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15/08/2020
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Qui tire profit de « l’image positive » de l’Afrique ?


AUTEUR:  Vladislav MARJANOVIĆ

Traduit par  Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice


Une préoccupation de la diaspora africaine

Que racontent de l’Afrique  les grands médias occidentaux ? Essentiellement quelques histoires indigentes de guerres, crises, maladies et famines . Mais ces images elles-mêmes sont occultées par d’autres plus effrayantes : celles des migrants. Chaque jour il en arrive dans des embarcations délabrées. Beaucoup meurent en route, mais les autres en sont déjà à briser les remparts de la forteresse Europe et on les voit dans presque tous les pays européens et ils font peur. Ils prennent le travail des autochtones, dealent  de la drogue, se prostituent et sont une menace pour  les bonnes mœurs. On en est déjà à craindre que l’Europe ne s’africanise et ne soit menacée de déclin, parce que les immigrants africains apportent dans leurs bagages la barbarie et l’anarchie.

Publicité de la margarine ASTRA, 1957Bien sûr les communautés africaines installées en Occident veulent corriger cette image négative qu’on donne de leur continent et de ses habitants. Comme elles sont maintenant organisées et possèdent leurs propres médias, elles s’efforcent  de les utiliser pour expliquer à l’opinion publique occidentale qu’il y a aussi une autre Afrique, une Afrique de créatifs et de gagneurs, parvenus dans divers domaines à des réussites qui leur ont assuré une reconnaissance au niveau international. En  outre ils font remarquer qu’il y a en Afrique beaucoup moins de guerres que par le passé, que le processus de paix est en marche, la démocratie établie et la presse de plus en plus libre.  À leur avis on devrait mettre en avant ces conquêtes lorsqu’on parle de l’Afrique. Les autres sujets qui pourraient ternir cette image positive seraient plutôt du domaine du linge sale et le linge sale se lave en famille, ou du moins, on essaie.

Cette « philosophie des médias » n’est pas neuve. Elle était de règle dans les pays ex-communistes. Dès l’enfance on vous ressassait qu’il fallait donner aux étrangers une « image positive » de votre pays et de son système politique. Et ce n’était pas difficile, les médias vous montraient le chemin. Dans les journaux des pays communistes on ne trouvait que des images positives : des discours politiques exposant les avancées  dans la réalisation des plans quinquennaux, des ouvriers et ouvrières rayonnants, des remises de prix à des représentants  de l’« intelligentsia honnête » (entendez par là : fidèle à la ligne du parti), des nouvelles de rendements record dans tel ou tel kolkhoze,  un peu de sport et terminé. Dans les sociétés communistes, les conflits n’existaient pas, vous disaient les médias, et si par hasard il y en avait, c’était très accessoire. Les douleurs d’enfantement de la société nouvelle, telle était l’explication officielle. Tant l’apparence est importante ...

L’mage positive de l’Afrique et l’économie mondiale

Mais la diaspora n’est pas la seule à tenter de montrer l’Afrique sous un jour positif. Pour changer l’image négative que les médias occidentaux donnent de l’Afrique, la Conférence préparatoire régionale africaine du Sommet mondial de la société de l’information, qui s’est tenue du 25 au 30 mai 2002 à Bamako, capitale du Mali, a vu l’UNESCO, la chaîne francophone TV5 et la radio française Radio France Internationale décider d’une collaboration. Qu’est-ce qui les motive ? Leur éthique professionnelle ?

On pourrait presque le croire. Mais le 13 avril 2005, 11 chefs d’État africains, réunis à l’Université de Boston (USA) dans le cadre d’une Table ronde des présidents africains, ont publié une déclaration commune, où il est dit que l’Afrique est un élément-clé de l’économie mondiale. Et pour cette raison ils ont adressé un appel aux médias usaméricains, pour leur demander des  informations équitables et pondérées sur le continent africain. Appel lancé également aux États et institutions africains (p.ex. l’Union africaine) en faveur de stratégies visant à opposer à la vision négative qu’ont les médias de l’Afrique des représentations positives. Et pour finir on a recommandé aux ONG US «d’établir de nouveaux paradigmes afin d’éduquer les journalistes occidentaux et africains à une prise en compte des démocraties africaines qui cherchent à se développer. » On demandait en même temps de ne pas adjoindre aux commentaires  sceptiques et critiques des remarques cyniques, et de veiller à ce que le potentiel du continent et ses progrès soient eux aussi mis en lumière.

