Nous avons demandé à plusieurs professeurs universitaires de nous commenter la mobilisation sans précédent des étudiants en Grèce. Leurs paroles sont emplies de rage et douleur pour ce qui s’est passé, mais aussi d’âpreté contre le gouvernement conservateur. Les professeurs universitaires ont devancé la grève générale d'aujourd'hui contre la réforme des lycées. Hier (lundi 8/12) , ils n'ont pas fait de cours, comme dans beaucoup d'écoles grecques occupées par les étudiants avant même que le gouvernement ne déclare un jour de fermeture de tout le système éducatif du pays.
Jannis Mylopoulos est professeur à l’université Polytechnique de Salonique : « Ce qui est inouï dans la mobilisation massive des étudiants c’est son ampleur, sa force et sa spontanéité. L'homicide (d’Alexandros Gyrgoropoulos, NdT) a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, car la police grecque agit habituellement de façon autoritaire et souvent arbitraire. Le pouvoir occulte, la maffia paraétatique que la droite a crée depuis la fondation de l’État grec a continué à sévir jusqu'à présent, et dans ce cas, grâce, à la politique du gouvernement de Karamanlis. La question est quelle force politique parviendra - et comment –, dorénavant, à convaincre le citoyen qu’il fait face à un État capable de le protéger des abus et des mauvais traitements. »
« La jeunesse voit l'incapacité des forces politiques à gouverner - dit Zissi Papadimitriou, professeur à l'Université de Salonique - et aucun avenir pour elle-même. Il n'y a pas une véritable alternative politique dans notre pays. Le fait que ces manifestations de protestation soient spontanées n'exclut pas que dans très peu de temps apparaissent de nouvelles forces dans le système politique grec. À part cela, il est clair que l'expérience va servir à former une conscience politique chez tous les jeunes qui participent aux mobilisations. Par contre et malheureusement, le monde de la culture est absent. Une partie de mes collègues se montrent indifférents à tout ce qui concerne l’avenir de ce pays ; d'autres font déjà partie de l'establishment. »
Triantafyllos Mytafidis est le président de l'association des professeurs de l’enseignement secondaire. Il a été prisonnier politique pendant le régime de la junte des colonels* : « D'abord, les scandales ; maintenant le gouvernement Caramanlis qui assassine. Il y a un saut qualitatif très important dans sa politique répressive, car jusqu'à présent ils nous avaient habitués à l'appauvrissement, à la vente des biens publics, au vol de nos fonds d’assurances et à un autoritarisme général. La désolation et la rage des étudiants doit se transformer en une force qui entraîne de nouvelles luttes sociales. »
*Junte des colonels : le 21 avril 1967 un groupe de colonels de l’armée grecque réussit un coup d’État. Différents gouvernements militaires se succèderont. Les soulèvements des étudiants qui vont s’organiser à partir de novembre 1973 et qui deviendront un révolte populaire, feront tomber ce régime militaire en août 1974.
Source : Rabbia dei docenti: «Nuove coscienze nate nel sangue»
Article original publié le 9/12/2008
Sur l’auteur
Esteban G. et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
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