HOME TLAXCALA
le réseau des traducteurs pour la diversité linguistique
MANIFESTE DE TLAXCALA  QUI SOMMES-NOUS ?  LES AMIS DE TLAXCALA  RECHERCHER 

AU SUD DE LA FRONTIÈRE (Amérique latine et Caraïbes)
EMPIRE (Questions globales)
TERRE DE CANAAN (Palestine, Israël)
OUMMA (Monde arabe, Islam)
DANS LE VENTRE DE LA BALEINE (Activisme dans les métropoles impérialistes)
PAIX ET GUERRE (USA, UE, OTAN)
MÈRE AFRIQUE (Continent africain, Océan indien)

ZONE DE TYPHONS (Asie, Pacifique)
KALVELLIDO AVEC UN K (Journal d'un prolo)
REMUE-MÉNINGES (Culture, communication)
LES INCLASSABLES 
LES CHRONIQUES TLAXCALTÈQUES 
LES FICHES DE TLAXCALA (Glossaires, lexiques, cartes)
BIBLIOTHÈQUE D'AUTEURS 
GALERIE 
LES ARCHIVES DE TLAXCALA 

21/08/2019
Español Français English Deutsch Português Italiano Català
عربي Svenska فارسی Ελληνικά русски TAMAZIGHT OTHER LANGUAGES
 

Sans retours d’ascenseur ? Ou : Comment le financement US d’organes de la presse mondiale permet d’ acheter une influence médiatique


AUTEUR:  Jeremy BIGWOOD

Traduit par  Fausto Giudice


Les campagnes de propagande à usage interne  comme  le fiasco des « bonzes du Pentagone » [le scandale des « Pentagon pundits » a révélé que plusieurs dizaines de « spécialistes » avaient été utilisés par le Pentagone à partir de 2002 pour intoxiquer les grands médias US  – qui étaient consentants - sur  la guerre en Afghanistan et en Irak, Guantánamo et les écoutes de dissidents aux USA, NdT]  ont été dénoncées et discréditées. Les grands médias ont employé des officiers militaires de haut rang pour fournir « une analyse » sur la guerre en Irak. Mais on a découvert qu'ils avaient des liens avec des entreprises travaillant pour le Pentagone et avaient des intérêts personnels à ce que la guerre continue.

Un autre scandale journalistique couve loin des feux de la rampe : le gouvernement US finance secrètement des médias et des journalistes étrangers. Des administrations publiques comme le département d'État, le département de la Défense, l'Agence des USA pour le Développement International (US Agency for International Development, USAID), la Fondation Nationale pour la Démocratie (National Endowment for Democracy, NED), le Conseil des Gouverneurs de la Radiodiffusion (Broadcasting Board of Governors, BBG) et l'Institut US pour la Paix (US Institute for Peace, USIP), financent le « 'développement des médias » dans plus de 70 pays. La revue In These Times a découvert que ces programmes concernent des centaines d'ONG étrangères, de journalistes, de décideurs politiques, d’ associations de journalistes, de supports médias, d’instituts de formation et d’écoles universitaires de journalisme. Le montant des subventions peut aller de quelques milliers à des millions de dollars.

 « Ce qui compte, c’est  que nous enseignons la mécanique du journalisme, qu'il s'agisse de la presse écrite, de télévision ou de radio », a expliqué Paul Koscak, porte-parole d'USAID. « Comment bâtir une histoire, comment l'écrire de façon équilibrée..., tout ce genre de choses que vous attendez d'un professionnel de la presse ».

Mais d’aucuns, spécialement en dehors des USA, voient cela autrement.

« Nous pensons que le véritable enjeu de ces programmes, ce sont les objectifs de politique étrangère », dit un diplomate vénézuélien de haut niveau qui a demandé ne pas être cité. « Quand l'objectif est de changer un régime, ces programmes se sont avérés être des instruments pour déstabiliser les gouvernements démocratiques élus que les USA n'appuient pas ».

