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15/08/2020
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Avec l’Afrique, nous nous comportons comme des barbares

L’Afrique, continent-poubelle


AUTEUR:  Vladislav MARJANOVIĆ

Traduit par  Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice


Avec l’Afrique, nous nous comportons comme des barbares

par Karl Müller, Zeit-Fragen N° 32 du 4 août 2008

Cherchant à formuler une éthique universelle fondée sur la  doctrine sociale chrétienne (Pour une éthique sociale universelle. La proposition catholique, Éditions du Cerf, 2004) l’archevêque de Dijon, Roland Minnerath,a consacré un long chapitre à « La communauté internationale et la paix ». Il y écrit entre autres choses :

«La réflexion éthique a toujours conçu la paix comme le fruit du respect de l'ordre inscrit dans la nature des êtres, le signe tangible que les rapports humains se déroulent dans la justice et la vérité. La paix commence par s'établir dans notre propre personne: la paix de l'âme et du corps, avec la vie et la santé. Elle se poursuit dans la maison familiale lorsqu'il y a entente et aide mutuelle; elle s'étend à la cité, lorsqu'il y a concorde des citoyens dans la justice. Elle se prolonge dans les relations entre les nations lorsqu'elles sont inspirées par le droit et la justice. La paix doit donc prendre en compte les exigences fondamentales de la nature humaine: la dignité intrinsèque des personnes, leur besoin de liberté, de vérité et de justice. L'absence de guerre n'est pas synonyme de paix. La paix doit être assurée positivement dans les structures des relations entre personnes et nations. Elle est un mouvement continu, qui dérive de la paix des cœurs et va jusqu'à englober les rapports entre les nations. La paix n'est acquise qu'à condition que soient respectées les exigences de l'éthique universelle. Les traités et les institutions internationales sont impuissants à garantir la paix, si les mentalités n'y sont pas accordées.

La paix est le bien de tous les hommes sans exception. Plus que jamais une culture de la paix, renforcée par les différentes traditions religieuses et philosophiques de l'humanité, s'avère nécessaire. Développer une culture de la paix suppose que soient respectées les exigences universelles de la personne humaine, que la faim et la pauvreté soient vaincues, que la solidarité soit mise en pratique, et que les situations d'injustice structurelle soient dénoncées et surmontées, que les droits des peuples soient aussi reconnus.»

Il faut rappeler  les exigences de l’éthique à l’humanité tout entière et en premier lieu à nous qui vivons dans les riches pays du Nord. Et rappeler aussi à quel point  nous l’avons négligée.

En 2006, Radio Afrika International titrait l’une de ses émissions : « L’Afrique, continent-poubelle ». On peut en lire le texte ci-dessous.

On peut y lire que les nouveaux maîtres coloniaux de l’Afrique n’y voient pas seulement un réservoir de matières premières à exploiter, mais encore un continent où stocker les déchets toxiques et radioactifs des pays riches. Même le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) le confirme dans des rapports de 2005 et 2006, après la découverte, parmi les fûts d’ordures « normales»immergés en mer et poussés sur les plages somaliennes par le tsunami de décembre 2004, de fûts contenant des déchets radioactifs.

La Somalie a hérité, depuis les années 80 « d’innombrables cargaisons de déchets radioactifs et autres résidus toxiques » qui avaient été immergés au large de ses côtes. Pendant des années l’ONU et l’UE ont reçu de « nombreuses plaintes relatives aux conséquences, pour l’homme et l’environnement, du stockage sans précaution de résidus radioactifs et toxiques. » Mais durant des années ces plaintes n’ont pas reçu de suite. C’est seulement en 1995 que les États de l’OCDE ont décidé de ne plus exporter de déchets  dangereux dans des pays non membres. Décision peu suivie d’effets.

Rien qu’en 2001 par exemple 600 000 tonnes de déchets nucléaires ont été embarquées à destination de l’Afrique : vers le Zaïre, le Malawi, l’Érythrée, l’Algérie et le Mozambique - et la Somalie. Le gouvernement des USA s’était refusé à signer l’accord de 2005. De même des entreprises européennes- l’entreprise ODM, basée à Lugano, est nommément citée -ont continué à demander des autorisations de stockage de leurs déchets nucléaires dans ce dernier pays.

