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23/07/2017
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Heavy Spirit

Le dalaï-lama n’était pas à Wacken


AUTEUR:  Jutta DITFURTH

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


Comparé à la prestation du dalaï-lama à Francfort-sur -le Main et à l’hystérie de ses partisans, lourde d’agressivité contenue, le festival d’Heavy Metal, qui se déroule chaque année à Wacken dans le Schleswig-Holstein, est un parangon de douceur, de liberté et d’émancipation. Le dalaï-lama était à Francfort et il avait 50 000 personnes à ses pieds, des VIP imploraient des audiences privées. Recettes : 1,75 millions d’euros sans compter les dons et le commerce de l’ésotérisme. « L’humanisme réel n’a pas en Allemagne d’ennemi plus dangereux que le spiritualisme ou idéalisme spéculatif» écrivaient Marx et Engels en 1845 et ils avaient bien raison.

 


Wacken 2009: 80 000 fans de Heavy-Metal Fans. Foto ddp


Francfort 2009: 52 500 fans du dalaï-lama. Photo by © Manuel Bauer, Agentur Focus 2009

Les déclarations du dalaï-lama égalent en  précision les horoscopes : il y a toujours quelque chose qui marche, au moins dès qu’on déconnecte son esprit critique. Et les membres de la  classe moyenne allemande y sont tout à fait prêts, par dizaines de milliers. Pourquoi ? En 1987 j’ai fait un voyage au Tibet. Des miséreux tibétains, visiblement sous-alimentés mais fervents, se traînaient humblement sur le ventre dans la boue du parvis des temples, tandis que des touristes s’extasiaient sur les statues d’or incrustées de pierres précieuses qui ornent les palais. La situation sociale des Tibétains était le dernier de leurs soucis. Seul importait le « salut de leur âme». Dans un monastère j’ai vu des enfants tibétains, se balançant comme des patients d’asiles, lire des heures durant,  dans la semi-obscurité où les laissaient les lampes puantes au beurre de yack, des sentences écrites sur des tablettes, jour après jour, année après année. C’est ce que les moines appellent « formation ». Une bonne manière de détruire l’intelligence.

« Que faites-vous », demandai-je à un des moines dirigeant l’institution, « si l’un de ces enfants veut pourtant, un jour, mener une autre vie, par exemple aller à l’école et faire des études ? » Je n’oublierai jamais son cynisme.  Il m’a dit qu’ils allaient chercher dans les familles tibétaines les enfants les plus prometteurs entre quatre et cinq ans. Ainsi le monde extérieur ne vous fait pas concurrence. Comme la plupart des parents, très pauvres, se sentent très honorés (Karma ! Karma !) d’un pareil choix, l’enfant qui s’enfuirait serait rejeté par sa famille. Avec un ricanement satisfait le moine ajouta que les garçons n’avaient ni argent ni chaussures. « Expliquez-moi comment s’enfuir dans les montagnes du Tibet - dans la neige, pieds nus et sans rien à manger ? »

Non contents de se soucier comme d’une guigne de la situation sociale des Tibétains, les zélateurs du dalaï-lama exigent encore le « respect de la civilisation tibétaine. » (Ce qu'exige aussi le Parti de Gauche Linkspartei). Quelle était cette « civilisation » ? Sous la domination du dalaï-lama et de ses prédécesseurs, 95% des Tibétains étaient des serfs, vivant sous la tyrannie de la noblesse et du clergé. Le Tibet était une société féodale esclavagiste. Jusqu’au milieu du XXème siècle, pas une ombre de démocratie. On coupait le poing aux voleurs, diverses tortures punissaient les comportements rebelles, il y avait des cachots dans les monastères. Sans parler du mépris abyssal où l’on tenait les femmes. Mais l’histoire sociale tibétaine non plus n’intéresse pas les fans du dalaï-lama.

 Dans son exil indien le dalaï-lama ne tolère toujours pas les attitudes déviantes ou critiques. C’est le règne de la  peur et de la soumission. Ses sujets allemands aiment parler de « Sa Sainteté » ou « Son Excellence ».  Parmi nos grands-parents, d’aucuns se seraient crus revenus sous Guillaume II (Métempsychose!)

Les zélateurs du dalaï-lama professent la  même étrange indifférence quant à la collaboration du dalaï-lama et de sa famille avec la CIA dans (depuis ?) les années 50. Mettre en question les frontières occidentales de la Chine présente toujours pour les USA un intérêt géostratégique. Mais le droit international fait du Tibet une partie de la Chine, comme la Bavière de la République fédérale. Et pour  fragiliser la frontière tibétaine  le dalaï-lama joue un rôle utile, comme une sorte de « guerrier froid » ». Mais vue la position de force qu’occupe la Chine face aux USA dans la crise économique mondiale, ces derniers sont pour le moment tenus à un peu plus de prudence. Peut-être faut-il y voir le fondement  de ces légères critiques, dans le Stern, par exemple, longtemps thuriféraire du Dalaï-lama, tout comme le Spiegel.

Même indifférence des fans du dalaï-lama envers les décennies de contacts amicaux avérés entre le dalaï-lama et les nazis (l’Oberscharführer (adjudant SS) Heinrich Harrer) , l’extrême-droite (Jörg Haider, Miguel Serrano) et Shoko Asahara, le gourou de la secte Aoum, responsable des attentats mortels au sarin. Et vis-à-vis des liens étroits entre Lhassa et l’Ahnenerbe* des SS de Himmler (expédition nazie au Tibet à la recherche d’une élite aryenne), le dalaï-lama n’a jamais pris aucune distance.