Isabelle MacDonald, directrice de la communication de Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR, Équité et exactitude et dans le reportage) - un observatoire sans but lucratif des médias basé à New-York , a aussi une vision critique. « C'est est un système qui, en dépit de son adhésion proclamée aux normes de l'objectivité, travaille souvent contre la vraie démocratie »,  dit-elle , « en étouffant la contestation et en aidant le gouvernement US à répandre la fausse information utile aux objectifs de sa politique étrangère.»


1 - "Nous avons été critiqués pour avoir payé secrètement des gens pour qu'ils écrivent des articles pro-US, qui ont ensuite été plantés dans les médias irakiens. les critiques disent que c'est une subversion d ela démocratie que nosu essayons d epromouvoir. Nous préférons y voir plutôt...
2 -...une transplantation faciale !"
Stuart Carlson

Montrez-moi l'Agence...

Il est difficile de mesurer la taille et la portée de ce «  développement indépendant   des médias « » parce que des programmes similaires existent sous de diverses rubriques. Quelques agences considèrent le « développement des médias » comme un chapitre en soi, tandis que d'autres le classent dans les rubriques « diplomatie publique » ou « opérations psychologiques ». Cela rend difficile de chiffrer les sommes d'argent qui vont  à ces programmes.

En décembre 2007, le Centre pour l’Asssitance Internationale aux Médias, (Center for International Media Assístance, CIMA), une officine du Département d'État financée par la NED, a rapporté qu'en 2006 l'USAID a distribué presque 53 millions de dollars pour des activités de développement de médias étrangers. Selon l’estimation du CIMA, le Département d'État aurait dépensé 15 millions de dollars en subventions à de tels programmes. Le budget de la NED pour les projets des médias s'élève à 11 millions supplémentaires. Et le petit Institut US pour la Paix (USIP), dont le siège est à Washington, a pu avoir contribué avec 1,4 millions supplémentaires, selon le rapport, qui n'a pas examiné le financement qu'octroient aux médias le Département de la Défense ou la CIA.

Le gouvernement US est de loin le plus grand fournisseur de fonds pour le développement des médias dans le monde, distribuant plus de 82 millions de dollars en 2006, sans compter l'argent du Pentagone, de la CIA ou des ambassades US dans les pays récepteurs. Pour compliquer le tableau, beaucoup d'ONG étrangères et de journalistes reçoivent des fonds pour le développement des médias de plus d’une source de financement du gouvernement US. Certains reçoivent de l'argent de divers sous-traitants des USA et d' « organisations internationales indépendantes sans but lucratif », tandis que les autres reçoivent de l'argent directement de l'ambassade US dans leur pays.

Trois journalistes étrangers recevant des financements US pour le développement des médias de la part déclarent à  In These Times que tels cadeaux n'affectent pas leur comportement ni ne modifient leur ligne éditoriale. Et nient qu'ils pratiquent l'autocensure. Cependant, aucun ne le dirait publiquement.

Gustavo Guzmán, un ex-journaliste aujourd’hui  ambassadeur bolivien aux USA, a dit : « Un journaliste qui reçoit de tels cadeaux n'est plus un journaliste, il devient un mercenaire ».

  

Une histoire tordue

Le financement par le gouvernement US de médias étrangers a une longue histoire. Vers le milieu des années 70, deux enquêtes du Congrès dans le sillage du scandale de Watergate, - les commissions « Church et Pike », des noms du du sénateur Frank Church (Démocrate, Idaho) et du membre du Congrès Otis Pike (Démocrate, New York)-, ont révélé les activités clandestines du gouvernement US dans d'autres pays. Les deux commissions ont confirmé que, en plus de journalistes financés par la CIA (aussi bien étrangers qu’usaméricains  ), le gouvernement de Washington a aussi subventionné la presse écrite étrangère, des radios et des chaînes de télévision- chose que les Soviétiques faisaient aussi.

Par exemple, Encounter un magazine littéraire anticommuniste publié en Angleterre de 1953  à 1990, a été démasqué en 1967 comme étant un montage de la CIA (cf.  Frances Stonor Saunders : Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, Denoël, 2003). Et c'est aujourd'hui le cas d'organisations aux noms aussi anodins que le fameux Congress for cultural fredom (Congrès pour la Liberté de la Culture), qui sont aussi des faux-nez de la CIA. [NdT : Encounter était l'un des organes du CCF, qui a été rebaptisé International Association for Cultural Freedom (IACF) après avoir été démasqué comme organe dépendant de la CIA par le magazine Ramparts en 1967].

