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09/02/2010
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Après la victoire du "oui" au référendum

Accepter Chávez


AUTEUR:  Pascual SERRANO

Traduit par  Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice


Le 15 février dernier les Vénézuéliens ont montré leur appui au président Hugo Chávez  en approuvant majoritairement l'amendement constitutionnel qui met fin à la limitation à deux mandats pour l'exercice des charges de gouverneur, parlementaire ou président de la République. Ainsi, Chávez  pourra être candidat présidentiel en 2012, année où se termine son mandat en cours.

Comme on s'en souvient, les partisans du gouvernement avaient perdu en décembre 2007 le référendum sur la réforme constitutionnelle qui prévoyait aussi l'élimination de la limite de mandats présidentiels, en même temps que 68 réformes d'articles. Des 4.379.392 voix (49,29%) qui avaient alors approuvé la réforme constitutionnelle, on est passé à 6.003.594 (54,36%) pour le vote de l'amendement. En même temps, les votes négatifs ont augmenté aussi de 4.504.354 (50,7%) à 5.040.082 (45,63%), mais sont restés minoritaires. Ceux qui ont interprété que ce référendum inaugurait le déclin du chavisme ont vu échouer leurs attentes.

La première inconnue à résoudre est de savoir pourquoi les partisans du gouvernement ont perdu le référendum de 2007, et en échange, maintenant ont remporté une large victoire avec quasiment neuf points d'avantage. Un fait à prendre en compte est que le dépassement de cette défaite s’était produit aux régionales de novembre 2008, puisque les candidats pro-gouvernementaux avaient obtenu un million de voix de plus que les opposants. Au Venezuela quasiment toutes les analyses coïncident sur les raisons de la défaite de 2007 : trop de changements dans la Constitution qui n’étaient pas compréhensibles ou viables, une campagne dominée par le conflit avec la Colombie et l’initiative de Chávez  de se consacrer à la libération de prisonniers des FARC au lieu de s’occuper de la politique nationale. A tout cela il faut ajouter qu’à ce nouveau référendum se posait la question du nombre illimité de mandats non seulement présidentiels mais aussi pour les gouverneurs et les députés, ce qui est plus cohérent du point de vue politique.

La conclusion évidente est que, en dépit de toutes les déficiences et erreurs du processus vénézuélien, il n’y a pas d’usure du président ; observons qu’il a obtenu aussi plus de voix que lors du référendum révocatoire en 2004 (5.800.629).

Les raisons sont diverses : en premier lieu, une opposition désarticulée qui ne parvient pas à comprendre qu’il existe une grande masse populaire qui fait confiance à Hugo Chávez  comme espoir pour l’amélioration du pays. D’un autre côté, une classe moyenne qui a perçu que toutes les menaces d’arrivée du communisme et de danger pour la démocratie qui lui ont été assénées au cours de ces années n’ont aucun fondement. La bourgeoisie et le patronat vénézuélien n’ont pas vu empirer dans l’absolu leur situation économique et aucune mesure politique, appliquée ou en projet, ne menace leurs attentes. Les plaintes des assesseurs de l’opposition que j’ai pu recueillir dans les collèges électoraux montrent leur déconnection de la réalité, depuis ceux qui qualifient d’ “horreur” ces élections parce qu’elles “ont pour objectif d’améliorer l’image de dictateur de Chávez ”, jusqu’à ceux qui s’indignent parce que désormais ”les camionneurs sont sénateurs” ou qui tentent de m’expliquer que ce référendum supposerait ouvrir la porte à ce que “les parents perdent leur pouvoir  paternel sur leurs fils”. Le résultat est que le l’opposition vénézuélienne ne peut plus miser que sur une poignée d’étudiants de la classe supérieure provenant des universités privées qui m’expliquent qu’ils ont comme référence de pays pour le Venezuela “le socialisme suédois”. Bien entendu, les défis ne manquent pas pour le gouvernement Chávez  : ajuster le nouveau prix du pétrole à son futur économique, agir avec force contre la corruption et affronter avec efficacité de nombreuses bonnes initiatives qui n’ont pas encore démarré.

Si la communauté internationale a bien compris dans sa majorité que la démocratie vénézuélienne est la plus légitime de tout le continent et probablement du monde, avec treize processus électoraux en dix ans, tous impeccables, selon ce qu’ont estimé toutes les institutions et observateurs qui ont assisté à chaque scrutin,  on ne peut que s’étonner de la manière obsessionnelle et récurrente avec laquelle, à partir des secteurs réactionnaires mondiaux, on continue de chercher à la délégitimer avec des accusations gratuites de dictature, de violations de droits humains ou de manque de liberté d’expression. Il suffit d’observer leur indignation devant le simple fait que les Vénézuéliens puissent éliminer les limites au renouvellement des mandats électifs, comme c’est déjà le cas dans dix-sept pays de l’Union Européenne.

Je ne peux arriver à une autre conclusion que celle qu’ont exposé en diverses occasions les professeurs Carlos Fernandez Liria et Luis Alegre : au long de l’histoire, par démocratie on entendait la période au cours de laquelle le gouvernement d’un pays était aux mains de la droite et, quand la véritable gauche arrivait au pouvoir, on la renversait par tout moyen illicite (coup d’État, guerre civile, assassinat du président, blocage, déstabilisation) pour commencer une parenthèse dictatoriale dans laquelle on désarticulait cette gauche pour revenir plus tard à une “démocratie adéquate” avec la droite au pouvoir. Le Venezuela constitue un des rares cas dans lesquels ils n’ont pas réussi à faire fonctionner ce mécanisme, d’où leur désespoir.
Chacun est libre de partager ou non l’idéal et le programme d’Hugo Chávez, mais la différence entre démocrates et non-démocrates consiste en l’accepter et le respecter comme il est, et comme le veulent les Vénézuéliens.

Pascual Serrano a été observateur international du référendum du 15 février au Venezuela.


Source : Aceptar a Chávez

Dessin : Mikel Casal

Article original publié le 18/2/2009

Sur l’auteur

Gérard Jugant et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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AU SUD DE LA FRONTIÈRE: 25/02/2009

 
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