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09/02/2010
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Retour sur les lieux de l’affaire qui a déclenché la polémique israélo-suédoise

”Maman n’a jamais cessé de souffrir et de se poser des questions” : visite à la famille de Bilal Ahmed Ghanem, tué par des soldats israéliens en mai 1992


AUTEUR:  Oisín CANTWELL

Traduit par  Fausto Giudice


Bilal Ahmed Ghanem, 19 ans, avait été abattu par des soldats israéliens. Sa famille pense que les organes du garçon ont été volés.

Sörjer sin son Saadega Ghanem visar martyrgravplatsen i utka 
Saadega Ghanem sur la tombe de son fils Bilal au cimetière des martyrs du village.


Saadega Ghanem säger att minnena från hennes sons dödsdag al 
Saadega Ghanem dit que le souvenir du jour de la mort de son fils n’a jamais cessé de la hanter.



Familjen har inte fått – men heller aldrig krävt – några sva 
La famille n’a pas reçu –elle n’en a pas non plus demandé – de réponses des autorités israéliennes sur ce qui s’est vraiment passé avec le corps de Bilal. Jalal pense que les organes de son frère ont été volés.

Photos : URBAN ANDERSSON

Aftonbladets Oisín Cantwell och Urban Andersson. 
Les reporters d’Aftonbaldet Oisín Cantwell et  Urban Andersson


Les reporters d’ Aftonbladet Oisín Cantwell et Urban Andersson sont retournés à l’endroit où tout a commencé. Les événements d’il ya dix-sept ans ont conduit à la polémique actuelle entre Israël et la Suède.

Dans le petit village d’ Imatten en Cisjordanie, des soldats israéliens avaient abattu, le  13 mai 1992, le jeune Palestinien Bilal Ahme Ghanem. Quelques jours plus tard, le corps fut restitué à la famille. Il avait été ouvert et recousu de la gorge au ventre.
La photo du corps de Bilal a été publiée par Aftonbladet le 17 août dernier, pour illsutrer l’article controversé de Donald Boström sur le vol d’organes par les Israéliens..

CISJORDANIE. La douleur dans les épaules ne veut pas disparaître.

Saadega Ghanem a eu mal depuis le jour où, il ya dix-sept ans, des soldats israéliens ont abattu son fils.
Elle est vieille maintenant et a abandonné depuis longtemps tout espoir de savoir ce qu’ils ont fait avec son corps après l’avoir tué et emporté.
Nous sommes en début de matinée à Imatten, village-fantôme dans le nord-ouest de la Cisjordanie, qui compte environ 2000 habitants, avec un chômage frôlant les 100% et presque pas de boutiques, et il fait déjà presque 30° à l’ombre.
Jalal Ahmed Ghanem a 32 ans ùmmais a l’air d’en avoir dix de plus. Nous sommes assis devant sa petite maison blanche toute simple. Il raconte que quelques journalistes arabes ont téléphoné ces derniers jours pour l’interroger sur son frère Bilal.
Les blessures se rouvrent, di-til.

– ça me rend triste. Ça rend ma mère triste.
Il n’est que très vaguement au courant de la crise diplomatique bizarre entre Israël et la Suède déclenchée par les circonstances étranges de la mort de son frère il y a dix-sept ans.     

13 mai 1992. Beaucoup d’années se sont passées depuis. Jalal Ahmed Ghanem n’avait alors que 15 ans, mais ses souvenirs de ce jour-là sont précis.

Bilal, son aîné de 4 ans, était, depuis ans, ”pourchassé par les Israéliens parce qu’il défendait son pays”.

En d’autres termes: Bilal Ahmed Ghanem était recherché car il était suspecté d’avoir été un des protagonistes de l’intifada des pierres à la fin des années 1980 .  

– Il savait qu’il serait tué si les soldats israéliens mettaient la main sur lui. Donc il se planquait.

Bilal Ahmed Ghanem  se cachait dans la montagne. Parfois, il était hébergé par des voisins du village. Après la tombée de la nuit, il se risquait parfois à se glisser chez sa famille.
Personne ne sait pourquoi le garçon  s’est pointé juste ce jour-là, en plein jour, devant la maison familiale.

–      Je l’ai demandé à ses amis, mais personne ne le sait, dit Jalal.

C’était la fin de l’après-midi, et soudain on a entendu plusieurs coups de feu. La familel s’est précipitée à l’extérieur.
Des voisins qui ont tout vu racontent la suite.

Bilal n’était qu’à 50 mètres de chez lui lorsque plusieurs hommes en civil qui s’avèreront être des soldats israéliens se sont mis à crier:  ”Bilal, Bilal”.

– Quand il s’est retourné, ils ont su que c’était bien lui.

Quelques soldats en embuscade dans une maison abandonné ont alors ouvert le feu. La première balle a atteint Bilal à la poitrine. La suivante à la jambe.

– On pense qu’il était encor evivant après les coups de feu.

Une petite vieille dans une robe défraîchie sort et vient s’asseoir sous l’olivier.
 Saadega Ghanem parle à voix basse, en gardant les yeux baissés. Elle dit qu’elle pense avoir 75 ans.

Elle est aussi s’est précipitée à l’extérieur quand elle a entendu les coups de feu.

– Ils tenaient mon fils par le spieds et ils rigolaient. Ils m’ont forcée à le regarder. Il saignait de partout. Puis ils l’ont traîné sur les marches de l’escalier menant à la maison où ils s’étaient planqués.

