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20/09/2017
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Un Israélien arrive à la conclusion douloureuse que c'est le seul moyen de sauver son pays

Boycotter Israël


AUTEUR:  Neve GORDON ðéá âåøãåï

Traduit par  Fausto Giudice


Cet article du professeur Neve Gordon a suscité une tempête de haine en Israël, les menaces de mort alternant avec les appels à éliminer le "traître", le "virus", le "cancer" d'une manière ou d'une autre. Le ministre de l'Éducation Gideon Sa’ar  a qualifié cet article de "répugnant et lamentable". Riva Cakmi, la présidente de l'Université Ben Gourion, où Gordon enseigne, a déclaré au Jesrusalem Post que l'Université "pourrait se passer de ses services", ajoutant : “Des universitaires qui ont de tels sentiments sur leur pays, n'ont qu'à se chercher un foyer personnel et professionnel ailleurs".
Des députés de la Knesset font pression sur le ministre et la Présidente pour qu'ils licencient le professeur Gordon. 

Simultanément, d'autres attaques plus "subtiles" contre Gordon sont venues du "camp pacfiste", en l'occurrence son "pape", Uri Avnery, qui, du haut de ses 81 ans, joue le rôle de chien de garde la doxa sioniste "de gauche": il faut préserver l'État juif, en le rendant plus moral. Pas question de boycotter Israël, explique-t-il dans sa dernière chronique hebdomadaire (Tutu's Prayer), car cela ne ferait que renforcer la mentalité de forteresse assiégée en Israël, où les Juifs seraient immanquablement appelés à se rappeler le boycott nazi des entreprises juives, l'Holocauste etc. et de toute façon, explique-t-il, Israël n'a rien à voir avec l'Afrique du Sud. On pourra lire ici la réponse de Kim Petersen à cette argumentation avneryenne.- FG, Tlaxcala

Beaucoup d'Israéliens - même peaceniks - ne souscrivent pas à cette campagne, et ce n’est pas une surprise. Un boycott mondial ne peut pas empêcher des échos d'antisémitisme de retentir. pose également la question du deux poids-deux mesures (pourquoi ne pas boycotter la Chine pour ses violations flagrantes des droits de l'homme?) et met les Israéliens en porte-à-faux : comment assumer la contradiction apparente que porterait l’appel à un boycott contre leur propre pays ?

Ce n‘est en effet pas une mince affaire pour moi en tant que citoyen israélien d’appeler des gouvernements étrangers, des autorités régionales, des mouvements sociaux internationaux, des organisations confessionnelles, des syndicats et des citoyens à suspendre leur coopération avec Israël. Mais aujourd'hui, quand je regarde mes deux garçons jouant dans la cour, je suis convaincu que c'est la seule manière de sauver Israël de lui-même.

Je dis cela parce qu'Israël a atteint un carrefour historique, et les temps de crise appellent des mesures spectaculaires. Je dis cela en tant que Juif qui a choisi d'élever ses enfants en Israël, qui a été un membre du camp israélien pour la paix depuis près de 30 ans et qui est profondément inquiet pour l'avenir du pays.

La façon la plus précise de décrire aujourd'hui Israël est de constater que c’est un État d'apartheid. Depuis plus de 42 ans, Israël contrôle les terres situées entre la vallée du Jourdain et la Méditerranée. Dans cette région résident environ 6 millions de Juifs et près de 5 millions de Palestiniens. Sur cette population, 3,5 millions de Palestiniens et près d'un demi-million de Juifs vivent dans les territoires occupés par Israël en 1967, et bien que ces deux groupes vivent dans la même région, ils sont soumis à des systèmes juridiques totalement différents. Les Palestiniens sont apatrides et sont déprivés de la plupart des droits les plus fondamentaux. Par contraste, tous les Juifs - qu'ils vivent dans les territoires occupés ou en Israël - sont des citoyens de l'État d'Israël.

La question qui m'empêche de dormir la nuit, à la fois comme parent et comme citoyen, est de savoir comment faire en sorte que mes deux enfants ainsi que les enfants de mes voisins palestiniens ne grandissent pas dans un régime d'apartheid.

