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06/12/2020
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G8 + G5 + 3 + 6 = G22 ???

Grand cirque mondial ou politique internationale ? Le Sommet du G8 est fini, toutes les questions restent pendantes


AUTEUR:  Michael R. KRÄTKE

Traduit par  Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice


Un sommet de crise, qui rappelait ses débuts, il y a  33 ans. Crise monétaire mondiale, première crise du pétrole, c’est pour faire face aux velléités de rébellion du Tiers Monde que les chefs d’État et de gouvernement des six nations les plus industrialisées du monde occidental se rencontrèrent en 1975  à Rambouillet pour un entretien informel au coin du feu. Depuis, les bavardages informels des seigneurs membres de ce club très fermé, maintenant élargi à huit participants, ont fini par nous offrir chaque année le plus grand show mondial de la  politique, l’arène hautement symbolique où les grandes puissances économiques nous disent : Regardez, nous  prenons en main les grands problèmes mondiaux. Pendant trois jours les chefs d’État des Huit et leur cohorte d’experts ont joué à gouverner le monde à Toyako sur l’île d’Hokkaido. Et il y avait vraiment du pain sur la planche. Des crises, où que se porte le regard :  la catastrophe climatique qui menace, la crise énergétique, la crise alimentaire, et -last but not least - une crise financière internationale, dont l’onde de choc se propage depuis août dernier. Toutes des crises mondiales, qui n’ont pas encore atteint leur paroxysme, loin de là. Le Japon, pays hôte, avait placé en tête de l’agenda la protection du climat et la lutte contre la pauvreté. On s’efforçait de repeindre en vert le sommet au moyen des technologies environnementales autochtones. Promenade en auto fonctionnant à l’hydrogène, visite d’une maison autonome sur le plan énergétique,  test de toilettes économes en eau - je vous en prie, voyez tout ce que vous offrent les technologies énergétiques et environnementales japonaises pour combler votre cœur de Vert. Un important déploiement de forces de police et tout un assortiment de chicanes empêchaient tout débordement des protestataires attendus.

Seule une collaboration mondiale de tous les acteurs concernés sera à même de résoudre les problèmes mondiaux. On a inlassablement enfoncé cette porte ouverte avant et pendant le sommet.  Mais si un cercle élitaire et fermé de superpuissances prétend apporter au reste du monde des solutions aux problèmes mondiaux, il doit se montrer capable non seulement de coopérer en interne, mais surtout poser des diagnostics et apporter des solutions que le reste du monde trouve à peu près convaincants. Car le  G8, « gouvernement mondial informel » ne dispose, en-dehors de ses majorités ou droits de veto au FMI, à la Banque Mondiale et à l’OMC, d’aucun moyen de contraindre le reste du monde à coopérer avec lui. Sans les « pays émergents », en particulier les 5 nouveaux pays industriels du G5 (Chine, Inde, Mexique, Brésil et Afrique du Sud), rien ne va plus. C’est pourquoi ces derniers sont régulièrement invités depuis 2001 à participer avec ceux du G8  à des consultations qui, dans le cadre du « processus de Heiligendamm » sont appelées à s’élargir sans cesse, afin d’impliquer les pays du G5 dans les décisions concernant la politique mondiale de protection du climat. S’y sont ajoutés cette fois-ci la Corée du Sud, la Malaisie et l’Australie ; de plus, à des consultations sur la politique africaine, on avait invité les représentants de sept États de ce continent (l’Afrique du Sud, l’Algérie, l‘Éthiopie, le Ghana, le Nigéria, le Sénégal et la Tanzanie). Le sommet japonais - le plus large de toute l’histoire du G7/G8 - réunissait donc cette année 22 États (ainsi que des représentants de nombreuses organisations internationales et supranationales, dont l’ONU, l’UE et l’OUA).

 

Hélas, plus grande encore est la déception causée par les exquises décisions de cette assemblée de professionnels de la politique. Un spectacle politique mondial qui a tout de même coûté 60 milliards de yens (=364  millions €) au contribuable japonais, mais dont il n’est pas sorti grand-chose, si ce n’est une crise de plus, la crise de légitimité du G8, désormais incontestable. Aucune des crises majeures qui affectent  l’économie mondiale, aucun des problèmes fondamentaux liés au désordre actuel du monde n’a reçu de réponse quelque peu adéquate.

