qui est bon? Parce que je suis le meilleur." Cette approche arrogante et totalement matérialiste est évidemment au cœur de la vision israélienne de la paix. L'armée israélienne appelle cela «le bâton et la carotte». Apparemment, lorsque ils se réfèrent aux Palestiniens, ils pensent à des lapins. Mais, aussi bizarre, voire tragique que cela puisse paraître, le mouvement gauchiste né en Israël, le Matzpen  n'a pas été catégoriquement différent. Ils avaient évidemment des rêves révolutionnaires de sécularisation pour le monde arabe. Ils savaient évidemment ce qui était bon pour les Arabes. Pourquoi le savaient-ils? Je vous laisse deviner ! Parce qu'ils étaient exclusivement et chauvinistiquement malins. Ils étaient des marxistes du type élu. Par conséquent, je n'ai pas été surpris outre mesure qu’au fil du temps, le légendaire Mazpen "révolutionnaire" et les néo-conservateurs méprisés se retrouvent effectivement unis en un seul message catastrophiques: «Nous savons mieux que vous-mêmes ce qui est bon pour vous."
Aussi bien les sionistes que les gauchistes juifs font le " rêve d’un nouveau Moyen-Orient". Dans la vieille fantaisie de Shimon Peres, la région se transforme en un paradis financier dont Israël serait le centre. Les Palestiniens (ainsi que d'autres États arabes) fourniraient les industries israéliennes (représentant l'Occident) en main d’œuvre nécessaire à bas prix. En retour, eux, les Arabes, gagneraient de l'argent, qu’ils dépenseraient en achetant des produits israéliens (occidentaux). Dans le rêve judéo-progressiste, les Arabes abandonnent l'islam, ils deviennent des progressistes marxistes cosmopolite (des Juifs d'Europe de l'Est) et se joignent à la marche vers la révolution mondiale. Autant le rêve de Peres est triste, autant la version judéo-marxiste est presque comique.
À ce qu’il semble, dans le rêve sioniste, Israël mettrait en place un coexistence duale dans la région où le peuple palestinien serait l'éternel esclave et les Israéliens ses maîtres. Dans le rêve cosmopolite judéo-progressiste, la Palestine rouge établirait un coexistence duale dans la région où le peuple palestinien serait l'éternel esclave d'une lointaine idéologie euro-centrée. S’il y a une grande différence catégorique entre ces deux idéologies judéo-centrées, elle m’échappe.
Toutefois, selon Hegel, c’est l'esclave qui fait avancer l'histoire. C’est l'esclave qui combat pour sa liberté. C’est l'esclave qui se transforme et c'est le maître qui finalement disparaît. Suivant Hegel, nous avons de bonnes raisons de croire que l'avenir de la région appartient aux Palestiniens, aux Irakiens et à la nation de l'islam en général. Une manière d'expliquer pourquoi Israël ne tient pas compte de cette compréhension de l'histoire tient à la dissociation mentale associée à la mentalité exclusive des « élus ».


Bienvenue chez les Barjots
Le Dr. Mustafa Barghouti, un médecin palestinien qui vit et travaille en Cisjordanie occupée, a dit qu’Israël "essaye d'être David et Goliath en même temps" (M. Barghouti dans un débat à la Chambre des communes, le 22 Novembre 2000). Selon le Dr Barghouti, cela est impossible. Il a également affirmé qu' «Israël est probablement le seul État qui bombarde un territoire qu’il occupe." Il a trouvé cela très étrange et même grotesque. Est-il vraiment étrange d'être David et Goliath en même temps? Est-il vraiment étrange de détruire votre propre propriété? Non, pas si vous êtes fou. L'absence de miroir (encore une fois, se voir soi-même par les autres) peut conduire les hommes, ainsi que les nations, dans d'étranges coins sombres. L'absence d'un cadre qui vous permette de discerner votre propre image à travers les autres, l'absence d'un mécanisme correcteur, semble être un très dangereux état de choses.
La première génération de dirigeants israéliens (Ben-Gourion, Eshkol, Meir, Peres, Begin) a grandi dans la diaspora, principalement en Europe de l'Est. Être un Juif vivant dans un environnement non-juif force à développer une connaissance de soi aiguisée et impose un certain type de regard en miroir. En outre, le sionisme des pionniers est légèrement plus développés que d'autres formes de politique tribale juive pour la simple raison que le sionisme est là pour transformer les Juifs en "peuple comme les autres». Une telle réalisation implique une certaine quantité nécessaire de regard en miroir. Toutefois, cela n'a pas suffi à empêcher les actes d'agression israéliens (par exemple, Deir-Yassin,la  Nakba, Kafer Kasem, la guerre de 67 etc.) mais c’était plus que suffisant pour leur donner une leçon de diplomatie. Depuis 1996, les jeunes dirigeants qui y sont nés ont fait d’Israël l'État du «peuple élu» (Rabin, Netanyahou, Sharon, Barak, Olmert). Alors que dans leurs jeunes années, ils étaient imprégnés par une intense anxiété traditionnelle juive, celle-ci a été balayée par l'héritage du «miracle»de 1967, un événement qui a transformé quelques-unes des idéologies « élues » en grandes messes messianiques. Cette fixation sur un pouvoir absolu exacerbée par l'anxiété juive et associée à l'ignorance de «l'autre» conduit à la schizophrénie collective épidémique, à la fois de l'humeur et de l'action, une grave perte de contact avec la réalité qui ouvre la voie à un usage excessif de la force. La récente « Deuxième Guerre du Liban» est un exemple évident de ce constat. Israël exerce des représailles avec des mitrailleuses en réponse à des enfants jetant des pierres, avec de l’artillerie et des missiles contre des cibles civiles la suite d'un soulèvement sporadique, et avec une guerre totale à un incident frontalier mineur. Ce comportement ne doit pas être expliqué à l'aide d’outils d'analyse politique, matérialiste ou sociologique. On peut comprendre le conflit beaucoup mieux en le situant dans un cadre philosophique, qui permet une meilleure compréhension des origines de la paranoïa et de la schizophrénie.

Le Premier Ministre israélien, représentant à la fois «David et Goliath», peut dans un même souffle parler de la vulnérabilité d'Israël, de la douleur juive et de la misère juive et du lancement d'une offensive militaire massive contre l'ensemble de la région. Un tel comportement ne peut s'expliquer que si on le voit comme une forme de maladie mentale. L’aspect drôle / triste de cela est que la plupart des Israéliens ne réalisent même pas que quelque chose va terriblement mal. Être né maître conduit à l'absence d'un «mécanisme de reconnaissance». Cela conduit inévitablement à la cécité. Ce manque d'un mécanisme de reconnaissance résulte en un dédoublement psychique, le fait d’être à la fois «David et Goliath ». Il semble que ni Israël ni les Israéliens ne puissent plus être des partenaires dans un quelconque dialogue sérieux.


Source : http://palestinethinktank.com/2008/05/08/anatomy-of-a-conditionally-unresolved-conflict/

Article original publié le 8 mai 2008

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

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: 15/05/2008

 
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