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09/09/2010
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La voix du G 192 doit être entendue


AUTEUR:  Eva-Maria FÖLLMER MÜLLER

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


Du 24 au 30 juin la Conférence sur la crise économique et financière mondiale et ses retombées sur le développement s’est tenue à New York au siège de l’ONU. Le Président de l’Assemblée générale, Miguel d’Escoto Brockmann avait invité les 192 États membres de l’ONU à cette conférence « au plus haut niveau », baptisée par lui « G 192 » en référence au G8 et au G20. Elle avait été précédée en  décembre dernier par la Conférence internationale sur le financement du développement, à Doha, au Qatar. En raison de l’urgence de la situation, en particulier dans les pays en développement, quelques États membres avaient demandé au Président de l’Assemblée générale d’organiser cette conférence. En sept mois seulement ce dernier est parvenu  à réunir, outre le G 192, des représentants clé de la société civile et du secteur privé ainsi que des membres du système onusien.

Une commission d’experts, dénommée « commission Stiglitz », et dont le secrétaire était l’économiste et Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz avait élaboré avant la conférence un rapport provisoire sur les réformes du système financier et monétaire international et, en collaboration avec les États membres, un projet qui a fourni la base du document final qui a fait consensus.

Une solution   équitable  pour tous et les moyens d’y parvenir
 Cette conférence a engagé un processus, un  dialogue auquel ont participé non seulement les pays du G20, mais la totalité de la communauté internationale. Chaque pays a eu l’occasion de se faire entendre, en toute égalité. Le Président s’est consacré de manière exemplaire aux représentants de tous les États et les a écoutés ; il n’y a pas eu de précipitation. Pour faire justice à l’abondance des contributions on a même prolongé la conférence de deux jours.
  Parallèlement aux prises de position des divers États au sein de l’Assemblée générale se sont tenues deux tables rondes dont le thème dominant était « Examiner la crise financière et économique mondiale en voie d’aggravation ainsi que ses retombées sur le développement et les moyens d’en venir à bout. » Elles ont permis aux représentants des États de discuter avec des experts, par exemple sur le « rôle des Nations Unies et de leurs États membres dans les réformes et la consolidation du système économique et financier international et de son architecture » (table ronde n° 1). Ou sur « Diverses approches et mesures en vue d’atténuer les retombées de la crise sur le développement » (table ronde n° 2). La table n° 3 s’est attaquée aux « effets de la crise sur le travail, le commerce, les investissements et le développement en prenant en compte les objectifs de développement faisant l’objet d’accords internationaux et les objectifs du Millénaire. » La table n° 4 a abordé le sujet des « contributions du système de développement de l’ONU comme réponse à la crise. »

Un début de dialogue
Le Président de l’Assemblée générale et Joseph Stiglitz se sont investis avec une grande cohérence pour que tous les peuples soient traités sur un pied d’égalité comme des partenaires souverains et contre la domination de puissants blocs financiers ou de quelques pays industrialisés.
  En amont on avait fait beaucoup d’efforts pour minimiser cette conférence que l’on ne souhaitait pas. Dans les coulisses on a assisté à de violentes luttes, les représentants du G20 n’en voulaient pas. Mais le Président de l’Assemblée générale ne s’est pas laissé impressionner.  Même lorsqu’on lui a reproché l’absence de chefs d’État, à l’exception d’un seul. Il a simplement dit : « L’important, ce ne sont pas les présents, mais le consensus atteint en fin de conférence et ce qui a été mis en route. »
 La majorité des représentants des États, en particulier des pays en développement, qui ont pris la parole à l’Assemblée générale, ont exprimé au Président leur reconnaissance pour l’organisation de cette conférence.
  Celle-ci constitue en effet un début prometteur pour un dialogue à égalité entre les États du monde, qui est d’une urgente nécessité. Il s’est clairement avéré que la conduite de l’économie qui reposait jusqu’ici sur l’exploitation, la concurrence, l’égoïsme et la cupidité, et qui avait été surtout le fait des États industrialisés, a fait son temps. Il faut une économie mondiale reposant sur des principes éthiques, sur la solidarité, la coopération, la cohérence, la justice et la transparence, une économie qui soit au service de l’homme.

