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19/09/2019
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"Mon film vous fait participer à la réalité de Gaza" : Alberto Arce, réalisateur de To Shoot an Elephant


AUTEUR:  Adri NIEUWHOF

Traduit par  Isabelle Rousselot


Réalisé par Alberto Arce et Mohammed Rujailah, To Shoot an Elephant est un film documentaire qui offre un témoignage sur les attaques d'Israël de l'hiver dernier depuis la bande de Gaza. Pendant les attaques, alors que l'armée israélienne interdisait aux journalistes étrangers d'entrer dans la bande, Arce a réussi à rester à Gaza et a filmé comment les équipes médicales et les hôpitaux étaient pris pour cibles par les forces israéliennes alors qu'ils étaient en service. Un jour après avoir reçu le Prix du Journalisme de la fondation Anna Lindh pour ses reportages du conflit dans ses articles sur Gaza publiés par le quotidien espagnol El Mundo, Arce a obtenu le prix du meilleur réalisateur au Festival du Film des Peuples à Florence le 7 novembre 2009. Adri Nieuwhof a rencontré Arce et l'a interrogé sur ses motivations pour faire ce film.

Adri Nieuwhof : Pouvez-vous vous présenter et nous dire pourquoi vous avez voulu faire ce film ?

Alberto Arce : Je suis un journaliste espagnol âgé de 33 ans. Je suis inspiré par le soutien international que nous avons reçu dans notre lutte en 1936 (En juillet 1936, des généraux espagnols lancèrent une campagne militaire pour renverser le jeune gouvernement républicain élu démocratiquement). George Orwell a participé aux Brigades républicaines internationales et a, en même temps, fait des reportages sur notre guerre. J'essaye de suivre l'exemple d'Orwell. J'ai suivi pendant 5 ans les événements en Palestine et j'ai pris conscience du silence des médias à Gaza. Je voulais rendre compte du châtiment collectif subi par les gens à Gaza et j'ai décidé de rejoindre le bateau du Free Gaza Movement (qui a pris la mer pour Gaza) à la fin décembre 2008. Je voulais briser le mur de la censure.

AN : Est-ce que To Shoot an Elephant est votre premier film ?

AA : Non, c'est mon cinquième film. J'ai réalisé trois films sur la Palestine et un sur l'Irak. Tous ces films sont réalisés du point de vue de ce que des civils, locaux et internationaux, peuvent faire pendant une guerre. Nous, en tant que civils, devons faire tout ce qu'il est possible de faire pour arrêter une guerre. Un châtiment collectif des gens à Gaza n'est pas autorisé par la loi internationale. Je ne peux pas accepter qu'Israël interdise l'accès des journalistes à la bande de Gaza. Mon film traite aussi de la défense du droit à la liberté d'expression. Je voulais montrer les faits.

AN : Comment ont réagi les Palestiniens à Gaza en voyant votre caméra ?

AA : La situation à Gaza empire chaque jour. Vous ne pouvez pas imaginer le degré de souffrance. Les civils m'ont accueilli et étaient reconnaissants de ma présence parmi eux. Il y avait deux journalistes d'Al Jazeera et sept autres étrangers (écrivant sur les attaques) à Gaza pendant les lourdes attaques militaires. Vous savez, les civils dans les ambulances sont les véritables héros. Ils risquaient leurs vies chaque jour pour sauver des civils. L'un d'eux a été abattu (devant la caméra) par un tireur embusqué israélien (16 travailleurs médicaux urgentistes ont été tués pendant leur service).

AN : Qu'avez-vous ressenti en recevant le prix du meilleur réalisateur à Florence ?

AA : Je suis fier d'avoir reçu le prix pour le film que j'ai coréalisé avec Mohammed. Je crois que cela aidera à atteindre un large public. Après que j’ai reçu le prix, les gens me demandaient si j'étais content de ce prix. Mais je ne vais pas me sentir éternellement heureux au sujet du film. Les personnages du film sont des civils habitants de Gaza. Ils sont toujours piégés. Pendant les attaques militaires, j'étais un des leurs. La situation à Gaza doit changer et cela n'arrivera que si la pression internationale fait applique le respect de la loi internationale.

AN : Quelle a été la réaction du public à votre film ?

AA : Certaines personnes ont du quitter le cinéma avant la fin du film. Je suis peiné que ces gens n'aient pas pu affronter les faits. Les gens meurent à Gaza et je ne peux pas réveiller les morts. Les centaines d'enfants qui sont morts durant l'Opération Plomb Durci étaient des êtres humains. Ce n'est pas une question de statistiques. Le public, lors de la première mondiale à Florence, est resté silencieux à la fin du film. Je trouve que c'est frappant. Le film est cruel. Le but est de vous faire sentir que vous appartenez à cette réalité.

Une scène de To Shoot an Elephant montre le corps de l’urgentiste palestinien Arafa Abdel Daim après qu'il a été abattu par une attaque d'Israël sur Gaza.

AN : Quel a été le moment le plus difficile ou le plus émouvant durant votre séjour à Gaza ?

AA : Le pire a été le premier jour. Après une journée de lourds bombardements, notre groupe de sept internationaux s'est vu proposer de quitter Gaza afin de sauver nos vies. Il nous a fallu trois minutes pour décider que nous voulions rester. A cet instant, je suis devenu Palestinien et je n'étais plus un international. Ce qui signifiait que nous devenions aussi victimes des bombardements, de la violence aveugle. Vous réalisez alors que c'est un hasard si vous êtes vivant. Je ne voulais pas être un héros mort, je voulais être un journaliste professionnel et un réalisateur vivant. Je ne peux pas décrire ce que c'est que de passer une nuit sous des bombardements lourds et de découvrir le lendemain, que vos voisins sont morts durant cette nuit. Ou ce que c'est que de se faire tirer dessus, et de voir que la personne en face de vous meurt et pas vous. Cette violence est ce que les Palestiniens vivent depuis 60 ans. Quelle aurait été ma vie si, à cinq ans, j'avais vu mes deux camarades de classe brûlés par le phosphore blanc ?

AN : Dans quelles villes sera projeté le film ?

AA : Vous trouverez les informations sur notre site Internet, www.toshootanelephant.com. Le film va également jouer un rôle dans les séances du Tribunal Russell sur la Palestine. Je voudrais inviter les groupes de solidarité et les militants à participer à une séance gratuite mondiale du film le 18 janvier 2010, un an après le soi-disant "cessez-le-feu" à Gaza. Cette projection mondiale est organisée pour nous rappeler que la situation à Gaza n'a pas changé. Au contraire, elle empire. Si vous souhaitez vous joindre à la projection mondiale, vous pouvez me contacter via le site Internet.


Source :Electronic Intifada- "My film makes you part of Gaza's reality" : Alberto Arce, director of To Shoot an Elephant 

Article original publié le 15/11/2009

Sur l’auteure

Isabelle Rousselot est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, la traductrice et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
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TERRE DE CANAAN: 23/11/2009

 
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