Les enquêtes du Congrès ont établi que le financement clandestin des USA à des médias étrangers a souvent joué un rôle décisif en dehors des USA, mais nulle part autant qu'au Chili au début des années 70.

« La principale opération de propagande de la CIA, à travers le journal d'opposition [au gouvernemnt d’Unité populaire, NdT] El Mercurio, a probablement participé le plus directement possible au renversement sanglant du gouvernement d'Allende et de la démocratie au Chili »,  dit Peter Kornbluh, analyste senior  au National Security Archive , un institut de recherche  indépendant et non-gouvernemental.

In These Times a demandé à l'Agence [avec un grand A, on sait de laquelle il s’agit, NdT] si elle finance encore des journalistes étrangers. Le porte-parole de la CIA Paul Gimigliano a répondu : « La CIA, d'ordinaire, ne dément ni ne confirme publiquement ce type d'allégations ».

Ennemis du Département d'État ?

Le 19 août 2002, l'ambassade US  à Caracas, Venezuela,  envoye le télégramme suivant à Washington :

« Nous nous attendons à ce que la participation de M. Lacayo comme boursier du programme  IV  se reflètera directement dans ses reportages sur les sujets politiques et internationaux. Au fur età mesure qu’il avancera dans sa carrière, l’amélioration de nos liens avec lui nous feraient gagner un ami potentiellement important en position d'influence éditoriale ». [Note de l'éditeur : Le nom de l’intéressé a été changé pour protéger son identité].

Le département d'État avait choisi un journaliste vénézuélien pour visiter les USA avec une bourse IV, un programme d'échange culturel démarré en 1961. L'année dernière, le département ainsi  fait venir environ 467 journalistes aux USA, pour un coût d’environ 10 millions de dollars, selon un fonctionnaire du département d'État qui a demandé l'anonymat.

MacDonald, de FAIR, dit que les « visites servent à construire des liens entre les journalistes étrangers en visite et les institutions qui ne sont pas du tout  critiques de la politique étrangère des États-Unis et des intérêts des grandes entreprises qu'elles servent ».

Le département d'État finance le développement des médias à travers plusieurs de ses bureaux, dont  le Bureau Affaires culturelles et Éducation (Bureau of Educational and Culturel Affairs), le Bureau Renseignement et Recherche  (Bureau of Intelligence and Research, INR) et le Bureau Démocratie,  Droits de l'Homme et Travail (Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, DRL), ainsi que directement depuis ses bureaux et ambassades dans le monde entier. Il finance aussi des journalistes étrangers à travers une autre section appelée le Bureau Diplomatie Publique et Affaires publiques, (Office of Public Diplomacy and Public Affaire, OPDPA). Plus important encore, c’est le département d'État qui décide en général où les autres agences, telles l’USAID et la NED, doivent investir leurs fonds destinés aux programme de développement des médias.

(Le département d'État n'a pas répondu aux demandes d'information d'In These Times au sujet de son budget pour le développement des médias, mais l'étude du CIMA de 2007  montre par exemple, que le DRL a reçu en 2006 presque 12 millions de dollars uniquement pour le développement des médias.

Le cas de la Bolivie est un exemple révélateur d'un pays dans lequel les USA financent le développement des médias. Selon le site web du DRL [Bureau Démocratie, Droits de l'homme et Travail], en 2006 ce bureau a sponsorisé en Bolivie 15 ateliers sur la liberté de la presse et d'expression. « Les journalistes de ce pays et les étudiants en journalisme ont discuté de l'éthique professionnelle, des bonnes pratiques de diffusion de nouvelles et du rôle des médias dans une démocratie », informe leur site. « Ces programmes ont été envoyés à 200 stations de radio dans des régions lointaines à travers tout le pays ».