Elle se cache le visage dans les mains. Puis sèche ses larmes et poursuit.

– Cet après-midi n’a cessé de me poursuivre. C’est là que j’ai commencé à avoir mal aux épaules. Je n’ai pas cessé d’avoir mal depuis ce jour-là.

– Ils auraient pu interpeller mon fils sans le tuer. Mais ça n’’était pas ce qu’ils voulaient.

Les gens ont commencé à se rassembler autour de la maison où se trouvaient les soldats. Ceux-ci ont appelé des renforts. Puis ils ont emporté le corps vers un hélicoptère militaire quis e trouvait à la lisière du village et l’ont transporté en Israël.

La famille ne sait toujours pas pourquoi.

Quelques jours plus tard l’armée s’est manifestée et a dit qu’elle voulait être payée pour rendre le corps de Bilal : 5 000 shekel, presque 10 000 couronnes [=1000 €]], une somme inimaginable pour des gens aussi pauvres.

– Ils ont dit que le transport en hélicoptère avait coûté cher. Mais pourquoi faut-il qu’on les paye pour récupérer nos morts, puisque ce sont eux qui les ont tués.

     

Jalal veut nous montrer la tombe de son frère. Nous descendons des pentes raides, passant devant des maisons aux fenêtres cassées, des vélos rouillés et des chèvres attachées.
Des vieillards édentés sont assis dans l’entrée de leurs maisons et hochent amicalement de la tête sur notre passage, les rues sont vides et poussiéreuses.

Saadega Ghanem ne marche plus très bien, on la conduit donc en voiture au petit cimetière de martyrs hors du village où reposent  Bilal Ahmed Ghanem et deux autres jeunes Palestiniens tués par balles.

Elle raconte que les soldats sont revenus avec le corps de son fils presque une semaine après l’avoir abattu.

C’était au milieu de la nuit et les soldats avaient interrompu l’alimentation en électricité du village, dont les habitants se déplaçaient dans l’obscurité.
L’ambiance était tendue, le petit village allait recevoir son premier martyr. Les soldats étaient nerveux.

– Bilal était dans un sac noir. Il n’avait plus de dents. Le corps avait été ouvert de la gorge jusqu’au ventre. Et puis mal recousu comme s’il n’était qu’un sac.

La famille a demandé ce qui était arrivé au corps. Les soldats ont haussé les épaules et ont répondu que le garçon avait été autopsié à  Tel Aviv.

Quelques hommes dans le village ont reçu l’ordre de creuser une tombe. Seuls 9 personnes ont été autorisées à assister à l’enterrement.

Des journalistes occidentaux basés à Jérusalem avaient reçu le tuyau sur l’enterrement et sont arrivés avec leurs caméras et microphones. Ils s’attendaient peut-être à une émeute, avec jets de pierres et coups de feu.
 – Les Israéliens ont essayé de saisir les caméras. Ils ont crié aux photographes qu’ils n’avaient pas le droit de prendre des photos, dit  Jalal.

Les journalistes n’ont pas non plus été autorisés à voir le corps.

Quand l’aube est arrivée, les soldats ont quitté le village, laissant une famille à ses questions sans réponses.

Jalal pense que les organes de son frère ont été volés.

– Toute la cage thoracique et l’estomac étaient enfoncés, comme s’ils étaient vides.

– Et pourqoi l’ont ils emmené en Israël ? Ils n’ont aps coutume d’emporter les gens qu’ils ont abattus.

Il ne croit pas que le corps a été autopsié.

– Pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils savaient déjà de quoi il était mort.

As-tu des preuves que les  organes ont été volés ?

– Non, je n’en ai pas. Mais j’ai rencontré d’autres gens qui avaient le même genre d’histoires à raconter sur un de leurs parents. Nous avons entendu beaucoup d’histoires similiares.

Nous retournons, en remontant les pentes, vers la petite maison blanche que la maison possède depuis des temps immémoriaux.

C’est ici que Jalal a grandi avec deux frères et cinq soeurs. Il y habite maintenant avec sa femme et leurs deux filles. Et sa maman.

– Je n’ai jamais arrêté de penser à ce qui était arrivé à mon frère. On s’est cassé la tête et posé des questions. Mais nous ne saurons jamais la vérité.

La famille n’a jamais exigé des réponses des autorités israéliennes. Ils disent que ça ne vaut pas la peine de chercher noise.

On a dépassé les 30° maintenant et la vieille femme se retire pour aller se reposer et notre interprète essuie la sueur sur son front.
 Jalal a de grands yeux tristes; il explique que c’est le premier jour du Ramadan et qu’il ne peut donc pas offrir de thé.
Soudain ses yeux s’éclairent

– J’ai mes souvenirs ! Personne ne peut me les prendre. Je me rappelle de comment Bilal jouait avec moi, de tout ce qu’on faisait ensemble. Le temps que nous passions ensemble.

Il dit que la vie quand même continué. Il a grandi, a rencontré une femme, a fondé une famille.

– ça a été pire pour ma Maman. Elle n’a jamais arrêté de souffrir et de se poser des questions.


Lisez l'article de Donald Boström par lequel le "scandale" est arrivé



Source : Aftonbladet-”Mamma har aldrig slutat lida, aldrig slutat undra”

Article original publié le 23/8/2009

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

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TERRE DE CANAAN: 27/08/2009

 
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