Les puissants de ce monde, tous néolibéraux déclarés, prisonniers de leurs dogmes, esclaves des « contraintes objectives » du marché mondial, ne comprennent ni les crises où s’enferre l’économie mondiale, ni le caractère dramatique de la situation. Ils ne sont tout simplement pas à la hauteur pour mener une politique internationale par ces temps de capitalisme sauvage mondialisé.



Regardez le reportage photographique de Bill Hackwell sur les manifestations contre le sommet de Toyako ici

Grand cirque politique : D’abord, après avoir scrupuleusement évité, à Heiligendamm, de fixer des normes quantitatives, les membres du G8 annoncent qu’ils se sont mis d’accord pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre. À vrai dire, seulement d’ici à 2050, et sans préciser l’année de référence. Cela ne suffit même pas à maintenir le réchauffement sous la barre des 2 degrés Celsius. À Heiligendamm on voulait seulement « examiner » la possibilité de réduire de moitié les émissions de CO2, maintenant la  sublime « vision des buts à atteindre » doit être « soupesée et adoptée » avec tous les participants dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le climat. Sans se référer explicitement à l’année 1990, ce que les Nations Unies et les experts estiment indispensable, mais dont les Japonais ne veulent pas entendre parler, sans préciser les étapes intermédiaires, sans imposer aucune obligation concrète aux pays du G8 qui produisent tout de même à eux seuls plus de 62% du dioxyde de carbone mondial. À condition que les pays émergents et en développement s’engagent eux aussi - une petite porte grande ouverte à la demande des USA. Pendant que la banquise arctique fond, que le changement climatique s’accélère à toute allure  et que le temps qui nous reste encore pour agir efficacement se réduit rapidement, toutes les décisions contraignantes sont repoussées à plus tard- au prochain train de négociations-marathon, fin 2009 à Copenhague, où l’on s’attellera enfin à la poursuite du protocole de Kyoto.

Avec un culot impressionnant, l’assemblée visionnaire du G8 a tenté d’amener les pays émergents à s’aligner sur elle. Ce qui s’est soldé par un échec complet le jour de la clôture. La Chine, l’Inde et les autres pays émergents ont refusé d’obtempérer. Sans aucune courtoisie, les chefs de gouvernement du G5 (ainsi que d’Australie, de Corée du Sud et d’Indonésie) ont rappelé aux pays industrialisés dominants qu’ils étaient directement responsables d’au moins 60% des émissions de gaz à effet de serre. Les pires ennemis du climat, les USA en tête, qui possèdent à la fois les savoirs, les technologies et l’argent nécessaires  sont sommés de montrer l’exemple en matière de protection du climat et de se fixer des seuils de réduction plus ambitieux. Les émissions polluantes ayant augmenté ces dernières années de façon dramatique, c’est plus de 20 tonnes de CO2 que chaque Américain rejette tous les ans contre une seule pour un Indien. C’est pourquoi  il est légitime que le G5 exige du G8 une réduction d’au moins  20 à 40%  de ses émissions de CO2 d’ici à 2020. De même il est tout à fait justifié d’attendre d’eux des signaux clairs et une réduction de 80 à 95% de leurs gaz à effet de serre totaux d’ici à 2050. S’ils ne fixent pas  clairement les réductions à atteindre dans les années qui viennent, en précisant les étapes intermédiaires et les mécanismes de contrôle, les États du G8 se déroberont une fois de plus à leurs propres responsabilités. La tentative de rejeter la responsabilité de la panne en matière de politique climatique sur la mauvaise volonté des pays émergents est une rhétorique douteuse.

Ce ne sont ni les Chinois ni les Indiens qui sont responsables du désastre. Des projets concrets, un geste clair en faveur du climat, accompagnés d’offres concrètes et claires de collaboration financière et technique les aurait sans doute séduits.