En 2006, la Bolivie a élu Evo Morales, son premier président indigène, dont les USA et les médias dominants boliviens ont tenté à plusieurs reprises d’empêcher  l’accès au pouvoir. Morales et ses partisans affirment que le gouvernement US est derrière le mouvement séparatiste dans les provinces orientales, riches en gaz,  de la Bolivie,  et affirment que les rencontres le développement des médias s’inscrivent dans cette stratégie de subversion, selon Alex Contreras , journaliste et ex-porte-parole du président. Koscak, de l'USAID, a démenti ces accusations.


Deubelyou  à la célébration du 60ème aniversaire de la Voice of America au QG de la radio à Washington en février 2002. AP/WIDE WORLD PHOTOS

Spacer image




Radio Sawa


Et voilà le BBG !

Le Broadcasting Board of Governors  (BBG , Conseil des Gouverneurs de la Radiodiffusion), est surtout connu comme le financier de la Voice of America. Selon son site Internet, BBG est responsable de la diffusion internationale non-militaire de tous les programmes, gouvernementaux ou patronnés par le gouvernement US », qui apportent «  des nouvelles et des informations aux gens à travers le monde en 60 langues ».

En 1999, le BBG, est devenu une agence fédérale indépendante. En 2006, il  a reçu un budget de 650 millions de dollars, selon les estimations du CIMA, dont près de 1,5 million de dollars destinés au développement des médias et à la formation de journalistes en Argentine et Bolivie, au Kenya, Mozambique, Nigéria et Pakistan.

En plus de la Voix de l'Amérique, le BBG opère aussi plusieurs  autres stations de radio et TV. La station de télévision Alhurra, dont le siège est à Springfield, Virginie, « est un réseau sans publicité de télévision par satellite en langue arabe pour le Moyen-Orient, consacré surtout à des news et à l'information », selon son site web. Alhurra, « la libre » en arabe, a été décrit par le Washington Post comme « l'effort le plus grand et plus coûteux du gouvernement US pour influencer l'opinion étrangère par les ondes depuis la création de la Voix de l'Amérique en 1942 ».

BBG finance aussi Radio Sawa (pour la jeunesse arabe, avec une présence en Égypte, dans le Golfe Persique, en Irak, au Liban, Maroc et Soudan), Radio Farda (pour l'Iran) et Radio Free Asia (avec une programmation régionale pour l'Asie). Le BBG finance aussi des transmissions à travers Radio y TV Martí, dont la dépense s'élèverait à presque 39 millions de dollars en 2008, selon le Justificatif budgétaire pour les Opérations Étrangères du Congrès (Foreign Operations Congressional Budget Justification).

Les Public Relations du Pentagone

Le département de Défense (DOD) a refusé de répondre à In These Times au sujet de ses programmes de développement des médias. Selon un article de Jeff Gerth, Military's Information War Is Vast and Often Secretive , publié dans le The New York Times le 11 décembre 2005, « les militaires gèrent des stations d'émission et des journaux [en Irak et en Afghanistan] mais ne font pas connaître les liens que ceux-ci entretiennent avec les USA ».

La tache du développement des médias en Irak « a été confiée au département de la Défense, dont les principaux fournisseurs avaient peu ou pas d’ expérience dans ce domaine », selon un rapport de l'USIP d'octobre 2007.

Une étude de 2007 du Centre d'Études Mondiales de Communication de l'École Annenberg pour la Communication, de l'Université de la Pennsylvanie (Center for Global Communication Studies at the University of Pennsylvania's Annenberg School for Communication), a découvert que Science Applications International Corp. (SAIC), une entreprise depuis longtemps sous-traitante du DOD, a décroché un premier contrat de 80 millions de dollars pour un an afin de transformer tout le système de médias irakien, qui était auparavant public, en un service national d’information indépendant  dans le style de la BBC, en partie pour contrer l'influence d’ Al Jazeera dans la région.