C’est un diplomate avisé et il connaît sur le bout des doigts ses disciples des centres capitalistes, leur totale ignorance du social et leur addiction à la foi aveugle : l’important, c’est de se sentir bien. Le gros avantage du lamaïsme, comme de presque toutes les religions, c’est d’absoudre les privilégiés et les structures de domination. Pas de résistance, pas de libération sociale, pas la moindre révolte. Vous serez heureux dans l’au-delà. Tout est karma, y compris le profit et la réussite.  Qu’elle est précieuse, cette idéologie, à notre époque de crise mondiale et de paupérisation massive !

Pour prévenir les lettres d’indignation stéréotypées que ne manquent jamais d’envoyer les zélateurs organisés du dalaï-lama (leur mantra préféré : toute critique à l’encontre du dalaï-lama est payée par le gouvernement chinois) une précision : on peut critiquer le dalaï-lama, son Église et ses partisans ET AUSSI la dictature inhumaine exercée par le gouvernement chinois - qui du reste pèse aussi  sur d’autres Chinois.

Note de Tlaxcala 

   

* L'Ahnenerbe ou Ahnenerbe Forschungs- und Lehrgemeinschaft était une organisation nazie. Il s'agissait d'un institut de recherche crée par Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le 1er juillet 1935. Il a été intégré à l'organisation des SS en janvier 1939.

Le nom de cette organisation signifie « héritage ancestral ». Son siège était situé dans le château de Wewelsburg en Westphalie. L'Ahnenerbe est dédiée à la recherche anthropologique, archéologique et sur l'histoire culturelle de la « race allemande ». Son but était de prouver la validité des théories nazies sur la supériorité raciale, à travers ces recherches.

L'Ahnenerbe a organisé plusieurs expéditions archéologiques, en Allemagne, mais aussi dans divers pays : France, Italie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Ukraine, Islande, Afghanistan et Tibet. Cette dernière expédition, dirigée par Ernst Schäfer en 1938 était initialement destinée à prouver que le plateau tibétain était le berceau de la race aryenne.

À la demande de Himmler en 1942, l'Ahnenerbe a procédé à des expérimentations médicales dans des camps de concentration sur des prisonniers, notamment à Dachau et à Natzweiler-Struthof. Condamné pour crimes contre l'humanité, Wolfram Sievers, le dernier directeur de l'Ahnenerbe, fut pendu en 1948, après le procès des médecins à Nuremberg.

(source : wikipedia)

   
L’emblème de l’Ahnenerbe


Source : Verlagsgruppe Droemer Knaur - Der Dalai Lama war nicht in Wacken

Article original publié le 5/8/2009

Sur l’auteur

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8331&lg=fr

   

Bonus

Tlaxcala n’a pas pu résister au plaisir de traduire un exemple de la prose des organisateurs du grand show du Dalaï Lama à Francfort, la …"SARL à but non lucratif Bouddhisme à Francfort en 2009". Sans commentaires.

Mardi 4 août 2009

52500  visiteurs ont pu voir le dalaï-lama à Francfort-sur-le-Main

Sa  Sainteté termine sa visite au Stade Arena  de la Commerzbank - Les organisateurs sont satisfaits/ Le déficit sera entièrement compensé

Francfort-sur-le-Main, 3 août 2009

La conférence « L’art de vivre » a clos hier la visite de quatre jours que le dalaï-lama a effectuée au stade Arena de la Commerzbank à Francfort-sur-le-Main. 52500 visiteurs ont profité durant ces quatre jours de l’occasion qui s’offrait à eux d’approcher de tout près l’icône de millions de gens. Cette visite a été accompagnée d’un intéressant programme auquel participaient de nombreuses personnalités du monde de la culture, de l’économie et de la science.

Au total les organisateurs : la SARL à but non lucratif « Bouddhisme à Francfort en 2009 », et ses composantes : l’Union bouddhiste allemande, la Pagode Phat Hue et la Maison du Tibet, ont tiré un bilan positif et remercié tous ceux qui ont participé à cette réussite.

Jörg Ulmer, concepteur-manager de cette grande manifestation a remercié en premier lieu la  Commerzbank, les collaborateurs des trois groupes bouddhistes organisateurs, l’équipe de communication qui entourait le gérant Mike Kuhlmann, les 408 volunteers (sic), le service d’ordre (plus de 220 membres) et la police ainsi que sa femme Simone avec qui il a préparé depuis 2 ans cette manifestation. Les organisateurs remercient en outre le land de Hesse, la ville de Francfort ainsi que tous les artistes qui ont manifesté leur engagement dans le cadre de cette visite.

La vente des billets et les dons ont rapporté à peu près 1,75 millions d’euros ; il manque encore 150. 000 euros pour couvrir la totalité des frais.

« Grâce au travail infatigable de l’équipe nous avons déjà pu réduire le déficit au cours des dernières semaines. Bien sûr nous continuons à œuvrer  pour optimiser le financement et comptons bien y réussir. L’écho de la résonance positive du dalaï-lama ne s’est pas éteint et nous espérons bien pouvoir générer des dons supplémentaires » a déclaré Mike Kuhlmann, gérant de la SARL Bouddhisme à Francfort en 2009. « Dans ce contexte nous tenons encore  à souligner qu’une perte éventuelle ne sera en aucun cas couverte par  des tiers - nous acquitterons la totalité de l’ardoise.»

Vajramala, Président de l’Union bouddhiste allemande, a précisé : «  Si en définitive il restait effectivement un déficit à combler, nous autres organisateurs le répartirons entre nous à parts égales- et de grand cœur . Sa Sainteté nous a fait présent de quatre jours de sa vie, et pour nous ce fut et reste inestimable.  »

Davantage d’informations et de photos sous www.dalailama-frankfurt.de

Source : http://dalailama-frankfurt.blogspot.com/


REMUE-MÉNINGES: 10/08/2009

 
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