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22/07/2017
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Guttenberg ou : Jusqu’où vont les Allemands dans la docilité petite-bourgeoise ?


AUTEUR:  Jutta DITFURTH

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice


Pour empêcher la privatisation qui menaçait la Saarbahn [Compagnie sarroise des transports en commun], 221 conducteurs de bus ont pris la carte d’un parti [le Parti de gauche Linkspartei, d’Oskar Lafontaine NdT], au lieu de faire grève. Chez Schaeffler et Porsche des ouvriers se sont jetés en sanglotant au cou de leurs patrons, au lieu de les envoyer au diable. Et parallèlement nombre d’Allemands portent aux nues Guttenberg, leur ministre de l’Économie, et même le prennent pour un grand homme. Pourquoi cette attitude de petits-bourgeois soumis ?

Qui est responsable de la crise ? Voilà qui apparemment, parfois, importe peu - l’essentiel étant que les coupables et les gestionnaires de la misère aient de bonnes manières. La bourgeoisie pique, pour fabriquer sa propre « élite », dans les éléments pré-démocratiques de la « culture nobiliaire » (ses rituels, ses manières, son militarisme).


Le baron Karl-Theodor Maria Nikolaus Johann Jacob Philipp Franz Joseph, Otto, Sylvester von und zu Guttenberg, couramment appelé Karl-Theodor zu Guttenberg, rejeton d’une illustre famille de l’aristocratie bavaroise (son arrière-grand-oncle Karl Ludwig fut assassiné par la Gestapo dans la nuit du 23 au 24 avril 1945 et son homonyme et grand-père Karl Theodor, opposant militaire au nazisme et cofondateur de la CSU, se distingua par son opposition à l’ouverture à l’Est de Willy Brandt)  et secrétaire général  de l’Union chrétienne-sociale (CSU), est devenu, à 37 ans, le plus jeune ministre de l’Économie et de la Technologie allemand, poste auquel il a été nommé par  Angela Merkel en février 2009. (Tlaxcala)

Près de 90% des gens (Actualités d’ARD [2e chaîne de télé allemande, NdT) du 6 août dernier] croient que la crise économique mondiale détériorera leur situation sociale et que les banques continueront à agir comme par le passé. Et ces millions de gens disent : « On ne peut rien faire. » Quand on est des millions, c’est qu’on ne VEUT rien faire. Il faudrait se battre, s’informer, s’organiser. Mais c’est plus confortable de geindre et de râler et d’attendre …oui, quoi au juste ? Un homme providentiel ?

Pour que les gens la ferment et ne se libèrent pas de l’ordre régnant, vive le poison du nationalisme. Il doit servir à briser les velléités légitimes de résistance à cet ordre.  Or nous ne sommes pas tous « dans le même bateau » : les uns sont à la mer, en train de se noyer, ou bossent en salle des machines, et les autres habitent le penthouse où logent les armateurs.  Donc : une mutinerie s’impose.

Le poison nationaliste, en Allemagne, n’a pas perdu sa virulence. On aime bien en faire usage quand le capitalisme est en danger. Se développe alors l’idéologie de la « communauté nationale de destin » et tout à coup - hop ! - disparues les classes sociales et la solidarité internationale. On part du principe que l’État capitaliste allemand est une institution qui travaille pour le bien de tous les Allemands, et surtout des plus faibles. Le chômeur anglais, le migrant chinois de l’intérieur, la syndicaliste vénézuélienne, la jeunesse grecque en révolte- tous ceux-là sont soudain à des années-lumière. L’Allemand enivré de conscience nationale se           sent plus proche du capitaliste allemand que de l’homme de même condition sociale que le hasard a fait naître dans une autre partie du monde.

Et que reçoit pour prix de sa soumission celui qui se soumet?  On lui promet une protection factice : contre les coups du destin, les étrangers, les bouleversements et autres problèmes de « sécurité ». Mais des valeurs fondamentales, réellement précieuses, telles que l’égalité, l’éradication de l’exploitation, de l’humiliation, du racisme, de l’antisémitisme et du sexisme, une solidarité qui transcende les frontières nationales et une large  émancipation sociale, voilà ce que l’État-nation ne vous offrira jamais. Surtout pas l’État allemand, qui ignore même le droit à la résistance1 . (voir mon livre Zeit des Zorns, p.219/ 202)

Sur qui passer sa colère, lorsque l’on constatera que toute votre soumission ne sert à rien ? Certains s’autodétruisent. Mais d’autres se laissent facilement monter contre ceux qui sont socialement plus faibles.

Le procureur Fritz Bauer, à qui nous sommes redevables de la tenue des procès d’Auschwitz (entre 1963 et 1965) a rappelé peu avant sa mort, en juillet 1968, que l’être humain possède un droit originel à la résistance contre l’État et les autorités (…) Pour Bauer le contraste entre l’Allemagne et la France était frappant : « Les Français ont fait la Révolution. Ils ont proclamé les droits humains. Le droit à la résistance1 en a fait partie d’emblée. Il en est allé différemment en Allemagne. Les philosophes allemands, dans le sillage de l’État autoritaire, ont fait son affaire au droit millénaire à la résistance.» Bauer cite Kant, qui n’autorise pas la moindre résistance, quels que soient les crimes commis par l’État pour faire le malheur des hommes. « Les mots de Kant, auxquels font écho  d’autres bien voisins chez  Hegel, et aussi (…) Treitschke  et bien d’autres sont le reflet de la réalité sociale  allemande. » (Zeit des Zorns, p.214)

N’est-il pas beau de voir tant de gens tourner le dos à cette réalité grimaçante ?


1 En français dans le texte.


Source : www.jutta-ditfurth.de et Verlagsgruppe Dromer Knaur - Guttenberg oder wie kleinbürgerlich-untertänig sind die Deutschen?

Cet article est une contribution au débat sur le livre ZEIT DES ZORNS. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft, Droemer Verlag, EUR (D) 16,95, EUR (A) 17,50, sFr 29,90, ISBN: 978-3-426-27504-7. © Jutta Ditfurth

Article original publié le 10/8/2009

Sur l’auteure

Michèle Mialane et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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: 11/08/2009

 
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