« C’est un bureau du DOD spécialisé dans les opérations de guerre psychologique qui était chargé de superviser la SAIC,  ce qui, croient certains, a contribué à forger l'opinion des Irakiens sur le fait que le Réseau de Médias d'Irak (Iraq Media Network, IMN) était purement et simplement la voix de son maître, l'Autorité Provisoire de la Coalition (Coalition Provisional Authority) », explique le rapport de l'USIP. « Le fonctionnement de la SAIC en Irak a été considéré comme coûteux, non professionnel et un échec à d'établir l'objectivité et l'indépendance de l'IMN ». Finalement, la SAIC a perdu le contrat au profit d'une autre compagnie, l'Harris Corp.

SAIC n'a pas été le seul sous-traitant du Pentagone dans le secteur des médias qui a massivement échoué. Peter Eisler, dans son article Pentagon launches foreign news websites dans sur USA Today  du 30 avril, a assuré que le site web irakien d'information Mawtani.com est un autre média d'information financé par le Pentagone.

USAID : « De la part du peuple américain »

Le président John F. Kennedy a créé l'Agence US pour le Développement International (USAID) en novembre 1961 pour fournir une aide humanitaire et du développement économique dans le monde entier. Mais alors que l'USAID s’enorgueillit de promouvoir  la transparence  dans les affaires  d'autres nations, elle-même est très peu transparente. Cela vaut particulièrement pour ses programmes de développement des médias.

« Dans de nombre de pays, dont le Venezuela et la Bolivie, l'USAID agit plus comme une agence impliquée dans une action clandestine, du type CIA, que comme une agence d'aide ou de développement », dit Mark Weisbrot, un économiste du Centre pour la Recherche Économique et Politique (Center for Economic and Policy Research), une boîte à idées basée à Washington.

En fait, alors que les enquêteurs ont pu obtenir les budgets des programmes mondiaux d'USAID en recourant au Freedom of Information Act – la Loi sur la liberté de l’informatiot), ainsi que les noms des pays ou des régions géographiques où a été versé l'argent, les noms des organisations étrangères spécifiques qui reçoivent ces fonds, en revanche, sont un secret d'État, exactement comment dans le cas de la CIA. Et dans le cas où les noms des organisations récipiendaires sont connues et qu'on demande de l'information sur elles, l'USAID répond qu'elle ne peut « ni confirmer ni nier l'existence de ces faits », utilisant le même langage que la CIA. (Note de l'auteur : En 2006, j'ai été débouté d’une plainte que j’avais déposé contre l'USAID, dans une tentative pour identifier les organisations qu'elle finance à l’étranger).

L’USAID finance trois opérations importantes de développement des médias : l'International Research et Exchanges Board, plus connu comme IREX), le réseau Internews Network et Search for Common Ground, qui a une grande partie de financement privé. Pour compliquer le tableau, ces trois opérations ont aussi reçu un financement du département d'État, de la Middle East Partnership Initiative, MEPI), du Bureau Renseignement et Recherche (Bureau of Intelligence and Research) et du Bureau Démocratie, Droits de l'homme et Travail.

Selon sa plaquette, l'IREX est une organisation internationale à but non lucratif qui « travaille avec des associés locaux pour améliorer le professionnalisme et le développement économique à long terme de journaux, stations de radio et de télévision et médias Interne'. Dans sa déclaration fiscale pour 2006 de l'IREX indique que ses activités avec les médias incluent « de petites bourses accordées à plus de 100 journalistes et organisations de médias ; une formation pour des centaines de journalistes et d'entreprises de médias » et qu’elle a un personnel de plus de 400 employés qui fournissent conseils et programmes à plus de 50 pays.

Le réseau Internews Network, appelé communément « Internews », reçoit seulement quelque chose comme la moitié du budget de l'IREX mais il est mieux connu. Fondé en 1982, la majorité de son financement  provient de l'USAID, bien qu'il reçoive aussi des fonds de la NED et du département d'État. Internews est l'une des plus grandes opérations dans le business du développement indépendant des médias, finançant des douzaines d'ONG, de journalistes, associations de journalistes, d’instituts de formation continue et d’ écoles de journalisme dans des dizaines de pays à travers le monde.

Les opérations d'Internews ont été stoppées dans des pays tels que la Biélorussie, la Russie et l’Ouzbékistan, où elle a été accusée de miner les administrations locales et de promouvoir les agendas US. Dans un discours à Washington DC en mai 2003, Andrew Natsios, ex-administrateur d'USAID, a décrit les entrepreneurs privés financés par l'Agence comme « un bras du gouvernement US ».