Pourquoi précisément la  Somalie ? Ce pays est le théâtre d’une guerre civile endémique et dépourvu de structures étatiques depuis le début des années 90. Le contexte de ce type de « guerres civiles » est éclairé lui aussi par un passage du livre de l’archevêque. «  Il n’est pas rare que ce genre de conflits soit attisé par  des puissances  étrangères intéressées par un accès à des ressources énergétiques et en matières premières ou un débouché offert à leurs ventes d’armes, ou bien mues par des considérations géostratégiques. » Sans oublier le stockage de leurs déchets radioactifs ! Dans le cas de la Somalie, le crime organisé en a tiré profit. - c’est lui qui a en mains le commerce des déchets nucléaires. Et selon l’article, l’État italien « encaisse tous les ans 7 milliards de $  US provenant du commerce des déchets atomiques.» La raison ? Le stockage de déchets nucléaires coûte, en Europe, environ 250 $ US par tonne, en Afrique environ 2,5$.

Et la politique allemande dans tout ça ? Willy Wimmer (CDU), député au Bundestag et ex- Secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement du Ministère de la Défense demande depuis des semaines qu’on ne construise pas à Stuttgart la nouvelle centrale de commandement militaire US  pour l’Afrique, AFRICOM. N’ayant reçu jusqu’ici du Ministère des Affaires étrangères que des réponses très évasives, il s’est vu contraint de revenir à la charge. Il écrit dans sa lettre du 21 juillet dernier : « Oser  parler de « défense du monde libre » ressemble à du cynisme et à une raillerie méprisante. Aux yeux de la majeure partie de notre peuple le monde libre ne peut être défendu au moyen de guerres contraires au droit international et de la torture, comme cela se pratique au su de tous depuis des années. Quand des unités des Forces spéciales US basées à Stuttgart  interviennent dans des opérations militaires qui ont pour théâtre de nombreux États africains et que l’Allemagne non seulement autorise ces interventions à partir de son propre territoire, mais encore leur accorde dans cette optique la protection de l’armée et de la police nationales, vous prétendez que notre pays ne peut en tirer aucune conséquence  du point de vue du droit international et du droit de la guerre en particulier. C’est faire bien peu de cas des valeurs que vous dites défendre. »

Le dernier chapitre du livre de l’archevêque de Dijon porte le sous-titre  «Les grands défis actuels». Ce chapitre traite surtout de la situation dans les pays du Tiers Monde. On y lit entre autres: «Le développement intégral et solidaire de l'humanité est postulé par les principes de l'unité du genre humain et de la destination universelle des biens. L'accès inégal aux biens matériels et spirituels de l'humanité apparaît comme une injustice. […] La justice exige d'abord que soit mis fin aux différentes sortes d'exploitation et de domination des peuples les plus démunis, et que les moyens soient mis en oeuvre pour leur permettre de satisfaire mieux leurs besoins et d'accéder aux outils de leur propre développement.»

Source : http://www.zeit-fragen.ch/index.php?id=2717

 

L’Afrique, continent-poubelle 

L’Afrique ne réussit toujours pas à décoller sur le plan économique. Des crises politiques internes, souvent attisées de l’extérieur, et un endettement élevé sont les deux chaînes qui la rivent à sa pauvreté. C’est pourquoi l’Afrique est livrée sans défense aux nouveaux maîtres du monde  et dépendante d’eux, comme elle l’était naguère des colonialistes, on pourrait presque dire qu’elle est toujours colonisée.

À la différence des anciens colonialistes, qui ont mis en place au moins quelques vagues infrastructures dans leurs colonies, les nouveaux maîtres du monde ne s’en soucient pas. Seules les intéressent l’exploitation des matières premières et des bizness permettant la maximisation des profits en un minimum de temps. L’un de ces bizness est l’exportation de déchets nucléaires. C’est lui et  ses retombées en Afrique que nous allons maintenant aborder.

