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27/11/2020
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La voix de la raison

Eric Margolis sur l'Iran et les médias


AUTEUR:  Kourosh ZIABARI ˜æÑæÔ ÖیÇÈÑی

Traduit par  Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice


À notre époque délirante de corruption et de complots, où la plupart des équations politiques à l'Est et à l'Ouest sont basées sur des ententes perverses, les journalistes doivent pratiquement être des artistes et des artisans afin de pouvoir rester indépendants et en sûreté.

La prédominance pandémique de certains lobbies sur les médias de communication de masse censés apporter a public une information honnête, fiable et non déformée, fait qu'il est plus difficile d'être non-aligné et impartial. Cependant, Eric Margolis fait partie de ces journalistes qui se sont longtemps préparés aux prix énormes de l'impartialité : « Essayer d'écrire un commentaire objectif sur le Moyen-Orient a sérieusement nui à ma carrière dans les médias et m'a conduit à me retrouver interdit des publications importantes et des réseaux de télévision pour qui j'avais autrefois écrit. Je suis confronté à des Eric Margolismenaces permanentes et ceci a entraîné mon licenciement de ma chaîne de journaux, Sun National Media. »

Margolis reconnaît l'existence d'une prédominance complexe « Les conservateurs religieux et les groupes pro-Israël ont une forte influence sur les médias US. Écrivez un article déplaisant traitant avec dureté les Iraniens et vous aurez peut-être une lettre d'un Iranien en colère ; Osez critiquer Israël et vous et votre journal en recevrez des centaines. »

L'idée d'un entretien avec Eric Margolis , journaliste et correspondant international lié à de nombreux médias par des contrats de syndication,  m'a été donnée par un collègue journaliste pakistanais, Gul Jammas Husain du Tehran Times. Il m'a incité à engager une conversation avec Margolis, dont les articles sont parus dans le New York Times, l'International Herald Tribune, le Times of London, le Los Angeles Times et de nombreuses autres publications dans le monde.

Avoir une interview exclusive  de Margolis pour Foreign Policy Journal était une opportunité précieuse pour développer les opinions et les idées de ce journaliste vétéran dont le récent article « L'Iran et l'Occident : une histoire de violence » a provoqué un vaste échange entre les lecteurs, les politiciens et les personnalités des médias.

« J'ai toujours refusé de céder aux menaces et aux pots-de-vin, et je tiens plus à mon honneur et à mon honnêteté qu'à la gloire médiatique. J'essaye de présenter une vision juste de l'Iran car je déteste la propagande, les mensonges et les contre-vérités historiques. » Il faisait allusion aux obstacles qu'il a du franchir à cause de sa position indépendante sur l'Iran.

Au sujet des ouvertures entre l'Iran et les USA  vers une nouvelle ère de normalisation et le rétablissement des liens bilatéraux, il conteste la récente demande par le Président iranien d'excuses de la part des USA pour le mauvais traitement de l'Iran par les gouvernements usaméricains durant les 3 dernières décennies : « L'Iran ne recevra jamais les pleines excuses du Président US. C'est inconcevable. » Il ajoute, « En demander relève d'une mauvaise diplomatie et c’est peu judicieux. Plutôt que des excuses, l'Iran devrait chercher à obtenir des déclarations positives et de la compréhension pour ses souffrances passées. »

Cependant, Eric Margolis craint que l'extrémisme des conservateurs des deux côtés contrarie une atmosphère qui s'est améliorée : « Ce sera pratiquement impossible de casser l'emprise des partisans de la ligne dure US sur la politique du Moyen-Orient... Mais l'Iran doit quand-même tendre la main aux USA et arrêter le langage violent même si elle ne doit pas, non plus, venir vers eux en rampant. »

Le Président Ahmadinejad a peut-être raison, car l'Iran a longtemps souffert des sanctions, de l'intervention politique, de la rhétorique hostile et des mouvements subversifs des USA, particulièrement pendant sa propre présidence. Cependant beaucoup d'Usaméricains considèrent encore l'Iran comme faisant partie du fameux « Axe du Mal », un épithète utilisé par l'ancien Président Bush en opposition à la fameuse formule du « Grand Satan », utilisée par les Iraniens depuis la révolution anti-US de 1979.