Du côté des organisations environnementalistes, c’est la déception et la colère partout dans le monde. On parle de « perte de temps », de « grands mots vides», d’« échec total des plus grands pays industrialisés du monde face au défi climatique. » Au lieu de s’entendre sur les mesures les plus indispensables en faveur du climat mondial, les représentants de ses pires ennemis ont montré une fois de plus qu’ils aimaient parler de responsabilité, mais n’étaient eux-mêmes capables que d’une irresponsable passivité. Sur la demande d’Angela Merkel, on renonça à un plaidoyer clair en faveur de l’énergie nucléaire, bien que les chefs d’État du G8 aient depuis longtemps succombé à la fièvre de l’atome. Le lobby et l’industrie nucléaires peuvent se frotter les mains. En RFA le compromis sur l’énergie nucléaire a du plomb dans l’aile.

Face à la troisième crise pétrolière, les chefs de gouvernement du G8 ne songèrent même pas à inviter des représentants des pays producteurs. En revanche ils leur demandèrent davantage de pétrole - ils doivent augmenter leur production et leurs capacités d’extraction.Une meilleure efficacité énergétique- à inventer- devrait en outre empêcher l’augmentation des prix de l’énergie de nuire à l’économie mondiale.

Les vraies questions - d’où provient l’explosion des prix du pétrole et de l’énergie en, général ? comment faire face à la puissance des producteurs de pétrole, des marchands et spéculateurs ? - furent remises à plus tard, à une conférence dont personne ne connaît la date. À l’augmentation en flèche des prix des matières premières et de l’alimentation, à la crise alimentaire, à la sous-alimentation croissante dans les pays pauvres, on répondit par un air visiblement très préoccupé et le beau mot de « partenariat global ». Pour le moment, on envisage un recours aux réserves alimentaires internationales. Une mauvaise plaisanterie. Remplir de céréales des greniers démesurés, mettre en grande  pompe des aliments en réserve est bien le plus sûr moyen d’attiser l’inflation. Voilà le genre d’idées stupides qui permet d’éviter le débat sur les réformes agraires indispensables aussi bien dans les pays industrialisés qu’en développement. Libéraliser encore le commerce - donc faire repartir au plus vite les accords gelés à Doha-ronde de l’OMC et davantage d’OGM, voilà ce qu’a proposé la Chancelière Merkel. On prit position du bout des lèvres contre l’utilisation croissante d’agrocarburants, l’une des causes principales de l’augmentation du prix des aliments (83% depuis 2005) et donc sur la crise alimentaire mondiale. L’UE - membre purement consultatif du G8 - exigea et offrit beaucoup plus, sans succès.

 

Bien étonnantes aussi les questions qui ne furent pas abordées. Les dirigeants mondiaux firent comme si la crise financière dont l’onde de choc se propage depuis l’été 2007 était déjà surmontée depuis longtemps. Angela Merkel déclara « Nous avons eu une « crise des subprimes ». Maintenant elle s’arrange plus ou moins. » Il n’en est rien. Quelques jours après la clôture du sommet, la crise financière, aux USA, entrait dans une nouvelle phase avec  une vague de faillites  touchant les plus gros établissements de prêts hypothécaires du pays. Le G8 s’est défilé face à la crise financière internationale.  Ils ont méprisé les règles de transparence du Forum de stabilité financièer et n’ont pas fait la moindre tentative pour coordonner les politiques - complètement opposées -  des agences de notation usaméricaines et européennes. Ils croient encore à la « capacité d’autorégulation » des marchés financiers et à « l’autonomie » des Banques centrales. Donc pas un mot de la dernière vague de spéculation sur les matières premières, alimentaires ou non, dans les grandes Bourses, pas un mot du rôle joué par la spéculation sur les marchandises à terme dans l’actuel rallye des prix pétroliers, pas un mot de la guerre monétaire mondiale. En dépit de la présence de représentants de l’Inde, qui vient d’interdire le commerce à terme [Un marché à terme, ou marché des contrats à terme, est un marché où les règlements se font à une échéance ultérieure à celle de la conclusion de la transaction, et prévue à l'avance, NdR] de nombreux produits alimentaires, une décision jusqu’ici plutôt positive. Rien - sauf Wall Street et la City- n’empêchait le G8 de suivre l’exemple indien.