Ce fut un coup de tonnerre dans un ciel serein. Moins de deux semaines après l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre et peu de temps avant la Journée mondiale de la Protection civile, le PNUE, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, publia son compte-rendu des conséquences du tsunami du 26 décembre 2004. Les quelque 100 ministres de l’Environnement réunis à Nairobi entre le 21 et le 25 février 2005 pour la 23ème séance du Comité directeur du Forum mondial des ministres de l’Environnement  apprirent de la bouche de son président, Klaus Töpfer, une nouvelle inquiétante : le tsunami avait poussé sur les côtes somaliennes non seulement des ordures « normales », mais aussi des déchets nucléaires.Dans les zones touchées par le tsunami nombre de gens souffraient de problèmes de santé insolites. Selon le rapport du PNUE, on rencontrait des infections respiratoires aiguës, des saignements gastriques, des réactions cutanées chimiques atypiques et des cas de mort subite.

Pour beaucoup des participants les renseignements fournis par le PNUE étaient inouïs. Mais pas pour le PNUE lui-même. À la page 134 du rapport, dont le  titre en allemand est «  Premières évaluations environnementales après le tsunami», on peut lire que la Somalie est l’un des nombreux pays sous-développés destinataires depuis les années 80 d’innombrables cargaisons de déchets nucléaires et autres résidus dangereux, qui ont été stockés  le long de ses côtes. On y trouve entre autres  de l’uranium, du cadmium, du plomb et du mercure. Bien sûr on tançait d’importance les coupables, sans toutefois  les désigner précisément : on avait là une violation des accords internationaux sur l’exportation de tels déchets vers la Somalie, et il semblait bien peu éthique de conclure des accords de ce type avec un pays en proie à une guerre civile.

La colère du PNUE semble légitime. Reste la question : Si de tels faits  se produisent depuis les années 80, comment se fait-il que le PNUE n’ait pas déjà pris des mesures énergiques pour les empêcher ?  Comment est-il possible que le PNUE les ait ignorés pendant 25 ans ? « Il est impossible d’en discuter avec les dirigeants du PNUE, présents  à Nairobi. Ils répondent invariablement : ‘Nous n’étions pas au courant, nous allons nous en occuper plus tard’, regrettent les autorités somaliennes du district d’El Dehere. Selon le journaliste italien Massimo Alberizzi , aussi bien l’ONU que l’UE ont reçu de nombreuses plaintes relatives aux conséquences pour l’homme et l’environnement des déchets nucléaires et toxiques en Somalie. Jusqu’ici personne n’a bougé dans aucune de ces deux instances.

Même si l’on ne se soucie guère des plaintes d’un malheureux État africain en déshérence, comment expliquer qu’on ait fermé les yeux sur les sommes gigantesques offertes par les États industrialisés à des États pauvres en échange du stockage de leurs déchets nucléaires, précisément à partir des années 80 ? Les favoris sont, avec la Somalie, la Guinée-Bissau, le Nigéria et la Namibie. Il a fallu attendre 1988 et le scandale du navire syrien « Zenobia » qui erra pendant des mois à la

recherche d’un port où décharger sa cargaison d’environ  20 000 tonnes de déchets nucléaires pour que les Nations Unies se fassent enfin entendre. En 1989 elles prirent l’initiative de proclamer la Convention de Bâle relative au contrôle des transports de déchets nucléaires. Les écologistes protestèrent. Selon eux, contrôler les transports de déchets nucléaires ne signifie pas empêcher leur embarquement à destination du Tiers Monde. Ceci ne fut garanti qu’en 1995, lorsqu’on rajouta à la Convention une interdiction aux membres de l’Organisation pour le Coopération et le Développement Économiques, plus connue sous le nom d’OCDE,  d’exporter des déchets dangereux vers des pays non membres de l’organisation. Mais cet ajout déplut aux USA. Washington refusa de signer le protocole additionnel.