Sur le chef-d'oeuvre « innovatif » de l'ancien Président US, Margolis déclare : « Je pense que « L'Axe du Mal » est dépassé. Aujourd'hui, nous n'entendons plus ces slogans stupides à Washington mais ils pourraient réapparaître. »

Margolis a commenté les erreurs des deux côtés : « Il existe toujours une grande hostilité envers l'Iran. De façon similaire, l'Iran fait une erreur en continuant de crier « Mort à l'Amérique ». Cela ne fait que convaincre les téléspectateurs US que les Iraniens sont des fanatiques dangereux qui veulent détruire les USA et sont dirigés par des mollahs fous, et ils tombent ainsi en plein dans la propagande occidentale. »

Alors que les écrans des TV usaméricaines étaient déjà pleins à ras-bord de scènes des fréquentes manifestations anti-US en Iran, l'apparition de l'impasse nucléaire leur a offert un sujet qui pourrait suffire aux exutoires néoconservateurs pour le reste de l'histoire : « Il n'y a aucune justification morale au deux poids-deux mesures de l'Occident sur les problèmes du nucléaire [iranien]. En fait, les USA et les autres membres du TNPN (Traité de Non-Prolifération du Nucléaire)  originel se trouvent en violation du traité car ils n'ont jamais abandonné leurs propres arsenaux nucléaires. »

« Une pure hypocrisie », proteste Margolis. « Si l'Inde a droit aux armes nucléaires, et maintenant aux missiles longue portée, alors l'Iran y a également droit. »

Margolis a ensuite déclaré : « Je suis actuellement la cible d'une campagne de haine mais,  comme je l'indique dans mon nouveau livre, American Raj [Raj était le nom en hindi de l’Empire britannique des Indes de 1858 à 1947, NdR] le monde musulman avec ses habituelles relations publiques minables ne peut s'en prendre qu'à lui-même s’il n’arrive pas à délivrer correctement son message aux Usaméricains. Pourquoi les Iraniens n'ont-ils pas acheté des journaux ou des télévisions usaméricains ? »

Lors de son voyage controversé en Iran la semaine dernière, le Président de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences (Académie des arts et des sciences du cinéma, l'organisation derrière les Oscars), Sid Ganis a exprimé publiquement son étonnement sur l'intérêt et la confiance répandus dans le peuple iranien envers l’offre médiatique usaméricaine.

Les USA ont, d'après certaines informations, invité l'Iran au sommet de sécurité sur l'Afghanistan. « Les USA ont-ils vraiment besoin de l'aide de l'Iran pour résoudre la complexe situation sécuritaire de l' Afghanistan, ou bien, est-ce que cette invitation n'est pas juste un geste politique, une offre furtive pour engager  des négociations directes ? », ai-je demandé à Eric.

« Les deux. [C'est] une façon de faciliter des relations plus productives et de voir si l'Iran aidera les USA en Afghanistan. » « Washington va peut-être même demander l'aide de troupes iraniennes. On peut espérer que l'Iran sera assez sage pour ne pas se laisser attirer en Afghanistan,» a t-il ajouté.

Eric Margolis connaît parfaitement le Moyen-Orient et son environnement. Il est allé au Cachemire, en Afghanistan, en Inde et au Pakistan pour couvrir les guerres et les conflits. Il est également bien au fait des trends médiatiques dans son propre pays et il croit en une tendance à un passage des médias dominants aux  médias alternatifs. « Beaucoup de jeunes Américains tirent leurs informations d'Internet. C'est un changement important, mais les réseaux et les grands quotidiens dominent encore les informations et ils reflètent l’establishment. » « Une des raisons pour laquelle Internet est devenu si populaire est que beaucoup de jeunes gens disent que les médias leur ont menti sur la guerre en Irak, » conclut-il.


Source :  Eric Margolis on Iran and the Media

Article original publié le 20/3/2009

Sur l’auteur

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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EMPIRE: 02/04/2009

 
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