Combien de temps encore l’Occident s’obstinera-t-il dans son arrogance et son ignorance des autres ?
Malheureusement tous ne sont pas prêts à ce changement. Par exemple, un représentant de la Suède - qui doit présider à partir du 1er juillet le Conseil de l’Union européenne - s’est fait remarquer à l’une des tables rondes par l’incroyable dureté de ses positions. Le représentant de la Suède indiqua avec arrogance à chacun sa place : l’UE et le G20 décident, l’ONU doit se borner à s’occuper des pays en développement. Le Directeur général du développement auprès de la Commission européenne, Stefano Manservisi, formula très ouvertement  le rôle de leader de l’UE dans la gestion mondiale de la crise : « L’Europe a montré, montre et montrera que c’est elle qui mène la barque. »
 Durant la conférence, les conflits entre l’UE, les pays industrialisés du G20 avec le FMI et la Banque mondiale et  l’OMC d’une part et l’ONU avec le G 77 (bloc des pays en développement, qui étaient au début 77 et sont maintenant plus de 130) et les représentants de la société civile de l’autre ont été sensibles. Le FMI et la Banque mondiale se sont toutefois efforcés d’assurer qu’ils mèneraient les réformes exigées à leur terme, pour bien montrer leur volonté de coopération.
  Néanmoins , beaucoup de représentants de la société civile et de pays en développement se sont montrés  critiques envers le FMI, la Banque mondiale et l’OMC. Les représentants des pays africains, qui ont tout particulièrement fait l’expérience de ces institutions ont critiqué les inégalités de traitement entre pays ainsi que les énormes malversations financières : sur les fonds promis, souvent 20% seulement arrivent à destination - quand ils y arrivent ! Les 80% restants disparaissent dans la nature.


Nuage de mots réalisé avec http://www.wordle.net

Amérique latine : coopération et cohésion remplacent la concurrence
 Les voix des pays latino-américains ont fait très forte impression. Qu’ils soient tout particulièrement mentionnés ici. Ils ont souligné qu’on ne peut pas être utile aux pays pauvres dans le cadre d’une économie concurrentielle. Ce qu’il faut à ces pays, c’est de la solidarité, de la coopération et de la cohésion.
  Ceux qui ont provoqué la crise ne peuvent participer à la résoudre, a déclaré le Président équatorien, l’économiste Rafael Correa, dans son discours très apprécié à l’Assemblée générale. Il y a quelque temps et sous sa présidence, son pays a refusé de rembourser les dettes issues de menées criminelles, ce que depuis presque tous les pays ont admis.
  Le Président équatorien a dit : «  Nous le savons tous : la crise a pris naissance dans les marchés financiers des USA, mais ce n’est plus seulement une crise financière et elle s’est étendue au  monde entier. Il s’avère désormais que le Sud, qui ne porte aucune responsabilité d’aucune sorte dans cette crise, en est devenu la principale victime. Pendant des années les USA se sont autorisé d ’énormes déficits commerciaux et budgétaires avec l’accord du Fonds monétaire international, qui a gardé le silence. Tout autre pays aurait été contraint de dévaluer sa monnaie et de « corriger » ses déséquilibres. Mais dans ce cas la double morale en usage à la direction du FMI a contraint celui-ci à se faire le complice des USA, ce qui a fait sortir le capitalisme de ses gonds. Et maintenant ceux du G20 veulent le recapitaliser comme si de rien n’était, sans même déplacer un siège dans son directoire. »
  Une critique pertinente. Au sommet du G20 il a été convenu de donner au FMI et à la Banque mondiale le premier rôle pour résoudre la crise dans les pays en développement et émergents.
  Dans la conférence de presse donnée à la suite de son discours, le président équatorien a clairement exprimé sa position : à une question sur les champs pétroliers équatoriens, il a répondu que pour son pays le pire était passé. Les champs pétroliers  ne sont plus dans des mains étrangères, il sont redevenus propriété nationale. « Le pétrole appartient au pays » a-t-il maintenu et, avec indignation, a poursuivi : «  Une partie de nos champs de pétrole ne nous était même pas librement  accessible !» Depuis les prix du pétrole se sont améliorés dans le pays. On ne fait plus de commerce, ne conclut plus d’accords qu’avec des pays amis et sur une base équitable : « Nous ne voulons pas d’aumône, nous voulons de la justice. »
  Au « panel de haut niveau » abordant le sujet « Ce sont les droits des peuples que nous voulons, pas les profits des entreprises » («Peoples Rights not Corporate Profits », organisé par des représentants de la société civile, le Président équatorien a dénoncé le caractère non démocratique du « consensus de Washington » : « Quatre ou cinq institutions représentant les puissants décident et l’on appelle cela un « consensus » ?  Qu’est-ce que ce consensus, sur lequel on ne prend même pas l’avis des autres. Voilà bien l’arrogance des puissances hégémoniques.»
  Cela lui valut une « standing ovation » de toute la salle. Que l’homme passe aujourd’hui après le capital est inacceptable. D’abord le peuple, d’abord les êtres humains.
Selon Correa, le problème principal pour l’instabilité des pays pauvres est la liberté de circulation du capital. Le paradigme néolibéral, empreint d’individualisme, s’est effondré. Si on regarde l’histoire, ce ne sont pas les pays avec un marché libre et ouvert qui se sont développés, mais ceux dans lesquels l’État a protégé l’économie
  Le représentant de Cuba a pointé l’absence, au sommet du  G20, de toute discussion sur une véritable réforme du système financier mondial. Il a exigé un dialogue intensif avec tous les membres de la communauté mondiale. Le système actuel est selon lui antidémocratique et a un urgent besoin de réformes. On ne trouvera de solution à la crise qu’en prenant en compte les intérêts de tous les pays. Lui aussi a demandé un changement de paradigme, permettant de se recentrer sur l’être humain.
  Une critique à laquelle s’est joint également le représentant du Venezuela : les fauteurs de la crise sont les forces néolibérales. Les conséquences en sont dévastatrices : chômage, fuite des capitaux, perte de l’estime de soi et de la confiance en l’avenir. Ce sont les plus pauvres et les plus vulnérables qui souffrent le plus. Les conditions posées par le FMI sont parfaitement immorales. Le FMI et la Banque mondiale devraient fermer boutique et laisser à d’autres le soin de construire un nouveau système financier. Le dollar devrait être supprimé.
  Le Venezuela, a-t-il poursuivi, s’est libéré de l’étreinte du néolibéralisme et aujourd’hui c’est un pays libre. L’ALBA, l’alliance régionale et subrégionale avec le Nicaragua, Saint-Vincent et les Îles Grenadines, les Barbades et l’Équateur œuvre au bien des peuples qui y sont réunis. On coopère en toute égalité, solidarité, complémentarité et fraternité avec tous les habitants du monde. La paix se construit ainsi sur la justice sociale.
 Le représentant du Guyana a attiré l’attention sur le traitement inégal dont souffrent les petits pays, souvent considérés comme quantités négligeables, car leur échec importe peu.
  Le représentant du Nicaragua a rappelé que la crise a débuté à Wall Street, à quelques blocs de distance des locaux de l’ONU.
  On a aussi exigé au cours de la conférence une solution à l’énorme dette qui étouffe les pays en développement. La Banque mondiale estime qu’environ 40 pays sont au bord d’une crise de la dette.