Quant aux autres producteurs de déchets, ils trouvèrent des moyens de le contourner. La firme ODM de Lugano publia même sur Internet une liste des meilleurs endroits où stocker ses déchets nucléaires. La Somalie, complètement minée par la guerre civile, venait en tête. Le directeur  de la firme ODM, Giorgio Comerio, aurait, dit-on, offert un million de dollars US à un certain Ali Mali pour pouvoir stocker ces déchets dans le Nord-Est de la Somalie. Deux journalistes de télévision italiens, Ilaria Alpi et Miran Hrovatin, tentèrent d’en savoir plus sur ces trafics. Le 18 mars 1994 ils se rendirent dans la ville somalienne de Bosasso, y interviewèrent un fonctionnaire local et le 20 mars de la même année, quelques heures seulement avant d’avoir pu diffuser sur la RAI le résultat de leur enquête, annoncé par téléphone, ils furent assassinés en pleine rue à Mogadiscio par un commando de tueurs.

Pour Massimo Alberizzi , leur collègue du Corriere della Sera, il n’y a pas l’ombre d’un doute : le commerce des déchets nucléaires et autres résidus dangereux qui achèvent leur course principalement en Somalie est aux mains du crime organisé. Mais des intérêts plus haut placés semblent y être mêlés. Le président d’une commission d’enquête du Parlement italien, Massimo Scalia, a déclaré à l’Agence Inter Press Service que l’Italie retire du seul commerce des déchets nucléaires 7 milliards de dollars US par an. Pour la seule année 2001 600 000 tonnes de déchets nucléaires ont été embarqués à destination de l’Afrique. Et la Somalie n’est pas le seul pays impliqué. Le Zaïre, le Malawi, l’Érythrée, l’Algérie et le Mozambique figurent aussi sur la liste. Face aux proportions atteintes par l’embarquement illégal de déchets nucléaires à destination de l’Afrique, Moustapha Tolba, alors directeur exécutif du PNUE, protesta dès septembre 1992 auprès des gouvernements italien et suisse et exigea qu’il soit mis un terme à l’exportation de déchets nucléaires vers l’Afrique.La Suisse réagit poliment : on allait examiner cette demande. L’Italie, elle, rejeta sèchement ces accusations. Le ministre de l’Environnement en poste, Carlo Ripa di Meana, prétendit qu’aucune entreprise italienne n’était impliquée dans de pareils trafics. Et l’affaire en resta là. Mais celles qu’on fait avec les déchets nucléaires ne firent que croître et embellir. Selon des témoignages somaliens, la décharge nucléaire située à proximité d’Obbia est surveillée, non par milices somaliennes, mais par des « soldats étrangers. » Selon des sources fiables, la France et les USA  avaient déjà obtenu le feu vert pour construire une décharge nucléaire dans cette région dans les années 80. Le général Morgan, un seigneur de la guerre opérant dans le Sud de la Somalie, affirme lui aussi avoir reçu à Nairobi la visite de plusieurs représentants de puissances étrangères désireux d’obtenir son visa, qu’il dit avoir refusé, pour déposer leurs déchets nucléaires.

Mais les représentants du lobby de l’atome ne lâchèrent pas prise. Certains affirment que ce sont eux qui empêchèrent la conclusion rapide d’un accord de paix entre les divers mouvements de la guerre civile somalienne. Le PNUE n’échappa pas à leurs pressions. Johannes et Germana Dohnany affirment dans leur livre de 2002, Schmutzige Geschäfte und heiliger Krieg. Al-Qaida in Europa  [Affaires  louches et Guerre sainte. Al-Qaida en Europe], que le PNUE ne peut se passer des moyens financiers que les États membres mettent à sa disposition tous les deux ans.C’est pourquoi, disent les auteurs, il serait trop risqué pour le PNUE de se dresser ouvertement contre les pays industriels, ses principaux bailleurs de fonds. Cette affirmation est difficile à contester. De fait le PNUE n’a infléchi son attitude concernant le stockage illégal de déchets radioactifs en Somalie après la catastrophe du tsunami que sur un point : il a mis plus nettement l’accent sur les dangers que faisait peser sur l’environnement et l’être humain le stockage inconsidéré des déchets nucléaires.  Effectivement le rapport du PNUE examine en détail les diverses retombées qu’a sur les  forêts de mangrove, les  récifs coralliens, la pêche et les nappes phréatiques, la dérive vers  les côtes, au premier chef, des déchets nucléaires,. Les dommages causés aux hommes - certains en sont morts - ne sont, en revanche, que brièvement évoqués. Les rédacteurs se plaignent du reste de ne pas avoir pu enquêter sur place. C’est aussi une justification indirecte des conclusions bénignes du rapport, qui étudie surtout les conséquences des dégâts environnementaux et des effets du réchauffement climatique sur la biodiversité somalienne. Quant à ce qu’il doit advenir des êtres humains victimes d’une activité commerciale sans scrupule et orientée vers le seul profit  - ce problème n’est pas abordé dans le rapport du PNUE.  Condamner ceux qui tirent les ficelles, n’ont aucun scrupule à sacrifier   des hommes et s’apprêtent aujourd’hui à transformer un pays, demain peut-être un continent entier, en poubelle radioactive, n’est même pas envisageable.