Tout le monde sait que la pauvreté prend, de par le monde, des formes de plus en plus graves - même si dans l’absolu et mesurée au revenu par tête, elle régresse. Mais des millions de gens ont faim, un tiers de la population mondiale n’a pas d’accès à une eau potable de bonne qualité, des épidémies - HIV/SIDA, malaria, tuberculose - s’étendent dans les pays pauvres, faute de moyens pour les prévenir et les traiter. L’Afrique et la totalité de l’aide au développement figuraient à l’agenda, comme un an plus tôt.  Une fois de plus les États du G8 ont fourni la preuve qu’ils n’étaient capables, dans le meilleur des cas, que de répéter des promesses vieilles de plusieurs années. L’augmentation de 25 milliards de dollars de l’aide au développement en Afrique d’ici à 2010, accordée depuis longtemps par le G8 et qui donc allait de soi - fut célébrée comme un succès. On aurait plutôt dû s’excuser que sur  cette somme, en vérité bien peu considérable, seulement 3 milliards soient parvenus à ce jour dans les caisses africaines. Aussi peu glorieuse fut la promesse réitérée  d’accorder dans les cinq ans à venir 60 milliards de dollars pour combattre le VIH/SIDA, la malaria et la tuberculose ; cette aide avait déjà pris du retard l’année dernière. Rien sur la mise en œuvre des objectifs du millénaire, l’approvisionnement en eau par exemple.

L’économie mondiale a du plomb dans l’aile - les chefs d’État du G8 n’ont fourni de réponse claire à aucune des questions urgentes de notre temps. Chaque promesse non tenue entame leur crédibilité, chaque occasion perdue de tenir correctement leur rôle de leaders  sape leur droit à ce rôle. Sans aucun doute, le club des super-riches et des puissants traverse une grave crise de légitimité. Qui a encore besoin de ce club ? Peut-être est-il trop fermé, que ses membres ne sont pas les bons ? Si la Chine ou l’Inde peuvent saborder toute politique climatique du G8, s’il ne peut mener aucune politique énergétique sans l’OPEP, quel sens conserve le G8 ? Même s’il représente encore 14% de la population mondiale et produit presque les deux tiers de la richesse mondiale, personne n’a besoin de ce « gouvernement informel», sauf les élites politiques et économiques des pays qu’il englobe. L’importance économique de la Chine dépasse largement celle de l’Italie ou du Canada,  le Mexique ou l’Inde sont assez loin devant la Russie. La Grande-Bretagne et la France ont plaidé en faveur de l’adjonction du G5 au G8 et l’élévation des principaux pays émergents au rang de membres à part entière du club des seigneurs. Au moins la Chine et l’Inde devraient y entrer bientôt. On a même parlé d’un G16. L’Allemagne et le Japon, les deux pays qui n’ont pas d’autre tribune internationale que le G8, s’y sont résolument opposés. D’une part, selon eux,  l’organisation doit plancher en petit comité, d’autre part elle constitue une « communauté de valeurs ». Les pays émergents ne se sont pas sentis offensés. Leur premier souci n’est pas de faire partie de l’illustre clan des puissants.

Cette fois encore ils ont bien montré, Chine et Inde en tête, quelle énorme influence ils sont désormais en mesure d’exercer sur la politique internationale. Ils contribuent à établir l’agenda, ils sont des partenaires recherchés dans les négociations, sans eux on ne peut apporter de solution à aucun problème mondial, mais ils ne se porteront  garants ni des manœuvres rhétoriques ni des fausses solutions du G8 . Leur opposition au G8 a permis aux membres du G5 de mieux s’organiser et de constituer un front plus uni que jamais. Ils perdraient rapidement cette position de force en devenant membres d’un club élargi des grandes puissances. Avant de créer un G13 ou 16, le G8 doit faire preuve de sa capacité à établir un dialogue sérieux et même à passer des compromis avec ces pays.


Source : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5610&lg=de et SINPERMISO

Article original publié le 20 juillet 2008

Sur l’auteur

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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EMPIRE: 28/07/2008

 
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