Un premier pas
  Négocier un consensus écrit impliquant tous les États n’était pas tâche aisée. Pourtant on y a réussi. Ce papier rappelle aux pays industrialisés qu’ils ont promis au sommet du G20 un billion (1000 milliards) de dollars pour relancer l’économie mondiale. Il demande que la part réservée aux pays en développement soit plus élevée. Il souligne en outre  la nécessité de s’attaquer au problème de la dette et  des flux de capitaux. Il faut de toute urgence dépasser les institutions financières internationales et donner plus d’influence à l’ONU dans les négociations à venir.
  Surtout le processus engagé doit se poursuivre : l’Assemblée générale a reçu mission de créer un groupe de travail permanent en charge de tous les sujets et problèmes abordés.
  Le Président de l’Assemblée générale a qualifié le document final de « premier pas dans un long processus qui doit nous mettre sur de nouveaux rails pour un monde solidaire, stable et durable. » Il a poursuivi : « Voir que tant de gens se réfèrent à la nécessité de remettre en honneur, dans la gouvernance globale, la dimension éthique - notre devoir et notre responsabilité à tous d’intégrer une réflexion éthique dans nos prises de décisions économiques, politiques et sociales - m’a donné courage. Nombre de décideurs dans l’univers impitoyable des affaires et de la finance n’y prennent toujours pas suffisamment garde.»
 
L’être humain d’abord
    Miguel d’Escoto Brockmann, nombre de pays latino-américains, les pays du G77 et le Saint Siège ont souligné lors de cette conférence la nécessité e remettre l’être humain à la première place : D’abord l’être humain, ensuite l’économie.
  Le Pape Benoît XVI avait invité tous les États à participer à la conférence pour rechercher ensemble des solutions à la crise. Les prises de position du Saint Siège au cours de la conférence ont été un véritable bienfait. Le représentant du Vatican a posé la question : Qu’est-ce que la personne humaine ? Il a dit : d’abord l’homme, ensuite toutes les théories.  Il a souligné l’importance de l’éthique ; selon lui, sans éthique, une économie n’est rien. Et il a demandé : Comment pouvons-nous changer en ce sens la pensée économique ?

Lire la Déclaration de Miguel D’Escoto Brockmann à l’ouverture de la Conférence


Source : Zeit-Fragen - Die Stimme der G 192 muss Gehör finden

Article original publié le 13/7/2009

Sur l’auteure 

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, la traducterice, le réviseur et la source.

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DANS LE VENTRE DE LA BALEINE: 16/07/2009

 
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