Il n'existe que deux voies morales pour parvenir à cet objectif.

La première est la solution à un État: offrir  la citoyenneté à tous les Palestiniens et établir ainsi une démocratie binationale dans toute la zone contrôlée par Israël. Compte tenu de la démographie, cela équivaudrait à la disparition d'Israël en tant qu'Etat juif; pour la plupart des Juifs israéliens, c’est un anathème.

Le second moyen de mettre fin à notre apartheid est la solution à deux États, solution qui implique le retrait d'Israël dans les frontières d'avant 1967 (avec probablement un échange de terres 1=1), la division de Jérusalem, et la reconnaissance du droit des Palestiniens à retour avec la stipulation que seul une partie limitée des 4,5 millions de réfugiés palestiniens serait autorisé à rentrer en Israël, tandis que le reste pourrait revenir dans le nouvel État palestinien.

Géographiquement, la solution à un État paraît beaucoup plus réalisable car les Juifs et les Palestiniens sont déjà totalement intriqués ; de fait, «sur le terrain," la solution à un État (dans sa version apartheid) est une réalité.

Sur le plan idéologique, la solution à deux États est plus réaliste, parce que moins de 1% des Juifs et seule une minorité de Palestiniens soutiennent a solution binationale.

Pour l'instant, malgré les difficultés concrètes, il est plus logique de modifier les réalités géographiques que celles idéologiques. Si, à une date ultérieure les deux peuples décident de partager un État, ils peuvent le faire, mais actuellement ce n'est pas quelque chose qu'ils veulent.

Donc, si la solution à deux États est le moyen de mettre fin au régime d'apartheid, alors comment peut-on atteindre ce but?

Je suis convaincu que la pression extérieure est la seule réponse. Au cours des trois dernières décennies, le nombre de colons juifs dans les territoires occupés a considérablement augmenté. Le mythe de la Jérusalem Unie a conduit à la création d'une ville d'apartheid où les Palestiniens ne sont pas citoyens et n’ont pas accès aux services de base. Le camp de la paix israélien a progressivement fondu, de sorte qu'aujourd'hui il est presque inexistant, et la politique israélienne se déplacent de plus en plus vers l'extrême droite.

Il est donc clair pour moi que la seule façon de contrer la tendance à l'apartheid en Israël est de le faire par une pression internationale massive. Les mots et les condamnations de l'administration Obama et de l'Union européenne n'ont donné aucun résultat, pas même un gel de la colonisation, encore moins une décision de se retirer des territoires occupés.

J'ai donc décidé de soutenir le mouvement pour le Boycott, le désinvestissement et les  sanctions, qui a été lancé par des militants palestiniens en juillet 2005 et a depuis recueilli un large soutien autour du globe. L'objectif est de faire en sorte qu'Israël respecte ses obligations découlant du droit international et que les Palestiniens se voient accorder le droit à l'auto-détermination.

À Bilbao, en Espagne, en 2008, une coalition d'organisations de partout dans le monde, a formulé les 10 points de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions destinée à faire pression sur Israël d’une «manière  graduelle et durable, qui tienne compte du contexte et des capacités." Par exemple, l'effort commence par des sanctions et un désinvestissement vis-à-vis d’entreprises israéliennes opérant dans les territoires occupés, suivis par des actions contre ceux qui aident à maintenir et à renforcer l'occupation d'une manière visible. Dans le même esprit, les artistes qui viennent en Israël afin d'attirer l'attention sur l'occupation sont les bienvenus, tandis que ceux qui veulent juste donner un spectacle ne le sont pas.

Mettre une forte pression internationale sur Israël est la seule façon de garantir que la prochaine génération d'Israéliens et Palestiniens – y compris mes deux garçons - ne grandissent pas dans un régime d'apartheid.



Source : The Los Angeles Times - Boycott Israel

Article original publié le 20/8/2009

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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TERRE DE CANAAN: 01/09/2009

 
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