Mais que faire, quand le stockage des résidus dangereux coûte 250 dollars US la tonne en Europe et seulement 2,5 dollars en Afrique ? C’est du reste ce qu’on peut conclure du rapport du PNUE. Ce que l’on nomme « Agence internationale pour l’Énergie Atomique (AIEA) ne publie aucune donnée relative à la quantité de déchets produits par les plus de 430 centrales en activité. Mais c’est bien compréhensible. L’économie privée qui s’est emparée des organisations internationales a elle aussi ses règles. Et parmi elles, celle de « l’omertà »...

Source : http://www.castor.de/material/gorlebenrundschau/2006/quartal1/ausg1.html#Mülldeponie%20Afrika

   

Le Probo Koala

En août 2006, le Probo Koala, navire transporteur polyvalent, affrété par Trafigura, débarque 400 tonnes de déchets pétroliers à forte toxicité (résidus de raffinage trèss riches en composés soufrés volatiles) sur le port d’Abidjan, la Côte d’Ivoire est alors en situation de guerre civile. Ces déchets sont ensuite répartis sur 17 sites sans aucune protection à proximité d’habitations. Ils provoquent le décès de 12 personnes et plus de 5.000 sévères intoxications. L’affaire devient alors une crise internationale : il faut agir et vite ! Sur intervention de l’ONU et du commissaire européen à l’environnement, les déchets sont rassemblés et ramenés en France, seul pays acceptant de les prendre en charge ; ils seront incinérés dans une usine spécialisée installée dans l’Isère. (cf. rapport de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques)
Trafigura est une société internationale de négoce en matières premières dont le siège social est à Lucerne, l’adresse fiscale à Amsterdam, le centre opérationnel à Londres ; en somme une société européenne qui devrait bien connaître les réglementations mais dont la stratégie semble conduire en fait à les contourner à tout prix, l’itinéraire rocambolesque du Probo-Koala, avant d’aboutir en Côte d’Ivoire, en atteste.
Cette même société a certainement une très bonne assise financière puisqu’elle n’a pas hésité à négocier directement avec le président de la Côte d’Ivoire (mars 2007) le versement d’une indemnité de 152 millions d’Euro contre l’arrêt immédiat de toute poursuite judiciaire. Comment sera utilisé cet argent censé servir à indemniser les victimes et à améliorer la sécurité sur les sites ? Nul ne le sait et la situation politique de ce pays n’offre aucune garantie pour une juste répartition.
Dans cette affaire, Trafigura s’en sort pour l’instant beaucoup trop bien ! Comment en effet admettre en droit que ceux qui ont permis et autorisé de tels agissements ne soient pas poursuivis et sanctionnés ? Maintenant, seules les victimes sont en capacité de porter plainte, le feront-elles ?

Source : Pierre Thomé, http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21223, mars 2007

 
Action de Greenpeace pour bloquer le Probo Koala dans le port de Paldiski en Estonie en septembre 2006. Photo Christian Aslund /Greenpeace


Sources : Zeit-Fragen, Radio Afrika International & agoravox et Tlaxcala

Articles originaux publiés en 2006, 2007 et 2008

Sur l’auteur

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner les auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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MÈRE AFRIQUE: 14/09/2008

 
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