L'autre plus grand récepteur de fonds d'USAID pour le développement des médias, Search for Common Ground, reçoit plus d'argent du secteur privé que du gouvernement US, dont la plus grosse partie est destinée à a « résolution de conflits », selon le rapport du CIMA.

Cuba et l’Iran sont deux des cibles principales de l'USAID pour le développement et l'assistance des médias. Le budget USAID pour la « Liberté des Médias et la Liberté d'Information' » (Media Freedom and Freedom of Information) – destiné au programme de « transition » de Cuba de  la Commission d'Assistance pour un Cuba Libre II (Commission for Assistance to à Free la Cuba II, CAFC II) - totalise 14 millions de dollars. Cela représente une augmentation de 10,5 millions par rapport au montant consacré en 2006. Pour l'Iran, l'USAID a prévu un budget d'environ 25 millions de dollars pour le développement des médias en 2008. Cela fait partie d'un paquet de 75 millions destinés à ce que l'USAID appelle « une diplomatie transformationnelle » dans ce pays.

Financer la "démocratie" à la sauce US

« Beaucoup de ce que nous faisons aujourd'hui a été fait secrètement fait par la CIA il y a 25 ans », a écrit Allen Weinstein, l'un des fondateurs du National Endowment for Democracy, dans un article publié en 1991 par The le Washington Post.

Créee au début des années 80, la NED « est gouverné par une équipe de direction indépendante, non partisane ».  Son objectif est d'appuyer des organisations favorables à la démocratie dans le monde. Cependant, historiquement, son agenda a été défini par les objectifs de la politique étrangère de Washington.

« Quand la rhétorique de la démocratie est laissée de côté, la NED est un outil hautement spécialisé pour pénétrer la société civile d'autres pays  jusqu’à la base» pour atteindre les buts de la politique étrangère US, a écrit le professeur William Robinson, de l'Université Santa Barbara, de Californie, dans son livre A Faustian Bargain (Un pacte faustien). Robinson a été au Nicaragua à la fin des années 80 et il a observé comment la NED a travaillé avec l'opposition nicaraguayenne appuyée par les USA pour battre les sandinistes (gauche) aux élections de 1990.

La NED a aussi été derrière un grand scrutin public au Venezuela, où il a été dénoncé pour le financement du mouvement anti-Chávez. Dans son livre El Código Chávez (Le Code Chavez), l'avocate vénézuélo-usaméricaine Eva Golinger a écrit que les bénéficiaires des subventions de la NED (et de l'USAID) furent impliqués dans la tentative de coup d'État contre le président vénézuélien Hugo Chávez en 2002, et de la même manière dans la « grève» concoctée par le patronat pour mettre à genoux l'industrie pétrolière du pays. Golinger a aussi observé que la NED a financé Súmate, une ONG vénézuélienne dont l'objectif est promouvoir l'exercice libre des droits politiques des citoyens, et qui a orchestré le référendum révocatoire raté contre Chavez en 2004.

Dépendance et obligation

Le concept de la séparation des pouvoirs entre la presse et le gouvernement n'est pas seulement un principe de base du système politique US, mais aussi de la Déclaration Universelle de Droits de l'Homme (article 19). Le financement par le gouvernement US d'organe de presse risque d'établir une relation client-donateur qui empêche de considérer un média comme indépendant.

« Même une donation d'équipement, ordinateurs ou magnétophones, par le  gouvernement US , affecte le travail des journalistes et des organisations journalistiques », dit le journaliste bolivien Contreras, « parce cela crée une dépendance et une allégeance aux agendas occultes des institutions US.


Source : In These Times

Article original publié le 4 Juin 2008

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5371&lg=fr

   



EMPIRE: 22/06/2008

 
 IMPRIMER CETTE PAGE IMPRIMER CETTE PAGE 

 ENVOYER CETTE PAGE ENVOYER CETTE PAGE

 
RETOURRETOUR 

 tlaxcala@tlaxcala.es

HEURE DE PARIS  22:57