Le 22 mai 2005, à l’occasion du 54e Congrès de l’Institut international de la presse à Nairobi, le Président du Rwanda, Paul Kagamé, déclarait sans ambages que « des reportages négatifs mettent des obstacles aux investissements étrangers directs en Afrique. » Ce propos était déjà bien éclairant. Les dessous de l’engagement en faveur d’une « image positive » de l’Afrique sont alors nettement apparus comme des intérêts purement économiques. Voilà comment s’est exprimé, lors d’une séance d’une institution internationale de premier plan, qui se veut le chien de garde de la liberté de la presse, un chef d’État chez qui la presse n’est pas vraiment libre. O tempora, o mores (Ô temps, ô mœurs, 1ère Catilinaire de Cicéron, NdT). Mais on n’en est pas resté là.

L’image négative qu’ils donnent de l’Afrique dans le monde a valu à des journalistes africains d’être traités d’« ennemis intérieurs de leur propre continent » par quelques participants à la Conférence sur les médias en Afrique, qui s’est tenue à Nairobi en août 2006 : ces journalistes n’avaient rien trouvé à dire de bon d’aucun gouvernement africain ! Pour y remédier, on a recommandé des programmes de formation pour journalistes, qu’on a proposé de confier aux instituts US Pointer et American Institute. Les institutions officielles de presse usaméricaines ont une telle réputation....

Dans ce combat contre  l’image « négative » de l’Afrique dans l’opinion publique, l’Union africaine s’est elle aussi engagée. Et pas toute seule, mais avec l’Union européenne. À la fin du forum « Médias et développement » qui s’est déroulé du 11 au 13 septembre dernier à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, a été fondé un « Observatoire panafricain des médias ». Il doit réunir des « personnalités de premier plan et reconnues, en particulier pour leur impartialité »1. De plus les États africains et européens ont exigé la création d’un cadre institutionnel destiné non seulement à garantir l’indépendance, la liberté d’expression et les droits de médias, mais aussi à définir leurs devoirs : la presse doit lutter contre les stéréotypes et ne pas modifier le sens des documents et textes qu’elle publie, et se garder de toute forme d’incitation à des violences partisanes. Enfin, il est prévu d’élaborer une Charte des droits et devoirs des médias européens et africains.

Ne pas faire peur aux investisseurs

 Il s’est établi dans les instances internationales supérieures une tendance à valoriser une représentation positive de l’Afrique.  Pour Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine cette exigence se justifie par le risque d’effrayer les investisseurs, que fait courir une image négative. C’est cette crainte qui semble être l’argument principal. En 2001, déjà, l’ex-Premier ministre anglais, Tony Blair, avait attiré l’attention sur les dommages causés au tourisme en  Grande-Bretagne par les informations négatives liées à l’épizootie de la vache folle. Et, avait-il ajouté, qu’on imagine les dommages que pourrait causer au tourisme Afrique une image négative de ce continent. Pour accroître la confiance des investisseurs et attirer les capitaux étrangers, les États africains devraient réfléchir aux moyens de combattre énergiquement l’image négative de leur continent », écrivait le 20 janvier 2005 Amevi Atiopu, directeur pour les marchés émergents  de la Pazisma Corporation , une société canadienne de consultants . «Un changement d’image de l’Afrique pourrait être favorable aux investissements et à la croissance et aussi garantir, que les affaires y prennent une extension inconnue jusqu’ici », affirmait Patricia R.Francis, directrice du Centre du commerce international, une institution placée sous le contrôle de l’OMC et de l’ONU , dans la revue « Forum du Commerce International » (N°1/2007).

Il est frappant que les premières préoccupations des partisans haut placés de l’image positive de l’Afrique soient l’économie, les investissements et la croissance. Nous en sommes ainsi arrivés à une situation qui fait réfléchir même le Directeur général adjoint pour le développement de la Commission européenne, Bernard Petit. Il a publié dans « The Courier. The Magazine of ACP and EU Cooperations and Relations» du 28 août 2008 un papier où il se demande si l’Afrique a vraiment besoin d’une nouvelle Charte des médias, si la liberté de la presse doit être considérée comme un critère de bonne gouvernance et de quelle manière on doit combattre la censure. Ses réflexions conduisent Bernard Petit à la conclusion que la nécessité d’attirer les investisseurs privés pour accroître l’indépendance des médias et leur qualité présente un risque de dérapage. Selon lui les médias pourraient ainsi tomber sous la coupe des investisseurs privés, dont la priorité est la rentabilité. Ce qui nuirait à la qualité  du journalisme qui céderait le pas au scoop et à l’information- spectacle.


Peter Nieuwendijk

Idéalistes ou « collabos » ?

Les idéalistes de la diaspora africaine ont-ils réfléchi à ce problème ? Si des institutions,internationales, des hommes d’État qui ont depuis longtemps, au nom du marché, vidé la démocratie de son contenu,  et se sont mis avec une  servilité totale à la remorque des nouveaux maîtres du monde, ainsi que des scientifiques «de premier plan »  payés par des firmes multinationales et par l’establishment politique défendent avec tant d’ardeur, pour légitimer leurs intérêts, une « image positive » de l’Afrique, n’est-ce pas seulement parce qu’eux-mêmes  tremblent pour leur propre image ? Chaque image « négative » - c’est à dire critique - de ce qui se passe en Afrique menace de dévoiler leurs propres menées dans ce continent. Et donc leur engagement en faveur d’une « image positive » de l’Afrique n’obéit pas au souhait d’une meilleure qualité de l’information, mais aux besoins de leur propagande politique. Monter en épingle toute conquête africaine au niveau « micro » pourrait servir de justification aux mesures imposées par la « communauté internationale », bien qu’au niveau « macro » elles se révèlent un véritable désastre. C’est bien pourquoi cette même « communauté internationale » s’efforce de prendre le contrôle de l’information sur l’Afrique. Le projet d’une nouvelle Charte des médias fixant les devoirs des journalistes ainsi que les 106 bourses que l’Union africaine est prête à offrir à de jeunes journalistes pour en faire de vrais « professionnels », autrement dit des propagandistes, sont subordonnés au même but. De là à une censure déclarée et approuvée au niveau international il n’y a qu’un – petit - pas. Malheureusement tout cela se fait déjà, au nom de la liberté de la presse.

Il est d’autant plus à craindre que des membres idéalistes de la diaspora africaine ne s’en rendent pas compte et soient d’autant plus faciles à dégrader en valets bien utiles des institutions qui promeuvent la mondialisation. En leur octroyant quelques fonctions subalternes dans une quelconque institution nationale ou internationale, une aumône consentie à leurs organisations ou quelques hommages à eux rendus dans les médias officiels suffiront à ouvrir grand la voie de la collaboration, précisément avec les puissances qui entravent le plus le développement de l’Afrique. Mais aumône et hommages vont de pair avec la honte qui couvrira tôt ou tard leurs bénéficiaires. Toutefois il pourrait aussi se faire que les membres de la diaspora africaine en Occident mettent un cap opposé. Car informer sur l’Afrique, ce n’est pas une histoire d’image, mais de problèmes qui s’aggravent, parce qu’ils sont insolubles dans le cadre du système qui régit le monde. C’est cela qu’il faut dire, et encourager l’opinion publique, en Afrique et hors d’Afrique, à s’engager en faveur d’un ordre social plus juste et d’une société plus humaine. La diaspora en aura-t-elle la force et le courage ?

NdR

1 « Mise en place d'un observatoire panafricain des médias composé de personnalités éminentes reconnues pour leur indépendance dans leur secteur de compétences et chargés d'accueillir les doléances et les demandes de recours avec pour objectif de régler les contentieux en premier lieu par la médiation. Cet observatoire pourrait avoir le statut juridique d'un médiateur. » (Source : http://www.primature.gov.bf/actualite/document.php?id1=604)


Source : Label, le magazine chic et branché du ministère français des Relations extérieures


Source : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5895&lg=de


Article original publié le 17 Sepembre 2008

Sur l’auteur

Vladislav Marjanovic est un auteur associé de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=5991&lg=fr


MÈRE AFRIQUE: 30/09/2008

 
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